‹ L'Europe au jour le jourChapitre 114 sur 131 · NOUVEL ARTICLE DE LA « GAZETTE DE L ALLEMAGNE DU NORD · texte numérisé non relu

NOUVEL ARTICLE DE LA « GAZETTE DE L ALLEMAGNE DU NORD

8 mai 191 1 .

L'opinion européenne est visiblement troublée par les nouvelles du Maroc. Les renseignements contenus dans les dépêches expédiées de Fez le 30 avril, reçues à Tanger le samedi 6 mai et transmises dans plusieurs capitales d'Europe le soir du même jour ou le lendemain, ne concordent pas entre eux. Ceux qui émanent de nos agents à Fez étaient de nature à inspirer à notre gouvernement

de vives préoccupations. Nos instructeurs se montraient vraiment inquiets du développement qu'allait prendre la situation. Ils ne se disaient plus sûrs de leurs hommes. Ils voyaient avec inquiétude les munitions s'épuiser. Le gouvernement et le public pouvaient se demander si les secours arriveraient à temps. D'autre part, les nouvelles reçues à Berlin étaient sensiblement différentes. La Gazette de r Allemagne du Nord a tenu à le dire. Elle vient de publier, en tête de son dernier numéro, l'information suivante :

D'après des nouvelles officielles parvenues de Fez à Berlin et dont les dernières sont datées du i^'" mai, tous les Allemands habitant cette ville sont en bonne santé et dans une sécurité complète. Il n'est pas question de disette.

Le 30 avril, un jour donc avant le départ de la dernière dépêche allemande, le consul de France à Fez adressait à M.Cruppi un récit de la situation dont le ministre des affaires étrangères a donné ajourd'hui communication au Conseil des ministres. Or, d'après ce récit, Fez serait entièrement cerné, on craindrait une révolte provoquée par la cherté des vivres. L'artillerie n'aurait presque plus de munitions. Le sultan aurait insisté auprès du consul et du colonel Mangin pour que la colonne de secours dont on avait demandé l'envoi remplît sa tâche le plus tôt possible,

La Gazette de V Allemagne du Nord termine en citant ce passage d'un article de VImparcial de Madrid : « La situation demande à être éclaircie sans retard de façon à assurer la paix et à tranquilliser les puissances. » Les conseils de notre confrère espagnol devraient s'adresser tout d'abord à ses compatriotes. L'Espagne, en effet, semble plutôt portée à embrouiller la situation qu'à l'éclaircir. Au lieu de chercher à faciliter dans la mesure de ses moyens le rétablissement de la tranquillité, elle s'attache à organiser de son côté, sans aucune nécessité, par pur esprit d'imitation, pour ne point avoir l'air de rester immobile tandis que nous marchons, une expédi-

tion autour de ses présides. Sous couleur de réprimer des vols et autres méfaits dont le gouverneur de Ceuta a signalé opportunément l'augmentation, elle a installé des contingents de tirailleurs du Rif à Cudia-Fabrica, à Cudia-Fahana et sur les hauteurs de la Condesa, trois points situés dans le voisinage de Ceuta et de Tétouan. Et ce n'est qu'un commencement : elle compte occuper d'autres positions à mesure que nos colonnes avanceront au secours de Fez. Il ne faut pas s'attendre à ce que la situation soit éclaircie par les Espagnols.

La Gazette de V Allemagne du Nord s'abstient dans sa note de tout commentaire. Mais elle oppose en somme une dépêche de M. Vassel à une dépêche de M. Gaillard. Elle ne conteste rien tout en émettant indirectement des doutes sur l'exactitude des appréciations de nos agents. Les" deux dépêches, pourtant, sont moins inconciliables qu'elles le paraissent au premier abord. Le consul d'Allemagne à Fez ne sent peser sur lui aucune responsabilité ; il n'a aucune initiative à prendre ou à conseiller ; il ne désire vraisemblablement pas voir les troypes françaises sous ou dans les murs de la résidence chérifienne ; il est donc peu enclin au pessimisme. Le colonel Mangin et M. Gaillard éprouvent d'autres sentiments, ressentent d'autres inquiétudes. Ils voient le danger autour d'eux, ils connaissent les points faibles de la résistance chérifienne, ils conçoivent des appréhensions, ils redoutent qu'un optimisme injustifié coûte beaucoup de vies humaines. Suivant les renseignements particuliers qu'ils reçoivent de diverses sources, ils peuvent passer d'une tranquilljté relative à l'inquiétude. Et il est sûr que dans une ville comme Fez, dans la situation où elle se trouve aujourd'hui, nos agents doivent recevoir à tout instant des informations se contredisant d'individus qui en garantissent avec une égale énergie l'authenticité.

l'affaire marocaine 459

Aujourd'liui les dernières nouvelles, postérieures au 30 avril, sont un peu meilleures. Nos agents ont l'impression, paraît-il, que Fez peut tenir encore une quinzaine de jours. Pour notre part, nous le pensons aussi ; nous croyons même que Fez est en état de résister plus longtemps. Mais comment en serions-nous sûrs ? Comment la chancellerie allemande et M. Vassel lui-même en seraient-ils sûrs? A cet égard, il n'y a pas d'éclaircissement définitif à obtenir tant que les tribus investissant Fez n'auront pas été dispersées. Mais une chose est certaine : la bonne foi du gouvernement français dans l'exécution de l'œuvre de salut qu'il a entreprise. Les Cabinets de Berlin et de Madrid ne peuvent en douter un instant. Ils ont reçu des assurances catégoriques. Ils peuvent donc être certains que, si le péril venait à disparaître, si la situation n'exigeait vraiment plus l'emploi de la force, le Cabinet de Paris s'empresserait de donner au corps expéditionnaire des ordres en conséquence* En ce moment, il fait un grand effort pour accomplir ce qu'il croit être un grand devoir.

D'un autre côté, il dépend un peu de la presse française que les Etats étrangers n'interprètent pas inexactement notre politique. Le langage de plusieurs de nos confrères est si exalté qu'il devient suspect au dehors. On voit avec étonnement des hommes éminents comme M. Albert de Mun faire de la surenchère patriotique en même temps que de la surenchère socialiste. L'imagination a plus de part que la raison dans ces articles enflammés. Or, en matière aussi grave que l'aflfaire marocaine, il faut se garder de s'abandonner aux inspirations de la folle du logis. Le sangfroid s'impose.

4^ L'eLROPE au JOIR LE JOUR

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