Y. SIBÉRIE
(4 gouvernements et 7 provinces (I).)
(Voir la cart^ n" 28.)
334. Les régions agricoles. — La Russie se divise en 5 régions agricoles :
1° La région glaciale comprend la Laponie russe, le nord de la Finlande, la presqu’île de Kola et tout l’est du gouvernement d’Arkhangel, de l'embouchure du Mezen à la source de la Petchora ; à peine peut-on la ranger parmi le.s régions agricoles ; car l’agriculture n’y existe pas; le sol est couvert à l’est d’immenses marais tourbeux, dits toundras , entrecoupés de terrains pierreux* où végète la mousse ; le renne y est le seul bétail.
2° La région forestière s’étend depuis le golfe de Bothnie, jusqu’à la source de la Petchora, sur la Finlande méridionale , toute semée de lacs et de forêts et fertile seulement dans le voisinage d’Abo, et sur les gouvernements d’Olonetz et de Vologda ; sa limite méridionale est tracée par une ligne qui s’étendrait du golfe de Finlande à l’Oural, par le lac Peipous, la source du Dniéper, Moscou et le confluent de la Samara et du Volga. Elle embrasse donc dans la Grande-Russie , dans la Russie
(1) Voir la géographie de l’Asie dans le volume de la Te> re.
L’EURQPE.
septentrionale et la Russie orientale , à peu près l’espace compris entre 64° et 56° de latitude. Dans cette région apparaissent les céréales , avoine, seigle et orge, et l’on cultive le lin ; mais la principale richesse consiste en à* immenses forêts qui dans quelques gouvernements (gouvernements d’Olonetz et de Vologda) couvrent jusqu’à 80 et 92 p. 4 00 de la superficie du territoire. Une partie, il est vrai, ne comprend que des broussailles ; mais une grande partie consiste en massifs impénétrables de sapins de pins et quelquefois de bouleaux dans le nord ; de mélèzes et de cèdres dans l’est; de trembles , d'aunes, de tilleuls et, quelquefois de chênes dans le sud. Dans le nord de cette région, on ne cultive guère les céréales que dans les champs fraîchement défrichés, dont on coupe le bois, ou dont on brûle les broussailles et qui donnent pendant plusieurs années d’assez bonnes récoltes sans fumure.
3° La région occidentale,, comme la précédente, a beaucoup de forêts , composées de pins, de chênes, d ’ ormes, de tilleuls, de frênes et d’érables ; mais, sous un climat moins rigoureux, elle renferme plus de prairies et plus de terres labourées. Les provinces baltiques, Ingrie, Esthonie , Livonie, Courtaude , sont au nombre des plus boisées (près de la moitié du territoire de la Livonie est en forêts) ; cependant les marais, les pâturages, où paît un nombreux bétail et les terres labourées y alternent avec les forêts. Outre les céréales, orge, seigle, avoine, les terres arables fournissent le lin ; la culture y est plus avancée que dans aucune autre partie de la Russie. La Lithuanie , également marécageuse dans sa partie septentrionale, ainsi que le gouvernement de Witepsk, produisent beaucoup de chanvre dans la vallée de la Duna ; le gouvernement de Mobile 11 et celui de Minsk sont plus marécageux encore dans leur partie méridionale, qui comprend sur presque tout le cours du Pripet, l’immense marais de Pinsk. La
LA- RUSSIE
Pologne , à l’extrémité occidentale de l’empire russe, a près delà moitié de son territoire occupé par des bois et forets ; mais les terres, cultivées principalement à l’ouest de la Vistule, fournissent en grande quantité le seigle, le froment , Vorge et la betterave. Au sud, la Volhynie , encore trcs-boisée, et la Podolie , qui appartient déjà à la région de Terre-Noire, et dont la plus grande partie est en terres labourables, sont au nombre des provinces riches en céréales.
4° La région centrale comprend toute la portion méridionale de la Grande-Russie , au sud de Moscou, toute la Petite-Russie, et s’étend à l’est au delà du Volga : ici, peu de bois, peu de marais : des céréales. C’est la région agricole par excellence. A mesure qu’on s’avance vers le sud de cette région, le sol devient de plus en plus fertile : médiocrement productif dans les gouvernements de Smolensk, de Kalouga, de Moscou, qui donnent cependant en assez grande quantité le lin et le chanvre ; trèscultivé et fertile en céréales dans les gouvernements de Toula et d’Orel, il devient d’une fécondité pour ainsi dire inépuisable dans la grande région de Tschernoziem, c’est-à-dire Terre Noire , qui s’étend de la Podolie jusque vers Orenbourg, sur presque toute la petite Russie (moins la partie septentrionale de Tscliernigoff) ; sur toute l’Ukraine, la pourvoyeuse du commerce d’exportation d’Odessa ; sur le sud de la Grande-Russie (gouvernements de de Koursk,Voronège, etpartie d’Orel, Toula, Riasan, Tamboffj danslecenfre delà Russie orientale (gouvernement de Saratoff, partie de Simbirsk et de Samara) et sur la partie nord-ouest de ko Nouvelle Russie (gouvernement d’Iekaterinoslaff, et partie de Kherson,Tauride et Don). Dans cette contrée privilégiée, le grain, sans aucun engrais, rend 15 et 20 pour 1. mais les procédés de culture sont grossiers et la jachère biennale est à peu près partout en usage. Les principales cultures sont le froment , le millet , l’europe, 23
le maïs , ainsi que quelques plantes industrielles , betteraves, tabac , lin, chanvre, etc.
5° La région méridionale, que l’on peut nommer région des steppes ou région pastorale , s’étend au sud de la Terre-Noire. A l’ouest, dans la Bessarabie méridionale et jusqu’au Don vers Bogutschar, elle forme une haute plaine calcaire, de 40 à 50 mètres au dessus du niveau de la mer, sans arbres , presque sans eau, entrecoupée de « balkas », ravins, où jadis ont coulé des torrents; et couverte, après la rigoureuse saison d’hiver, de hautes herbes , au milieu desquelles paissent de nombreux troupeaux de bœufs , de chevaux et surtout de moutons h laine fine ; à l’est, du Don jusqu’à l’Oural, c’est une plaine basse , unie de toutes parts à perte de vue, semée de marais et d’étangs d’eau saumâtre, peuplée de bandes innombrables d’oiseaux aquatiques et de troupeaux de moutons à grosse queue et de chevaux. Dans la Bessarabie et la Grimée, on trouve le froment, le maïs et la vigne ; les pentes du Caucase sont couvertes de forets et de pâturages, qui tranchent avec l’aridité des steppes.
335. 3.es produits végétaux. — La production des céréales dans la Russie d’Europe est estimée à près de 500 millions (I) d’iiectolitres, évaluation qui paraît être inférieure à la réalité. Elle a une grande importance dans les gouvernements de Tambo ff\ de Samara (dans une partie seulement, car la moitié des terres du gouvernement de Samara est inculte), de îtiasan , de Viatka , de Voronège , de Toula d’Orel, de Koursk, de Saratoff, d’Orenbourg, de Kharkoff, de Kaminiec, d’Iekaterinoslaff,
i. Les chiffres de la production agricole sont plus élèves que ceux des statistiques officielles, qui ne comprennent pas d’ordinaire la Finlande et la Pologne. Au surplus, tous les chiffres relatifs à la statistique russe, à cause de renseignements assez imparfaits de l’adminisration, ne doivent être considérés que comme une manière d’apprécier Timporlance relative des productions.
LA RUSSIE
dans chacun desquels elle dépasse 15 millions d’hectolitres, et dans l’ancien royaume de Pologne. Cette production consiste surtout en froment , cultivé dans les provinces du midi et dans celles du centre jusqu’au 60e degré. Celles qui sont les plus renommées pour cette culture sont Y Ultra ine qui donne particulièrement le blé ghirka (blé de mars), le plus estimé sur le marché de Kieff et à Odessa ; la Podolie , la Volhynie , la Bessarabie , la région moyenne du Volga et la Pologne (surtout l’ancienne province de S anclomir qui fournit le blé sandomirka). Viennent ensuite le seigle , cultivé dans toutes les régions, surtout dans le centre et en Pologne ; Vavoine qui domine dans la région du nord ; Y orge cultivé à peu près dans toutes les régions ; le maïs , seulement dans la région du midi , surtout eh Bessarabie; le millet , dans la région de la Terre-Noire.
La production de la pomme de terre, récoltée surtout dans les provinces de l’ouest, est estimée à 80 millions d’hectolitres.
Le chou rouge, le gros cornichon de la Russie méridionale, les pois, le sarrasin complètent l’alimentation végétale.
Parmi les plantes industrielles,
Le lin est cultivé en vue de la filasse (200,000 tonnes) dans la partie septentrionale de la Grande-Russie et dans les provinces baltiques (gouvernements de Pshoff. , Smolensk , Vologda , dans la vallée de la Sukhona, Kostroma, Viatka, Vladimir, Livonie, Witepsk, dans toute la vallée de la Duna, etc.) ; et dans la Russie méridionale (gouvernements de Iekaterinoslaff, de Kherson, de Voronège, etc.), surtout en vue de la graine.
Le chanvre , généralement fin et fort, mais dont la récolte n’est guère que le quart de celle du lin, est cultivé surtout dans le sud de la Grande-Russie , dans la Russic- Blanche et V Ukraine (gouvernements de Kalouga, Toula,
Smolensk, Tchernigôff, Koursk, Orel, qui donne le chanvre le plus estime, Poltawa, etc.).
Les graines oléagineuses, hormis le chènevis et la graine de lin, n’ont qu’une médiocre importance, si ce n’est toutefois le sésame et le tournesol dans la Russie méridionale.
La culture de la betterave est répandue surtout dans la Petite-Russie {Kieff, Podolie, Tchernigôff, Kharkoff, Poltawa), dans le sud de la Grande- Russie (Koursk, Toula, Kalouga, Orel, Tamboff) et dans l’ouest de la Pologne.
Le tabac provient en grande quantité des gouvernements de Sam ara, Tchernigôff , Poltawa , Saratoff, Yoronège, Kharkoff, Khcrson, Tauride, Bessarabie, Podolie, Volhynie, etc., c’est-à-dire de la rcgioii du sud.
Les prairies naturelles, pâturages, pâtis et steppes, occupent près de la moitié, quelquefois même plus de la moitié du territoire dans la Nouvelle Russie, et jusque dans le gouvernement de Saratoff, qui tient aux steppes du Don.
La vigne ne réussit que dans le sud, et la production du vin, qui n’est guère que de 1 million d’hectolitres, n’a quelque importance que dans la Bessarabie (vins d’Akermann, etc.), dans les vallées du Kouban. du Terek et dans la Crimée ; le pays du Don, les gouvernements de Kherson, d’Astrakan, de Ivieff ont aussi quelques vignobles.
La culture maraîchère a une certaine activité dans les environs de Saint-Pétersbourg, de Moscou et en Finlande.
Les gouvernements du midi (Tauride, Bessarabie, Kieff, etc.) cultivent certains arbres à fruits , le prunier, le pommier, le poirier, le noyer et l’amandier.
Les forêts couvrent un espace de plus de 200 millions d'hectares, principalement dans la région forestière (36 millions d’hectares dans le gouvernement de Yologda, 33 dans le gouvernement d’Arkhangel, 2 4 dans le gouvernement de Perm, 10 dans le gouvernement d’Olonetz), c’est-
LA RUSSIE
à-dire entre 56° et 64° de latitude. Il y en a beaucoup aussi, quoiqu’en moins grande quantité, dans la Pologne et la Petite-Russie, et elles sont une des grandes richesses agricoles de l’empire. Elles se composent, au nord, de pins sylvestres et de sapins ; aux deux premières essences se mêlent, à l’est, les mélèzes et les cèdres ; au centre, les trembles, les aunes, et souvent les tilleuls et les chênes ; à l’ouest, le chêne, l’orme, le tilleul, le frêne et l’érable. On consomme beaucoup de bois, soit pour le chaiiffage durant les longs et rudes hivers ; soit pour la construction des maisons qui sont toutes en bois dans les campagnes, et des bateaux que l’on dépèce presque toujours après un voyage ; soit pour la fabrication de la potasse (principalement dans les gouvernements d’Orenbourg, de Samara, de Kasan); soit enfin pour Y exportation . Les forêts donnent aussi de la poix (gouvernements d’Arkhangel, Nijni-Novgorod, Volhynie, etc.), delà térébenthine (gouvernements d’Arkhangel, Nijni-Novgorod, Vologda, Olonetz, etc.), du goudron (gouvernements de Kostroma, de Perm, etc.). On évalue à plus de 300 millions de francs la valeur annuelle des produits forestiers ; l’éloignement des centres de consommation ou des lieux d’exportation, le manque de routes nuisent considérablement au rendement des forêts, et font qu’à Moscou et surtout à Odessa le bois à brûler est plus cher qu’à Paris (1). Dans la région du midi, où il n’y a pas un arbre, on est réduit à se chauffer avec de la bouse de vache séchée. Sur les points où la population est nombreuse, le déboisement fait des progrès rapides.
333. Le bétail. — La Russie, ayant peu de prairies artificielles et même peu de prairies fauchées, n'a pas une quantité de bétail proportionnée à la vaste étendue de son territoire.
1. En 1S67 on payait 25 fr. à Moscou, 2S fr. à Odessa, ce qui ne valait que S fr. à Saint-Pétersbourg et l fr. à Arkhangel.
Les chevaux (16 millions) sont nombreux dans la Grande-Russie (gouvernements de Tamboff \ Voronège Nijni-Novgorod, etc.) qui nourrit une race de trait, grande el forte, dont une partie, améliorée par l’introduction de chevaux arabes ou anglais, est devenue une race de beaux chevaux de luxe et d’excellents trotteurs : la race renommée des trotteurs, dite Orloff, et la race biliouge élevée dans les gras pâturages de la petite rivière Bitioug, appartiennent a ce groupe. Le pays des Cosaques du Don élève une race rustique, la race Cosaque, sans élégance, à la taille petite, a la poitrine profonde, au jarret sec et infatigable, c evee en liberté au milieu des steppes. Dans la Russie orientale, principalement dans les gouvernements d ’As- ) a ehan, d’Orenbourg, de Perm, de Samara, dominent la !™e te mtka, petite, mais dure au travail, la race de
. l <’ .'l lace Tartare, compagne des tribus nomades
de la Caspienne.
Les boeufs (22 millions) sont nombreux dans la Russie septentrionale^ où se trouve la race de Kholmogory ; dans les provinces balliques et jusque dans les gouvernements c e Pskoil et de Witebsk ; dans la Russie méridionale et ans !e gouvernement d’Astrakhan, où se trouve la race
coun d 'aSrk ; S f0Urnissent de bonne viande et beaucoup de suif.
Les moutons (env. 50 millions) sont assez nombreux
!ü g:!’ surtout dans les steppes de la Petile-
be-mer f “ Busstf méridionale, où l’on rencontre
nièr- , <.° r™°,dons 11 laine fmc et de mérinos (ces der-
nosli(r ini li!-i! ement danS l0S gouvernements d’Iekatéri- ’ e Ivherson et de Tauride), et jusque dans les
danTl lTnuT% deVOr°nège’ de Tan^>off, deRiasan; Samara SaraT ii’T^ ''gouvernements d’Astrakhan, Peim ^ù ’ ?Tblrsk> *-*renbourg, Kasan, Viatka,
mouton ï ! T mo,,tons ordinaires et surtout le Astiakhan a laine grise ou noire, et le mouton
LA RUSSIE
kirghiz à queue de graisse, donnant une laine grossière, mais beaucoup de suif ; on les trouve aussi en assez grand nombre dans la Courlande.
Les porcs (9 millions) abondent surtout dans la Petite - Russie et fournissent à l’exportation beaucoup de soies.
Les chèvres sont très-peu nombreuses (1 million et demi), parce que la Russie n’est pas un pays de montagnes.
Les rennes (700,000) ne se trouvent que dans la région du nord et dans la Finlande.
Les chameaux (30,000) se rencontrent, au contraire, dans la région du sud-est , au voisinage du Caucase et de la Caspienne.
Les ruches d’abeilles se trouvent dans toute la Russie centrale et méridionale, surtout dans les environs de Poltawa et d ’ lehaterinoslaff ; dans le reste de la Petite et de la Nouvelle-Russie et dans le sud de la Grande-Russie, on consomme beaucoup plus de miel que de sucre.
Les vers à soie sont élevés aussi, mais en petit nombre, dans la Petite et dans la Nouvelle-Russie (en plus grand nombre dans les environs de Koutaïss, en Transcaucasie).
337 Les produits de la cliasse et de la pêche. —
Les climats très-rigoureux ont des animaux à riche fourrure et les grandes forets renferment beaucoup de bêtes fauves : double raison pour que la chasse soit une industrie importante dans le nord de la Russie. Les gouvernements d’Arkhangel, de Yologda, d’Olonetz, de Viatka, de Perm, de Saint-Pétersbourg, de Tver, de Novgorod et la Nouvelle-Zemble fournissent pour une valeur d’environ 2 millions de francs de fourrures (peaux d’ours, de loup, de blaireau, de renard, d’écureuil), de musc, de castoréum, etc.; mais ce revenu, dont le travail de l’homme n’entretient pas la source et qui a pour effet de détruire ;sans reproduire, diminue chaque année.
La Sibérie fournit en fourrures un revenu d’un million de francs à peu près (1).
La pêche a une plus grande importance encore, parce que les Russes consomment beaucoup de poisson. Les lacs du nord fournissent des poissons d’eau douce (surtout l’éperlan) que l’on expédie frais ou gelé. — Les principales pêcheries sont celles de la mer Blanche et de l’océan Glacial, qui fournissent le hareng , le phoque, la baleine; de la Baltique (hareng, sprate, saumon, etc.) ; de la mer Noire, dans les limans du Dniester, du Bug et du Dniéper ; de la mer d’Azoff, du Don et du Kouban, dont la production est évaluée à 16 millions de francs ; de la Caspienne , près des bouches du Terek, du Volga, de l’Oural et de l’Emba, et dont la production paraît dépasser 40 millions de francs. Dans les pêcheries des mers du midi, on prend surtout I’esturgeon, grand poisson de 5 mètres cîe long qui, outre la chair, mets délicat et recherché, qu’on la vende gelée, salée, ou salée et séchée, donne le caviar fait avec les œufs, le vesiga fait avec l’épine dorsale, et la colle de poisson fixité a\ee la vessie natatoire de l’animal. Ce poisson seplaît dans les eaux saumâtres d’une faible salure ; c’est pourquoi il vit en si grand nombre dans la partie inférieure des fleuves, dans la mer d’Azoff et dans la mer Caspienne, mers peu pro fondes et alimentées par des fleuves qui y versent de l’eau douce et des masses considérables de détritus organiques dont les poissons font leur nourriture. Le dédale des îles et des limans tout couverts de roseaux de la côte Caspienne, semble disposé par la nature comme des viviers pour l’élevage des poissons. Aussi ces pêcheries sont-elles les plus importantes du monde entier. La plus célèbre est celle de Bojiï-Promysly (pêcherie divine) près de l’embouchure du Kour.
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338. Les produits minéraux. — La Russie exploite peu ses carrières ; dans la plupart des gouvernements, le bois remplace les autres matériaux de construction. Cependant, dans le voisinage des grandes villes, Saint-Pétersbourg , Moscou , Nij ni -Novgorod et dans le sud où le bois fait absolument défaut (gouvernements de Kharkoff, feka térinos laff, Tauride, etc.), la fabrication des briques est très-active. Les ardoises et les pierres ■meulières du pays des Cosaques du Don (districts de Miousk et du Donetz) ont une certaine réputation dans la contrée. Les marbres des bords des lacs Ladoga et Onéga, les marbres, jaspes et porphyres de l’Oural sont également exploités. Gjel (près de Brinitzy, gouvernement de Moscou), le district de Gloukhoff (gouvernement de Tchernigoff) et la Pologne (Augustowsk et Grabelsk, etc.) fournissent en abondance de Y argile à poterie ; la Finlande , du quartz , du granit, du porphyre ; le gouvernement, de Vladimir , du sable pour les verreries.
L ’ Oural est assez riche en pierres précieuses , malachite (dans les mines de cuivre), émeraude de Mursinsk, topaze d'Alabasehka, améthystes, etc.
La Russie est jusqu’ici très-pauvre en exploitations de houille ; le plus productif de scs bassins est celui du Donetz qui paraît s’étendre sur tout l’espace compris entre le Miousk et le Donetz (mines de Grousclievka, etc.) et qui rend environ 100,000 tonnes d’antliracite ou de houille ; ceux du district de Backmout (gouvernement d’ïekatérinoslair), ceux de Moscou, du Kouban, de l’Oural, de Tsechkowst et Ksaviersk (Pologne) ne rendent pas ensemble 25,000 tonnes de houille.
Les gouvernements de Moscou , de Kharkoff , de Saint-Pétersbourg et toute la contrée entre Saint-Pétersbourg et Varsovie, renferment beaucoup de tourbières.
Sur les bords de la Caspienne (districts d’Apschéron,
de Bakou, de Derbent, etc.) et sur ceux de la mer d’Azoff (presqu’îles de Kertsch et de Tarnau), on trouve du pétrole.
Le fer est assez abondant : la production s’élève annuellement à près de 300,000 tonnes de fonte au bois de bonne qualité, mais d’un prix assez élevé. Le principal groupe est celui de l’Oural, dont presque toutes les mines appartiennent au gouvernement de P erra , dans les vallées de la Toura, tributaire du Tobol, et de ses affluents, le Taguil, la Pyschma, etc., ainsi que dans celle de la Tschusowaya, tributaire de la Karaa (mines et usines de Goro-Blagodat, de Nijni-Taguil dont le minerai est fourni par la montagne Yissokogora, énorme masse de fer magnétique ; d’Artinsk, de Barantcha, de Bogoslovsk, de Vcrkhotourié, d’Alexandrovsk, de Neviansk, de Kysclilyme, de Zlatooust, d’Alapaïcff, etc.) : il s’étend à l’ouest sur les gouvernements de Viatha (usine de Yotsinsk, etc.) et de Wladimir (Mourom, etc.); au sud sur ceux d ’Oufa (Kala fl*, Ivanosk, etc.) et d’Orenbourg (Beloretzk, etc.) ; et au nord sur celui de Yologda. Les autres groupes sont ceux du gouvernement d ’Olonelz (fonderies de Pélrozavodsk, d’Alexandrovsk, etc.); du gouvernement de iladom , en Pologne, où l’on exploite le minerai carbonate des houillères (Dombrowna, Szyklowiec, Ostrowiec, Borkowice, liogoznik etc., fournissant environ 7 5, 000 tonnes de fonte) ; des gouvernements de Toula (mine de Krapvina, etc.), de Moscou, d’Iekatérinoslaff (Lougansvk, Pebrosk) : ils n’ont qu’une importance tout à fait secondaire.
Les mines et usines de l'Oural rendent environ 5,000 tonneaux de cuivre par an. Elles sont situées dans les gouvernements de Perm (Taguil, Iongo, usine d’Ekatérinenbourg, mines au sud de Perm), d ’Oufa (Bogaïavlensk, etc.) et d’Orenbourg. Taguil et Goro-Blagodat, fournissent près d’une tonne de platine ; I’or (environ 5 tonnes 1/2
LA. RUSSIE
valant environ 18 millions de francs) se trouve dans les lavages de Perm et d ’Orenbourg, à Ekatérinenbourg, Goro- Blagodat, Bogostovsk, Zlatooust, Berosowo, etc.
Le sel gemme se rencontre aussi dans les mines de l’Oural, dans les gouvernements de Perm (Perm, etc.) et d’Orenbourg (steppe des Kirghiz), Le sel marin provient des lacs salants situes sur la côte de la mer Noire , de la mer cV AzofJ, qui est très-peu salée, mais qui déverse, dans une sorte de vaste lagune de la côte de Gripiée et nommée Sivache, une partie de ses eaux, laquelle s’y sale fortement par l’évaporation ; et de ceux des steppes du Volga et de l’Oural , principalement du lac Elton ; la production totale dépasse 450,000 tonnes.
En ajoutant à la production minière de la Russie d’Europe la production plus importante de la Sibérie, on arrive à un rendement total d’une valeur de 170 millions de francs.
339. Les industries préparatoires. — Quoique la Russie possède du fer, la fabrication des machines y est sans importance. Saint-Pétersbourg, Moscou, Nijni-Novgorod et Varsovie font des machines agricoles; Zlatooust, etc., des faux ; Moscou, la Gourlande, Riasan, des aiguilles ; Nijni-Novgorod , Moscou , Toula , Riasan, Vladimir, Iaroslaff, la Livonie, Perm, Kalouga, de la quincaillerie et surtout des samovars ( bouilloires à thé) de la serrurerie, des cloches ; Zlatooust et Toula des armes .
Les industries chimiques ont plus d’importance. Les produits chimiques proprement dits sont fabriqués à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Iaroslaff, c’est-à-dire dans les centres manufacturiers ; l’huile, dans les régions qui produisent le lin, et surtout dans les gouvernements de Koursk, d’Orel, etc. ; le suif \ surtout dans les gouvernements du sud cl du sud-est où le bétail abonde (Perm, Orenbourg, Samara, Saratolf, Iekatérinoslaff, Kherson,
Tamboff, Voronège, etc.), et à Saint-Pétersbourg , où l’on consomme beaucoup de viande ; les chandelles sont fabriquées à Moscou , à Odessa , à Saint-Pétersbourg , à Kharkoff, en Livonie, a Kasan, etc.; les bougiesh Varsovie , à Kasan, etc. ; le savon , principalement à Saint-Pétersbourg, à Moscou , à Kasan . Les cuirs et peaux (veau, bœuf; vache et cheval, en tout 8 millions et demi de
peaux par an) sont préparés à Saint-Pétersbourg , ài/oscow, à Kalouga, à Bolkhoff (gouvernement d'Orel), à Ostachkoff (gouvernement de Tver), à Kasan , à Armasass (gouvernement de N i j ni - N o v go r o d) , à Mourotf (gouvernement de \ ladimir), à Varsovie, etc.; les maroquins, cuirs vernis, etc. , à T or jok (gouvernement de Tver) , à Moscou, à Kazan, à Toula ; les peaux de mouton (environ 12 millions de peaux par an) qui servent à l’habillement des paysans, dans les gouvernements de Kalouga, de Moscou , de Ko stroma, de Kasan, de Nijni-Novgorod, de Kharkoff,
etc.; la colle à Moscou, à Nijni-Novgorod, à Perm, à Saratoff.
340. Les industries alimentaires. — En dehors de l agriculture, de la chasse et de la pêche qui fournissent les substances alimentaires, et des petits métiers qui les préparent pour les consommateurs des villes, la Russie compte quatre grandes industries alimentaires :
La meunerie est pratiquée surtout à Odessa et dans le gouvernement de Novgorod, aux deux extrémités de la principale région agricole.
La distillation des grains et des pommes de terre donne plus de 3 millions d hectolitres d’alcool par an, lequel, après avoir été mélangé avec de l’eau, fournit à. la consommation environ 8 millions d’hectolitres d’eau-de-vie ; elle esl pratiquée dans presque toutes les provinces (excepté Stavropol, Astrakhan, Arkhangel et Vologda), surtout dans la Podolie et Petite-Russie (Ivieff, Kharkoff, Tcliernikoff ; dans la région agricole du centre (Yoronège, Pensa, Tarn-
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boff, Orel, Saratoff, etc.); dans le gouvernement de Viatka et dans l’ouest (Volhynie, Pologne, Gourlande, Livonie).
La fabrication de la bière a lieu surtout dans les provinces de l'ouest , dans la Petite et dans la Nouvelle Russie.
Celle du sucre de betterave a lieu presque exclusivement dans la région agricole du sud-ouest , et particulièrement dans les gouvernements de Kieff, de Podoiie ; dans le reste de la Petite-Russie ; dans la portion de la Grande- RuŸsie située au sud de Moscou ; à l’est, dans les gouvernements de Pensa et de Saratoff; à l’ouest, dans les gouvernements de Volhynie, Mohileff et Minsk, et dans la Pologne. Le produit est de près de 60,000 tonnes.
La plupart de ces industries sont exercées par les propriétaires fonciers sur leurs terres.
341. JLes industries textiles. — Le tissage du coton est une industrie récente en Russie et qui a fait de rapides progrès. On y compte environ 1,600,000 broches de filature dans les gouvernements de Saint-Pétersbourg , de Vladimir , de Moscou, de Tver, d’Esthonie, etc.
Les tissus sont, en général, des cotonnades grossières exécutées dans les fabriques ou dans les campagnes du bassin de l'Oka et du Volga supérieur, entre Moscou, Kostroma et Nijni-Novgorod (gouvernements de Moscou, Vladimir, Tver, Iaroslaff, Kostroma, Kalouga, Riasan) ; dans celles des gouvernements de Saint-Pétersbourg, de Livonie ; en Pologne ( Lodz , la seule ville manufacturière de la Pologne), et en Finlande ; beaucoup de ces tissus sont vendus bruts ou imprimés surtout en rouge d’Andrinople, à raies ou à carreaux.
Le tissage du lin et du chanvre est au contraire trèsancien et conserve par son importance le premier rang. C’est une industrie rurale, pratiquée partout où poussent le lin et le chanvre, pour la consommation domestique.
Elle a lieu également pour le commerce dans les gouvernements de Vologda, de Vladimir (toiles dites de Flandre, deWiasniki, etc.), de Kostroma (linge damassé de Yytschouga, etc.), de laroslaiî (toiles fines de Vélikoyé-Sselo, etc.), de Novgorod, de T ver, c’est-à-dire dans le nord de la Grande- Russie (1), en Pologne (Girardow) et dans le gouvernement d’Arkhangel. La majeure partie consiste en toiles grossières; les campagnes des gouvernements de Kalouga, Orel, Koursk, Iaroslaff et Tver, c’est-à-dire le centre et le sud de la Grande Russie , donnent des toiles à voiles et des coutils ; le nord , le bassin du Volga , etc., donnent des cordages .
L’industrie des lainages vient immédiatement après l’industrie linière. Les tissus de laine peignée sont fabriqués surtout à Moscou (mérinos, cliâles etc.), (et en moindre quantité, à Saint-Pétersbourg, Riga Grodno, etc. ; les tissus de laine foulée, flanelles, et surtout les draps, à Moscou, à Grodno , à Simbirsk, à Tschernîgoff, à Kieff, Voronège, Kalouga, Tamboff, Pensa, et généralement dans la Grande-Russie au sud du Volga et jusqu’au Dnieper, sur la limite de la région pastorale des moutons, à Saint-Pétersbourg et environs ; ainsi qu’en Livonie (Pernau, Riga, etc.) et en Pologne ( Lodz , etc ).
Le tissage de la soie (tissus, brocarts pour les églises, passementerie, etc.) est concentré dans le district de Bogorodsk (gouvernement de Moscou) et dans les environs de Saint-Pétersbourg (2).
A ces industries, on peut joindre la fabrication des nattes et écorces de tilleul, qui servent de chaussures, de cordes d’emballage, et qu’on fabrique surtout dans les gouvernements de Viatka et de Kostroma.