‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 3 sur 62 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

gne. Il en a un fort riche à Hambourg, un autre très puissant à Berlin.

Enfin Foucharupt, ce Yarzin français, est au pied des Vosges, juste à Tendroit où, le grand jour venu, seront tirés les premiers coups de fusil. Là est le berceau de la famille du grand homme, la villégiature de son auguste frère.

En faut-il davantage pour expliquer que M. Jules Ferry ne voit pas, ne veut pas voir, dans TAUemand, l'ennemi héréditaire, mais l'adversaire qu'on combattait hier, qu'on peut embrasser demmn ?

En faut-il davantage pour ne plus s'étonner que M. Jules Ferry ait pris son programme de politique extérieure à la Conférence de Berlin, sur les lèvres de M. de Bismark, par l'intermédiaire de M. Waddington ?

Ce programme d'apaisement, de conciliation, M. de Bismark le formulait à peu près en ces termes :

« Si vous voulez avoir avec nous une paix durable, renoncez à TAlsace-Lorraine.

Le sontiment public vous embarrasse. : inaugurez une politique de diversion. Le monde est grand, il y a de belles colonies à créer. Entraînez dans cette voie le pays et l'armée et laissez le temps faire le reste.

Vous aurez moins de dépenses militaires, moins de préoccupations extérieures - et vous

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pourrez vous absorber plus complètement dans la consolidation de la République. »

Que le chancelier d* Allemagne ait tracé à la diplomatie française une voie mortelle pour notre pays, rien de plus naturel. Notre féroce ennemi était dans son rôle. Mais qu'il se soit trouvé des hommes d'Etat, de prétendus champions de la guerre à outrance, d'anciens membres du gouvernement de la Défense nationale, pour s'approprier ce programme de déchéance et d'humiliation, c'est une honte dont le parlementarisme ne pourra jamais se laver.

A ce piège germanique, Gambetta lui-même se laissa prendre.

11 ne s'opposa point à Texpédition de Tunisie qui, en nous aliénant l'Italie, prépara la formation de la triple alliance.

Il rêva de descendre en Egypte, perdant ainsi les bénéfices de l'alliance anglaise.

Rendons cependant cette justice à l'ancien ministre du Gouvernement de Bordeaux.

Il voulait gagner du temps. Il voulait permettre au pays d'atteindre la reconstitution intégrale de ses forces, et maintenir cette poussée patriotique qui ne demandait qu'à briser ses chaînes. Entre temps, Gambetta poursuivait l'adoption du service à court terme qui devait décupler nos forces, la législation sur les sous-officiers, où la jeune armée devait puiser la solidité de ses

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cadres. Il envoyait à TAlsace-Lorraine des paroles de consolation et d'encouragement.

Lui vivant, la politique nationale sommeillait, mais elle n'était pas morte.

C'est M. Jules Ferry qui devait essayer de la tuer.

Le premier acte de cet attentat fut le renversement de Gambetta. Du fond de la coulisse, le député des Vosges en fut l'âme , comme il est l'inspirateur des infamies de ce jour. Ce qu'il poursuivit, c'est bien moins le rival politique, le tribun populaire, le soi-disant dictateur, que l'homme qui personnifiait la revanche.

Le destin se mit, cette fois, du côté des coupables. Gambetta ne survécut pas longtemps à sa chute. La place devint libre aux menées du politicien qui, le lendemain de Sedan, avait osé s'écrier avec une indicible joie : « Enfin , les armées de l'Empire sont battues I »

Dans les premiers jours de 1883, le parti républicain, ému de la perte immense qu'il venait de faire, sentît le besoin de se concentrer et d'oublier les querelles de la veille.

M. de Freycinet, nous le savons pertinemment^ fit des ouvertures à M. Jules Ferry. 11 s'agissait de former un ministère s'appuyant sur tous les groupes de gauche.

Mais l'ancien délégué à la guerre, l'ancien colr laborateur de Gambetta, avait une teinte trop

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prononcée de : Défense nationale. Il fut repoussé, et le député des Vosges, pour donner à la politique extérieure français^, l'orientation qu'il méditait, en attendant de devenir lui-même le chef de notre foreign-office, trouva un auxiliaire plus docile dans un ancien professeur de rhétorique, dans ce préfet patriote de Lyon qui menaçait de ses fusils, non les Prussiens dont il se tenait éloigné, mais les Français qui demandaient à combattre, dans ce singulier ambassadeur envoyé à la Cour de Londres, dans le très honorable et très éloquent M. Challemel- Lacour.

Pour se lancer dans une entreprise contraire au sentiment public, il fallait une majorité servile, qui couvrît du manteau de la légalité ce qui était la corruption, et ce qui allait être Tœuvre du pouvoir personnel, ce qui ne devait pas tarder à devenir un odieux attentat contre le suffrage universel et contre les intérêts nationaux.

Le personnel parlementaire issu des élections de 1881, quelques hommes capables ou convaincus mis à part, se composait mi-partie de gens qui avaient peur, mi-partie de gens qui avaient faim.

Les trembleurs étaient les représentants de cette bourgeoisie, cachant ses sentiments égoïstes sous rétiquette républicaine, respectant la liberté

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tant qu'elle peut servir ses intérêts, mais prompte à se blottir, au premier signal, sous le parapluie autoritaire, flattant l'électeur pour capter ses votes, mais en réalité n'ayant pour la démocratie que de la défiance et de la haine, désireuse avant tout de conserver ses privilèges, ses gros dividendes, d'obtenir pour ses fils des places lucratives, essayant de s'imposer au corps électoral, bien moins par les engagements tenus ou les réformes accomplies, que par cette pluie de faveurs et d'emplois obtenue du pouvoir par les députés résolument fidèles.

Cette oligarchie, vieux débris des anciennes classes dirigeantes, au milieu de laquelle M. Jules Ferry avait grandi, avait vécu, avait gagné tous ses grades, allait recevoir prompte et entière satisfaction.

En la délivrant de ce cauchemar qu'on appelle le service obligatoire et égal pour tous, en inventant ou en provoquant des complots anarchistes immédiatement réprimés, en protégeant, par des conventions ruineuses, les porteurs de rentes contre les droits de TEtat, en détruisant la vieille magistrature pour faire entrer dans la nouvelle les fils à papa , le président du conseil de 1883 enrôlait sous sa bannière tous les bourgeois républicains qui le suivaient aveuglément, partout où il voulait aller, et qui avaient, en cas d'infortune électorale, pour refuge contre

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l'ingratitude populaire, les fauteuils bien rembourrés du Luxembourg.

Les affamés du Parlement étaient extraits de ce que Gambetta avait dénommé les nouvelles couches sociales.

Fruits secs de toutes les carrières, avocats sans causes, médecins sans clientèle, journalistes sans talent, ayant fait dans les brasseries leur apprentissage politique, mal élevés, mal vêtus, possédant surtout la science du piquet, venus de la province avec l'avidité de jouir, étonnés que les fonctions parlementaires fussent si peu propres à remplir les poches, ces déclassés songeaient surtout à faire des profits, à trafiquer de leur mandat, à vendre leur titre et leur influence, à devenir les courtiers de ces affaires véreuses qui se trament dans l'ombre autour du budget d'un grand pays.

Avec une habileté toute commerciale, sur laquelle il est inutile d'insister, chacun sachant à quoi s'en tenir sur ce point, M. Jules Ferry aUait réunir dans le même dévouement ces jeunes convoitises et les vieux égoïsmes, pour former cette majorité, grâce à laquelle il prétendait s'élever au rang des Bismark, des Gladstone, des Gortschakoff.

Dès qu'il a en main cet instrument de pouvoir sans contrôle, le Chancelier de France se met à l'œuvre. Il peuple nos ambassades de ses

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créatures. Dans ces postes jadis réservés aux grands noms de France, à des hommes pour qui la diplomatie était autant une tradition de famille qu'une fonction publique, les cours européennes peuvent voir s'installer d'anciens préfets jugés incapables, d'anciens députés besoigneux, des ministres déconsidérés et jusqu'à des membres de la Commune repentis.

Mais les idées de M. Ferry sont sa religion.

Il chante la gloire de l'Allemagne. Cela suffit bien.

A l'étranger, on se moque, on rit, on se dit, en haussant les épaules : C'est cela, la nouvelle diplomatie française? — Qu'importe : les fidèles sont casés, les acteurs sont en place, la pièce peut commencer.

Au commencement de 1883, M. de Bismark fait dire par ses reptiles que l'Allemagne préfère voir en France la République parlementaire plutôt que tout autre gouvernement et que les d'Orléans au pouvoir susciteraient les défiances germaniques. Vite, on dégrade les princes sous le prétexte d'un complot imaginaire.

Un ministre de la guerre soucieux de ses devoirs va visiter la frontière. Sur les injonctions de la presse d'outre-Rhin, on lui interdit ces excursions imprudentes.

La loi de trois ans qui doit élever nos forces à leur suprême puissance, donne à nos ennemis

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