PRÉFACE XXXI
Mais le parlementarisme républicain, où le gouvernement tout entier est dans les mains des assemblées, c'est-à-dire des rivalités, des convoitises, des ambitions d'une foule d'irresponsables ; le parlementarisme où les engagements s^oublient, où les consciences s'achètent, où les portefeuilles se vendent, où le mandat est chose à trafic^ quel admirable terrain pour le chancelier d'Allemagne, et comme on comprend bien ses sympathies pour ce régime incroyable, dans lequel l'inviolabilité d'un président remplace la garantie que donnait autrefois l'honneur d'une dynastie.
Que fallait-il à M. de Bismark pour protéger cette politique de pénétration, d'assimilation sur laquelle il compte, pour conserver sans coup férir les conquêtes de 1871, et faire insensiblement évoluer la France vers l'hégémonie allemande ?
Que fallait-il pour défendre ses projets de prépondérance contre les ardeurs de notre patriotisme et la justice de nos revendications?
Il lui fallait avoir un pied dans nos états-majors politiques. Il lui fallait trouver en France un homme consentant à jouer le rôle des de Giers en Russie, des Andrassyen Autriche, des Grispi en Italie.
Il ] ui fallait mettre la main sur un homme qui consentît à être en France le chef du parti allemand. Eh bien! moins de quinze ans après nos défaites, en présence de la Patrie mulilée, de
XXXII PREFACli:
rAlsace-Lorraine qui résistait toujours, en dépit des protestations, de notre patriotisme, un pareil homme s'est rencontré et il s'appelle M. Jules Ferry.
Nous l'avons vu à l'œuvre en 1883, 1884 et au commencement de 1883.
Nous savons le verdict qu'en octobre le pays rendait contre lui.
Mais on ne quitte pas la partie pour cela. Le groupe dont on est le chef tient une place importante dans la majorité. On en profite pour s'imposer à ses successeurs, non par la discussion libre et loyale, mais par l'action souterraine des couloirs, par les calomnies et les fausses nouvelles, par tous les moyens qui constituent l'escroquerie politique.
Après sa fuite du 1^' avril 188S, M. Jules Ferry reste ministre dans la coulisse.
Isaac Levaillant dirige en son nom la sûreté générale et Caubet la police municipale.
Les ministres opportunistes vont prendre le mot d'ordre Avenue de l'Aima.
Les autres sont circonvenus par des employés supérieurs que le député des Vosges dirige en sous-main.
La plupart des préfets et quelques généraux font visite à M. Jules Ferry, chaque fois qu'ils viennent à Paris.
Les diplomates prennent surtout leur rendez-