ET DB L ARMEB TERRITORIALE
Un avocat éloquent disait hier dans un procès désormais célèbre :
« Les hommes de ma génération, dont les heures de jeunesse se sont confondues avec les heures de deuil et de déchirement de la Patrie, les hommes de ma génération conserveront toujours au cœur je no sais quelle tristesse intime et irrémédiable. »
Cette tristesse, je ne l'ai jamais aussi vivement ressentie qu'au moment où va paraître ce livre. La Patrie, pour laquelle tant d'hommes vaillants ont depuis dix- huit ans ardemment travaillé, la Patrie se débat dans l'impuissance qu'engendre la discorde, se réfugie dans la soumission qui s'impose à la faiblesse. La liberté, si chèrement conquise est audacieusement violée. Par une singulière ironie, notre gouvernement(?) fête le centenaire de la Révolution française,
II PRÉFACE
en renouvelant aux yeux du monde un des spectacles les plus lugubres de son histoire, celui des tribunaux d'exception.
Autour du palais et des fêtes de l'exposition, les étrangers sentent souffler un vent de haine, de violence, de proscription et se demandent s'ils assistent au chant du cygne de la grande nation.
De cette situation le pays n'est pas respon-' sable.
Depuis dix-huit ans, il a montré un calme, un sang-froid, une résolution inébranlables.
Oui, si un peuple a mérité de voir se lever enfin l'aurore des grandes réparations, c'est bien ce noble peuple français qu'aucun excès, qu'aucune infamie, qu'aucune usurpation ne saurait plus désormais détourner des voies légales, et qui a concentré toute son énergie dans ses devoirs patriotiques, au mépris des misérables querelles de la politique, sachant qu'un jour arrive où, par le bulletin de vote, il parle en souverain et remet chacun à sa place.
Ce que la France paie à cette heure, ce qu'elle paiera peut-être demain de son morcellement et de sa ruine, ce sont les fautes d'une nuée de politiciens.
Mes camarades, mes amis, demandons-en humblement pardon à Dieu et aux hommes.
Nous avons ensemble fait un large crédit à
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ceux qui avaient, aux jours déjà lointains de notre jeunesse, provoqué et dirigé le réveil libéral contre l'empire.
Notre patriotisme exalté les a absous au 4 Septembre d'avoir fait, ce qui en toute autre occasion eût été un crime, une révolution en présence de l'ennemi.
Pendant la lutte nationale, nous avons accepté sans mot dire cette dictature que Girardin baptisait « la Dictature de l'incapacité^^. Nous avons combattu sous son drapeau parce que ce drapeau était celui de la France.
Là défaite venue, refusant de joindre la discorde au deuil delà Patrie, estimant qu'il fallait à tout prix s'unir pour son relèvement, nous n'avons pas voulu mettre en cause ce honteux gouvernement de Paris qui n'avait su ni diriger la défense, ni maintenir l'ordre, ni éviter certaine surprise du traité de paix, et qui léguait la Commune à ce pays déjà si humilié.
Sous le gouvernement de M. Thiers et sous •celui du maréchal de Mac-Mahon, tout en secondant les hommes des anciens partis, alors au pouvoir, dans leur œuvre de réorganisation ^nilitaire et financière du pays, — réorganisation qui sera leur éternel honneur dans l'histoire, — ^ nous gardions nos sympathies aux anciens champions de la République et de la liberté, attendant avec impatience que leur heure fût venue, espérant
IV PREFACE
de leurs mains la conservation définitive des institutions libérales, et surtout la réalisation du programme patriotique imposé par nos défaites.
Tant que Gambetta a vécu, nous avons eu confiance. Il avait proclamé \dL justice immanente . Il avait compris les aspirations nationales et défini la politique traditionnelle dont la République ne devaitjamais s'écarter. Il avait personnifié, incamé tout en le modérant, le sentiment populaire, fermement tourné vers ToBuvro de réparation.
On pardonne bien des fautes aux hommes d'État qui ont un pareil objectif !
Nous ne nous sommes, n'est-ce pas, jamais associés à cette politique de discussion momentanée, qui devait nous conduire à Tunis ou sur quelque autre point de la Méditerranée, et qui finalement, nous a menés au Tonkin?
Encore pioins nous sommes-nous ralliés à cette guerre religieuse, à cette exhumation des plus honteux décrets, à Tinterventionde l'arinée dans ces expulsions de gens inoffensifs, pour lesquels la police seule était faite, aux violentes entreprises contre la liberté de conscience, au régime des dénonciations infâmes et des révocations imméritées ?
Dans ces satisfactions données à quelques sectes républicaines, nous apercevions des serments irrémédiables de haine et de discorde
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jetés eutre des hommes appelés à combattre sous le même drapeau, nous entrevoyions une menace pour cette unité française, œuvre de dix-huit siècles, nous devinions une atteinte au programme de concentration nationale imposé par nos malheurs. Il a fallu, pour faire taire nos protestations, toute notre confiance dans la parole de Gambetta, et le spectacle de ses efforts en vue de faire la trêve des partis sur le terrain patriotique.
Vous vous rappelez, mes camarades, mes amis, quel coup vint porter à nos cœurs de Français le funeste événement des Jardies, quel fut surtout notre trouble en voyant échouer la succession de Gambetta, à qui?.., à M. Jules Ferry, ' son rival acharné, Tartisan de sa chute, Tâme du complot qui devait le pousser au pouvoir pour l'en précipiter aussitôt. A cette heure, nous avons prévu révolution politique qui allait s'accomplir : Recrudescence de l'inquisition et des divisions intérieures, refoulement des aspirations nationales.
Comme les événements allaient nous donner raison !
Glissons sur ce qui concerne la politique intérieure.
Que l'expulseur des moines se fît l'expulseur des princes, que Tex-avocat sans cause dispersât la ;^agistrature pour en créer une nouvelle à son image, que le policier du siège de Paris
VI PRÉFACE
payât des complots anarchistes pour se donner la gloire de les réprimer, c'était là une œuvre bien digne de Toligarchie intolérante, avide et trembleuse qui forme le rentre des assemblées de la ré{||ublique. Mais la véritable infamie, mais le crime de lèse-patrie, mais la trahison, c'est dans le programme de politique extérieure qu'il faut les chercher.
M. Jules Ferry n'est pas un diplomate de carrière.
11 a bien accompagné M. Jules Favre dans les tristes négociations de 1871. Mais ce n'est pas dans cette collaboration qu'il a pu apprendre comment on défend les droits d'un peuple et l'honneur d'une armée. Tout au plus a-t-il subi alors cette sympathie dont il a depuis donné tant de témoignages à M. de Bismark.
Ultérieurement, M. Jules Ferry a représenté la France en Grèce. Là lui est venu sans doute le goût de l'Orient, prélude de son enthousiasme pour l'Extrême-Orient.
Tout cela n*est pas une initiation diplomatique. . .
La vérité, c'est que M. Ferry a été élevé à Strasbourg. Il a en Alsace-Lorraine des parents qui dînent chez le statthalter. Sa famille compte aussi quelques membres en Bavière. Ses nombreux amis rayonnent dans toute l'AUema-