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LE HATTI-HUMAYOUN DE MAHOMET V

2 mai 1909.

Le Parlement, que les mutins du 13 avril avaient dispersé par la force, a repris ses travaux....

Jusqu'à ces derniers jours, l'Occident se faisait illusion sur les affaires turques. Il voyait le monde islamique à travers les légendes ou les clichés empruntés aux collections des chancelleries. Même les personnes dont c'était le métier de savoir et de prévoir ne semblaient pas se douter que, depuis plus de dix ans, Abdul Hamid n'avait plus de partisans, d'un bout à l'autre de l'empire, que les exécuteurs et les bénéficiaires de sa politique. La désaffection gagnait les plus hauts fonctionnaires qui assistaient, impuissants, le cœur serré, au développement d'un système lamentable. La censure despotique, allant jusqu'au grotesque, imposée à la presse, le bâillon mis par l'espionnage sur la bouche de tous les habitants, ne permettaient pas de s'exprimer à ces sentiments presque unanimes. Mais ceux-ci n'en existaient pas moins. Ils étaient connus des personnes qui savaient lire sur les visages des bons citoyens anxieux d'un meilleur avenir. C'est l'explication du succès

de la rcvolution de juillet. C'est aussi l'explication de l'écrasement de la contre-révolution

Dans le courant d'avril, la police de Salonique a arrêté le général Youssouf Pacha, agent du fameux Comité mahométan fondé sous les auspices, c'est-à-dire avec l'argent des contre-révolutionnaires. Le général se rendait en Albanie. On visita ses bagages ; ils étaient bondés de boîtes revêtues de cette inscription : Pilules dorées purgatives, à prendre toutes les heures. On ouvrit les boîtes ; c'étaient des rouleaux de livres turques. Voilà comment on se préparait à faire croire à l'Europe que l'empire se soulevait contre la tyrannie des Jeunes-Turcs. Que l'Europe se tranquillise donc! Si des troubles se produisent dans quelque province, elle saura que c'est le fait de bandits soudoyés. Mardi, quand les mandataires de l'Assemblée nationale sont allés à Yildiz lire le fetva de déchéance, Abdul Hamid n'a pas eu un mot de protestation. La nation ne protestera pas davantage.

Le véritable danger n'est pas là. Il réside dans les divisions, dans les luttes des partis. Au lendemain de la révolution de juillet, le parti qui avait été le principal instrument de la délivrance a trop méconnu les sentiments, les aspirations, les projets d'autres groupements sans lesquels, pourtant, le succès n'eût pas été possible. Trop imbu d'idées occidentales, d'idéologie, de philosophie positiviste, il semble que le Comité l'nion et Progrès avait perdu le contact avec le monde musulman. Fort de la popularité que lui valait un triomphe accueilli partout avec des transports d'enthousiasme, il apparut comme l'incarnation du nouveau régime dont on attendait le salut. Il en abusa pour éliminer peu à peu, très promptement, sans ménagements, tous les hommes qui professaient des idées différentes sur la matière de gouverner. Ses journaux tinrent un langate

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injurieux contre des hommes dont ils auraient dû, bien au contraire, apprécier l'expérience et rechercher la collaboration. Il prétendit tout diriger, s'ingérer dans tout. Cet exclusivisme, habilement exploité par les vaincus de la veille, a failli tout compromettre. Il importe qu'il ne se reproduire pas. Nous ne cesserons de le répéter, dans l'intérêt d'une cause à laquelle nous restons fermement attachés : tous les Ottomans de bonne foi doivent être appelés à concourir loyalement au grand travail de réorganisation qui s'impose ; toutes les bonnes volontés doivent être utilisées.

Personne, heureusement, ne paraît plus pénétré de cette vérité que le nouveau sultan. Le hatti-humayoun publié hier en est un indice frappant. Mahomet V y exprime le désir que les sujets de toutes classes, que les différentes races <* appréciant la nécessité de vivre en bons termes entre elles comme il convient à des enfants de la même patrie » jouissent sans distinction de la liberté, de l'égalité et de la justice. C'est le point capital du programme que le ministère Tewfik est chargé d'appliquer.... Avec le temps, au contact journalier, les plus aiguës de ces différences doivent s'atténuer. L'expérience des uns doit contenir, canaliser les aspirations trop bouillantes des autres. Déjà, dans la jeune génération, la fusion des idées s'opère. Les jeunes gens, issus des milieux les plus divers, sentent de même, sont mus par la même volonté. La foi commune des fils doit réconcilier les pères. Abdul Hamid divisait, Mahomet V doit unir pour régner.

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