Les industries mécaniques & chimiques
Quoiqu’elle n’ait ni le fer ni la houille, la Suisse a su créer de grands ateliers de construction et de machines à Zurich et à Winterthur. Elle a quelques fabriques de céruse à Berne et de couleurs pour teinture dans le canton
de Thurgovie, à Baie, etc. ; le mélèze donne de la térébenthine estimée. La tannerie a une assez grande importance, comme il convient à un pays qui a beaucoup de bétail, et est pratiquée dans tous les cantons, particulièrement dans ceux de Berne , de Vaud , de Zurich et de Bâle.
202. Les industries alimentaires. — La principale industrie alimentaire, on peut dire la première de toutes les industries de la Suisse, est la fabrication du fromage. Il est, avec le pain et le lait, Faliment ordinaire des campagnes ; c’est aussi un objet de grande exportation (plus de 250,000 quintaux par an). On fait des fromages de divers genres : des fromages mous, qui s’exportent peu ; des fromages durs et maigres ou mi-gras, qui sont presque exclusivement réservés à la consommation locale ; des fromages durs et gras qui s’exportent beaucoup et dont les deux principaux types sont ceux de Gruyère et de V Emmenthal.
203. Les fils & tissus. — Le tissage est l’industrie manufacturière qui a le plus prospéré en Suisse : elle le doit au bon marché de la main-d’œuvre, aux nombreux cours d’eau capables de donner des moteurs aux usines et à l’absence de restrictions douanières. Cette industrie est en activité surtout dans les cantons du nord et dunord-est.
La filature du coton occupe plus d’un million et demi de broches, réparties dans le canton de Zurich (plus de 600,000), h Zurich, h W inter thur et dans la campagne, dans les cantons d’Argovie, de Claris, de Saint-Gall, de Zug, etc. La majeure partie (environ les 4/5) du coton lilé est employée, dans le pays même, au tissage des cotonnades sur les 55,000 métiers des cantons de Saint-Gall (21,500), d’Argovie, d’Appenzell, de Zurich, de Thurgovie, de Glaris, etc. Zurich, Glaris font surtout avec des métiers mécaniques les tissus blancs, calicots, percales, jaconas; les damassés se font à la main dans lthodes extérieure, les mousse-
dans lecantonde Saint-Gall, surtout dans le Toggenbourg, dans le canton d’Argovie, et dans les districts voisins
dans les environs de Romanshorn (Thurgovie); quelques
secondaire.
L'industrie de la soie, au contraire, en a une trèsgrande. La fabrication des rubans a pour siège principal Bale et le canton cl’Argovie ; celle des tissus de soie,
même des ouvrières jusqu’en Allemagne.
204. Les autres articles de toilette. — Les tresses de 'paille ou de crin pour chapeaux sont fabriquées dans les cantons d ’ Argovie (Wolhen, etc.), de Fribourg et du Tessin, etc., surtout pendant les longues veillées d’hiver ; on fait aussi quelques tresses et tissus de crin dans les cantons d’Argovie et de Zurich. Celui de Soleure (Schœnenwerd, Olten) fabrique des chaussures.
L’horlogerie est une des grandes industries de la Suisse. Elle est pratiquée presque exclusivement par les cantons de l’ouest, ceux de Neufchatel ( la Chaux-de- Fonds, le Locle , eufchâtel, le Val-Travers), de Genève, de Berne (Saint-Imier, etc.), de Vaud (Sainte-Croix, etc.). Genève fournit près de 100,000 montres par an, en général de qualité supérieure; le canton de Neufchatel en fournit plus de 150,000, parmi lesquelles dominent les montres
On fait quelques tissus de chanvre dans Y Emmenthal, à Berthoud, dans le district de Zofingue (Argovie), et
(Zoflngue, etc.).
La broderie , industrie généralement pratiquée dans les régions agricoles, a pour centres principaux les cantons de Saint-Gall et d'Appenzell, comptant environ 15,000 personnes employées à ce travail : les fabricants occupent
taffetas, etc., le canton de ZuRicn (Zurich, Horgen, Meilen, Affoltern, etc.).
tissus de laine à Wadenswyl, Hazingen, Feldbach, etc. ; mais ces deux industries n’ont qu’une importance très-
20 'i L’EUROPE.
d’argent, et approvisionne Genève de mouvements et de pièces détachées. La bijouterie occupe à Genève un assez grand nombre d’ouvriers.
205 Les autres industries. — Avec ses bois la Suisse, et particulièrement Interlaken , fait des planches et des parquets. IZOberland bernois compte environ 2,000 sculpteurs sur bois occupés à faire de petits chalets, des couteaux à papier et autres menus objets qu’achètent les touristes. La Suisse possède quelques verreries et quelques fabriques de poteries de très -médiocre importance (Jura Bernois, Nyon, etc.).
Zurich et plusieurs autres villes fabriquent des pianos ; Sainte-Croix (Jura Yaudois), Genève , etc., des boites à musique ; Aarau, des instruments de mathématiques ; Bex, etc., du papier ; Y imprimerie et la librairie ont une grande importance à Genève, à Lausanne , à Neufchâtel, b Zurich.
208. Les voies de communication. — Dans toute la plaine, la Suisse a un réseau très-complet de routes bien entretenues ; ces routes s’enfoncent vers le sud dans d’étroites vallées et s’arrêtent pour la plupart au pied des hautes montagnes, sur le liane desquelles on ne trouve plus que des chemins de mulets. Aucune route carrossable ne traverse les Alpes Bernoises ; la route du Saint- Gothard,et la double route du Bernardino et du Splugen percent seules de part en part le massif alpestre, au profit des communications de la Suisse centrale, en unissant Zurich et Coire à la Lombardie.
La Suisse compte environ 1,100 kil. de chemins de fer, presque tous situés dans la plaine : ils partent de Genève et de Lausanne au sud-ouest, de Bâle au nord-ouest, pour desservir Neufchâtel, Berne, Zurich, les ports du lac (Romanshorn, etc.), et aboutir au pied des Alpes, à Thun, à Lucerne (d’où la ligne doit être prolongée par le Saint- Gotliard), à Glaris, à Goire. Zurich et Berne peuvent être
considérés comme les centres du réseau. Au sud, le chemin de Genève contourne toute la rive septentrionale du lac et pénètre dans le Valais jusqu’à Sion, d’où il doit se prolonger, comme le fait déjà la route, jusqu’en Italie par le Simplon.
Sur les lacs, il y a une navigation assez active, particulièrement sur le lac de Constance, où le port de Romanshorn fait un grand commerce avec l’Allemagne.
207. Les monnaies & mesures. — Les mesures suisses sont faciles à convertir en mesures métriques ; l’unité de poids, la livre, vaut 500 grammes ; l’unité de longueur, le piecl , 30 centimètres ; l’unité de volume pour les matières sèches, le quarteron , 15 litres, pour les liquides, le pot, 1 lit. 50.
Les monnaies sont les mêmes qu'en France.
208. Le commerce. — La Suisse est peut-être le pays le plus remarquable de l’Europe sous le rapport du commerce, comme sous celui de l’industrie. Malgré les montagnes et l’absence de côtes, elle fait, relativement à sa population, un commerce considérable qui dépasse 1 milliard de francs. Elle le doit surtout à son tarif de douanes très-libéral et au génie particulier de ses habitants.
Elle importe des denrées alimentaires pour sa population, à laquelle ne suffit pas l’exiguïté de son sol arable. Elle tire les grains et farines (plus de 2 millions d’hectolitres) surtout de la Haute-Allemagne par les ports du lac de Constance; le sucre et le café d’Allemagne ; les huiles et les vins de France. Parmi les matières premières pour ses manufactures, le coton vient du Havre et plus encore d’Anvers et de Hambourg ; la soie , la laine, la houille de la basse Allemagne ; elle reçoit également du fer, du savon, des produits manufacturés tels que machines, verrerie, porcelaine, etc.
Elle exporte des bestiaux, surtout en France et en Lom-
bardie, des fromages, des cotonnades , des soieries , de V horlogerie, des bois , de la laine.
Le transit entre l’Allemagne et l’Italie, la France et l’Autriche, est considérable.
209. Le commerce avec la France. — La France reçoit de la Suisse des soieries (pour plus de 100 millions de francs), et des cotonnades , de V horlogerie , de la bijouterie, des cigares qui appartiennent, pour la majeure partie, au commerce de transit et sont destinés à l’Angleterre et à l’Amérique, de la soie (venue d’Italie ou d’Autriche), des cendres et regrets d’orfèvre, des bois communs, des cotonnades, etc. Elle lui envoie, soit pour la consommation nationale, soit pour le transit, de la soie, du vin, du coton, des lainages, du café, etc. ; c’est par Genève , Neufchâtel et Bâle que passent ces marchandises, dont une partie se rend en Autriche ou en Italie.
210. Le résumé des forces productives. — La Suisse se divise en deux régions très-distinctes.
1° Au sud d’une ligne allant de Vevey (canton de Yaud) à Sargans (canton de St-Gall), est la région alpestre, avec ses montagnes, ses exploitations forestières , ses vaches et scs fromages, mais sans industrie manufacturière et trèsmalpartagée sous le rapport des voies de communication;
2o Au nord de cette ligne, la région du Jura et de la plaine helvétique. Celle-ci égale la précédente par son nombreux bétail nourri soit dans les étables et dans les belles prairies, soit, durant une partie de l’été, dans les pâturages alpestres ; mais elle lui est supérieure par l’étendue des terres labourées et est en même temps la région manufacturière et commerçante : manufactures de coton, filature, lissage et broderie, au nord-est, à Saint- Gall , etc. ; manufactures de soie à Belle et à Zurich ; d’horlogerie à l’ouest, dans les cantons de Neufchdtel, de Genève ; de toiles dans la vallée de la Broyé ; ateliers de construction à Zurich et Winterthur ; commerce actif
par Genève , Neufchâtel , Bâle, avec la France ; par Bâle et le lac de Constance avec l’Allemagne dont les marchandises pour l’Italie se rendent à leur destination par les passages du sud, le S impion , le Saint-Gothard et le S plug en.
211. Les grandes villes. — La Suisse compte 3 villes ayant plus de 30,000 âmes (Berne, Bâle, Genève) ; aucune ville n’atteint 100,000 âmes.
212. Le gouvernement. — La Suisse est une république fédérative. Chaque canton forme un État séparé ; les communes administrées par un syndic, un maire ou un président que nomme la commune et, le plus souvent, par un conseil communal, jouissent, en général, d’une grande indépendance, si bien que dans l’est (Appenzell et les Grisons) le canton n’est en réalité qu’une fédération de communes. Dans les petits cantons (Uri, Glaris, Appenzell, etc.), le gouvernement du canton est purement démocratique et tous les citoyens forment l’Assemblée générale (Landsgemeinde) qui nomme le conseil (Landrath) . et surveille ses actes ; dans les autres cantons, c’est le système représentatif qui prévaut, avec un grand conseil
our voter les lois et un conseil exécutif.
La république tout entière est gouvernée 1° par l’Assemblée fédérale , comprenant deux sections : le conseil national (128 membres) élu pour trois ans en raison de la population, et le conseil des États également élu et composé de deux députés par canton ; 2° par le conseil fédéral qui compte sept membres élus et qui possède le pouvoir exécutif.
Il y a un budget fédéral qui est d’environ 22 millions de francs, et qu’alimentent principalement la douane et la poste; et des budgets cantonnaux,dont les plus élevés sont ceux de Berne et de Zurich, et dont la somme est d’environ 48 millions ; ces divers budgets réunis donnent une dépense totale de 70 millions .
La Suisse n’a pas d’armée permanente ; mais tous les citoyens sont exercés au métier des armes.
Un tribunal fédéral connaît des différends entre cantons et, dans certains cas, des appels dans les procès 1 civils ; chaque canton a ses tribunaux particuliers.
L’instruction est obligatoire, mais non gratuite. Au
dessus des écoles primaires et des écoles secondaires
appartenant aux communes et aux cantons, il y a, Y Ecole polytechnique de Zurich, qui dépend du gouvernement fédéral, les universités de Bâle, de Zurich et de Berne et les académies de Genève et de Lausanne.
213. La population. — La population est de 2 millions 1/2 d’habitants, c’est-à-dire un peu tlus de 1/2 habitant par hectare, ou plus exactement, GO habitants par kilomètre carré. C’est surtout dans les cantons manufacturiers de la plaine et de l’est, Genève, Berne, Zurich, Saint- Gall, que la population est dense ; elle est rare dans les cantons de montagnes: Uri et les Grisons ne comptent guère que 14 habitants pour 100 hectares.
La population est partagée en protestants (env. 1 million 1/2) qui dominent dans les cantons de Berne , de Zurich, de Vaud , de Neufchdtef de Bâle et en général dans et en catholiques (env. 1 million), qui dominent
dans les cantons de Lucerne , de Fribourg , de Solcure , de Saint-Gall , du Valais , du Tessin et autour du lac des Qua tre- Cantons ,
L’instruction primaire est très- généralement répandue. Quatre langues diverses sont parlées et correspondent aux origines diverses des populations : le français dans l 'ouest (bas Valais, Vaud, Genève, Fribourg, Neufchâtel, Jura bernois) ; Y italien dans le sud (Tessin et ligue grise) ; le roman dans le sud-est (ligue de la Maison-Dieu) ; Y allemand (plusieurs dialectes) dans tout le reste du pays, centre , nord et est.
Cette petite population doit peu à son sol qui ne lui a
donné libéralement que les forets et les pâturages ; mais elle doit beaucoup à ses mœurs simples , mœurs de montagnards, qui 1 ont faite économe, laborieuse, et qui, grâce à la liberté dont elle jouit depuis des siècles, lui ont pci mis, â côte de la v.e pastorale qui demeure son principal caractère, d’avoir, sur divers points et pour
plusieurs genres de fabrication, une industrie prospère.
2e Section,