XXVI PRÉFACE
S'agirait-il de la dictature, comme vous le criez si fort aujourd'hui ? Vous croyez donc vos électeurs bien dégénérés, le suffrage universel bien voisin de Tenfahce ?
Non, mille fois non. En vous couvrant de tels prétextes, vous mentez, vous perpétuez ce système qui vous est si familier : Tescroquerie politique.
Non, cette évolution qui voue aujourd'hui au peloton d'exécution l'homme que vous avez si longtemps applaudi, cette évolution a des causes plus graves que les oscillations de la politique intérieure. C'est.la Patrie elle-même qui se trouve en jeu.
S'il ne s'agissait que de vous, de vos intérêts, de vos soi-disant libertés, qui donc s'intéresserait à la querelle; qui ne vous laisserait accomplir votre suicide ? Mais la menace monte plus haut ; elle s'adresse à la France, à ses droits imprescriptibles, à sa fierté séculaire, à son rayonnenient dans le monde, voilà pourquoi il faut tout dire. Bien aveugles ceux qui croient qu'à cette époque, à cet âge de la civilisation du vieux monde, rinvasion par les armes soit la plus menaçante pour le pays.
Dans Tordre politique comme dans les phénomènes géologiques, les irruptions subites, instantanées produisent des troubles , et des cataclysmes. Mais Teffacement vient surtout de ce
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travail lent, presque imperceptible, grâce auquel les couches se superposent, grâce auquel la disparition des plus anciennes est fatal, si un bouillonnement de lave ne vient se mettre en travers de cette longue mais inévitable substitution. L'histoire le dit assez haut: Ce ne sont pas les combats qui ont tué les civilisations tour à tour disparues. C'est l'inoculation patiente des idées du vainqueur dans Tesprit des vaincus, c'est l'assimilation par le conquérant des forces morales du pays soumis par les armes.
Depuis cent ans, la France a semé ses soldats sur tous les chemins du monde. Mais les naufrages ont laissé sa civilisation intacte, grâce à cette indépendance morale qui a fait sa force et que, même dans l'infortune, elle n'a jamais abdiquée.
C'est cette indépendance, faite de souvenirs et de fierté, à laquelle s'attaque aujourd'hui l'ennemi héréditaire, servi à merveille par les voies de propagation que lui ouvre le progrès, comme aussi par nos divisions politiques.
Pour nous inonder de germanisme, et, qu'on me pardonne l'expression , pour nous choucrouler^ le chancelier d'Allemagne a usé d'abord des droits du vainqueur sur le vaincu de la veille. Il a pesé par ses menaces constantes sur notre politique intérieure, sur nos projets de réorganisation, sur les emplacements de nos forteresses»
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Il a déjoué tous nos projets d'alliance en dénonçant notre faiblesse. Il s'est posé sur tous les points du globe comme l'adversaire acharné de notre influence.
Après avoir ainsi entravé notre relèvement matériel et moral, et avoir donné sa bénédiction à notre régime parlementaire comme au meilleur instrument de ses desseins, M. de Bismark organisait son invasion pacifique.
Ses troupes n'avaient pas plus tôt repassé les frontières qu'il nous avait imposées, que les flots de l'émigration allemande coulaient à pleins bords sur notre pays, nous amenant le trop-plein d'une race jeune, pleine de vitalité et à laquelle ne suffit pas la production d'outre-Rhin.
En même temps, les clauses commerciales du traité de Francfort livraient nos marchés à la concurrence germanique, fermant les débouchés à notre travail national et préparant la crise des afi'aires qui pèse si lourdement sur notre pay»de France.
Un réseau d'espionnage admirablement organisé allait nous enfermer dans ses mailles et permettre au cabinet de Berlin d'exercer sur nous un véritable gouvernement.
La liberté dont la presse jouit en France, jointe à la facilité des communications et des informations, donnaient au chancelier d'Allemagne le moyen de rendre chez nous l'opinion