Les circonscriptions administratives. — La
Turquie d’Europe, dont la capitale est Constantinople, a des divisions administratives très- variables. Elle est aujourd’hui partagée en 11 cyalets ou vilayets, comprenant ■eux-mêmes plusieurs sandjaks :
Constantinople,
Vilayet d ’Eclriné (ou d’Andrinople),
Vilayet du Danube ,
Mutessariflik de Perzerim,
Vilayet de Bosna (Bosnie),
Eyalet de Roumill ,
Eyalet de Janina,
Eyalet de Selanik ,
Eyalet de Tirkhala ,
Eyalet de Djczaïr (îles de la Méditerranée),
Eyalet de Ghirit (Crète).
Elle étend en outre sa domination sur la Turquie d’Asie, sur une partie de l’Arabie, sur la régence de Tripoli en Afrique ; et un protectorat nominal sur l’Égypte et la régence de Tunis.
305. Les régions agricoles. — La Turquie d’Europe peut ôtre divisée en quatre régions agricoles :
1° La région du plateau central comprend le midi de la Bosnie et de la Servie, le sud-ouest de la Bulgarie, le nord-ouest de la Roumili, la province de Perzerim et l’Albanie orientale. Haute de 700 ù. 1,000 mètres environ, froide en hiver, rocheuse et nue sur beaucoup de points, couverte sur d’autres d’immenses forêts, hérissée de chaînes dont plusieurs sommets dépassent 2,000 mètres, coupée de ravins et de vallées au fond desquelles courent les rivières, elle produit néanmoins, pour sa rare population, le maïs, le sarrazin, le seigle, le froment et l’orge.
2° La région des terrasses occidentales comprend la Croatie, FHertzegovine, l’ouest de l’Albanie et de l'Épire. Elle descend de degré en degré des hauteurs du plateau jusqu’au rivage de la mer, et étale successivement les forêts de chênes (district de Tchamouria, etc.), les coteaux couverts de vignes et les champs où prospèrent le mûrier, le chanvre, le tabac, l’olivier, l’oranger, l’épeautre, le maïs et le millet.
3° La région de la plaine du Danube comprend la Bosnie et la Bulgarie septentrionale. C’est une terre d’alluvion, froide en hiver, marécageuse, surtout vers l’embouchure du fleuve,. mais fertile en maïs, en millet, en froment.
4'' La région des vallées de l’Archipel, c'est-à-dire de la Maritza, du Strouma, du Yardar, de l’Indjé-Karasou, de la Salembria, etc. Séparées par des montagnes boisées ou infertiles, elles ont chacune un caractère propre, mais elles jouissent en général d’un climat chaud et produisent en abondance les céréales (maïs, riz, froment), le mûrier, la vigne, le tabac, le cotonnier, l’olivier.
306. L’agriculture. — Il est impossible d’indiquer, même d une manière vague, le chiffre de la production des céréales en Turquie. La principale céréale est le maïs, que 1 on cultive dans toutes les plaines, surtout dans la.
Bulgarie, la Thessalie et la Thrace ; celui de Phiiàppopoli est particulièrement estimé ; on le mange rôti ou on en foie de la bouillie dite « mamaliga» (en Bulgarie), laquelle constitue la principale nourriture des habitants. Les autres céréales cultivées sont le riz, avec lequel on fait l’aliment connu sous le nom de pilau, cultivé dans les vallées, dans celle de la Maritza, qui donne les riz blancs de Tatar-Bazar et de Philippopoli, dans la plaine de Serès, dans la vallée de la Salembria ; le millet et le sorgho , cultivés surtout dans les vallées chaudes de la Bulgarie, de la Thrace et de l’Albanie ; Yépeautre surtout sur la côte d’Épire ; le froment en Bulgarie, en Thessalie, etc. ; Y orge (Pliilippopoli, etc.) ; le seigle , surtout dans les parties hautes, ainsi que le sarrasin que donnent en assez grande abondance la Bosnie et l’Hertzegovine.
Les pois chiches (pois d’Andrinople, etc.), les topinambours, les tomates, les choux, les oignons, l’ail, les courges, les pastèques, les melons et l’oseille contribuent aussi
T alimentation.
Les plantes industrielles sont le chanvre que l’on cultive un peu partout, surtout dans les îles et dans l’Albanie ; le lin assez rare ; le coton qui, comme le riz, vient dans les vallées chaudes de la Maritza, du Strouma (plaine de Serès), du Yardar (coton de Salonique), de la Salembria; le tabac de Yù. province clc Salonique, dans laquelle les provenances les plus estimées sont celles de Ylndjë- Karasou, de Sari-Chaban, etc. (cultivé h Brama, Pravichta, la Cavalle), celui des provinces de Janina et d’Andrinople ; les drogues tinctoriales, garance, sumac, kermès, noix de galle, de l’Albanie et de la Thessalie ; le colza de Bulgarie et le sésame de la Maritza et de la lioumili.
Parmi les cultures arborescentes la vigne, bien que cultivée avec peu de soin, donne en général de gros et beaux grains. On les consomme comme raisins de table
et comme raisins secs, surtout ceux qui proviennent des terrasses de rHertzégovine, de la Tliessalie et de la Macédoine ; où l’on en fait des vins estimés, tels que le vin du mont Atlios, et ceux des Dardanelles, de Crète, d’Épire, de Schoumla (en Bulgarie). L ’ olivier, qui donne une huile médiocre, parce qu’elle est mal préparée, abonde sur les côtes de la Chalcidique, delà Roumili, de l’Albanie et dans les îles. Les autres arbres fruitiers , orangers, citronniers, grenadiers, figuiers, amandiers, abricotiers, réussissent dans les vallées; les noyers sur les pentes montagneuses; les cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers, partout. On cultive le rosier pour faire de l’essence de rose au pied des Balkans et surtout près d’Andrinople (1) ; le mûrier , qui nourrit le ver à soie, forme des forêts entières sur les bords de la mer Noire en Roumili et en Bulgarie ; Andrinople (x allée de la Maritza) est le marché le plus important de la soie ; Scutari (Albanie), Yolo (Thessalie), les îles et Salonique (vallée du Yardar et de l’Indjé- Karasou dont les produits sont estimés) viennent au second rang.
La Turquie, avec ses plateaux montagneux, est riche en forêts ; mais ces forêts ne sont pas aménagés, et, faute de routes, elles ne sont, pour la plupart, ni exploitées ni même explorées. Presque tout le plateau central , la plupart des pentes des Balkans et une partie du Despoto-dagli sont boisés. Au nord de la fertile plaine de Serès sont de belles forêts de pins ; à l’ouest de Varna, des forêts de chênes (chêne rouge et chêne pédonculé), de frênes et de hêtres. Parmi les produits les plus abondants de l’exploitation forestière sont la v allouée , c’est-àdire la capsule du gland du chêne-ægilops, employée pour la tannerie et pour la teinture, récolte qui occupe à l’automne un grand nombre de paysans, et le buis qui croît en quantité et acquiert de grandes dimensions.
L Dn cultive beaucoup aussi le géranium pour en faire de l’essence.
L’EUROPE méridionale. 371
La Turquie n’a pas de prairies artificielles et a peu de gros bétail : de bons chevaux d’origine tartare ou arabe, de taille et de force médiocres, mais d’une grande vivacité, sont élevés dans les pâturages des Balkans, principalement entre Sophia et Ichtiman, entre Pliilippopoli et lamboly ; dans les vallées de la Macédoine, de la Thessalie et de l’Albanie. On trouve un assez grand nombre de mulets et d ’ clnes de belle taille et de belle apparence, surtout dans la Thrace, la Macédoine et l’Albanie ; un petit nombre de grands bœufs à longues cornes et à robe grise, nourris presque uniquement d’orge et ne servant que comme bêtes de somme; des buffles dans la Bulgarie, la Roumili et l’Albanie ; beaucoup de moutons à laine assez commune et mal lavée, surtout dans la Bulgarie et la Roumili (1) ; beaucoup de chèvres, comme dans tous les pays de montagnes ; beaucoup de porcs , qui errent en nombreux troupeaux dans les forêts de chênes et y vivent à demi sauvages. La Turquie élève aussi beaucoup d’abeilles.
307. L’industrie. — L’activité industrielle est nulle en Turquie : à part les industries rurales ou locales dont les artisans, dans les villes, sont groupés en corporations, et qui travaillent pour les besoins journaliers de la population, il n’y a aucune grande exploitation manufacturière.
Les minéraux ne manquent pourtant pas : marbre, plombagine d’Uskup et de Drama, argile plastique de Sophia, de la Bosnie, etc. ; mais on ne les exploite presque pas. ' Cependant dans la région montagneuse et boisée qui avoisine Kustendil, à Karatoiva , Egri-Palanka, Klissoura ; dans la vallée de la Bosna, en aval de Serti jewo (Yissok, etc.) ; à Kamengrad et Stari-Maïdo, en Groa-
1. L’exportation s’en fait principalement par le Danube (environ 2,700 tonnes), par Enos, Rodosto (environ 7,500 tonnes) et par Salouique (environ 3,000 tonnes).
lie ; à Scomokoiv , en Th race, il y a des mines et quelques hauts fourneaux; mais les procédés sont très-défectueux. Les autres métaux exploités sont Y argent à Kustendil, l’argent mêlé au plomb au mont Pélion, du cuivre à Kustendil, etc. Les marais salins de l’Albanie et de la Tbrace, les lagunes du bas Danube et les sources salées de la Bosnie donnent du sel.
L’industrie manufacturière n’a guère à mentionner que les tapis , les broderies d’or et d’argent, les instruments de musique (cymbales, etc.), la tabletterie (boîtes, bracelets d’ambre, chiboucks, narghilés, etc.), les faïences et poteries de Constantinople (Eyoub), les poteries de Routschouk, l’orfèvrerie d elagnevo, les armes que l’on fabrique dans un certain nombre de lieux, surtout à Constantinople, dans la province de Perzerim , à Islimia, à Bosna- Seraï, etc., et les cuirs que l’on prépare avec soin.
308. Les monnaies & mesures. — L’unité moncaire est la piastre (kourouche), valant ()f, 22. L’unité de longueur était jusqu’ici Yarchme, de O-, 75, pour les étoiles, l’endazé de 0m,65 ; l’unité de poids, Yocca, de 1 kilos* 285 ; mais la Turquie vient d’adopter le système métrique.
309. Les voies de communication. — Les routes postales, très-peu nombreuses, mesurent 10,000 kilomètres ; la principale est celle qui, de Constantinople, par la vallée de la Maritza et le Tchar-Dagli, gagne Bosna- Seraï et le Danube ou l’Adriatique ; mais ces routes sont ou mal entretenues ou sans aucun entretien, et le manque de moyens de communication est un des grands vices économiques de la Turquie. Par exemple, sur la route de Scutari h Perzerim (13G kilom.), qu’on parcourt en trois ou quatre jours dans la belle saison, on met de huit h quinze jours en hiver sans rencontrer un village ni un abri.
Les chemins de fer (environ 300 kilom.), d c Routschouk
à Varna et de Tchernawoda à Kustendjé , conduisent à la mer Noire et complètent la route du Danube, la grande voie navigable de la Turquie (1).
Les communications commerciales ont lieu, en majeure partie, par la mer. Des services réguliers de bateaux à vapeur turcs relient les ports européens de la mer Noire, Bourgas , Varna , Kustendjé , Saint-Georges , et les ports asiatiques à Constantinople ; en concurrence avec le Llyod autrichien ; des services autrichiens ou français (messageries nationales) relient Constantinople et Salonique à tous les grands ports de la Méditerranée. Les autres ports de la Turquie ayant quelque importance commerciale et desservis aussi pour la plupart par des services à vapeur, sont : Gallipoli , OEnos , la Cavallc, Voloy la Canée. La Turquie commande, par les Dardanelles et le canal de Constantinople, Centrée de la mer Noire.
310. Le commerce. — Le commerce extérieur ne paraît jias dépasser 500 millions de francs et consiste :
A V importation , en tissus (cotonnades, lainages, soieries, toiles) , en vêtements et articles de toilette, en denrées coloniales (sucre, café), en quincaillerie, objets de métal, ouvrages en cuir, armes, métaux, etc.;
A V exportation en cocons, soie , coton , graines oléagineuses, laines et poils de chèvres, peaux, buis, vallonée et noix de galle, alizari (extrait de garance), etc., ainsi qu’en grand nombre d’objets provenant de la Perse ou de l’Asie Mineure et tirés des entrepôts de Constantinople.
Dans ce commerce, la France vient au second rang , après l’Angleterre et avant l’Autriche ; elle fournit surtout ses soieries et ses cotonnades (ou celles de la Suisse), son sucre, etc., et achète des cocons, des soies, des
1. La Maritza aussi est navigable, sur une étendue d’environ 400 kilomètres.
37 't L’EUROPE.
graines de ver à soie, des laines, des graines oléagineuses, etc.
311. Les grandes villes. — La Turquie possède cinq villes de 30 à 100,000 âmes (Sophia, Gallipoli, Pliilippopoli, Bosna-Seraï, Salonique), et deux villes de plus de 100,000 âmes :
(Voir les plans de la carte n° 25).
Andrinople (110,000 hab.) ou Edriné, est située sur la Maritza, au centre d’une plaine fertile, et fait par suite un commerce important de denrées agricoles. Elle possède quelques tanneries et est habitée, comme la plupart des villes de Turquie, par un mélange d’Ottomans, de Bulgares, d’Àrménicns, de Grecs et de Juifs.
Constantinople ou Stamboul (855,000 hab. et 1 million avec la population flottante), capitale de l’empire, est bâtie à l’entrée du Bosphore, sur une presqu’île triangulaire, que défend, du côté de la terre, un double rempart, et que baignent des deux autres côtés la mer de Marmara et un golfe nommé la Corne d’Or à cause de sa forme. Ce golfe forme un port excellent, long de G kilomètres, accessible aux plus gros navires de guerre et capable de contenir plus de mille bâtiments. Le sérail, grand à lui seul comme une ville, renferme les grandes administrations et occupe toute la pointe orientale de la presqu'île. (Voir la figure
312. Le gouvernement. — Les hameaux et communes sont groupés en nahiyés, puis en cazas, enlivas ou provinces et les livas en cyalets ou vilayets, administrés par des pachas. Le pouvoir appartient sans limites au sultan qui administre avec l’aide 1° du conseil des ministres dont les deux plus importants personnages sont le grand visir , président du conseil, et le cheikh-ul-islam, chef du corps des ulémas, chargé des fonctions du culte et de la justice ; 2° du divan composé de tous les fonctionnaires.
Le budget c st d’environ 380 millions de francs ; l’armée régulière de 100,000 hommes ; le personnel de la flotte de 30,000 hommes.
313. La population. — La population, dont on ne sait pas au juste le chiffre, paraît être d’environ 10 à 12 millions d’habitants, c’est-à-dire d’environ 1/3 d’habitant par hectare ou 30 habitants par kilométré carré ; c’est sur le plateau central qu’elle est le plus clair -semée et sur les côtes du Bosphore et dans la vallée de la Maritza qu’elle est le plus dense. Cette population, composée d’é-
Fig. 20. — Vue de Constantinople.
léments divers, Turcs, Grecs, Bulgares, Slaves, Arméniens, que le temps n’a pas fondus en un même corps de nation, et qui professent des cultes différents, l’islamisme, le christianisme (Catholiques, Grecs unis ou non unis, Arméniens), obéit à des tendances diverses. Les habitants, en général peu instruits, sont très-loin d’avoir tiré d’un sol, en partie montagneux, mais en grande
partie fertile, toutes les ressources agricoles ou industrielles qu’il peut offrir à l’activité laborieuse ; aussi la Turquie est-elle généralement pauvre.
5rae Section.