XXX PRÉFACE
Il y a bon nombre d'années qu'on peut voir dans tous nos centres les colonies allemandes, constituées, hiérarchisées, ayant leurs organes, leurs sources d'informations, leurs postes de mot d'ordre, leurs chefs et leurs banquiers.
Il y a longtemps que ce monde intervient dans nos crises commerciales, financières, politiques, suivant les consignes venues de Berlin, et cherche à entraver, en semant la discorde ou en favorisant certains intérêts, le réveil de notre patriotisme. Il y a longtemps qu'il se dévoue à surveiller notre réorganisation militaire et qu'il serait en mesure au cas de guerre, à jouer un rôle important.
Condamnons les ministres qui n'ont pas ouvert les yeux sur ce grave péril ; réprouvons ce cosmopolitisme de race ou de sentiment qui se fait le complice de cette action étrangère ; mais reconnaissons que sous le règne du suffrage universel, cette invasion pacifique nous était moins funeste que dans les pays ou le pouvoir est entre les mains des classes dirigeantes. Reconnaissons que la démocratie a le pouvoir d'échapper à cet empoisonnement si facile à subir par un souverain, par une cour, par une oligarchie, et qu'un peuple de paysans et d'ouvriers, pourvu qu'il soit libre, écrasera toujours dans l'œuf, par la loi du nombre, les complots de l'étranger.