L INVESTITURE DU SABRE
10 mai 1909.
Aujourd'hui lundi, Mahomet V ceindra le sabre d'Osman dans la mosquée d'Eyoub. Cette cérémonie tient lieu, pour les padischahs osmanlis, de sacre et de couronnement. La tradition en remonte au fondateur de la dynastie, Osman, qui reçut, en 1289, du dernier sultan seldjoucide, Alaeddine III (Aladin), les insignes de la souveraineté. Plusieurs de ces reliques historiques furent brûlées dans l'incendie qui ravagea Brousse au commencement du siècle dernier. Mais le sabre transmis à Osman est conservé dans la mosquée élevée au fond de la Corne-d'Or par Mahomet II le Conquérant, sur la place où fut enseveli Eyoub, le porte-étendard du Prophète, tué pendant l'un des premiers sièges de Constantinople par les Arabes. Quand le sanctuaire fut terminé, Mahomet II \ reçut le sabre de son ancêtre des mains du grand tchélébi de Konia, c'est-à-dire du chef de la puissante congrégation de derviches Mevlevis, considéré comme l'héritier spirituel des Seldjoucides. Depuis cette époque, la coutume s'établit, sans que ce fût une règle stricte, que les nouveaux sultans ceignissent le sabre symbolique dans les mêmes conditions. En fait, il semble qu'il en ait été ainsi pour tous, sauf pour Ahmet II et Mustapha II. Mais, si la présence du grand tchélébi de Konia, pas plus qr.e celle du grand émir de la Mecque, n'est indispensable pendant la cérémonie d'investiture, on s'accorde à reconnaître la nécessité d'un acte officiel du grand tchélébi relatif à l'avènement au trône du
nouveau Padischah. Cette fois, l'acte a déjà été expédié de Konia, quelques jours après la déposition d'Abdul Hamid. Les formalités et rites consacrés par l'usage seront donc parfaits aujourd'hui