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II I

charges sont restées. Au point de vue linancier, l'anarchie du système hamidien avait un correctif dans l'arbitraire même. Les appointements affectés à la multitude des fonctionnaires de toute sorte étaient relativement très élevés pour la plupart, seulement on ne les payait que de loin en loin. Il s'établissait ainsi une sorte de moyenne dont profitait le Trésor impérial. Sous le nouveau régime, de pareilles irrégularités ne pouvaient être tolérées. Les fonctionnaires doivent recevoir l'intégralité de leur traitement. Comme leur nombre n'a pas diminué, on voit le

résultat

L^n des points les plus délicats sera la solde de l'armée. Pour les soldats, elle est plus du double de celle des autres armées européennes. Quand on ne la payait pas, cela n'avait pas d'importance ; il en est autrement aujourd'hui. D'autre part, si la solde des officiers est faible, leur nombre est hors de proportion avec les efltectifs de troupes. Pourrat-on opérer les retranchements nécessaires.^ C'est par l'armée, en somme, que s'est faite la révolution. On n'y pourra toucher qu'avec une extrême prudence. Enfin, une grande misère, la famine même, règne dans plusieurs parties de l'empire, en Anatolie et en Mésopotamie, Il faut distribuer des secours aux populations. Il y a de gros besoins d'argent.

Par contre, les sources de revenus n'augmentent pas. Les indemnités que la Porte touchera de l'Autriche et de la Bulgarie seront absorbées par le remboursement des avances consenties par les banques. L'élévation des droits de douane n'est encore approuvée que par l'Autriche et n'est pas destinée à produire prochainement de gros suppléments de recettes. Tant qu'une organisation normale d'impôts rationnels ne fonctionnera pas dans toute l'étendue de l'empire, l'équilibre budgétaire sera un mythe.

Pendant plusieurs années, le déficit sera inévitable. Il faudra donc recourir au crédit, c'est-à-dire aux emprunts. Le taux demandé par les prêteurs dépendra naturellement de la sincérité des réformes réalisées et des garanties fournies par l'emprunteur. Ce sera le devoir de l'Europe de faciliter l'évolution politique ottomane vers un gouvernement moderne. Mais il importe que, par réciprocité, elle trouve de la bonne volonté et le respect des engagements pris. Or, malheureusement, le mouvement nationaliste d'où est sortie la révolution semble avoir fait naître dans certaines couches de la population un courant, non pas de xénophobie, mais d'impatience contre les étrangers. Légèrement grisés par leurs succès, beaucoup de Jeunes-Turcs s'imaginent volontiers avoir le droit de compter sur le concours inconditionnel des Occidentaux. Ils s'irritent de voir entre les mains de ceux-ci de vieilles institutions qui, tout compte fait, étaient jusqu'à ces derniers temps les seules profitables pour l'empire. A la réflexion, leur patriotisme doit se rassurer. L'aide matérielle de l'Occident sera indispensable à la Turquie pendant plusieurs années encore. I>e mieux sera donc de la rendre la moins onéreuse possible, et le meilleur moven d'arriver à ce résultat sera d'inspirer confiance. Quand l'Ëtat sera réorganisé sur des bases d'une solidité éprouvée, les Ottomans reprendront peu à peu, par le jeu naturel des institutions, possession de tous les rouages administratifs. Nous souhaitons vivement que rien ne vienne entraver cet accord si désirable de l'Europe et de la Jeune-Turquie.

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