Les industries textiles. — Les industries tex
tiles sont aussi du nombre de celles qui sont nécessairement exercées dans tous les pays quelque peu civilisés. Mais longtemps elles ont été des industries toutes rurales et domestiques ; elles le sont encore dans une grande partie des campagnes de l’Europe, surtout de l’Europe orientale, septentrionale et méridionale. Sur quelques points seulement de ces régions et dans l’Europe occidentale, elles ont constitué des groupes importants, formés soit d’ouvriers ruraux travaillant dans leur chaumière, soit de grandes manufactures. La présence, clans les campagnes voisines, de V une des matières textiles que l'Europe a de tout temps produites (chanvre, lin et laine), a déterminé le plus souvent la formation de ces groupes.
1° Le lin et le chanvre servent à fabriquer la toile et la corde ; le premier est presque exclusivement employé dans le nord ; le second, conjointement avec le premier, dans le centre et le sud (v. le § 385). Au premier rang dans ce genre d’industrie sont les îles Britanniques et surtout I’Irlande (Belfast, etc.), renommée pour ses toiles fines ; les lies Britanniques seules emploient en grande quantité une matière exotique, très-inférieure au chanvre, le jute. Au second rang, la France (région du nord-ouest) qui tisse le chanvre et le lin, et plus de chanvre qu’aucun autre pays ; la Belgique (Flandre) qui donne les plus belles toiles de lin ; l’ Autriche- Hongrie dont le principal groupe est en Bohème, dans le voisinage de la Silésie, et V Allemagne du Nord (Westphalie, Saxe, Haute-Silésie). La Russie (nord et centre) ne travaille que pour sa propre consommation ; et partout ailleurs (Italie, Espagne, Hollande, etc.) le tissage delà toile est sans importance commerciale.
2° La laine a servi de tout temps à faire le drap (fabriqué avec la laine cardée), et sert de plus aujourd'hui avec la laine peignée, à faire des étoffes très-variées, dites tissus ras. Les contrées qui élèvent les moutons ont appris de lionne heure à tisser leur laine (v. le § 388), et les
plus industrieuses ont en outre importé des laines étrangères. L’Angleterre (West-Riding, Lancashire, etc.), avec 6 millions 1/2 de broches, est au second rang pour la laine cardée, et au premier pour la laine peignée (Bradford, etc.). La France (Nord, Normandie, Ardennes, Languedoc, ete.), qui fait beaucoup de draps, est au premier rang pour la laine cardée, avec 3,300,000 broches de filature dans l’un et l’autre genre ; viennent ensuite Y Allemagne (Saxe, Brandebourg, province du Rhin) avec près de \ million 1/2 de broches ; Y Autriche (Bohême et Moravie) avec près de 400,000 broches; la Belgique (Yerviers, etc); et, derrière elles, Y Espagne (Barcelone, etc.) et la Russie (Moscou et environs). Les autres groupes sont sans importance.
Deux autres fibres textiles, introduites l’une au moyen âge, l’autre dans les temps modernes, la soie et le coton, ont donné naissance à deux autres industries textiles qui, en général, se sont fixées, la première dans les lieux où le ver à soie est élevé, la seconde dans le voisinage des ports d’importation, et toutes deux parmi les imputations déjà habituées au tissage des autres matières.
3° La soie sert à fabriquer les soieries, les velours, les rubans, etc. Ici la France a le |>remier rang (Lyon et la vallée du Rhône, etc.). Le second appartient à Y Angleterre (Manchester, etc.), à Y Allemagne (provinces rhénanes, Alsace, etc.), puis à la Suisse (Baie). L’Italie, l’Autriche, la Russie, la Belgique, l’Espagne comptent à x^cine.
4° Le coton, le dernier venu en Europe, est aujourd’hui la plus importante des fibres textiles. On a calculé que 48 millions de broches environ sont constamment occu- |jées à le filer. Gomme il est introduit en Eurox>e x>RR mer et qu’il vient surtout d’Amérique, il est facile de comprendre pourquoi, à tous égards, I’Angleterre tient le premier rang (Manchester et le Lancashire, Glasgow); à elle seule, elle file avec ses 32 millions de broches plus de
coton que le continent européen tout entier (environ 58 p. 100 du total). Au second rang, la France (Normandie, Lyon, Saint-Quentin, etc.), avec 4,750,000 broches et une consommation d’environ 15 p. 100 du coton importé en Europe ; et V Allemagne (Alsace, Saxe, province du Rhin, Bavière, Wurtemberg, Silésie) avec près de 4,300,000 broches. Au troisième rang, Y Autriche (Basse-Autriche et Bohème), la Russie, (Moscou et environs), et la Suisse (Zurich, etc.) chacune avec plus de 1 million 1/2 de broches. L’Espagne et l’Italie en possèdent aussi un assez grand nombre.
La bonneterie , la dentelle et la broderie se rattachent directement aux industries textiles ; toutes trois exigeant une main-d’œuvre à bon marché et pouvant être exercées dans la chaumière ou au milieu des champs, sont presque partout des industries rurales. La première a une trèsgrande importance on An g le terre (Nottingham), en France (Troyes, Amiens, Paris, etc.), en Saxe. La seconde et la troisième, qui ont pour siège ordinaire les districts montagneux, ont une importance presque égale en France (Vosges, Nord, le Puy, Normandie); en Angleterre (Nottingham, Buckingham, Irlande, etc.); en Belgique, en Suisse (Saint-Gall, etc.) et dans le Voralberg où l’on fait presque exclusivement de la broderie ; en Saxe et en Bohême ; et une importance bien moindre dans les péninsules du Midi (dentelles de Catalogne, dentelles et broderies de Lombardie, broderies en or et argent de Turquie).
395. Les autres industries. — Les autres industries, répondant à des besoins moins généraux, sont loin de présenter des groupes aussi considérables que les industries textiles.
Le vêtement et la toilette ne sont pas uniquement desservis par le tissage. La chaussure emploie les sabots usités dans les campagnes et fabriqués dans les forêts ; les tresses d’écorce usitées en Russie et fabriqués avec les tilleuls des
forets ; les souliers , bottes et autres chaussures de cuir, usités dans les villes cl dans un grand nombre de campagnes et fabriqués surtout dans les grandes villes (Paris, Northampton , Londres, Bruxelles, Gand, etc.) et dans certains cantons où le cuir est en abondance (Palatinat, etc.). La coiffure emploie le chapeau de soie ou de feutre que fabriquent les grandes villes (Paris, Londres, Vienne, Bruxelles); et les chapeaux de paille qui viennent de la campagne, ( Toscane , Belgique, etc). La ganterie a son siège dans les grandes villes (Paris, Londres, Bruxelles, Naples) et dans certains lieux qui fournissent les peaux (Grenoble, etc.). La parfumerie dans les grandes villes aussi (Paris, Londres, Berlin, Cologne, Bruxelles, etc.). La bijouterie , ù Paris, Birmingham , Bruxelles, Berlin, Hanau, Pforzheim, Moscou, Gènes, etc.
Partout, pour loger les hommes, on construit des maisons : maisons de pierre et de moellons dans les villes qui ont des carrières dans leur voisinage ; maisons de briques, dans les autres; maisons de bois, dans les campagnes forestières ; maisons de pisés ou de moellons, dans les autres. Cette industrie ne peut être pratiquée que sur les lieux mêmes, et elle a par conséquent d’autant plus d’importance que les villes elles-mêmes sont plus considérables.
A l’ameublement de ces maisons concourent de nombreuses industries. L ’ébénisierie, surtout dans les articles deluxe, est encore le privilège des grandes villes (Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, etc.). La céramique place quelquefois scs établissements dans les grandes villes (Paris, Berlin, etc.), plus souvent à proximité des houillères , des forcis et des argiles plastiques ( Staff or dsl dre , Limoges, Vosges , Berry , Saxe , Thuringe , Silésie , Bohème, environs de Charleroi , Bavière, etc.). La verrerie et la cristallerie sont dans le même cas, mais elles s’attachent plus étroitement aux lieux où se trouve le combustible
Vosges, Nord, Centre et bassin de la Loire , en France ; Lancashire, Birmingham , et bassin de Newcastle , en Angleterre; Hainaut , en Belgique ; Silésie et bassin de la Ruhr en Allcmague ; Bohême en Autriche; gouvernement de Wladimir en Russie, etc.). La coutellerie s’exerce principalement dans les localités qui possèdent l’acier, Shefjield , Solingen , Nogent , Saint-Etienne et Namur ; mais quelquefois aussi dans les grandes villes, comme Paris , Londres , et quelquefois en d’autres lieux, comme Thiers, Chatellerault , Nuremberg, Nijni-Nov gorod , etc. L’ horlogerie , pour les articles de précision, a pour centre les grandes villes [Londres et Coventry, Paris et Besançon^ Genève , Berlin , etc.); et, pour les articles communs, les districts montagneux ( forêt Noire , Jura, monts de Silésie, etc,).
Les industries relatives aux transports comprennent les constructions nayales qui ont lieu surtout dans les grands»ports, Londres , Neiccastlc , Liverpool , Glasgow, Marseille, le Havre , Saint-Nazaire, Rotterdam, Anvers, Stettin, Kiel, etc., et qui sont, depuis l’emploi de la vapeur et des coques en fer, intimement unies avec les industries mécanique s , comme l’est la construction du 'matériel des chemins de fer ; la carrosserie de luxe a ses ateliers les plus renommés à Londres , Paris , Bruxelles, Berlin, Vienne, Dresde, etc.
Aux besoins intellectuels répondent la papeterie qui recherche surtout les eaux pures, et qui est exercée en première ligne en Angleterre (Kent et Newcastle); en seconde ligne, en France (Angoulême, Annonay, etc.); en troisième ligne, en Belgique ; puis en Allemagne (prov. du Rhin, Alsace, etc.), en Autriche (Bohème, etc.), en Italie (Ligurie, Terre de Labour, etc.); I’imprimerie qui est surtout développée dans les grandes villes et dans les pays où l’instruction est généralement répandue [ Londres , Paris, Bruxelles , Leipzig , Berlin, Dresde, Ge-
nève, Vienne); la fabrication des instruments de musique qui est pratiquée dans les grandes villes [Paris, Londres , Vienne , Leipzig, Bruxelles), et souvent aussi dans les districts qui fournissent le bois ( Mirecourt , Bohême, Thuringe , Haute-Bavière, Lombardie, etc.).
La plupart des industries de ces dernières catégories ont pour sièges principaux les grandes capitales de l’Europe centrale et plus encore de l’Europe occidentale ; c’est, en effet, dans les grands centres de population riche que sont d’une part, les besoins les plus divers et les plus nombreux, et, d’autre x^art, les artisans les plus habiles.
396. Les grands groupes industriels. — Nous avons vu que la culture la plus intense est celle du nord-ouest de l’Europe, et que l’extrême nord-ouest est la por tion qui, relativement à sa superficie, nourrit le plus de bétail. La région du nord-ouest est aussi celle ou la
PRODUCTION INDUSTRIELLE EST LE PLUS DÉVELOPPÉE, Celle
où les fabriques sont le plus nombreuses, le plus x^ressées et le plus i importantes, comme on peut s’en rendre compte en regardant la carte (Voir le carton n° l de la carte). L’Europe centrale et occidentale, principalement Y Europe Occidentale (provinces Rhénanes, Belgique, Grande-Bretagne) est la portion que la nature a le mieux dotée en minéraux utiles , surtout en houille (voir le carton no 1 de la cane). Les hommes ont fait le reste, et ils ont formé deux grands groupes manufacturiers :
1° Le groupe occidental, qui est de beaucoup le x>lus important, corn x> rend le nord-est de l’Irlande, la Grande- Bretagne jusqu’au Tay ; la Belgique; les provinces du Bliin, jusqu’à l’extrémité orientale des bassins de la Ruhr et de la Lahn ; la Suisse occidentale ; la France orientale et septentrionale jusqu’à Lyon et au bassin de la Loire au sud, jusqu’à l’extrémité du Maine et delà Normandie à l’ouest. Londres et paris sont les capitales de ce groupe; la houille y est le grand moteur des ateliers et y donne
la chaleur ; on peut évaluer approximativement la force produite à 2,280,000 chevaux-vapeur, sur lesquels les îles Britanniques paraissent en posséder à elles seules 1,800,000 (1).
2° Le groupe de Saxe et Bohême s’étend au nord jusqu’à Berlin ; à l’est, jusqu’au Ilarz ; à l’ouest, sur toute la Silésie occidentale et la Haute-Silésie ; au sud-est jusqu’au delà de Vienne : le bois, les chutes d’eau et la houille (env. 600,000 chevaux-vapeur) donnent concurremment le mouvement et la chaleur aux fabriques.
En dehors de ces deux grands groupes, il n’y a plus que des groupes tout à fait secondaires, comme ceux de Barcelone, de Marseille , du Languedoc , de Florence , de Nuremberg, de Moscou, etc.
Quelque dense que soit la population clans les deux grands groupes et surtout dans le groupe occidental, la ■production industrielle, qui ne rencontre pas dans la nature les mêmes limites que la production agricole, y dépasse sensiblement la consommation, ce qui permet d’acheter les subsistances et les matières premières qui manquent. Quelle est la valeur totale de cette production industrielle ? Il est impossible d’en donner une évaluation satisfaisante; mais il résulte de tous les calculs des statisticiens que, comparé à la population, le revenu industriel est, en moyenne, plus grand par