AVANT-PROPOS
à V ennemi héréditaire. Ici plane encore un mystère. On peut se demander si certains ministres français de ce temps îi'ont pas laissé prendre aux affaires la tournure qu'il fallait pour rendre nécessaire une nouvelle conversation avec V Allemagne. Peut-être en espéraient-ils un règlement général qui asseoirait notre politique extérieure sur de nouvelles bases. Ceux d'entre eux qui inclinaient avec le plus de complaisance vers des combinaisons de ce genre ne tardèrent pas à mesurer V étendue de leurs illusions et de leur témérité. Rien nest plus dangereux que de préparer ou de laisser s'établir une situation qui implique des explications ultérieures avec V Allemagne.
Les Allemands savent autrement que nous monter ces choses-là. En France rinstabilité ministérielle, Vémotivité du Parlement et la mobilité de Vopinion condamnent d'avance à Véchec les plans compliqués , hasardeux, dont le succès exige tout au moins une longue continuité de vues et des dispositions matérielles de première importance. Un joueur peut bluffer avec des cartes ignorées de son adversaire. Mais nos cartes, c'est-à-dire notre état militaire , politique et économique, étaient aussi bien connues de V Allemagne que de nous. On lisait dans notre jeu comme s'il était abattu. Aussi Vliistorien doit-il se montrer sévère pour les hotnmes qui, voulant sincèrement la paix et ?ie disposant pas des moyens de résister victorieusement à une pression poussée à fond, ont fourni à F Allemagne , soit de propos délibéré, soit inconsciemment, le prétexte de remettre en question V accord marocain de février 1909, le système des alliances, l'équilibre général et la paix.
A cette époque, une partie de nos lecteurs et de l'opinion se montra froissée, agacée, de fios avertissements. On nous aurait volontiers qualifié de(( Petit Français ». Mais un écrivain qui se respecte, dans un journal qui se fait honneur de guider l'opinion, ne s'exprime point en paladin, pour Jîat ter l' amourpropre national, lorsqu'il sent venir une tempête oit risque de
sombrer la patrie. Presque tous les Français alors voulaient « donner » le Maroc à la France. Certes le Maroc valait la peine d'un grand effort. Seulement encore fallait-il que cet effort ne nous épuisât point et que notre désorganisât imt ne nous mît pas ensuite à la merci d'un etinemi qui nous aurait imposé ses solutions en Afrique comme en Europe. La conquête du Maroc, sans conclusion d\m îiouvel arrangemejit préalable avec V Allemagne, constituait une entreprise folle. Fatalement nous délions la payer de V abandon de V Orient européen et asiatique, ou d'une grande colonie française, ou bien nous affronter avec ?iotre vainqueur de 1870, incomparablement plus puissant que quarante ans auparavant. S'imaginer que r Allemagne nous laisserait tranquillement occuper et (( protéger n l'empire chérifien en nous référant à l'accord de février 1909, était de la démence. Or, avec grande raison, ni le public, ni le Parletnent français ne voidaient céder mie grande colonie française à V Allemagne, ni laisser l'Orient à la Germanie. Restait donc le conflit. C'est, en effet, ce qui arriva.
Le chapitre sur l'affaire marocaine contient à ce sujet, à chaque page, les avertissements les plus précis. Mais les chapitres précédents s'y relient étroitement. La contre révolution turque, les négociations de l'emprunt turc et de l'emprunt hongrois, les entrevues de chefs d'État et de ministres dirigeants furent autant d'occasiojis pour la diplomatie germanique de sonder le gouvernement et le peuple français, d'éprouver la solidité des alliances et des ententes. L'envoi du Panthcr devant Agadir fut le dernier sondage. Ce geste brutal, à la * manière de Berlin, avait pour objet de nous oblige/ à nous découvrir, à montrer, suivant l'expression vulgaire, ce que nom avions dans le ventre. C'est ce qu'où vit en effet les mois qui suiinrent.
Mais, pour saisir les raisons et la portée du geste, dont les conséquences se font encore sentir, il convient de se reporter à