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ENTREVUE DE GUILLAUME II ET DE NICOLAS II A POTSDAM

4 novembre iqio.

Nicolas II est arrivé ce matin à Potsdam pour rendre visite à Guillaume IL II venait du château de Wolfsgarten où i? retournera rejoindre la tsarine et ses enfants aussitôt après l'entrevue. Il y a aujourd'hui déjeuner intime et dîner officiel au Nouveau Palais. La presse allemande a essayé d'interpréter cette visite de courtoisie comme un signe de rapprochement entre les deux cours de Pétersbourg et de Berlin. Ses commentaires ont reçu de la part des journaux russes un accueil plutôt désobligeant qui a péniblement surpris M. Schiemann, l'augure de la Gazette de la Croix. 11 n'v avait pourtant pas de quoi s'étonner. L'entrevue de Potsdam rentre dans la catégorie des événements prévus, obligatoires

pour ainsi dire. A vouloir en tirer des conséquences hors de proportion avec les causes, on provoque nécessairement une remise au point.

Nicolas II et sa famille sont en séjour, depuis de longues semaines, chez les parents de la tsarine, en territoire allemand. Il ne pouvait se dispenser de se rencontrer avec l'empereur allemand. Son abstention n'eût pas manqué d'être considérée comme une marque de froideur significative. Le seul fait remarquable en la circonstance, c'est que, contrairement aux entre\aies précédentes des deux monarques, qui avaient lieu généralement en mer, à bord des yachts impériaux ou dans un port de l'un des deux États, celle-ci a lieu dans la résidence impériale et royale de Potsdam. Toutefois ce n'est point là un sujet d'étonnement. Nicolas II fait cette fois, en Allemagne, un séjour d'une durée exceptionnellement longue. Il est donc naturel qu'il se déplace pour rendre visite à Guillaume II. Peut-être eût-il préféré ne point quitter les environs de sa villégiature. Mais s'il a cru deviner que sa visite était attendue à la résidence officielle de son cousin, et non point dans un château voisin de Wolfsgarten, les convenances exigeaient qu'il déférât à ce désir. D'ailleurs, la rencontre n'en prendra point un caractère national. Ni la population ni les autorités de la capitale n'y participeront.

Depuis la grande crise orientale, les deux souverains se sont déjà rencontrés une fois. Ils ont passé ensemble les deux journées du 17 et du 18 juin 1909 dans les eaux finlandaises, près de Bjoerkoe. Le choc des mauvais souvenirs de l'hiver 1909 est donc amorti. Il n'y aura plus à échanger d'explications sur la fameuse sommation du comte de Pourtalès 4U mois de mars de cette année critique. Mais, depuis lors, les relations entre les deux

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empires ne se sont point sensiblement améliorées, ou plutôt la tournure prise par les événements en Orient n'a point permis à la politique des deux pays de se rapprocher. Le principal but de la politique allemande en Russie n'a point été atteint : la réconciliation espérée entre Vienne et Pétersbourg n'a pas été réalisée. La presse austro-allemande a célébré comme un triomphe le départ de M. Isvolsky du ministère des affaires étrangères ; elle a criblé de sarcasmes le nouvel ambassadeur de Russie à Paris. Ces puérilités ne suppriment pas les faits. M. Isvolsky désirait depuis longtemps échanger le Pont aux Chantres contre une ambassade, et il est vraiment comique de soutenir que son arrivée à la rue de Grenelle soit de nature à ébranler la Triple Entente. Son successeur, M. Sazonof, défend la même politique que lui, est dévoué aux mêmes idées. On n'aperçoit pas les raisons de se réjouir des adversaires de 1\L Isvolsky. D'autre part, les rapports de l'ambassade d'Autriche à Pétersbourg et de l'ambassade de Russie à Vienne sont restés aussi froids. Les titulaires des deux postes vont être changés, parce que cette situation anormale ne pouvait se prolonger indéfiniment. De là à conclure à un rapprochement il y a loin. Enfin, la rancune des grandes masses russes contre la sommation de mars 1909 demeure entière. Les événements qui se déroulent en Orient depuis quelques mois et ceux qui se préparent ne sont point faits pour la calmer. Si Guillaume II parle des bonnes intentions de l'Autriche au tsar, celui-ci pourra facilement répondre qu'il jugera la politique du Cabinet de Vienne d'après les faits et non d'après les intentions. La présence à Potsdam de M. Sazonof et de M. Klemme, le directeur du bureau asiatique, a fait supposer que les conversations porteraient sur les grandes questions po-

litiqucs, spécialement sur celle de Perse, que la récente note anglaise au gouvernement persan a mise à l'ordre du jour. 11 est naturel que les souverains et leurs ministres abordent ces questions. Il est même désirable qu'ils en parlent de manière à prévenir, de la part des ambitieux et des agités, d'imprudentes initiatives.

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