‹ L'Europe au Moyen Age (volume 2)Chapitre 20 sur 24 · US · texte numérisé non relu

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ils y intervenaient par des motifs d'intérêt personnel trop manifestes, et qu'ils étaient en quelque sorte regardés comme étrangers à cause de leur origine et du lieu de leur résidence , ils ne firent qu'augmenter cette impopularité et cette mauvaise repu* tation qui , par divers autres motifs , s'attachaient & leur cour.

Les papes successeurs de Boniface VIII, sans Quertliedei oser, aussi formellement que Pavait fait ce pontife fJS de bE dans sa querelle avec Philippe-le-Bel , s'arroger, en vlèra' vertu du droit divin, une juridiction générale sur les souverains, soutinrent néanmoins une lutte mémorable pour le pouvoir temporel contre l'empereur Louis de Bavière. Des maximes depuis long-temps répétées hardiment sans Contradiction , et appuyées sur le Droit canonique , passaient presque pour des articles de foi parmi le clergé et parmi les personnes dont ce corps avait la confiance. Clément V déclara, malgré toutes les anciennes autorités, que les papes, ayant transporté l'empire romain des Grecs aux Al* letnands, et délégué à certains électeurs le droit dé nommer l'empereur, conservaient encore la prérogative d'approuver l'élection, et de recevoir du prince élu, lors de son couronnement , le serment de fidélité et d'obéissance (1). Cette déclaration

(i) Romani principes, etc.*. romano pontiflci,à quo appro» battonempersonatad Imptrialis celsitudiiUx apieem assumendm, neenon unethnem, consecrationern et imperil coronam aoclpiunt, sua submlttere capita non reputârunt indlgnum, eeque illi et eidem Ecolesice, que» à Gravis imperium translulit in Germûnos, et à quâ ad certes eorum principe* Jus et potestas eligendi regem, in imperatortm postmodàm promovendum ,

concernait Henri VI I, qui n'admettait point que son serment comportât cette interprétation 9 et qui prenait des mesures très-aW mantes pour la cour d'Avignon , a l'effet de recouvrer ses droits impériaux en Italie. U venait de conférer Le titre «le vicaire de l'empire à Mathieu Visconti, seigneur de Milan. Les papes avaient pendant quelque temps prétendu posséder ce vicariat lorsque l'Empire était vacant; et & la mort de Henri VII , ils pressèrent Visconti d'abaudonner ce titre. Plusieurs circonstances pour lesquelles je renvoie a l'histoire politique d'Italie, produisirent une guerre entre le légat du pape et les Visconti. Ces derniers étant chefs du parti gibelin ou impérial x l'empereur Louis leur envoya du secours» Cette intervention lui coûta près de vingt ans de trouble. Jean XXUj pontife aussi violent et aussi ambitieux que Bonifact luimôme (*), publia aussitôt une bulle dans laquelle il prétendait que le droit d'administrer l'Empire pendant sa vacance (même en Allemagne, ain$i qu'il semble résulter de la généralité de soi* expression), aussi -bien que le droit d'intervenir comme

pertinet, adstrinçene vinculo juramenti , e\c Clément,, 1. a, t. 9. Les fertiles du serment , tels qu'on les trouve dans cette cousu* tiitiou, n'autorisent pas l'interprétation du pape, mail indiquent seulement, que l'empereur sera l'avocat ou le défenseur de l'Eglise.

(*) Il existe une bulle de Jean XXII par laqiiel.le U déclare qut sa volonté est que l'Italie , l'empire, germanique e^ la France , soient désormais trois états 4isUncts et iua7peudau8 l'un de l'autre. Cette pièce q été imprimée) pour la première fou, datu V Essai historique sur la jtfiLiianM tern^oiyUç 4e& ?*#**+ t. at p. 133-144. (Jf. tf. XO

juge, lorsque le choix des électeurs était douteux, appartenait au saint-siége; et il ordonnait à Louis de déposer sa prétendue autorité, jusqu'à oe que son élection eût été soumise à la suprême juridiction. L'élection de Louis avait été contestée, il est vrai ; mais la querelle était alors terminée par la victoire de Muhldorf , qu'il avait remportée sur le duc d'Autriche son compétiteur ; et le pape n'était jamais intervenu pour apaiser la guerre civile qui, à cette occasion , avait déchiré l'Allemagne pendant plusieurs années. L'empereur, ne Vêtant point i3a3. soumis à cet ordre péremptoire , fut excommunié ; ses vassaux furent déliés de leur serment de fidélité , et tous les traités d'alliance qu'il avait conclus avec les princes souverains furent annulés» L'Aile» magne néanmoins tint ferme \ et si Louis avait saontré lui-même moins d'irrésolution et adopté un plan de conduite plue uniforme, la cour d'Avignon aurait ep un désavantage bien marqué dans une lutte dont elle ne sortit pas en définitif avec un trèsgrand succès* Mais en même temps qu'il se portait au* dernières extrémités k l'égard de Jean XXII , en publiant contre lui de scandaleuses accusations dans l'assemblée des citoyebs de Rome, et en faisant élire h sa place un moine franciscain, à la suite d'une sentence irrégulière de déposition, Louis paraissait toujours disposé à entrer en accommodement, à abandonner ses plus zélés partisans, et à faire les oonoessiena les plus contraires à son indépendance et à sa dignité. Jean était inflexible 5 il n'y avait rien • à attendre de lui; mais Benoit $11 aurait volontiers

Consenti à une réconciliation, s'il n'avait pas craint les rois de France et de Naples, adversaires politi* ques de l'empereur, qui tenaient les papes d'Avignon dans une sorte de servitude. Son successeur Clément VI hérita de la haine implacable de Jean XXII contre Louis , qui mourut sans obtenir l'absolution qu'il avait long-temps sollicitée avec bassesse (1). Esprit de ré. La faiblesse de cet empereur procura quelquefois

«istance aux . , , . ., , .

usurpations un triomphe momentané aux papes ; mais u est evi- ■*■*»• dent que leur autorité diminua dans le cours de cette lutte , qui est en effet la dernière des grandes querelles qu'ils aient osé soutenir contre les gouvernemens temporels. La diète tenue à Francfort en i338 rejeta formellement leur droit de confirmer les élections impériales , et établit , comme maxime fondamentale, que la dignité impériale dépendait de Dieu seul, et que quiconque était élu par la majorité des électeurs, devenait immédiatement roi et empereur, avec toutes les prérogatives de ce rang sans avoir besoin de l'approbation du pape (a) . Cette loi, confirmée par l'application qui en fut faite dans

(1) Schmidt, SisU des allemands, t. 4, p; 446— *536, parai: être 1» meilleure autorité moderne sur cette latte entre l'Empim et la papauté. Voyez aussi Struviua, Corp. Sist. Germ. > p*. 5^ , „

(a) Qttàd imperialis dignitas et potestas immédiate ear *oZ( Deo, et quàd de jure et Imperii consuefudine antiquitùs appm batd, postquàm aliquis eligitur in imperatôrent swe régent 42 i electoribus Imperii concorditer, vel majori parie tommdem êtatim,ex solû electioné est rex veruset imperator romanon* n censendus et.nominandits, et eidem débet ab omnibus imper-* subjectis obedùi, et administmndi jura imperii, et cœtem yZi

la suite , émancipa l'empire d'Allemagne , qui avait un intérêt immédiat a repousser les prétentions des papes. Mais quelques-uns de ceux qui avaient pris une part active dans ces événemens , étendirent plus loin leurs vues, et attaquèrent tout l'édifice du pouvoir temporel que le siège de Rome avait élevé depuis plus de deux siècles. Plusieurs savans distingués, parmi lesquels on remarque le Dante , Ockham et Marsilius de Padoue, découvrirent les fondemens de cet édifice , et en firent connaître le peu de solidité (1). La littérature, depuis trop long temps esclave passive du despotisme spirituel , commença à

ciendi, qu.ce ad imperatorem verum pertinent, plenariam kabet potestatem , nec papas , s'we sedis apostolicœ ,aut a lieu jus diterius appTobatjione , confirmatione , auctoritate indiget vel consentit. Schmidt, p. 5i3.

(1) Giannone, 1. 22, c. 8» Schmidt, t. 6, p. i5a. La Dante était mort avant ces événeinens ; mais ses principes étaient les mêmes. Ockham avait déjà employé ses talens à défendre la même cause en écrivant en faveur de Philippe IV contre fioniface , un dialogue entre un chevalier et un clerc sur la suprématie temporelle de l'Eglise. Ce dialogue se trouve avec d'autres traités de la' même espèce dans Goldastus , Monarchia Imperii, p. 1 3. 11 est transcrit en entier dans le Somnium Fîridarii, ou le Songe du yergier, ouvrage plus célèbre , attribué à Raoul de Presles , écrivain du règne de Charles V : le plagiat ne parait pas avoir été remarqué, quoique, dans le fait, l'auteur n'ait fait qu'orner d'une fiction les savans raisonnemens de notre compatriote (*). x

(*) Voici comment s'exprime à l'égard du Songe du Vergier M. Camus , dans la Bibliothèque de Droit, qu'il a donnée à la suite de set Lettres sur la profession d'Avocat : «t Cet ouvrage , dit- il , qui traite » de la puissance ecclésiastique et de la puissance temporelle, et de leurs m bornes j a été composé par ordre de Charles V. Il existe aussi en « langue latine. L'édition latine est beaucoup plus ample que l'édition » française, et il y a d'ailleurs d'autres différences considérables. On

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revendiquer ton plus noble privilège, celai d'être l'interprète de la liberté et de U vérité. Les écrits de ces adversaires de Rome n'offraient pas toujours

des rai son ne mens appuyés sur de* principes très'

u «i Art incertain quel fat l'auteur du Songe dufergier. J'ai lui sur u cei objet , et (oui ce qui a rapport an Songe du Vergier, des rncrierchn u considérables, que j'ai lun à l'Académie dea Belles-Lettres, les 26 n » a^ avril 17H5. Le résultat de mes recherebes est qat te Songe du ferai gicr a été écrit ou par Jeam de Li^neno , docteur on làeologie de » la Faculté du Paria , ou par Charles Louviers , conseiller du roi u Charles V ». M. Hallam , a qui noua aioua donné connaissance de

le Songe du f^rgier, tendant a justifier »e aiote. Comme elles s'appliquent à un des plus anciens monument de 1a littérature française et des libertés de l'église gallicane , nous croyons devoir les insérer ici.

S x&nosrmaal, dit M. Hallam, Saoul de Preslp. comme l'auteur Ju Songe du Vergier, je m'en mis rapporté a quelques écriTaiiu rranfaù.; je ne cosanaissais pas le livre de H. Camus..*.. Un point plus impor-

origiuol. Bu me repartant de nouveau à Goldastus, je trouve le dialogue, que j'attribuais àOcJrJtam, dans le premier vulume de- sa collection , p. iî , et ce dialogue porte effectivement- son nom. Dans unt ■TMerfation de -Atutoribus, qui est BU tête du daf-ue volume, je In In passage suivant sur OoUuun : Hic nalione J^Uts, prafëiior fuit reggu in académie1 Parisiemi , uni et regii Phitippi Pulchri /nsru

huit dialogue eompoiuit Hujut auttm dialegi auetonenjfuisir

moitnim Ocihaxum icribit Jaaiuiei Bxlœtu , à quo nppelioiur- Dia< 1ÛCÏ! MlIJTU 1T CiKHICl, titatque priiicipiuin , quod ils habit Mïrar, optime miles, etc. Cul aiùtipuJutvr Ftacius quaque, Jaj clta Loco TESTirjH YKMTATU , teribeni, Uialogus juter dericum ri tn'dUeik , contra nimiam libertatem cltricorum , qui *>iJgà citai, cjus est,,,.-. Parrù iplum hune dialogum ferme Lotum t perpautu additii autdetraetu, auctor Somnii Viridarii in lit,. 1, traoscripiit , ut vider* eit , cap. s , et i*q. ». Le Somnium Vbietaril dont il est Ui question, est la traduction ou l'original du Songe du Vergier; on Itrouve un peu plus loin dans le même volume de Goldirtus. En indiquai! : l'éditi.in latine du Songe du Vergier, M. Canins entend parler de es Somnium Viridarii, et non du Dialogue attribué i Ockham. Il es!

disant que l'auteur n'avait uit qu'orner d'une fiction les raison» cm coi

solides; iabis du moins ils apprirent aux hommes à examiner ce qui avait été reçu jusqu'alors avec un respect aveugle , et ouvrirent^ carrière à des discussions plus philosophiques. Vers la même époque,

d'Ockham. Cette assertion iriést tout an plus applicable qu'à la première partie , dans laquelle est. incorporé le dialogue attribué à Ockham.

» Il ne reste plus qu'à examiner si j'avais tort d'indiquer la ressemblance qui existe entre les deux ouvrages comme un plagiat de l'auteur français. Si Ockham a écrit le Dialogus militis etclerlci, le plagiat ne peut être révoqué en doute. Ockham vivait sous Philippe IV ; et , dans toutes les hypothèses, le Songe du Vergiera. été écrit sous Char1 es V. Le JJialogue est contenu dans le Somnium Viridarii, à quelques changemens de mots près, et avec des additions nombreuses , à la vérité (j'entends parler ici de cette partie du Somnium Firidaril qui peut être comparée avec le Dialogue, indépendamment de la partie bien plus considérable qui , en tant que rapprochée du Dialogue , est entièrement originale ) ; de sorte que le Somnium Viridarii est une amplification du Dialogue d'Ockham , ou le Dialogue un abrégé du Somnium Viridarii, et faussement attribué à Ockham. H y a en conséquence trois hypothèses- possibles ; 1.0 Ockham a écrit le Dialogue, et un écrivain postérieur l'a inséré dans iln traité latin , le Somnium Viridarii, traduit ensuite en français j a.° le Somnium latin est l'original, et le Dialogue en a été tiré ; 3.° Le Songe du Vergier en français est original , le Somnium en est une traduction , et le Dialogue tiré de ce dernier. Cette dernière hypothèse est évidemment une modification de la seconde ; mais il résulte bien certainement de la ressemblance des mots entre le Dialogue et le Somnium Viridarii, que l'un a été pris directement de l'autre, sans aucune intervention de l'ouvrage français.

» Lequel des trois ouvrages est Véritablement original? c'est un problème

que je ne prëtendi pas résoudre. L'autorité de Coldastus peut sans doute

nae justifier d'avoir attribué le Dialogue à Ockham , vu que je ne fais

point profession d'examiner minutieusement les questions critiques de

cette espèce. Cependant la phrase suivante, que l'on trouve daus le

JJialogue, porte i croire qu'il est d'une date antérieure au Songe du

Vergier : ^Robertus de Flandrid pro uxore sud petens ducatum Bur-

gundiœ no mine dotis , debuit-ne coràm rege vel episcopo litigaret

Cette phrase est entièrement omise dans le Somnium Vidariii, et c'est

la. seule qui paraisse l'être. Maintenant, je trouve' dans VArt de vérifier

les Datés, t. 2, p. 5o7,qu*en 1272 Robert, depuis comte de Flandre,

réclama îe duché de Boulogne du chef de son épouse , fille du fils aîné

une nouvelle classe d'ennemis s'était tout-à-coup élevée contre les régulateurs de l'Eglise. C'était une partie des Franciscains qui avaient fait scission avec le corps, sous prétexte qu'il s'écartait en plusieurs points de la rigueur de la règle primitive. Leur schisme était principalement fondé sur une'subtilité d'interprétation relative au droit de propriété sur les objets de consommation , droit qu'ils prétendaient incompatible avec la pauvreté absolue qui leur était prescrite. Ils soutenaient ce vain sophisme avec le fanatisme le plus farouche ; et Jean XXII ayant essayé de réprimer leurs folies par une persécution cruelle , ils proclamèrent à haute voix la corruption de l'Eglise, donnèrent au pape le nom tf Antéchrist, et soutinrent avec chaleur l'empereur Louis dans toute sa querelle avec le saint-siége (i).

du duc Hugues IV, mais que la cour des pair», convoquée par Philippe Ht, adjugea le duché au plus jeune fils de Hugues. A partir de cette époque, il n'a point été tenu de cour de cette espèce. Cette circonstance semble rendre probable que le Dialogue a été écrit sous Philippe-le-Bel , à une époque où cette affaire était encore assez récente , et où Ton devait en conserver le souvenir. Mais un écrivain copiant ce Dialogue sons le règne de Charles V pouvait fort bien omettre cette allusion à une cour généralement oubliée.

» J'observe , en terminant , que je n'aurais pas dû employer le motpiatnat; il parait emporter avec lui une idée de reproche ; et j'aurais éA me ressouvenir que rien n'est plus commun parmi les écrivains du moyen Age que de copier librement leurs prédécesseurs. L'auteur du Songe du Ketgier était sans doute plus jaloux de propager ce qu'il croyait être les bons principes , que d'obtenir une célébrité littéraire, puisque, dans 1* fait , il y renonçait entièrement en gardant l'anonyme, *> (S. d. TJ

(i)Le schisme des Franciscains rigides, oufmtricelU, est un* des parties les plus singulières de rjûstoire ecclésiastique, et eut une forte tendance à ravaler l'autorité tentporelje de la papauté.

Cependant les papes qui résidaient à Avignon Rapacité de» continuaient à envahir avec «ne incroyable râpa- ££ ***'. cité le patronage et les revenus de l'Eglise. Les mandats, ou lettres par lesquelles ils désignaient le clerc à qui le. bénéfice devait être conféré, paraissent «voir été remplacés en grande partie par la mesure plus efficace de s'approprier les bénéfices par réserve ou provision j mesure qui reçut une extension énorme dans le quatorzième siècle. Jean XXII . le plus insatiable des pontifes , se réserva tous les évêcbés de la chrétienté (1). Benoît XII s'arrogea le privilège de disposer pendant sa vie de tous les bénéfices vacans par résignation, destitution ou translation. Clément VI, pensant naturellement que son titre valait celui de son prédécesseur, prorogea le même droit pour tout le temps de son pontificat 5 et bientôt ce fut une règle permanente de la chancellerie romaine (2). Aussi la nomination d'un prélat à un riche évêché n'était-elle en général que le premier anneau d'une chaîne de translations 4jue le pape pouVaît étendre suivant son intérêt. Jean XXII fut l'auteur d'une autre innovation capitale ; il introduisit l'usage de la fameuse taxe appelée annotes, ou premiers fruits des béné- «

et à aplanir le chemin (fui devait conduire à la AéformjHpn. Ce sujet est traité à fond par Mosheim, cent. i3 et 14 ; ef Jmr Gravier, Hist, de V Université de Paris, t. a, p. a33— 064» etc.

(1) Fleury, Institutions, etc.', 1. 1, p. 368. Fra Paolo, Traité dés Bénéfices, c. 37.

(a) Fra Paolo, c. 38. Lei translations de* évéques se faisaient par l'autorité du métropolitain Jusqu'au pontificat d'Innocent III, qui réserva cette prérogative ausaintnriége. De Marea, 1. 6, c. 8.

fices ecclésiastiques , qu'il imposa à son profit particulier. Ces aimâtes consistaient dans la valea* d'une année des revenus , réglée par le tarif consigné dans les livres de la chancellerie romaine , et payable aux collecteurs du pape dans toute l'étendue de l'Europe (1). Ditférens autres moyens forent inventés pour obtenir de l'argent. Ces papes dégénérés, abandonnant les grands projets de leurs pré* décesseurs, bornèrent leur politique au soin d'augmenter leurs richesses. Jean XXII passe pour avoir amassé un trésor presque incroyable 7 exagéré peutêtre par l'animadversion de ses contemporains (a). Au reste , il est douteux que son avarice ait pins déshonoré l'Eglise que les scandaleuses profusions de Clément VI (3).

Les rois de France encourageaient beaucoup trop ces exactions; mais ce n'était pas sans motif j

(1) Fra Paolo, c. 38. Fleury, p. 4H- De Marca, 1. 6, c. 10. Pasquier, 1. 3, c. 23. Les papes étaieut depuis long-temps dans l'habitude de recevoir un don pécuniaire lorsqu'il* conféraient le pallium à fin. archevêque^ bien que cet usage fiât condamné par les rigoristes et par ie> papes eux-mêmes. De Marca, ibid. On a indiqué comme un trait remarquable le refus d'Innocent IV de recevoir aucun présent d'un archevêque d'Allemagne en lui donnant le pallium. Schmidt, t. 4, p. 17a. Ont Mwfc de nombreux détails su:* l'origine et la nature des annates dans Lenfia^Q^ Candie de Constance* t. 2 , p. i33.

(2) 6. Vîllani l'évalue à vingt-cinq millions de fforins , ce qm est très-difficile à croire. Les Italiens étaient asse*z crédules pour croire tons les rapports que l'on misait confie les papes d'Avignon. L. ii, c. 20. Giannone, 1. 22, c. 8.

(3) Sur la corruption des moeurs à Avignon pendant ta séjour des papes, voyez De Sade, Vie de Pétrarque, t. 1, p. 70, et plusieurs autres passages.

prenaient part au butin , ou du moins requéraient l'assistanee mutuelle dea pa|>es pour lever de leur côté des impôts sur le clergé. Jean XXIr obtint de Cha*les-le-Bel la permission de prendre un dixième des revenus ecclésiastiques (1); et Clément VI, en retour, accorda deux dixièmes à Philippe-de- Valois pour les dépenses de sa guerre. On leva une sem» bkble taxe, en vertu de la même autorité, pour payer la rançon du roi Jean (a). C'étaient là des contributions relatives à des intérêts nationaux et sans rapport avec la religion , des contributions que les papes n'avaient jamais eu auparavant la prétention d'imposer, et que le roi aurait pu* justement lever avec le consentement de son clergé, suivant la coutume usitée en Angleterre. Mais il n'était pas toujours facile d'obtenir ce consentement , et l'on trouvait plus simple d'avoir recours à l'autorité du papf . Nos ancêtres déployèrent plus d'énergie. L'Angleterre eut la gloire d'opposer la première barrière légale aux usurpations de Rome , à moins que nous ne regardions comme tel ce monument douteux et isolé , la Pragmatique-Sanction de saint Louis, dont la France s'écarta d'ailleurs entièrement par la pratique dans les temps qui suivirent* Les barons an-

(i) Contint* tor Gui. dte Nangis , in Spicilegio d'Mehety, t. 3, p. 86 (édit. in-fol. ). liét mUêrem eccles4am, dit ce moins , unus tonde t , alter excoriai.

(a) Fictif y, Institut, au Droit ecclésiastique, t. a, p. 24$. Villarct, t. 9/ p. <pi. D'après l'usage régulièrement observé depuis, le roi obtenait le consentement du pape lorsqu'il levait une taxe sur le clergé, mais il n'attendait pas toujours ce consentement pour l'imposer.

glais avaient , dans une lettre adressée à Boniface Vlll , désavoue' , d'une manière absolue, la saprématie temporelle qu'il avait voulu s'arroger sur leur courôune en intervenant dans la querelle de Y Angleterre avec l'Ecosse (i). Il est remarquable que cette lettre est presque de la même époque que celle de la noblesse de France ; et ces deux pièces réunies peuvent être considérées comme une protestation commune des deux royaumes, et un témoignage du*entiment général qui dominait parmi les laïques des classes supérieures. Très-peu d'années après , le parlement de Carliste adressa à Clément V une remontrance énergique contre le système des provisions et autres extorsions, et contre la taxe des premiers fruits , taxe que le bruit public l'accusait de vouloir établir (a). Mais ce n'étaient j^s des remontrances qui pouvaient faiïe grande impression sur la cour d'Avignon; et la faible administration d'Edouard II laissait un libre champ aux usurpations ecclésiastiques, tant à l'intérieur du royaume qu'au -dehors (3). Son magnanime Gis

(î) Rymer, t. 2, p. 373. Collier, t. 1, p. 795.

(a) Rotuli Parliamenti, t. i> p. 204. Ce passage, la rapidement , a induit en erreur Collier et d'autres écrivains anglais , tels que Henry et Blackstone, et leur a fait croire que les annales avaient été imposées par Clément V. Mais le témoignage général des auteurs étrangers rapporte cette taxa a Jean XXII, et il est confirmé par le Droit canonique, extravagant. Communes, 1. 3, t. a, c. 11.

(3) Le statut appelé *j4rticuli cleri, passé en i3i6, avait plutôt pour objet de confirmer que de limiter l'immunité des clercs dans les causes criminelles.

tint une conduite plus hardie. Après s'être inutilement plaint à Clément VI de l'abus révoltant qui réservait presque tous les bénéfices d'Angleterre au pape, et généralement au profit des étrangers (1), il promulgua en i35o le fameux statut des proviseurs. Cet acte, où en est rappelé un autre , Mait, est-il dit, au parlement de Carlisle, et qui cependant ne se retrouve pas (a), contient des plaintes énergiques sur le mal produit par les réserves coû* tinuelles de bénéfices , et fiait par déclarer que toutes les élections et collations seront libres, conformément à la loi , et que , dans le cas où quelque provision ou réserve serait faite par la cour de Rome , le roi aurait pour cette fois la collation de tout bénéfice qui dépendrait de l'élection ou du patronage du clergé (3). Cette dévolution à la cou-

(1) Collier, p. 546.

(a) Il est singulier que Sir E. Coke prétende que cet acte rappelle et a pour fondement le statut de la 35 • année d'Edouard I , de asporiatis religiosorum (a bis t. 58o); car il n'y a pas la moindre ressemblance dans les termes; et s'il en existe quelqu'une dans la substance, elle est vraiment bien légère. Blackatone, par suite , se trompe sur la nature de cet a< te d'Edouard I , et suppose qu'il a été fait pour interdire les provisions papales; j'avoue que je u'y trouve rien qui ait le moindre rapport a cette interdiction. A-ton promulgué un semblable statut dans le parlement de Carliste de 35 E. 1 , ainsi qu'il est affirmé dans le statut a5 E. III, et dans le rôle d'un autre parlement, 17 E. III (Hat. Part. , t. a, p, 144) i C'est une question qu'il est très-difticile de décider -, et peut-être , en examinant ce poiut avec attention, trouvera- t-on qu'il faut opter entre une suppression faite à dessein , ou une interpolatiou également faite a dessein.

(3) a5E.m,8tat. 6.

ronne, qni paraît un peu arbitraire, était le seul remède efficace qu'on pût employer contre lf connivence et la timidité des chapitres et des paîtrons spirituels. Nous ne pouvons assurer que ce statut, si grandement conçu , ait été exécuté avec la même fermeté. Tantôt en vertu de dispenses royales , tantôt à la faveur de la négligence ou de moyens évasifs, les bulles de provision des papes continuèrent d'avoir leur effet malgré les nouvelles lois qui venaient corroborer les premières. Il résulta d'un examen fait en i36y que certains clercs jouissaient de plus de vingt bénéfices conférés par le pape (i); et les parlement de ce régne et de celui de Richard II ne cessèrent de se plaindre du pen de respect qu'on montrait pour le statut des proviseurs. Ces plaintes donnèrent Ken k d'autres mesures que j'indiquerai tout-à l'heure.

Retour des La résidence des papes à Avignon causa un mépapea a Ro- conteutement général en Europe* ; et ils ne purent eux-mêmes s'empêcher de sentir les inconvénkns d'une absence prolongée de leur propre diocèse , de la cité de Saint- Pierre , la source de tous leurs droits à la puissance souveraine. Mais Rome , qu'ils avaient abandonnée depuis si long* temps , les reçut froidement. Urbain V retourna à Avignon après une sorte d'essai de la capitale, et ce ne fut qu'en i3y6 que Grégoire XI effectua enfin la promesse tant de fois répétée et si souvent différée de rétablir la chaire pontificale dans la métropole de la chrétienté* Sa

(1) Collier, p. 563.

mort, qui arriva bientôt après,, prévînt, dit-on, une nouvelle translation & laquelle il se préparait. C'est alors qne commença le grand schisme , l'évé- Electioncw nement le pins remarquable de l'histoire eccléaias- w-vi «<! tique après la Réformation. La validité de cette ^77, élection contestée , qui divisa l'Eglise pendant tant d'années, est une question fort difficile, et d'ailleurs sans intérêt. Tons les témoignages contemporains sont exposés an soupçon de partialité dans une cause où il n'était permis à personne de rester neutre. Ils sont cependant tous d'accord sur un point; c'est que les cardinaux, dont la majorité se composait de Français, s'élant assemblés en conclave pour précéder à l'élection du successeur de Grégoire XI, furent troublés par une populace tumultueuse et menaçante, qui demandait à grands cris un pape romain, ou au moins italien. Cette émeute paraît avoir été assez violente pour inspirer, et avoir inspiré en effet de vives craintes. Après avoir délibéré quelque temps, les cardinaux firent choix de l'archevéqaat du Bari, Napolitain, qui prit le nom d'Urbain VI. Son élection satisfit la populace et rétablit ta tranquillité. Les cardinaux annoncèrent leur choix ans membres de leur collège qui n'avaient pas siégé an conclave, et se conduisirent pendant plusieurs semaines a. l'égard d'Urbain comme a l'égard d'un pape. Mais, blessés par la hauteur de soncaraolère, ils se retirèrent dans nne '

petite ville du voisinage , protestant que son élection avait été le résultat de la violence exercée par . la populace de Rome , annulèrent tout ce qui s'était

fait, et élurent an cfcntre eux, qui prit le nom pontifical de Clément VII. Telles sont les principales circonstances qui produisirent le fameux schisme. La contrainte détruit tellement l'essence de l'élection, qu'on devrait, selon moi, considérer les suffrages donnés sous l'influence de la crainte comme nuls , sans même examiner trop scrupuleusement si Pemploi de la force illégale a été tel qu'il pût raisonnablement ébranler la résolution d'un esprit ferme. 11 n'est pas probable que les votes libres des évêques se fussent portés sur l'archevêque de Bari, et j'hésite peu à prononcer la nullité de son élection. Mais il est incontestable que le sacré collège ne profita point de la première occasion qu'il eut de protester contre la violence exercée à son égard ; et nous pouvons présumer avec nne espèce de certitude que , si la conduite d'Urbain avait été plus agréable à ce corps, le monde n'aurait guère entendu parler de l'émeute passagère qui eut lieu à son élection. Ces considérations toutefois nous conduisent à une question de jurisprudence fort délicate ; celle de savoir dans quelles circonstances, des actes non-seulement irréguliers, mais viciés dans leur substance , sont susceptibles de recevoir une confirmation rétroactive par l'acquiescement et la reconnaissance des parties qui ont intérêt à s'y opposer. Et l'on trouvera, je pense, que de la solution de cette question dépend celle du grand problème de légitimité entre Urbain et Clément (i).

(1) Lenfant a rassemblé dans le premier livre de son Concile de Pise tous les témoignages originaux en faveur de chaque partie.

schisme

Quel qu'ait été le jugement de la postérité sur Le grand les prétentions de ces compétiteurs, ils partagèrent alors, à peu- près également, l'obédience de l'Europe. Urbain resta à Rome; Clément s'installa i Avignon. Le premier fut reconnu par l'Italie , l'Em-

pire , l'Angleterre et les peuples du Nord ; le dernier par la France , l'Espagne , l'Ecosse et la Sicile* Heureusementpour l'Eglise, aucune questiou de foi religieuse n'intervint dans ce schisme ; et il n'y eut d'autre obstacle à une réunion que l'obstination et l'intérêt particulier des parties contendantes. Gomme il était impossible de s'accorder sur le» titres primitifs, il semblait que le seul moyen de ramener le calme consistât dans l'abdication des deux papes et dans une nouvelle élection non susceptible de contestation. C'était le voeu général de l'Europe, manifesté avec un zèle particulier parla cour de France, et surtout par l'université de Paris, qui regarde cette époque comme la plus honorable de ses annales. Les cardinaux de l'une et de l'autre cour ne voulurent point se désister de leurs prétentions, ni même suspendre l'élection du successeur lorsque l'un des pontificats devenait vacant, ce qui

II n'y a jamais ev de décision positive a ce sujet ; seulement Jes papes de Rome sont comptés dans la liste généralement reçue , tandis que ceux d'Avignon ne le sont point. Les écrivains modernes d'Italie n'expriment aucun doute sur la légitimité d'Urbain ; les Français jlonnent tout au plus à entendre que Jes prétentions de Clément ne devaient pas être entièrement rejetées. Mais c'est en dire beaucoup trop sur une question de si peu d'im* portauce.

( 4<fe )

aurait du moins levé la moitié de l'obstacle. En conséquence , le conclave de Rome plaça successivement trois pontifes, Boni face IX, Innocent VI , et Grégoire Xil, dans lefiége d'Urbain VI; et les cardinaux réunis à Avignon , après la mort de Clément en i3y4? élurent Btnoît XIII (Pierre de Lune), famcnx par son obstination inflexible à prolonger le schi-me. Il promit plusieurs fois de sacrifier sa dignité pour arriver à l'union ; mais il n'y ent point de subterfuge que ce rusé pontife n'employât pour éviter d'accomplir sa promesse , quoiqu'il fût vivement sollicité, menacé , et même assiégé dans son palais d'Avignon. Fatiguée de ses prétextes évasifs, la France s'était soustraite à son obédience , et l'église gallicane fut quelques années sans reconnaître de chef suprême. Mais on crut prudent de revenir sor cette mesure provoquée par l'université de Paris plutôt que par la nation; et Benoit fut de nouveau obéi, quoique la France continuât de solliciter sa résignation. Enfin on résolut, comme mesure préparatoire À la convocation d'un concile général , de se soustraire de nouveau* à son obédience, on dn moins de se déclarer neutre. Lies papes qui 6iégaient à Rome ne montraient pas moins de mauvaise foi. Grégoire Xll s'était aussi obligé par serment , lors de son exaltation , à abdiquer lorsqu'il paraîtrait nécessaire. Tandis que ces pontifes se reprochaient mutuellement d'être la cause du schisme, ils se firent soupçonner d'une collusion au moins tacite pour conserver leurs sièges respectifs. Enfin les car-

( «3 ) dinanx de chaque parti, fatigués ^'une dissimnlatiom si continue , abandonnèrent leurs maîtres, et convoquèrent on concile général à Pise (1).

Le concile assemblé a Pise déposa Grégoire et Be- Concile d* noît, sans statuer en aucune manière sur leurs pré- "\'Aoq. tentions , et élut Alexandre V en vertu de «on autorité suprême. Celte autorité cependant ne fut pas universellement reconnue ; le schisme, au lieu d'être éteint, ne devint que pins ardent. Comme l'Espagne était fermement attachées Benoît , et que Grégoire ne manquait pas non pins d'adhéreiu-, l'Eglise fut bIods divisée entre trois pontifes rivaux. On demandait encore de toutes parts un concile général ; et c'était en effet le seul remède. Jean XX11I, succès seur d' Alexandre V, se décida , soit par nécessité, soit par surprise, àconvcqner ce concile dans la ville de Constance. Cette assemblée célèbre le déposa lui- deOnutiucc, même : la sentence fut provoquée par son obstina- 1414tion à retenir sa dignité après des promesses réitérées d'abdiquer, obstination qui avait déjà été fatale à ses compétiteurs. La déposition de Jean, dont la légitimité n'était point contestée , peut nous paraître nne mesure extraordinaire. Mais, outre qu'elle pouvait offrir le moyen de rétablir l'union , les vives révoltons de ce pape en fournissaient le prétexte. Il est vrai cependant que le concile paraît s'en être rapporté à cet égard à la commune renommée , sansBccune procédure judiciaire. Le véritable motif de cette sévérité contre Jean fut le desir de faire

une expérience remarquable d'un nouveau système qui avait fait de rapides progrès, et que je hasarderai de désigner sous le nom des principes xvhigs de l'église catholique. Une grande question était à décider; savoir, si la constitution politique de l'Eglise serait une monarchie absolue , ou une monarchie extrêmement limitée. La tyrannie des papes, longtemps sou f lier te, et toujours croissante, avait donné une nouvelle activité à l'esprit de réforme, et cette disposition était encouragée par les ecclésiastiques les plus distingués de France et des autres étais, ils recoururent, autant que leurs connaissances le leur permettaient, à la discipline primitive antérieure au^ Droit canonique, et ils exaltèrent la suprématie des conciles généraux. Mais ils ne se firent pas scrupule d'introduire de grandes innovations dans la formation de ces assemblées. Les évêques en sont ordinairement considérés comme les seuls membres. A Constance cependant , siégèrent et votèrent nonseulement les chefs des monastères , mais encore les ambassadeurs de tous les princes chrétiens*, les dépûtes des université?, une multitude de théologiens d'un rang inférieur, et jusqu'à des docteurs en droit (i). Ces hommes étaient naturellement accessibles à l'orgueil d'une élévation soudaine, qui leur

(i)Lenfant, Concile de Constance, 1. 1, p. i07(édit. 172-); Crevier, t. 3 , p. 4o5. On convint que les ambassadeurs ne pourraient pas yoter sur les articles de foi , mais seulement sur le* questions relatives à la constitution de l'Eglise. Le second ordre d'ecclésiastiques eut la permission de voter sur toutes les matières.

donnait la faculté de censurer les forts, et dMiumi- Her les snperbes. De plus , les adversaires de la cour de Rome introduisirent une innovation non moins importante. Les évêques italiens, presque tous défenseurs des intérêts de la puissance papale , étaient si nombreux, que, si les suffrages avaient été pris par tête , leur prépondérance aurait empêché les représentans des nations transalpines de faire adopter aucune mesure de réforme. On décida donc que le concile se diviserait en quatre nations , celle des Italiens, celle des Allemands, celle des Français et celle des Anglais, chacune avec les mêmes droits; que chaque proposition serait discutée séparément , et que PaVis de la majorité des quatre nations prévaudrait (i). Les cardinan* ne pouvaient voir sans un grand déplaisir cet esprit révolutionnaire ; ils se soumirent malgré eux , avec la résolution ( et ils

(i) Celle division) d'après laquelle l'Angleterre était comptée comme une des quatre parties du concile", donna beaucoup d'ombrage aux Français , qui prétendaient qu'elle aurait dû , comme le Danemafck et la Suède, être comprise dans la nation allemande; Les dépotés d'Angleterre apportèrent un grand nombre d'autorités pour prouver l'antiquité de leur monarchie , et ne manquèrent pas de mettre à contribution les interminables généalogies d'Irlande. Joseph d'Arimathée, qui établit Ib religion chrétienne à Glastonbtiry, fit tons ses efforts pour soutenir la cause de l'Angleterre. La victoire récente d'Azmcourt eut, à mon avis, encore plus de poids auprès du concile* LenXaàt, t. a, p. 46.

A une époque où prévalait un esprit bien différent, les éveques d'Angleterre avaient, sous Henri IÎ et Henri m, réclamé comme un droit qu'il n'y eût pas plus de quatre d'entre eut de convoqués au concile général. Hoveden, p. 820; Carte, t. a, p. 84. C'était comme les bourgs, qui sollicitaient la pei mission de ne pas envoyer de membres au parlement.

III, 3o

prouvèrent qu'elle n'était pas entièrement vaine) de conserver, par une adroite politique , l'intégrité de leur monarchie papale. Ils ne purent cependant prévenir les fameuses décisions des quatrième et cinquième sessions. Il y est déclare que le concile a reçu de droit divin une autorité à laquelle toutes les classes et le pape lui-même sont obligés de se soumettre en matière de foi pour l'extirpation du présent schisme, et la réforme de l'Eglise, tant dans son chef que dans ses membres ; et que toute personne , fut-ce même le pape, qui persistera dans le refus d'obéir à ce concile ou à tout autre légalement assemblé, est passible de toute punition qui sera jugée nécessaire (1). Ces décrets sont le principal fondement de cette théorie limitative de l'autorité des papes , théorie qui distingua l'église gallicane, et qui est reconnue , je crois, par presque tous les laïques, et par la majeure partie des ecclésiastiques de ce côté des Alpes. Les plus zélés partisans de la papauté , parmi les gens d'EgHse , ne se trouvent pas moins embarrassé par ces décrets que nos torys d'Angleterre par la révolution. Quelques-uns d'entre eux contestent hardiment l'autorité du concile de Constance, et les autres chicanent sur l'interprétation de ses décrets. Leur importance pratique n'est pas, à la vérité, directe; les conciles universels n'existent qn'en possibilité ; mais la reconnaissance d'une autorité possible supérieure au siège de Rome a concouru, avec d'autres moyens , à arrêter ses usurpations.

(ï) JJ., p. 164 ; Crcvier, t. 3 , p. 417.

Après l'extirpation du schisme , la réforme deà abus était l'objet principal de la convocation de ceà conciles généraux. Tontes ces exactions révoltantes, cette vénalité scandaleuse dont l'Europe s'était plaint, lorsque des pontifes, dont 4a légitimité n'était point contestée, siégeaient à Avignon, cessèrent de paraître aussi odieuses lorsqu'un les compara avec la conduite des deux rivaux pendant le schisme* Des dîmes sans cesse levées sur le clergé , des an-' nates rigoureusement exigées et augmentées par de nouvelles évaluations , des droits attachés aux formalités compliquées de la chancellerie papale, tels étaient les impôts que chaque moitié de l'Eglise était obligée de fournir à son chef pour compenser la désertion de l'autre moitié. Un des pontifes qui siégèrent à Rome , Boniface IX, dont la féputatiçn est uù peu plus mauvaise que celle de ses antagonistes, fit un trafic scandaleux de sou patronage. 11 vendit des privilèges d'affranchissement de la juridiction ordinaire, des permissions de tenir des bénéfices en commende, et d'autres dispenses inventées au profit dusaintaiége (1). A Pise, on n'avait fait aucune tentative de réforme 5 à Constance , la majorité fut ardente et sincère; les représentatts des églises de France, d'Allemagne et d'Angleterre s'assemblèrent avec la ferme résolution (et nous avons vu qu'elle ne fut pas toujours sans succès) d'assurer leurs libertés ecclésiastiques, lis-nom nrèrent un comité de réforme, dont les propositions, si 'elles eussent été

(î)Lenfant, Hist. du Concile de Pise% passim; Crevier, Viltaret , Schmidt , Collier.

mises à exécution, auraient presque entièrement détruit ce système si habilement combiné , à l'aide duquel Home avait absorbé une si grande partie des revenus et des droits de patronage de l'Eglise. Mais les hommes intéressés à la perpétuation de oes abus, et c'étaient surtout les cardinaux , profitèrent des avantages qui sont toujours à la disposition «Ton gouverne ment adroit aux prises avec une assemblée populaire. Ils tirèrent parti des jalousies qu'avait fait naître la division du concile en nations, jalousies que les circonstances politiques du dehors rendaient encore plus actives» La France était alors en guerre avec l'Angleterre , à laquelle elle avait vivement contesté le droit d'être comptée comme une quatrième nation, et assez mal disposée à l'égard de l?emperenr Sigismond^ de sorte que , dans le concile, les Français se réunirent aux Italiens contre les Anglais et les Allemands pour un objet de la plus haute importance , l'élection immédiate d'un pape avant que les articles de la réforme fussent définitivement arrêtés. Ces deux dernières nations se joignirent à leur tour aux Italiens pour nommer le cardinal Colonna, contre l'avis des ecclésiastiques français qui ne voulaient aucun membre du sacré collège. La cour de Rome eut aiiftt gain de cause dans les deux questions. Le nouveau pape, Martin V, montra bientôt sa ferme résolution d'éviter toute léforine essentielle. Après avoir publié un. petit nombre de constitutions ayant pour objet de réprimer quelques-uns des abus qui avaient pris naissance pendant le schisme , il trouva le moyen do

traiter séparément avec les différentes nations, et congédia le conciie aussiôt qu'il lai fat possible (i).

Suivant un des décrets passés à Constance , un , autre concile général devait s'assembler dans cinq ans ; un second , sept ans après ; et > a partir de cette époque, un semblable congrès des représentans de l'Eglise devait avoir lien tous les dix ans. En conséquence , Martin V convoqua à Pavie un concile que la peste obligea de transférer à Sienne ; mais il ne s'y passa rien d'important (a). Celui qu'il convoqua sept ans après k Baie, eut des résultats bien je Baie. différens. Le pape , étant mort avaàt que k concile *43i • fût réuni, eut pour successeur Eugène IV. Celui-ci , prévoyant quel serait l'esprit des discussions de cette assemblée > voulut dès le principe porter un coup fatal à son indépendance, en transférant le Heu de la session dans une ville d'Italie. On regardait encore comme le point te plus important de contestation entre les papes et les réformateurs, la question de savoir si les conciles devaient siéger en Italie on ao*delà des Alpes. Le concile de Bâle commença par montrer dans ses opérations tiriè inimitié ouverte à l'égard de la cour de Rome. Après que plusieurs années se furent écoulées en des discussions plua ou moins hostiles, Eugène

(1) Lenfant, Concile de Constance* L1 étendue et l'impartialité de cet ouvrage le font regarder avec raison comme une autorité presque exclusive. Crevier ( Hist. de V Université de Paris , t. Il ) en a donné un bon abrégé. La narration de SrhmMt ( Hist. des ^allemands y t. 5) est également digue d'attention.

(a) Lenfant, Guerre des Hussites, %, 1, p. 2a 3.

exerça sa prérogative de transférer rassemblée à Ferrarc , et de là à Florence. Il trouva on prétexte spécieux pour cette mesure dans ses négociations pour la réunion de l'église grecque , qui paraissaient alors tendre à une heureuse issue; triomphe peu durable à la vérité, dont son concile de Florence obtint la gloire. D'un autre côté, l'assemblée de Baie, quoique sensiblement affaiblie par la défection de ceux qui restaient attachés à Eugène, se lia avec les Bohémiens révoltés , alliance plus essentielle aux intérêts de l'Eglise qu'aucune union avec les Grecs, et acheva ce qui avait été commencé à Constance en abolissant les annates , les réserves de bénéfices , et en réprimant d'autres abus de l'autorité papale. Ces mesures reçurent l'approbation de la plupart des princes. Mais , lorsque ce concile , irrité par les tentatives du pape pour casser ses décrets, poussa l'emportement j usqu'à le suspendre, et même à le déposer : ni la France, ni l'Allemagne, ne voulurent acquiescera la sentence. Le concile de Constance lui-même n'avait pas soutenu expressément qu'il eût le droit de déposer un pape légitime, si ce n'est dans le cas d'hérésie, quoique sa conduite à l'égard de Jean ne puisse être autrement justifiée (1). Cette question de droit public ecclésiastique parait, à la vérité, encore indécise. Les pères

(1) Le concile de Bâle essaya de Jever cette difficulté en déclarant Eugène un hérétique relaps. Lenfant, Guerre des Hussites%%. a , p. 98. Mais, comme l'Eglise ne pouvait trouver aucune hérésie dans Ja mésintelligence du pape avec cette assemblée , h sentence de déposition reçut peu de force de cette décision prëa

de Bâle agirent toutefois avec plus d'audace que de prudence 5 et , trop peu pénétrés sans doute du changement qui s'était opéré dans l'opinion publique, ils élevèrent h la dignité pontificale, sous le nom de Félix V, Amédée, duc de Savoie , qui vivait dans la retraite. Ils renouvelèrent ainsi le schisme, et l'obédience de l'Eglise fut encore partagée pendant quelques années. L'Empire cependant, aussibien que la France , observèrent une neutralité singulière et assez peu conséquente , en traitant Eugène comme pape légitime , et l'assemblée de Bâle comme un concile général. L'Angleterre soutint vivement Eugène , et adhéra même à son concile de Florence. L'Aragon et quelques petits états reconnurent Félix. Mais les partisans du concile de Bâle devenaient plus faibles chaque année ; et Nicolas V, successeur d'Eugène , obtint sans beaucoup de peine l'abdication de Félix , et termina ce schisme. Cette victoire de la cour de Rome sur le concile de Bâle contre-balança presque les résultats désavantageux de celui de Constance , et mit fin au projet de soumettre le chef de l'Eglise à des limitations permanentes par le mQyen des conciles généraux. Quoique le décret qui prescrivait la convocation d'un concile tous les dix ans ne fût point encore abrogé ,

labié. Les évêques ne voulaient pas prendre dette mesure violente contre Eugène ; mais les théologiens inférieurs , la partio démocratique de l'église catholique , dont lu dr«t do suffrage semble un empièteuymt assez étrauge sur l'autorité épiscopalo , eu près* dèreut l'exécution avec beaucoup d'ardeur et de viuleuce. Voye* uu passage curieux ù ce sujet ilaua uu discours du cardinal <i'Ark$. Leufuut, t. J, p. aa5.

aucun monarque absolu ne redouta Jamais plus d'assembler les représentons cle son peuple que les pontifes romains n'ont eu en horreur le nom de ces synodes ecclésiastiques. Depuis le concile de Bàle, l'église catholique a été convoquée une fois seulement , et ce ne fut pas sans beaucoup de répugnance ; mais la fameuse assemblée k laquelle je fais allusion n'entre point dans les limites de cet ouvrage (1).

Ici se présente naturellement la question spéculative de savoir quels auraient été les effets de ces conciles universels) si populaires au quinzième siècle , si le décret passé à Constance pour leur convocation périodique eût été régulièrement observé. Un grand nombre d'écrivains catholiques, de l'école modérée ou cisalpine, ont regretté leur cessation, et lui ont attribué ce déchirement irrémédiable produil au sein de l'Eglise par la Réformation. Mais il y a presque de l'absurdité à concevoir leur existence permanente. Par quel procédé aurait-on pu maintenir réunies des masses aussi hétérogènes, renfermant en elles tous les principes de répulsion mutuelle? Si, dans les premiers temps même de l'Eglise, lorsque les conciles, quoique nominalement généraux, n'étaient composés que des sujets de l'empire romain, si, à cette époque, dis-je, ces as-

(i) Il n'y a pas, je crois . d'histoire satisfaisante cta concile de Bàle. Lenfitnt avait dessein de l'écrire sur les pièces originales ; mais , trouvant que sa santé dépérissait, it s'est contenté de faire entrer quelques notices asses imparfaites sur les actes de ce concile dans son Histoire de la guerre des Hussitcs, ordiuairemeiil citée sous le titre d'Histoire du Concile de BâU. Mes autres autorités sont Scimùdt , Crcvicr, Yillarct.

semblées n'avaient pas été exemptes de violence et de contradiction, que pouvaibon attendre alors de la part des délégués de royaumes indépendans , dont la politique ecclésiastique, quoiqu'on paisse dire de l'unité spirituelle de l'Eglise , était depuis long-temps trop intimement liée à la politique de l'état pour admettre quelque contrôle général sans son assea» timeut ? D'ailleurs , si ce n'est le zèle , sans doute sincère , pour l'abolition des abus de la papauté qui animales membres de ces assemblées , surtout à Baie , il n'y a rien à louer dans leur conduite ou* à regretter dans leur cessation* L'homme d'état, qui redoutait les empiètemens du clergé sur le gouvernement civil, le chrétien, impatient de voir les rites de sa religion et sa foi purifiés de la corruption des siècles, ne trouvèrent dans les conciles aucun espoir d'amélioration. Ces assemblées s'emparèrent des prétentions des papes , dont elles essayèrent de suspendre l'autorité. Un décret des pères de Constance déclare excommuniées, et privées de leurs dignités séculières ou ecclésiastiques , toutes personnes, même les princes, qui mettrontquelque obstacle au voyage entrepris par l'empereur Sigismond pour obtenir l'abdication de Benoît (i). Il n'est pas besoin de rappeler la sentence que ces pères prononcèrent contre Jean Hus et Jérôme de Prague, et la scandaleuse violation de foi qu'ils firent commettre à Sigismond en cette occasion. Mais on ne sait peut* être pas aussi bien que cette fameuse assemblée reconnut par un décret solennel l'abominable prin-

(i) Lcnfatit , t. 1 , p. 439*

ripe dont elle faisait usage, déclarant que Jean H as, par sa persévérance opiniâtre dans l'hérésie, s'était rendu indigne de tout privilège , et que , suivant la loi naturelle , divine et humaine , on ne devait garder aucune foi ou promesse à son égard, au préjudice de la religion catholique (1). Il sera facile d'apprécier les droits de ce congrès de théologiens à notre vénération, en mettant en balance la répression d'un petit nombre d'abus avec la sanction formelle d'une maxime atroce.

Un gouvernement doué de quelque énergie n'était cependant pas dans la nécessité d'avoir recours à un concile général pour obtenir la réforme de ces abus qui blessaient l'indépendance des églises nationales, et attaquaient l'intégrité de leur discipline régulière. Quelque difficile qu'il pût être de détruire les principes Tondes sur les Décrétâtes d'Isi-

(1) Nec aliqua sibi fides aut promissio , de jure naturali > divino9 et humano, fuerit in prc&judicium catholicœ fidei observanda. Lenfant, t. 1 , p. 491*

Cette proposition est ce qui fait le plus de déshonneur au concile dans l'affaire de fins. Mais comme la violation de son saufconduit est un événement fameux dans l'histoire ecclésiastique, et qu'il a fait naître beaucoup de disputes dans lesquelles les écrivains des deux partis ont avancé des erreurs , il ne sera pas inutile d'exposer les faits en peu de mots et avec imparialité. 1 .0 H us vint à Constance avec un sauf-conduit de l'empereur conçu dans des termes fort vagues , et qui n'était adressé à personne. Lenfant , t. 1 , p. 59. 2. ° Ce sauf-conduit était cependant obligatoire pour l'empereur, et fut considéré par lui comme tel , lorsqu'il se plaignit de l'arrêt prononcé contre Hus. Id., p. .73, 83. 3.° Il n'obligeait pas le concile , qui ne possédait aucun pouvoir temporel , mais qui avait droit de décider la question d'hérésie. 4 °Oo ue sait pas avec certitude par quelle autorité civile Mus fut arrêté , et je

dore, et sanctionnés par la prescription de plusieurs siècles, les empiétemens les plus révoltans de la tyrannie papale étaient des innovations récentes , dont quelques-unes avaient eu lieu dans la génération actuelle $ d'autres avaient toujours été contestées, etil était facile de remontera leur source. Les principales nations de l'Europe prirent la résolution plus ou moins ferme , d'opposer une barrière au despotisme de Rome. L'Angleterre ne fut pas seulement la première à s'engager dans cette résistance , elle fut aussi la plus constante* Son parlement libre empêcha , autant que les temps le permettaient 7 cette politique versatile à laquelle les cours sont sujettes. Mous avons déjà vu qu'Edouard III , par le statut des proviseurs, avait jeté les premiers fondemens de cette opposition. On adopta dans le règne suivant plusieurs autres mené puis juger jusqu'à quel point Je sauf-conduit de l'empereur pouvait être une garantie légale dans la ville de Constance* 5.° Sigismond se laissa entraîner à consentir à la punition capitale de Hus, et même à s'en charger. Lenfant, p. 4<>9* C'était évidemment violer son engagement. 6.° Il est constant qu'il agit dans cette affaire par l'avis et avec la sanction du concile , qui se rendit ainsi complice de sa perfidie.

La grande leçon morale à tirer de l'histoire de la condamnation de Jean Hus , c'est qu'aucune violation de foi ne peut s'excuser par l'idée que nous aurions de l'indignité de la personne envers qui nous nous sommes obligés , ni par une étroite interprétation de notre engagement. Toute convention doit s'interpréter en faveur de la partie la plus faible. Cest en pareil cas surtout qu'il est vrai de dire que, si la lettre tue > l'esprit doit donner la vie.

Gerson , le premier théologien de son temps , et le coryphée du parti qui s'opposait aux principes ultramontaius , prit une part fort active dans cette procédure révoltante. Crevier, p. 4^2-

sures qui tendaient à empêcher l'intervention de Home | notamment le grand statut de prœrnunire , qui soumet aux peines de confiscation et d'emprisonnement perpétuel toute personne qui introduira dans le royaume des bulles du pape , pour translation d'évôques et autres causes y énoncées (1). Cet acte reçut et était probablement destiné à recevoir une interprétation plus large que ses expressions ne semblent comporter. Combiné avec le statut des proviseurs, il interdit au pape l'usurpation du droit de patronage, qui avait appauvri l'église et le royaume d'Angleterre pendant près de deux siècles. On fit plusieurs tentatives pour abolir ces réglemens ; le premier parlement d'Henri IV donna au roi un pouvoir très-étendu sur le statut des proviseurs, en l'autorisant à l'annuler à son gré (a). On ne trouve cependant aucune trace de cette autorisation dans les statuts. Henri, à la vérité, comme ses prédécesseurs, usa assez amplement de sa prérogative de dispenser de la loi qui prohibait les provisions des papes; prérogative qui fut elle-même expressément abolie par un acte de son propre règne, et un autre de son fils Henri V (3). Mais le statut

(i) 16 Rie. II, c. 5.

(2) Rot. ParL, t. 3, p. 498.

(3) 7 H. IV, c. 8 ; 3 H. V, c. 4. Martin V publia une buHe pleine d'aigreur contra V exécrable statut de prtPmunire , enjoignant .V l'archevêque Chicheley de, le faire rapporter. Collier, p. 653. Chicheley Ut tout ce qui était en son pouvoir ; mais les commune* lureut toujours inexorables sur ce point , p. 636 ; et Martin s'en prit a l'archevêque, qui devint l'objet de sou ressentiment. Wil- Uns, Concilia , t. 3, p. ^83.

ne fut jamais révoqué ; et le concordat fait par Martin V avec la nation anglaise au concile de Constance est lui-même une preuve suffisante de la suprématie ecclésiastique de la législature; car nous n'y trouvous aucune mention de réserves de bénéfices , donnâtes et autres griefs principaux de cet âge (1). Nos aneêtres ne voulaient pas d'une convention dans laquelle le pape serait intervenu pour modifier ou même pour confirmer leur loi statut. Us avaient déjà interdit un autre abus exorbitant, l'augmentation de la taxe des premiers fruits par Boniface IX. Un acte de Henri IV défendit qu'il fût payé pour cet objet de somme plus forte que celles qu'on avait été jusqu'alors dans l'usage de payer (2)*

Quiconque est familier avec les écrivains contem- influence

• *. 1 .i 1 .. i •• • des opinions

porajns et les actes du parlement , doit savoir que de Wickiitfe. l'Angleterre y en même temps qu'elle partageait le ressentiment général de PEurope contre la cour pontificale , était sous l'influence d'une haine particulière contre le clergé , baine qui s'était propagée avec le» principes de Wickliffe (3). La spoliation de toutes les possessions ecclésiastiques entrait dans le système de ce réformateur , et plus d'une fois la chambre de» communes tenta de le réaliser en sollicitant Henri IV de saisir le temporel de Péglise

(1) Lcnfant, t. 2, p. 444*

(a) 6 H. IV, c. 1.

(3) Voyez, entre autres passages, les «barges que les LoUards exposèrent au parlement contre le clergé en 1395. Collier eu donne la substance , et elles sont indiquées par Henné; mais on les trouve tout au long dai\a WiMtins, t. 3, p. aai.

pour faire face aux besoins publics (1). Cette demande, indépendamment de son injustice, n'était pas de nature à obtenir l'approbation de Henri, dont la politique avait été de soutenir le sacerdoce contre ses nouveaux adversaires. Les juges de la loi commune exercèrent un contrôle plus rigoureux qu'auparavant sur la juridiction ecclésiastique : à l'aide d'une interprétation un peu forcée du statut de preemunire, ils eu étendirent les peines aux cours spirituelles , lorsqu'elles dépassaient les limites de leurs attributions (2) . Le privilège du clergé continua des ubsister pour les affaires criminelles j mais on reconnut qu'il ne comprenait pas les cas de hante trahison (3).

(1) Walsingham,p.V< *19> J*0*- Pari., 11 H.tV,t.3,p.645. On ne trouve rien dans les rôles qui confirme le dialogue remarquable entre l'archevêque de Cantorbery et l'orateur de la chambre des communes , rapporté en entier par Walsingham- Hais , comme il est i nyra isemblahle qu'une narration aussi bien circonstanciée soit sans fondement , Hume a conjecture avec probabilité qui: le rôle avait été mutilé a dessein. Comme le même soupçon s'élève dan* d'autres cas , il serait a désirer qu'on examinât les rôles originaux pour s'assurer s'ils ne portent pas quelques marques apparentes de cette fraude. Les mutilateurs, toutefois s'il y en a eu , n'ont pas achevé leur ouvrage. Les rôles des parlemens de Henri IV et de Henri V sont remplis de pétitions contra le clergé.

(s) 3 Inst. , p. iai. Collier, t. 1, p. 6n8.

(!() a Inst. , p. 634. On j cite plusieurs exemples de prêtres exécutés pour avoir fabriqué de la monnaie ou commis d'autres trahisons. Et c'est aussi ce qu'on pent inférer du stat. c. 3 de iS E. III , et du stat. c. 3 de 4 H. IV. Il est vrai qu'aucun statut n'a étendu le bénéfice du clergé aux Cas d« haute trahison. C'est ce qui rend invraisemblable que le chef-justice Gascoyoe ait, aima qui: nous le dit Carte , t. a , p. 664 , refusé de juger l'arc hmêqur S;ropcpour crime île trahison, sous prétexte que personne n'avait

L'Allemagne fut, comme l'Angleterre, trompée dans ses espérances dcréformegénérale par suite de l'avantage qu'obtint le parti italien a Constance; mais elle ne sut point prendre des mesures assez décisives pour suppléer à l'insuffisance des décrets du coucile. Le concordat qu'elle fit avec Martin V laissa le pape en possession d'une trop grande partie de ses bourg, usurpations récentes (i). Cette convention était contraire à l'esprit de l'Allemagne , qui demandait, avec toute l'âpreté et labonne foi nationales, une réforme plus complète. La diète de Metz , pendant la durée du concile de Bâle, adopta tous ces réglemens contraires aux intérêts des papes , qui occasionaient une inimitié mortelle entre cette dernière assemblée et la cour de Rome (a). Mais l'Empire fut trahi par Frédéric III, et trompé par un homme d'état aussi immoral qu'adroit , jEneas Sylvius , son secrétaire- Par les nouveaux concordats qui furent conclus à Asehaffembourg, en i448; à-peu-près sur les mêmes

droit de juger un évéque lorsqu'il s'agissait do aa vie. Ne pouvait-il pas se déclarer incompétent, on alléguant la qualité de I' eu si4, qui était pair ï C'est une autre quration. Quoi qu'il en soit, le pape excommunia tous ceux qui avaient participé h la mort de Si-rope , et il en coûta une forte somme h Henri pour obtenir 1 solution. Mais Boni face IX n'était pas l'arbitre de la loi angli Edouard IV accorda au clergé une charte bien extraordina par laquelle il le dispensait , non-seulement des statuts de priemunira, mais l'exemptait aussi entièrement de la juridiction temporelle dans Isa cas de trahison et de félonie. Wilkins, Concilia , t. i, p. 583. Collier, p. 67H. Cependant , comme cette concession était illégale, elle n'eut aucun effet, du moins après se

(0 JLmftnt, L a, p. 438. Sclimidt, 1.5,' p. 1S1. (a) Schmidt, t. S, p. aat. Lculaivt.

bases que ceux passés avec Martin V, on abandonna la plus grande partie de ces garanties d'indépendance pour lesquelles F Allemagne avait combattu. Le pape conserva nés annates, ou au moins une espèce de taxe qui les remplaçait; et, au lien de la réserve arbitraire des béné6ces , il obtint le droit positif de collation- pendant six mois de Tannée. Les élections libres des évèques furent rendues aux chapitres ; mais le pape conserva le droit de nomination dans les cas de translation, et lorsque la personne présentée pour obtenir sa confirmation était incapable aux termes des canons (1). Tel est le concordat d'Aschaffembourg qui a toujours depuis régi les principautés catholiques de l'Empire 7 malgré leur répugnance à acquiescer à des dispositions si défavorables. Il paraît que , pendant le reste du quinzième siècle , Rome, pen satisfaite des conditions qu'elle avait imposées, empiéta continuellement sur le droit d'élection (2). Mais elle acheta bien chèrement son triomphe sur la faiblesse de Frédéric III ; et les Cent Griefs de l'Allemagne présentés à Adrien VI par la

(1) Schmidt, t. 5 , p. a5o; t. 6, p. 94, etc. Il observe qu'il y a maintenant trois fois autant d'argent que dans le quùuaème siècle. Si donc les annates paraissent de nos jours une charge assex pesaute, que devaient-elles être alors! p. n3. La cour de Rome pourrait répondre: Si les annates n'étaient alors que suffisante» pour l'entretien du pape , que doit-ce être maintenant !

(a) Schmidt, p. 98. JEneas Syrrius, Epist. 36o et 371 ; et De Moribns Germanorum, p. 10^1, 1061. Quelques petites querelle* avec le pape indMfaent l'esprit qui fermentait en Allemagne pendant le quinzième siècle. Mais ces détails appartiennent <:< une histoire ecclésiastique plus détaillée, et pourraient servi 1 d'introductiou à l'histoire de la Ré forma tiou.

diète fie Nuremberg en is5aa, firent connaître Icfe résultats d'un ressentiment longtemps nourri , qui avait aplani la route devant le réformateur saxon.

J'ai déjà remarqué que l'église de CastilJe était, Empiétement dans les premiers âges de cette monarchie , presque îVn&tïeG*** indépendante de Rome. Mais, après un grand nomhre d'empiétcmens graduels, le code promulgué par Alphonse X, où se trouve incorporée aux lois nationales une grande partie des Décrétait*, donna à la jurisprudence papale une autorité qu'elle n'avait nulle part dans les tribunaux civils (1). Cette église , si richement dotée, était une proie séduisante. Les papes, au moyen des expectatives et des réserves, remplirent ses bénéfices d'Italiens leurs créatures. Nous voyons, en i388, lescortesdePalencia.se plaindre que les bénéfices sont entre les mains des étrangers, que ceux-ci desservent mal les églises, t

que les clercs du pays ne peuvent être pourvus, et demander que le roi prenne à cet égard les mêmes me* sures que les rois de France, d'Aragon et de Navarre , qui ne permettent à aucun étranger de posséder des bénéfices dans leurs royaumes. Le roi répondit à cette pétition qu'il ferait tous ses efforts pour arriver à ce but (2) . La même demande est ré* pétée avec de vives instances dans les cortés de 1473: on y déclare qu'il est d'usage chez toutes les nations chrétiennes que les étrangers ne soient point promus aux bénéfices ; que la pratique contraire entraîne le

(1) Marina, Ensayo Historiée Critico, c. 3ao, etc. (a) Id., Teoria de las Ççrips, t. 3, p. îaô.

xix. 3x n

découragement des études nationales, l'affaiblissement de la charité , la négligence dané Peiercice du culte* et d'autres maux résuH&ns de là*ndn-résidence des prêtres pourras de bénéfices ; et lVm prie le roi de notifier à la cour de Rome que désormais on ne pourra admettre aucune expectative ni provision, en faveur des étrangers (i). Cette pétition parait avoir été convertie en loi ; mais j'ignore quelles en furent les conséquences. 11 est certain toutefois que l'Espagne prit une part active dans la répression des abus de l'autorité pontificale , aux conciles de Constance et de Bâle ; je pourrais même ajouter à celui de Trente , si cette assemblée n'était pas hors des limites de mon sujet.

On restreint La France , niécon ten te de voir avorter les efforts pSeoiVran- quelle avait faits pendant lé schisme , rejeta le con- **" cordât offert par Martin V, qui ne contenait que la

promesse d'une réforme imparfaite (2). Elle souffrit lés exactions dés papes encore quelques années ; jusqu'au moment où, excitée par les décrets du concile de B&le à tenter des efforts plus vigoureux pour reconquérir son indépendance , elle reçut de Charles VII la fameuse Pragmatique- Sanction de Bourges (3) . Cet acte a été considéré en quelque sorte comme la Grande Charte de Péglise gallicane; quoique bientôt abrogé, ses principes ont été maintenus comme la

(1) Xtf. , t. a , p. 364- MarUaa, MUt. Mispan. , 1. 19, o. 1.

(a) Villaret, t. i5, p. 126.

(3) Jd , p. a63. JSist. du Droit publie ecclés* français, t. a, p. 234. Flenry, Institutions au Droit, Crevier, t. 4 y p» 100. Pa*guier, Recherches de là JFranoe }h 3 > t. 27,

base des ^libertés ecclésiastiques. La Pragmatique- Sanction déclarait qu'un concile gémirai était supérieur au pape, affranchissait de tout contrôle les élections des évêques, prononçait la nullité des mandats ou grâces expectatives et des réserves de bénéfices, et l'abolition de la taxe des premiers fruits, fi orne ne pouvait se \oir patiemment dépouiller de ses richesses, auxquelles elle commençait à attacher plus de prix qu'à son pouvoir. Pie II, ce même iEneas Sylvius qui s'était vendu pour devenir l'adversaire du concile de Bâle , au service duquel il s'était d'abord distingué , fit tons ses efforts pour obtenir la révocation de cette ordonnance. Il n'eut aucun succès auprès de Charles VU; mais Louis XI, poussé par une haine aveugle pour la mémoire de son père, et par le vain espoir que le pape soutiendrait dans Naplesla faction d'Anjou , révoqua la Pragmatique-Sanction (1). Cette conduite est une nouvelle preuve que Louis XI n'avait pas toujours en politique une prudence même ordinaire. Son peuplé savait mieux juger. Le parlement de Paris refusa constamment d'enregistrer la révocation de cotte loi chérie, et on continua de la suivre en grande partie jusqu'au règne de François 1(2). Aux états-généraux de Tours, en i4B4?lebas clergé, secondé parles deux antres ordres , réclama vivement la confirmation7 àe la Pragmatique-Sanction; mais les prélats étaient ti-

(i) VilUret et Gantier, 1. 16. Crevier, t. 4, p. a56 , vj^

(a) Garnier, t. 16 , p. 43* ; 1. 17, p. aa* , et alibi. Crctîer, t. 4 , p. 3i8, etoitôi.

mides ou corrompus , et la régente Anne ne voulait pas se brouillera vec le saint- siège (1). La Pragmatique-Sanction n'était donc ni entièrement en vigueur, ni entièrement révoquée. Cet état d'indécision dura jusqu'à François I, qui, ayant terminé les différends de son prédécesseur avec Rome, consentit un concordat définitif avec Léon X , traité qui subsista pendant près de trois siècles entre la papauté et le royaume de France (a). On abolit l'élection par chapitres et les provisions papales, et on imagina un nouveau moyen de remplir les vacances des sièges épîscopaux. Le roi devait nommer une personne capable, que le pape devait confirmer. Le premier obtenait le patronage utile; le second conservait sa suprématie en théorie. Les armâtes étaient rendues au pape ; c'était une concession d'une grande importance. Il abandonnait sa prérogative illimitée de réserver les bénéfices, et se contentait de recevoir un léger droit de patronage déterminé. Cette convention trouva en France une résistance vigoureuse : le parlement de Paris n'y accéda que par force ; elle produisit une espèce de sédition dans l'université; et les zélés gallicans s'en sont toujours plaints depuis, comme d'un coup fatal porté à leurs libertés. Il y a beaucoup d'exagération dans ces plaintes, du moins ep. ce qui concerne les rapports de l'église gallicane avec Rome; mais la nomination aux évêchés, attri-

(1) Garnier, 1. 19, p. ai 6 et 3ai.

(a) Garnier, t. 23, p. i5i, ffîst. du Droit public ecclés. franc., t. a, p. a43. Fleury, Institutions au Droit, 1. 1, p. 107.

buée au roi, affaiblissait naturellement l'indépendance de la hiérarchie. En somme , cette prérogative de la couronne fut-elle avantageuse & la France? C'est un problème que je ne puis avoir la prétention de résoudre. Il paraît peu douteux qu'en Angleterre les élections par chapitres , que le statut de Henri VIII avait réduites à n'être plus qu'un nom sans réalité , seraient depuis long-temps' devenues semblables à celles des bourgs pourris; mais il est possible que l'église gallicane ne se soit pas trouvée tout-à-fait dans les mêmes circonstances, et la question présente une foule de considérations qui n'appartiennent point à mon sujet actuel .

Des principes établis pendant le schisme , et dans Liberté* a» la Pragmatique -Sanction de Bourges , naquirent les l^^ 8ftUi" fameuses libertés de l'église gallicane , qui la distinguèrent honorablement des autres membres de la communion romaine. Les écrivains français les ont rapportées i une époque beaucoup plus reculée; mais il më semble qu'avant le quinzième siècle ce royaume n'a joui que de l'ancienne indépendance ecclésiastique, commune à tous les états de l'Europe tant qu'elle ne fut pas détruite par l'usurpation des papes, et que les libertés gallicanes, proprement dites, ne remontent pas plus loin. Elles n'avaient pas même acquis à la fin de ce siècle cette précision et cette consistance qu'elles obtinrent dans la suite par la fermeté des parlemens et des universités, les écrits des meilleurs auteurs ecclésiastiques, et une assistance assez faible de la part de la couronne. Je dis assez faible ; car, si on excepte quelques époques .

où elle était en contestation avec Rome ,1a couronne s'est plutôt montrée disposée, à réprimer le zèle des plus ardens défenseurs de l'église gallicane. L'examen de ces libertés ne rentre donc pas précisément dans les limites de mon ouvrage : il suffira d'observer qu'elles reposaient sur deux rn a xi m os : l'une , que le pape ne possède aucune autorité temporelle directe ou indirecte ; l'autre , qu'il ne peut exercer sa juridiction spirituelle qu'en ,se conformant aux dispositions du drQït canonique admises dans le royaume de France. Ainsi l'église gallifâae rejetait en grande partie le Sexte et les Clémentine, et avait peu d'égard aux bulles m odernes des' pa pas , qui: en effet n'avaient d'autorité que par l'approbation du roi (i). On restreint Les usurpations pontificales qui furent ainsi rese^clé^àstiquc. treintes affectaient d'une manière plus sensible , au moins dans leur opération direbte, l'Eglise que l'état; et les gouver-ftemens temporel» n'auraient été qu'à moitié émancipés, si leurs clergés nationaux avaient conservé leur énorme juridiction (a). Ce fut encore l'Angleterre qui s'occupa la première

(1) Fleory , Institutions au D mit t 1. a* p. as*6,otc<,et JKsooun sur les Libeit* dr l'Eglise gall^cat a. Les derniers éditeurs de cette dissertation vout bien plus loin que FJeury, et rétrécissent peut-être les limites de l'autorité papale autant que puisse le faire nu membre sincère de cette communion. Voyen notes , p. 417 et 445.

(2). Il iàut toujours se rappeler que c'était aux usurpations ecclésiastiques f et non-seulement papajes, que (es gouverncmeiis civils et les laïques en général avaient alors a s'opposer, Cest on point que des adversaires très-zélés de Home ont voala passer ' sons silence. Les asnrpatHms des papes étaient 1» conséquence

4e GQttfijéfoTmfi 5, et elle y avait déjà fait des progrés considérables , tandis que la piété ou la politique aveugle de Louis IX et de ses successeurs aban* donnait la France aux vastes empiétemens du clergé. Le premier moyen employé pour les restreindre frit assez rigoureux; on saisissait les biens de l'étêquç qui exoeda.it sa juridiction (1). Cette juridiction de*venait, par l'interprétation des ecclésiastiques, de jour en, jwr plus étendue; le concile réformateur de Constance donna lui-même une énumécation des causes ecclésiastiques? «pî dépassait de beau* coup les .limites. reconnues an Angleterre, et peut* être en France (2). Mais le parlement de Paris, inititué en i3o4? établit par degrés sa suprématie

de celles du clergé , et , sous certains rapports, étaient peut-être moins susceptibles d'objection. Mais le véritable ennemi, c'est ce que nous appelons les principes de lu haute Eglise; peu importe qu'ils aient pctar défendeur uu pape , on évdqtle 00 un prêtre. Tels étaient ceux dé l'arohevâque Straifyrd, qui écrivait a Edouard 1H; Duo surit quibus principaliter regitur mundus , sacra pontifi: calis auctoritas j et regalis otdinata potestas; in quibus est pondus tan ta graviûs et subtimîus sacerdotum , quanta et de regibus illi in divino reddiiuri surit examine rationem ; et ideà scire débet regio ceUitudo es illorum vas dependere judiciç , non illos çd vestram dirigi passe voluntatem. Wilkins, Concilia, t. a* p. 663. Cette impudence étonnante à l'égard d'un prince tel qu'Edouard ne fut pas heureuse ♦ mais il est asset intéressant de suivre la trace d'un astre qui s'éloignait , mais faisait encore senjjr ses feux.

(1) De Marca , De Concordantid , 1. 4> c« >&•

(a) Jd. , c. i5. Lenfant, Concile de Constance, t. a, p. 3.1 1. Dei Marca, 1. 4, c. i5, cite quelques passages d'un certain Durendus qui se plaignait , yen Pan i3oo , de ce que les juges laïques envahissaient la juridiction ecclésiastique, et qui rangs

sur les tribunaux ecclésiastiques , aussi-bien que sur les tribunaux civils. Los premiers progrès furent à la vérité très-lents. A une fameuse assemblée tenue en 1329 , en présence de Philippe de Valois, Pierre de Cugnières, son avocat-général, prononça une longue harangue contre les excès de la juridiction spirituelle. C'est un monument curieux de cette branche d'histoire ecclésiastique et légale. Quelques évêques se chargèrent de lui répondre amplement, et le roi n'osa alors prendre aucune mesure décisive (1). On fit néanmoins, dans le quatorzième siècle, plusieurs réglemens qui enlevèrent anx tribunaux ecclésiastiques la connaissance des causes d'adultère, d'exécution de testament, et de plusieurs autres affaires que le clergé prétendait lui appartenir (2). On limita aussi son immunité en matière criminelle par l'introduction des cas privilégiés > auxquels elle ne s'étendit point : c'étaient les crimes de trahison, de meurtre, de vol avec violence, et autres délits graves (3). Le parlement commença à exercer un contrôle judiciaire sur les

parmi les matières dont la connaissance appartenait à cette dernière, les causes criminelles dans quelques circonstances, et celles aussi qui présentent du doute aux juges temporels': Si quid ambiguum inter judices scbcu lares oriatur,

(1) Velly, t. 8, p. a34. Fleury, Institutions, t. a, p. 12. BSst du Droit ecclésiastique français , t. a, p. 86. *

(a) Villaret, 1. 11, p. 18a.

(3) Fleury, Institutions au Droit, t. a, p. i38. Dans la fameuse aflàire de Balue , évéque et cardinal , accusé d'avoir pris part à une conspiration contre Louis XI , le roi prétendit qu'il avait le droit de lui faire subir la peine capitale. Du Clos, Vit

cours épiscopales. Ce ne fut cependant , suivant les meilleurs auteurs, qu'au commencement du quinzième siècle , qu'il imagina sa fameuse forme de procédure ? V appel comme d'abus (i). Non seulement elle devint avec le temps , et par suite de la décadence du pouvoir ecclésiastique, une barrière puissante contre les empiètemens de la juridiction spirituelle, mais elle contribua 'encore à faire rentrer dans les attributions de la cour laïque la plupart de ces causes qui appartenaient par prescription , et même d'après la loi, aux tribunaux ecclésiastiques. C'est ainsi que le parlement de Paris jugea les causes testamentaires, et en grande partie les questions de mariage. Etant lui-même juge de sa compétence, il rétrécit, par le moyen de l'appel comme d'abus, les limites de la juridiction rivale dans plusieurs autres matières (a). Cette procédure répressive parait avoir reçu plus d'extension en France que notre writ de prohibition en Angleterre. Ce writ empêche seulement l'intervention des cours 'ecclésiastiques dans les matières que la loi ne leur, a pas attribuées. Mais le parlement de Paris se regarda, je crois, comme le conservateur des libertés

de Louis XI, t. 1, p. 422. Garnier, Histoire de France, t. 17, p. 33o. Balue fat renfermé pendant plusieurs années dans une petite cage de fer, que l'on montrait encore , il n'y a pas long temps , an château de Loches.

(1) Pasquier, 1. 3, c. 33. Hist. du Droit ecclés. franc. , t. 2, p. 119. Fteury, Instit. au Droit ecc'és. franc. , t. 2 , p. 221. De Marca, TTe Concordantid Sacerdotii et Imperii, 1. 4 > c. 19. Ce. dernier auteur paraît en reporter l'établissement a une époque plus éloignée.

(2) Fledry, Institutions, t. 2 , p. 42, etc.

et de la discipline de l'Eglise gallicane) et interposa l'appel comme d'abus dans tous les cas où la cour spirituelle, dans les affaires même de sa compétence, transgressait les règles canoniques qui devaient la gouverner (i).

iKciin <u Pendant que les évèques de Rome perdaient lçur pape$^°iu- influence générale sur l'Europe, ils n'acquéraient "e* pas plus de considération en Italie, C'est une ques-

tion assez difficile que celle de savoir s'ils tirèrent quelque avantage important de leur principauté temporelle. Pour les trois derniers siècles , il est certain qu'elle a contribué au maintien de leur suprématie spirituelle, qui, par suite des rapports compliqués de la politique, aurait couru de grands dangers, si les papes étaient devenus sujets de quelque souverain particulier. Mais je doute si leur autorité réelle sur la. chrétienté pendant le moyen âge ne se maintint pas mieux lorsqu'ils étaient dans un état de dépendance nominale de l'Empire > qui leur laissait cependant une assez grande liberté, que lorsqu'ils eurent de nombreuses tentations de satisfaire une ambition mondaine. Cette avidité de pouvoir temporel, qui, après les avoir long temps excités à l'usurpation et au mensonge, parut atteindre son but, à partir du temps d'Innocent III et de Nicolas III, affaiblit les parties les plus essen-

(i) De Marca, De Concordantiâ» 1. 4, c. 9. Flewy, t. a, p. aaf. Maintcnaut même en Kspagne, dit De Marca, les évèques ou clercs qui ne se conforment point aux édite royaux qui interdisent les usurpations de& cours ecclésiastiques sont expulsés do royaume et privés des droits civils.

tielles de l'autorité papale. Dans les quatorzième et quinzième siècles, les papes dégradèrent leur caractère en donnant trop de soin aux affaires politiques de l'Italie. Le voile tissu par la religieuse vénération des peuples fut déchiré , et les traits de l'ambition vulgaire parurent à découvert. Il n'existait plus ce système imposant de pouvoir spirituel , qui jadis faisait de Grégoire VII , au sein même de l'exil, un rival redoutable pour l'empereur, ce système qui procurait la réparation de l'injure quand la loi ne pquvait protéger , et la punition quand elle ne pouvait punir; ce système enfin qui s'alliait quelquefois avec la superstition , quelquefois avec les intérêts politiques. Tel croyait que le pape avait droit de déposer un prince schisma tique , qui ne voyait plus qu'avec dégoût ses attaques contre un voisin paisible. Si la cupidité du clergé , si son amour excessif des biens du Inonde ont\ partout ravalé son caractère , la même conduite a fait perdre à son chef le respect qu'on lui portait en Italie. Les censures de l'Eglise, ces excommunications et ces interdits qui avaient fait trembler l'Europe finirent par devenir aussi méprisables qu'odieux, quand on les vit prodigués toutes les fois que le pape avait quelque différend pour des parties de territoire qu'il voulait s'approprier (1). Les croisades même, qu^on avait déjà employées contre les héré-

(i) En 1290, Pise fut soumise à un interdit pour avoir conféré la seigneurie au comte de Montefeltro , à qui il fut ordonné, sous peine d'excommunication, d'abandonner le gouvernement dans le délai d'un mois. Muratori, ad ann. Voilà delà part d'un pape u

tiques du Languedoc , étaient prêchées contre tous ceux qui ne se rangeaient pas du parti du siège de Rome dans les querelles d'Italie. Telles furent les expéditions dirigées contre Frédéric II , Mainfroi et Mathieu Vise on ti. On les encourageait par les séductions ordinaires , les indulgences et la rémission des péchés. Les interdits des papes du quatorzième siècle étaient bien différens de ceux des temps antérieurs. Quoique toujours effrayans pour l'imagination, leurs effets avaient été jusque-là entièrement spirituels; il n'en résultait du moins que la prohibition de certaines cérémonies liées à la religion, telles que la célébration du mariage et la sépulture. Mais Clément V, sous prétexte d'une tentative faite en i3oo. par les Vénitiens pour s'emparer de Ferrare , déclara tous les sujets de cette république infâmes et incapables de remplir aucune fonction pendant trois générations , soumit à la confiscation tous les biens qui leur appartenaient dans toutes les parties du monde, et requit toutes les puissances de leur courir sus, et de réduire leurs personnes en esclavage (i). Grégoire XI pu* blia en 1876, contre les Florentins, une bulle dans les mêmes termes.

Depuis la fin du scnisme,les papes, trouvant leur ambition arrêtée au-delà des Alpes, s'occupèrent

style bien extraordiuaire à l'égard d'une ville libre! Six ans auparavant il avait lancé un interdit sur les Vénitiens parce qu'ils n'avaient pas voulu Jouer leurs galères au roi de Naples. On n'en finirait pas , si l'on voulait citer tous les exemples semblables.

(1) Mura ton, etc.

de plus en plus de leurs projets de souveraineté temporelle.* Mais nous n?y apercevons plus cette politique invariable , qui signala d'une manière si remarquable leur conduite comme chefs suprêmes de l'Eglise. Des hommes en général avancés en âge , et issus de familles nobles d'Italie, faisaient servir la papauté à l'élévation de leurs parens , ou aux intérêts d'une faction locale. Pour arriver à leur but , ils s'enfoncèrent dans les ténébreuses conspirations de cet âge corrompu, et ne se distinguèrent des petits tyrans et des obscurs intrigans avec lesquels ils étaient en relation , que par la turpitude plus scandaleuse de leurs vices. Dans la dernière partie du quinzième siècle , quand tous les préjugés qui leur étaient favorables furent détruits, les hommes qui occupaient jen Europe le poste le plus éminent déshonorèrent leur nom par des débauches si publiques et si honteuses, qu'on trouve à peine rien de comparable dans les temps les plus grossiers qui avaient précédé ; et à l'époque qui sert de limite à cet ouvrage, l'invasion de l'Italie par Charles VIII, je laisse Alexandre VI sur le trône pontiQcal (*).

J'ai cherché dans ce chapitre à présenter en quelques heures de lecture la substance d'une branche d'histoire aussi étendue qu'intéressante.

(*) On regrettera sans doute que les limites que M. Hallam s'était tracées ne lui aient pas permis de conduire l'histoire du pouvoir ecclésiastique jusqu'à nos jours. Nous sommes cependant assez heureux pour pouvoir indiquera nos lecteurs un ouvrage, également remarquable par l'érudition et la vigueur du style, qui remplira suffisamment cette lacune. C'est Y Essai historique sur la Puissance temporelle des Papes, U contient » indépen»

Ce précis n'offre pas sans doute toute l'érudition que le sujet pourrait exiger ; mais du moins il est fondé sur des autorités qui méritent incontestablement la confiance. Ne connaissant en moi aucun sentiment de partialité qui pût donner à mon esprit une fausse direction, je me suis fort pen inquiété de blesser quelques opinions en traitant un sujet aussi délicat. Je serais cependant facbé qu'on donnât à mes réflexions une interprétation contraire à Tes prit qui les a dictées. En exposant sans déguisement les usnrpatious de Rome pendant le moyen âge , mon intention n'a pas été de provoquer à son égard un préjugé injuste ou une défiance mal fondée. L'examen philosophique de l'histoire du pouvoir ecclésiastique offre n:i avantage particulier. Comme elle s'étend sur le vaste espace de quinze siècles, la subordination des événemens aux causes générales plutôt qu'à des combinaisons passagères ou au caractère des individus , y est mieux marquée que dans l'histoire politique : il en résulte que nous pouvons, à l'aide* de la connaissance du passé , présager ce que doit être l'avenir par rapport au pouvoir ecclésiastique , d'une manière plus probable que par rapport aux puissances politiques. Cinq siècles se sont maintenant écoulés, pendant

dam m eut d'un tableau rapide de la conduite du saint-siège depuis son établissement jusqu'à l'année 1811 , une foule de pièces fort curieuses , doit quelques-unes n'avaient jamais été publiées. L'auteur avait sous les yeux les archives du Vatican , où il a puisé des renseigner» eus précieux , surtout pOttr Phûtaîre des trois derniers siècles (iV*. d. T.)

chacun desquels l'autorité du siège de Rome a sucsessivement diminué. Les pontifes , abandonnant lentement et en silence leurs prétentions au pouvoir temporel , défendent avec peine leur citadelle délabrée contre les secousses des révolutions modernes, la rapacité des gouyernemens , et Ta version croissante pour l'influence ecclésiastique. Mais si, bravés par des innovations audacieuses et menaçantes, ils oubliaient par hasard cette politique prudente que la nécessité leur a prescrite, s'ils tentaient , tentative impuissante ! de faire revivre des institutions désormais sans force, ou des principes qui ont péri , leurs efforts pour les défendre n'auraient rien d'extraordinaire, et ne devraient exciter ni indignation ni alarme. Une étude calme, approfondie de l'histoire ecclésiastique , non pas toutefois dans des lafenbeaux ou fragmens tels que ceux dout nous sommes inondés par les partisans ordinaires de notre littérature éphémère; une pareille étude, disonsnous, est peut-être le meilleur remède contre des craintes extravagantes. Ceux qui savent ce que Rome a été jadis sont mieux en état d'apprécier ce qu'elle est aujourd'hui ; ceux qui ont vu la foudre dans les mains des Grégoire et des Innocent ne craindront guère les vains efforts de la décrépitude, la javeline impuissante de Priam au milieu des ruines embrasées de Troie.

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