‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 23 sur 62 · XLII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII PRÉFACE

haines de l'opportunisme. M. Garnot accepta ce pacte.

Son premier ministère présidé par M. Tirard, est comme le ministère Rouvier, un ministère de combat contre un homme. On se sert pour atteindre le général Boulanger dans ses droits militaires, d'un vieil officier général, que M. de Galliiïet lui-même range à la quatrième classe, et qui, chef de bataillon en 1870, a failli troquer son épée contre la casquette de commissaire de surveillance dans une compagnie de chemin de fer.

La popularité toujours croissante du général Boulanger ne va pas tarder à offrir un prétexte à ses ennemis. L'opinion publique est lasse de l'ostracisme imposé à l'ancien ministre de la Guerre. Elle manifeste ses sympathies dans quelques élections.

Ce fait rapproché de lettres intimes illégalement saisies et dont le chiffre est livré par un officier, traître à sa parole et à ses devoirs de reconnaissance, produit un accès de fureur dans les régions officielles. Mais on ne peut s'insurger contre le suffrage universel, mais on ne peut arguer de papiers volés. Alors le cordon de police jeté sur tous les pas du général Boulanger joue son rôle.

On invente une absence illégale, comme si les commandants de corps n'étaient pas journel-* lement coupables d'une pareille faute.

PRÉFACE XUa

On assaisonne le crime, de lunettes bleues et de claudication. Le général est mis en retraite d'emploi. L'opportunisme s'écrie : « Plus de panache, partant plus de vogue. » — Quels imbéciles !

Le commandant du ly corps, par égard pour l'autorité dont on vient de le dépouiller, quitte les troupes qu'il n'a plus le droit de commander. Il livre à la publicité une lettre du ministre de la Guerre qui le lave entièrement de la faute pour laquelle il a été mis en non-activité.

Le gouvernement va jusqu'au bout de l'illégalité et de l'infamie. Il fait comparaître l'ancien ministre devant un conseil d'enquête arbitrairement composé et dont par suite les décisions sont d'avance frappées de nullité.

Il ne doit soumettre à ce coQseil que les fautes postérieures à la fonction précédente. Il le saisit depuis a jusqu'à z, de tous les dossiers recueillis par les mouchards.

C'est par un pareil tribunal, qu'on a osé apipeler tribunal de ses pairs, que le général Boulanger est déclaré mériter une peine, qui, en droit, ne lui est pas applicable et qu'on transforme illégalement en retraite d'office.

Pour qui connaît la jurisprudence et les choses militaires, ce fameux arrêt dont les opportunistes ont tant joué n'a pas et ne peut avoir l'autorité de la chose jugée.

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