‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 33 sur 62 · hommes 11.156 chevaux · texte numérisé non relu

hommes 11.156 chevaux

Conclusions qui sont néanmoins à conserver dans leur aspect général, ne serait-ce que pour fixer les idées.

Le groupement que nous avons indiqué comme donnant en quelque sorte la répartition des armées, fait ressortir en première ligne Fexistence de 12

corps d*armée que nous avons déjà dit devoir être à 3 divisions.

Il est presque superflu de faire remarquer, que cette masse n'a pas besoin, pour se mobiliser, de la très longue période que nous avons précédemment indiquée comme nécessaire à la mobilisation complète de toutes les ressources de Tempire.

Groupement des armées. — Hypothèses stratégiques.

Nous avons étudié Tarmée russe dans son organisation et dans son travail de préparation à la guerre ; puis nous avons examiné Téchiquier sur lequel elle serait appelée à maaœuvrer durant la phase de ses premiers mouvements. Il nous reste maintenant à suivre les déductions les plus logiques de certaines hypothèses stratégiques.

Nous écrirons simplement ce que nous avons conclu de notes recueillies sur place, de conversations échangées, d'études particulières puisées dans les discussions des divers ouvrages qui ont paru sur la question*.

Nous pensons pouvoir affirmer, sans crainte de

* Citons entre autres :

Res AustriacjBy imitation sans valeur de la fameuse brochure du général Haymerle. — HusslancTs nsechster krieg, qui conclut à la défensive stratégique de la Russie. — Der nxchste Krieg mit Russland und Seine poHHsche Folgen prévoit la défaite de la Russie et proclame le rétablissement du royaume de Pologne et une fédération des États balkaniques sous le protectorat de r Au triche-Hongrie, l/m, was kxmpfen wir? rêvasseries politiques en faveur du succès des armes autrichiennes, table sur la difficulté pour la Russie de recompléter ses effectifs après une première bataille, a Timpudence de parler de dissentiments politiques, de l'action dissolvante du nihilisme, etc. Die Schlacht ôei Bochniay ridicule élucubration d'un ignorant qui affectionne ce genre de littérature. H sufQt pour être fixé sur la valeur de la

beaucoup nous égarer, que la conception stratégique de Télat-major russe repose sur l'hypothèse d'une guerre simultanée avec les deux puissances voisines l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.

Le général Berthaut dans ses « Principes de stratégie » a magistralement énoncé le mode de concentration d'une armée condamnée à lutter à la fois sur deux de ses frontières ; mais l'adoption absoluesrigoureuse du procédé ne serait pas, dans le cas particulier, d'une application heureuse.

Envisageons en effet la bizarre découpure de la frontière Austro- Allemande, dessinant géométriquement les trois côtés d'un quadrilatère, dont la quatrième face serait tracée suivant la direction Augustowo-Dubno.

brochure de lire à la page 31, la surprise du bivouac de la cinquième division de cavalerie. — Der Krieg in Gallicien im Erûhjahre 1888, réponse critique à une autre brochure — Der Oesterreichisch-rttssische Zukunftskrieg — Die Wehr kraft oesterreich, — Ungarns in zwôlter Stunde — Uauptziel der Oesterreichisch'Russischen krieg es der Zukunft, L Allemagne en face de la Russie y par le major Z... (Journal des Sciences mili taires). Divers articles de la Revue militaire de l'Étranger, et de la Revue du Cercle militaire. Les remarquables études de Sarmaticu^t der Polnische Kriegschauplatz, — Der iVac/i bar im Osten, tom., Dr, Ao Frsenkelj, 2 vol. Beitrxge zur Kenntniss der Russischen. Armée Russland's Wehrfraft. — Das Russischen Reich in Europe. — Gedanken uber Oesterreich-Ungarns nilitxr politische Lage et Da^ Kriegs theater an der Weichsel und Seine Bedentung fur den Begium der operatinnen in einem Kuey, Russland's Gegen daf nut Dentsbhland verbundete Oesterrick. Ces deux brochures pourraient bien être dues à la même plume; elles imputent à la Russie même son terme par la France comme un acte de folle témérité de risquer une guerre contre TAu triche-Hongrie. L^effort de la Russie menace principalement la Gallicie orientale Konstantinople, du dritte Haupsladt Russland's,

Notons encore que le centre du cercle passant par les points de Augustowo, Thorn, Myslowitz, Dubno, tomberait à l'intérieur même du triangle de manœuvre défensive y marquée par les places de Varsovie, Ivangorod, Brest-Litewsky.

Le sy.stènpie de la dissémination en cordon, si fatal aux armées françaises au début des guerres de la Révolution et, en 1870, a été depuis longtemps condamné comme étant des plus mauvais.

Par contre, les avantages de la position centrale de la manœuvre, sur la ligne intérieure, si glorieusement appliquée par Napoléon en 1814, concilie tous les suffrages chaque fois que son adoption est possible.

Nous avons certaines raisons pour croire que Tétatmajor général russe s*est inspiré de ce principe et qu'il a admis, pour sa masse principale, un groupement dont la densité pourrait même faire supposer à première vue que la facilité de manœuvre en sera entravée.

A l'objection que je présentais ainsi à un des plus éminents officiers de l'armée russe, il me fut répondu par une théorie dont je me bornerai à constater la parfaite justesse.

< Dans les guerres futures la victoire appartiendra plus que jamais à celui des deux adversaires qui pourra manœuvrer toutes masses réunies. Or, une judicieuse répartition des ressources économiques sagement préparée^ peut attribuer cet avantage à la défensive ; l'offensive, obligée d'étendre sa ligne d'opérations, encombrée de convois, contrainte à se distendre pour vivre et marcher. »

Je n*insiste pas, ne voulant pas trop en dire et me montrer indiscret.

D'une façon générale, il est aisé de déterminer par le groupement dont nous avons précédemment donné le tableau, le rôle ou la direction d'action des masses agissantes.

L armée du nord, fournie par la circonscription militaire de Wilna, peut s'établir entre la Narew çt le Bug, la gauche à Sierok, la droite vers Bielostock, couverte sur cette aile par un corps détaché porté sur le Niémen, quelque part entre Kowno et GrodnOy pour servir de trait d'union avec les troupes que nous savons être affectées à la défense des côtes de la Baltique.

L'armée du sud, mobilisée dans la circonscription militaire de Kiew, s'étale dans la direction Kowel- Michaïlogrod (Linsk), — Dubno avec une importante fraction sur le flanc gauche vers Proskurow,

Le groupe du centre, dont une partie fournit la couverture, se localise dans l'aire de manœuvres stratégiques Bielostock, Warsovie, Kowel, Ghelm. Sa mission consiste à appuyer soit l'armée du nord, soit ce qui est plus probable l'armée du sud, pour se porter entre Ivangorod et Kowel.

Enfin, en arrière de ces trois groupes, entre Minsk et Smolensk, se constituent soit en une seule masse, soit en deux fractions, les armées de réserve assemblées dans les circonscriptions militaires de Moscou et de Pétersbourg.

On sera peut-être étonné de la proportion relative inférieure que j'attribue à l'action de l'armée du nord.

A cela, je répondrai par la simple observation que je ne suis pas de ceux qui prennent pour argent comptant les fameuses déclarations de M. de Bismarck, et les vantardises de Tétat-major général de Berlin établissant que TAllemagne peut, ou a seulement rintention de placer un million de soldats sur la frontière orientale.

J'ai la conviction qu'il ne peut et qu'il ne doit pas en être ainsi et que Tétat-major allemand ayant des préoccupations autrement graves, des soucis plus importants, immobilisera le moins de monde possible sur cette frontière, afin d*être apte à porter rapidement son effort principal sur la frontière des Vosges.

La règle stratégique est absolue : < Lorsque vous combattez sur deux frontières, TefTort premier et principal doit ;être dirigé contre celui des deux adversaires qui est le plus redoutable, c'est-à-dire contre celui qui est le premier prêt avec le plus de monde; sur Tautre frontière menacée, la défensive s'impose.

Je crois donc que l'Allemagne adoptera, à l'origine tout au moins, jusqu'à ce que l'événement qu'elle espère se soit produit au delà des Vosges, une attitude strictement défensive.

Probablement cinq corps d'armée, les I, II, V, VI et XIP ou des formations équivalentes de réserve et 4 divisions de cavalerie, constitueront cette armée 6l^ observation^ éventuellement à' occupation, lorsqu'il conviendra de couvrir le flanc gauche de l'ordre de bataille austro-hongrois. On a souvent dit que cette armée devait être comtnandée par le roi de Saxe.

Quoique cette information ait été démentie, il convient de noter la mission remplie en juin 1882 en

GalHcie parle général de Planitz derétat-major du XIP corps avec un petit groupe d'officiers. Les journaux allemands ont bien naturellement prétendu qu'il ne s'agissait que d'un voyage d'agrément. Le croira qui voudra, mais certainement aucun de ceux qui savent combien intime est le travail commun entre les états-majors de Berlin et de Vienne.

D'autre part, du reste, l'organisation de la frontière prussienne paraît établie en prévision d'une défensive et les perfectionnements qui y ont été apportés en ces derniers temps nous confirment davantage encore dans cette opinion.

La frontière prussienne de la province de Prusse et du grand-duché de Posen est, disons-nous, préparée pour la défensive, mais pour une défensive permettant ensuite le débouché offensif.

Konigsberg, fort Boyen, Dantzig, Graudenz, Thom^ et Posen^ jalonnent la bas^en équerre, si chère à la stratégie allemande, bizarement découpée sur cette frontière.

Konigsberg, est un point d'appui offensif, fermant très au loin son chapelet de treize forts détachés. Passe pour Konigsberg, dans un isolement dangereux, dont l'action peut être facilement paralysée par un corps d'observation sur le Niémen.

Posen avec les onze forts sur les deux rives de la Wartha a également un caractère de base offensive, car Posen est à gauche, la borne appui du dispositif stratégique.

Dantzigj place maritime, dans l'avenir le troisième port militaire de la marine allemande, a un caractère purement défensif.

Mais Thom, avec 8 forts sur la rive droite de la Vistuie et 3 sur la rive gauche, est une double tête de pont pour le débouché offensif, et Graudenz dont la haute formation est annoncée tiendra le même rôle.

Le réseau des voies ferrées est sur cette frontière très heureusement perfectionné. Il serait quoique peu fastidieux d'en donner le détail. Je résumerai simplement.

Sur la rive droite de la Vistuie, sans parler de la ligne qui remonte de Konigsberg la vallée du Prégel, quatre têtes d'étapes :

Thorn, Jablowod, Ilowo et Hohenstein, sont desservies par des lignes qui seront prochainement à double voie; un projet de loi spécial proposant pour ces travaux un crédit de 18 millions de marcks. Quatre lignes à voie double sur un front de 120 kilomètres, on conviendra que ce n^estpas vilain.

Sur la rive gauche de la Vistuie, les conditions de concentrati(m des troupes sont non moins favorables. Les têtes de station sont : Ottlotschin, Inowrazlaw, Gnesen, larotschin, Kempen, Kreuzbourg, Bodganowitz, Wossowska, Karf-Benthen, Kattowitz- Rosdzin.

Je noterai tout spécialement la très singulière sollicitude du gouvernement allemand à construire dans cette zone, voisine de la frontière, des petites lignes d'intérêt local desservant, l'une les pêcheries d'une région lacustre, l'autre une exploitation forestière, la troisième enfin une grande usine, qu'elle appartienne à M. de Donnesmark, ou à tout autre. Il y a, en un mot, une poussée bien indiquée à préparer la soudure du réseau allemand à la grande artère

Varsovie-Granica, aux points de Kutno, Lody, et Czenstochau.

Les officiers du régiment des chemins de fer doivent en savoir long à ce sujet. Je sais qu'on a été fort surpris à ...mettons Gonstantinople ou Pétersbourg, peu importe, en prenant connaissance de feuilles Uthographiées, très confidentielles , égarées par l'un de ces messieurs.

Bien plus, certains indices généraux, sur la nature desquels je n*ai pas à insister, portent à croire que des graphiques auraient même été préparés par Tétat-major général allemand, pour les lignes non encore construites.

Je suis de ceux qui admettent assez volontiers, lorsque V offensive allemande se produira , une marche sur les deux rives de la Vistule avec Varsovie pour objectif; je pense néanmoins que Teffort principal viendra de Posen et je crois aussi que la guerre de chicane, la petite guerre telle que l'a caractérisée le colonel von Boguslawski, se localisera presque uniquement dans le Masurenland.

En gens précautionneux que la prévision d'aucune éventualité ne rebute, les pédagogues de Tétat-major du Kœnigsplatg discutent, dans leurs cours et conférences, les conditions possibles d'une offensive russe ayant Berlin pour attraction.

Je crois être suffisamment renseigné sur cette question pour pouvoir donner très brièvement, le résumé pour ou contre de chacune des hypothèses admises :

1*^ Une pénétration russe dans la Prusse orientale nécessite deux groupes:

L'un au nord du Masurenland (région ouest) vers Inslerbourg, l'autre au sud-est de ladite région, vers Allenstein, a pour buts Graudenz et Thorn, qu'elle doit assiéger.

Le premier groupe se voit obligé à Tinvestisseinent, tout au moins, de Konisberg et de Dantzig et à un siège en règle du fort Boyen qui lui est nécessaire pour utiliser les chemins de fer de ravitaillement.

Les deux groupes ont ensuite à franchir la Vistule, passage difficile.

2** La marche sur Posen, Berlin, le chemin le plus court, 372 kilomètres, oblige tout d'abord Tétat-major russe à poster sur les flancs deux corps d'observation: l'un de médiocre importance pour surveiller la Silésie, l'autre bien plus considérable observant la Prusse orientale.

L'armée russe trouve un certain avantage à ne pas être obligée de passer la Vistule en présence de l'ennemi; il lui suffit ensuite de masquer Thorn et Posen. . Mais elle ne tarde pas à pénétrer dans un terrain difficile. Entre Bromberg et Thorn, s'étale sur une longueur de 70 kilomètres avec 12 à 25 kilomètres de largeur, un défilé boisé et marécageux, formé entre le Vistule et la Netze-Nakel, coupé par le canal de Bromberg et la Brahe.

Plus au sud, s'étend, sur une longueur de 38 kilomètres, un chapelet de lacs étranglant de pénibles défilés; puis suit le cours de la Wartha, 37 kilomètres en aval, 30 kilomètres len amont de Posen; enfin, plus au sud, le défilé marécageux et boisé de 60 kilomètres sur 45 à 29 kilomètres de profondeur entre la Wartha et l'Obra, défilé obstrué par le canal de

rObra entre Kiebel et Moschyn. En dernier lieu se trouve Tobslacle de TOder avec la place de Kustrin.

3** L'invasion de la Silésie est la voie la plus facile, mais elle oblige les Russes à un mouvement excentrique, les contraint à un long détour pour gagner Fobjectif convoité ; enfin les jette sur l'armée austrohongroise.

J'ai fait, bien entendu, abstraction complète des mouvements que larmée allemande ne manquerait pas de manœuvrer sur cet échiquier. Je pense aussi pouvoir me dispenser de conclure.

Cette offensive, que les Allemands ne peuvent à mon opinion saisir dès les origines du conflit, ils en confient la charge à leur bonne et fidèle alliée, 1* Autriche-Hongrie.

Elle sera très ^ certainement à la peine, mais sera-t-elle à l'honneur et au profit?

L' Autriche-Hongrie, comme je le ferai ressortir dans l'étude consacrée à cette puissance, peut disposer, sa concentration complètement achevée, de 38 à 39 divisions, constituant deux groupes d'armée de première ligne, Tun, autour de Cracovie, l'autre autour de Lemberg et y amener deux armées de réserve, l'une sous Olmûtz^ l'autre vers Kaschau-Eperies.

A l'extrême droite, un corps d'armée, probablement le XIP, forme le noyau de la petite armée dont les circonstances peuvent imposer la création, soit pour appuyer la neutralité de la Roumanie, soit pour en imposer à ce royaume. Je n'insiste pas sur cette question, traitée avec plus de détails dans une autre partie du livre.

L'état-major de Vienne a la prétention d'achever le vingt-cinquième jour sa concentration.

Je tiens cette prétention pour exagérée. Néanmoins, quel que soit le retard subi, la capacité de déplacement offensif des armées russes de première ligne n'étant guère supérieure, les troupes de couverture auxquelles sont affectées le P^ XP, IP et VP corps, ainsi que quatre divisions de cavalerie, sont suffisamment en état, à partir du huitième jour, pour résister aux entreprises de la cavalerie russe soutenue par ses tètes de colonne.

Du reste, la concentration en Gallicie est bien couverte par les places de Lemberg, Prezemyls et les travaux de campagne disposés sur plusieurs autres points.

D'autre part, des dispositions spéciales sont prises pour préserver de tout dommage la Karl-Ludivig- Bahn qui doit servir de lien transversal aux diverses fractions groupées en Gallicie.

L'armée austro-hongroise ne sera ainsi que peu gênée dans sa prise d'offensive.

Il n'est guère possible de spéculer sur la manœuvre du débouché. Quelques informations, dont l'origine serait à contrôler, font présumer que letatmajor de Vienne prépare la recherche de la bataille vers Chelm, avec projet d'investir Ivangorod et de tenir défensivement sur la ligne Luck-Proscurow.

L'exposé plus complet que je consacre dans un chapitre spécial aux moyens de Tarmée austro-hongroise, me dispense de rappeler ici même autre chose que des généralités. Il peut suffire de fixer les éléments d'une conclusion générale.

Nous croyons donc que Y attitude défensive, est au début des hostilités, imposée à la Russie. Noire confiance dans le succès de cette défensive est absolue.

Après les premières passes, la grosse masse constituant la principale armée russe est apte à son tour à prendre Toffensive et pénétrer en Gallicie, investissant ou masquant les places de Lemberg et de Prezemyls, pour opérer la trouée entre Lemberg et Cracovie et descendre ensuite dans la plaine de Hongrie.

Le triomphe final des armées russes est lent, mais certain.

Nous pouvons regretter seulement que l'armée russe n'ait pas une capacité offensive plus efficace.

Malheureusement des causes multiples interdisent qu'il en soit autrement, et nous nous contenterons d'invoquer au nombre de ces causes la question financière.

C'est cette malheureuse question financière qui gêne encore le développement du réseau ferré, qui a porté aussi les officiers russes à affecter de méconnaître trop longtemps l'importance morale et matérielle du nouvel armement, dont sont dotés les Etats voisins, qui entrave de plus le perfectionnement aussi complet qu'il devrait être des conditions de mobilisation, par la constitution d'approvisionnements de toutes sortes, la mise sur pied plus efficace des formations de réserve, etc.

L'Allemagne comprend si bien le côté fâcheux de cette gêne financière, qu'elle consacre hypocritement tous ses efforts à l'accroître, comme en témoigne sa guerre au rouble, ses tentatives pour déprécier les valeurs russes sur les marchés étrangers, les intrigues

avec la haute youderie, pour compromettre le succès du dernier emprunt russe, sa rage débordante de Taccueil prodigieusement sympathique fait en France à cette opération financière.

Je pense superflu dans cette étude sur l'armée russe de faire valoir les éminentes qualités morales et psycologiques du soldat russe; j'affirmerai simplement qu'il est, à ces points de vue, de beaucoup supérieur au soldat allemand ou austro-hongrois.

A cette armée, les officiers vigoureux et instruits, les généraux hommes de guerre, possesseurs de la confiance du soldat, ne font pas défaut non plus.

Je ne citerai aucun nom, même pas ceux des hommes distingués auxquels seraient réservé les cinq commandements supérieurs ou des fonctions importantes dans les états-majors.

J'espère avoir un jour, l'occasion de présenter avec le soin que je désire y apporter, ces intéressantes personnalités aux lecteurs de mon pays.

Une place seulement secondaire est accordée à la marine russe dans les hypothèses stratégiques. Il n'est pas néanmoins sans intérêt de consacrer quelques lignes à cette marine.

Elle se répartit en deux groupes :

La flotte de la Baltique,

La flotte de la mer NoiVe.

Elles ont eu, la seconde pour créateur, la première pour organisateur, l'amiral Schestakoff^ appelé au ministère de la marine en janvier 1882, et décédé le 3 décembre dernier à Sébastopol.

La flotte de la Baltique est composée de huit cui-

rassés, au nombre desquels nous distinguerons : Pierre-le-Grand^ Amiral-Tchitchagoff^ Dmitri-Djonkoi; douze croiseurs dont : le Wladimir-Monomach^ Amiral* Vitchinoff, Alexandre II; quinze corvettes de récente construction, dont la dernière, Rinda, de 2,950 tonnes, tout en acier, a été récemment lancée; cent douze torpilleurs de diverses classes ; quatre batteries cuirassées dans le type Kreml eiPreivenez^ etc.

Cette flotte est partagée en deux escadres, et c'est ainsi divisée qu'elle a, à diverses reprises, évolué dans la Baltique sous le commandement d'officiers généraux dont les noms ne sont pas inutiles à retenir : MM. Schmidt, GolowatichefT, NovikofT, Pilkin, etc.

Le jour où cette flotte sortira de ses ports, les escadres allemandes de la Baltique et de la mer du Nord n'auront qu'un seul parti à prendre... Celui de se réfugier dans leur port de Kiel.

Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer, à ce sujet, que les doucereuses avances faites à la Suède par l'Allemagne n'ont d'autre raison que d'assurer la neutralisation de la Baltique, ou mieux, de tirer le verrou aux portes de cette mer intérieure qui n'est pas — il s'en faut de beaucoup — le lac allemand rêvé du poète.

La flotte du royaume de Suède existe, la chose n'est point douteuse. On a pu admirer, en rade de Oscar-Frederiksborg, la belle tenue des frégates comme la Vanadis^ des corvettes comme la Balder avec escorte de monitors : Tirfing, Thordav, John Ericson^ etc., mais l'appoint que cette escadre apporterait à la flotte allemande est d'une fort douteuse efficacité.

Que les lemps sont changés !

N'est-ce pas Charles Jean qui, en 1821, faisait confidentiellement conseiller à son bon frère de Prusse, par celui qui fut plus tard Tamiral Gyllengranat, de se préoccuper quelque peu de la défense de ses côtes?

La petite marine du royaume de Prusse n'a-t-elle pas eu à solliciter, à ses humbles débuts, Tassistance de deux marins suédois, le vice-amiral Sundeval et le capitaine Hylten-Cavallius?

Aujourd'hui le conseiller est devenu priQtégé et lé drapeau bleu et jaune ne domine plus en maître dans cette même Baltique, qui a été si longtemps un lac suédois.

Les ports russes de la côte de la Baltique, pouvant être considérés comme postes de défense, sont : Helsinfor, Rewal, Sweaborg, Dunamunde, Lebau et Kronstadt, ce dernier couvrant solidement Pétersbourg, tant par Tîle Kotline que par les 300 bouches à feu qui battent les canaux.

Tous les travaux de ces ports ont été récemment améliorés à la suite des travaux de la commission que présidait le général Babrikoff.

De plus on prête à l'amirauté l'intention de créer, pour c<)uvrir l'entrée du golfe de Finlande, une importante station maritime sur la côte d'Estionie, quelque paré vers Hapsal^ en utilisant l'archipel formé par les îles d'Œsel, Dagden, Worms, Mohn, etc.

Enfin, il est également question de rétablissement d'une station dans la Ofeten Fjord, sur la côle nordouest de la Finlande, qui deviendrait le port d'attache de la petite ilottilie de la mer Blanche.

62 L^EUROrE EN ARMES

La, flotte de la mer Noire se signale par les trois splendides cuirassés Catherine IJ, Tchesme, Sinope de 10,iS0 tonnes ; deux batteries cuirassées, d'un type aujourd'hui démodé, mais qui lit grand bruit il y a quelques années, le Nowgorod et V Amiral- Popow; elle arme de plus trente torpilleurs de diverses classes, et enfin, la flotte volontaire créée en 1877, au moment où la guerre menaçait avec TAngleterre; cette flotte compte aujourd'hui douze excellents croiseurs^ dont plusieurs servent de transport entre Odessa et "Wladivostock.

Il faut remarquer que Sébastopol transformé est devenu la station maritime importante de la mer Noire, qu'Odessa et Nikolajew sont le centre de grands chantiers de construction navale. Mentionnons aussi Noworossysk et Batoum, sur lesquels nous aurons à revenir par suite de leur importance stratégique pour une guerre en Asie centrale et en Asie mineure.

Le ministre de la guerre actuel est le vice-amiral Matwejewitsch Tschichatschoff, qui était depuis 1884 chef de l'ctat-major de la marine, et qui a eu occasion de faire valoir son habileté et son talent d'administrateur de 1882 à 1884, comme directeur de l'importante Compagnie russe de navigation.

Il me parait assez difficile dans une élude du genre de celle que je désire consacrer à T armée austrohongroise, de m'étendre sur la distinction ethnographique qui influe si préjudiciablemenl sur la politique de la monarchie.

Cette question ethnographique, est pourtant le facteur essentiel de tous les problèmes, administratifs, politiques, économiques, militaires, intéressant Tempire, même de leurs corollaires, qu'il s'agisse de la politique des partis ou seulement de Téternel débat visant la langue officielle.

C'est à regret, de crainte d'être entraîné trop loin, beaucoup trop loin, que je m'abstiens de pénétrer dans cette discussion. Je renverrai le lecteur curieux de connaître les éléments essentiels de cette discussion, à une intéressante brochure <* Um was kampfen wir ? » dont il fera bien toutefois de ne pas accepter sans réserve les complètes conclusions.

Je préfère m'en tenir simplement, à un rapide aperçu de Varmée impériale ou de Varmée nationale, comme on dit aussi. Cette qualification peut d'autant plus être justifiée, que les rigueurs de la discipline, l'amour du drapeau, le respect pour l'autorité de

rimpéralor, ont réussi jusqu*à ce jour à exclure du rang, les compélitions jalouses qui, dansTécole, dans la société bourgeoise, dans le parlement et dans la presse, favorisent les aspirations du particularisme et attisent la haine des partis.

Je n*ajpute que foi médiocre aux spéculations de ceux qui exploitent au profit de leur thèse les moindres incidents, tels que les quelques rixes signalées de temps à autre entre soldats tchèques et allemands, polonais et magyares. N*en est-il pas de même dans tous les pays du monde, entre napolitains et florentins confondus dans un même régiment italien, entre polonais de la province de Posen et un camarade de la Terre-Rouge, servant coude à coude dans le même régiment westphalien ou rhénan ?

Mais, n*est-il pas à craindre que le lien fictif, quoique robuste encore, maintenant tous les soldats de l'empereur sous les lois de la discipline militaire ne se relâche pour se rompre ensuite irrémédiablement?

Je suis de ceux qui prévoient cette éventualité, et je n'en veux pour preuve que le débat significatif qui a retenti, à Vienne en novembre-décembre 1888, à Pesth dans les premiers mois de 1889, à Toccasion de la discussion de la nouvelle loi organique militaire.

Quel a été en effet le caractère de cette discussion?

A Pesth, une vive opposition quia pu, à un moment même, ébranler la situation de M. de Tisza, et de tumultueuses manifestions ont protesté contre Texagération des nouvelles charges militaires imposées à

la nation, comme pour affirmer implicitement que la situation extérieure n'est pas à ce point calamiteuse pour que ces sacrifices soient intégralement imposés, surtout avec une aussi urgente insistance. — Le débat n'en reste pas moins dominé par des éléments purement égoïstes : protestations contre la deuxième annéo de service, à laquelle seront tenus les conditionnels dun an qui n*ont pas satisfait aux épreuves à la fin de la première année, et, protestations contre l'emploi de la langue allemande imposée aux candidats à cet examen.

Le gouvernement impérial, pour ne pas être mis en échec, a été réduit à des concessions, à de faciles engagements, favorisant les tendances particularistes des magyares et leur faisant déjà entrevoir la réalisation prochaine de leur rêve le plus ardent, une armée hongroise !

A Vienne, les conditions qui ont enlevé au parlement, à une majorité considérable, le vote de la loi sont plus néfastes encore à Tarmée impériale.

Les Allemands libéraux représentent en Cisleithanie l'opposition au ministère. L'importance de ce groupe est telle qu*il pourait empêcher le projet de réunir les deux tiers des voix indispensables à son succès; mais les Allemands libéraux sont avant tout et pardessus tout inféodés à la politique de M. de Kolnuky. Peu importe que leur orateur ait déclaré au nom des siens que le vote en faveur du projet était donné à Tarrnée, au pays et non au ministère de M. de Taafi*e. La chose essentielle était d'obtenir ce vote, et, comme on le savait absolument certain, c'est au préjudice de cette fraction que les concessions ont été

faites pour gagner les adversaires du ministre des affaires étrangères.

Ces adversaires sont les ministériels représentés en presque totalité par les groupes slaves; ils bénéficient à rheure actuelle de toutes les faveurs. Leur sympathie pour M. de Taaffe, pouvait pourtant ne pas aller jusqu à approuver la politique allemande du cabinet impérial; il était, par suite, indispensable de la consolider.

J'ai déjà laissé deviner combien est essentiellement importante dans la monarchie, la question de la langue officielle. Les efforts du particularisme ne gagnent que difficilement, et jusqu'à ce jour, il a dû reconnaître son impuissance à vaincre l'énergique défense des ministres de la guerre, en faveur de l'allemand, la langue de service dans l'armée.

C'est sur ce principe, V allemand est tunique langue de service dans Carmée impériale, que les concessions ont été faites à ceux dont l'opposition était redoutée . Ces concessions se sont traduites par la très large tolérance d'une langue autre que l'allemand admise aux épreuves pour le volontariat et à l'examen pour officier de réserve, tolérance d'autant plus dangereuse que rien ne peut la réglementer avec une suffisante précision.

C'est un coup fatal, presque mortel, porté aux principes, aux traditions les plus chères à l'armée impériale*.

* Le général Bf/landt-Rheirdt qui, pour cause de santé, dû quitter le ministère de la guerre (Das grawe Haws) en mars 88, avait été un des partisans les plus énergiques de la conservation de la langue allemande comme langue de servicti, et du

L*enipereur François Joseph, est ainsi obligé de sacrifier tout l'équilibre de sa politique intérieure aux exigences de la situation, que la monarchie doit tenir dans le concert européen.

Ne pas consentir à d'excessifs sacrifices pour complaire au puissant allié, ne pas rendre leur réalisation certaine, serait exposer TAutriche-Hongrie à perdre son rang de co-associée d'abord, puis ensuite à être lâchée au jour il aurait pu plaire à M. de Bismarck de faire des gracieusetés à la Russie.

La monarchie est elle-même bien certaine de pouvoir éviter cette éventualité? Je connais de bien cruels sceptiques sur ce point délicat, pas seulement dans Tarmée, mais aussi dans le monde des politiciens.

De quelque côté donc que nous envisagions la question, rAutriche-Hongrie est fatalement entraînée à tout sacrifier au développement excessif, exagéré de la puissance militaire.

maintien de la prédominance allemande. Cette attitude lui avait vain une violente inimitié, celle des Tchèques, oubliant difficilement sa fermeté pleine de tact dans l'affaire Jansky.

Les douze années que le général a passé à la tête de l'administration de l'armée ont valu à la monarchie : l'établissement du système territorial, la loi sur la landwehr et le landstùrm, de notables progrès dans Tartillerie, enfin l'adoption d'une arme à répétition le Mannlicfier et la transformation de l'équipement de l'infanterie.

Le titulaire actuel du ministère de la guerre, le général de Bnuer, né à Lemberg en 1825, sort de l'artillerie, et est passé comme capitaine dans l'infanterie en. 1849; il était chef do bataillon à Solférino et brigadier à Custuzzo (régiment n°* 28, et 70, 1J' bataillon de chasseurs), où il s'est couvert d'honneur tant en défendant la position de Jese qu'en montant à l'assaut de Santa- Lucia.

il commandait en dernier lieu le II" corps.

Plus elle sera forte, plus son alliance sera estimée.

Plus elle sera forte, moins elle aura à redouter les conséquences cruelles d'un isolement passible.

Tout pour la politique extérieure!

Et Dieu sait pourtant combien est instable l'illogisme de cette politique.

Ecoutez parler M. de Plewer dans la séance du 7 décembre 88 :

« A rintérieur, le cabinet s'appuie pour gouverner sur les groupes slave et ultramontain !

« A l'extérieur, il s'allie à l'Allemagne contre la Russie et tend la main à l'Italie. »

Ceci dit, j'aborde mon sujet.

L'Autriche-Hongrie a adopté en 1868, alors qu'elle se réorganisait pour des espérances abandonnées depuis, le principe du service obligatoire et personnel tempéré toutefois par l'acceptation du volontariat d'un an, par des congés et des renvois anticipés.

La durée du service militaire se décompose ainsi : 3 années de présence sous les drapeaux, 7 ans dans la réserve, 2 années dans la landwehr et 10 années dans le landsturm ; les jeunes gens placés directement dans la landwehr y servent 12 années puis 10 dans le landsturm.

L'excédent du contingent forme la réserve du complément qui demeure dix ans à la disposition de l'armée active avant de passer par la landwehr ou le landsturm.

Nous avons donc :

A). Armée commune

3 contingents en service actif,à 21 23 ans.

7 — de la réserve, 24 à 30 ans. (Hommes exercés.)

10 ^— flp !& i*és(îrve

de complément, 21 à 30 a. (SommairemeDt instr.)

B). Landwehr et honved.

a) directement incorporés.

1 ou 2cont. en serv. actif, 21 ou 22 ans.

11 ou 10 — de la réserve, 23 ou 23 à 32 a. (Hommes exercés.)

12 — de la réserve

de complément, 21 à 32 ans, (Sommairement instr.) .

b) provenant de l'armée commune.

2continffeutS 31 et 32 a. Comprenant des hommes

** exercés (l""» portion) et

sommairement instr.

C). Landsturm. (2« portion.)

- . -, Comprenant des hommes

2 contmgents .... 33 et d4 ans. exercés i" portion) et

3 classes 35 à 37 ans. sommairement instr.

4 classes (réserve). . . 38 à 42 ans. (2« portion.)

D). Non exercés à la disposition.

2 classes 19 et 20 ans.

Les hommes de 21 à 41 ans classés dans les services auxiliaires.

Etablissons maintenant le tableau numérique de l'armée en prenant pour base, d'après le rendement de la nouvelle loi, le chiffre de 150,000 jeunes gens annuellement inscrits et répartis comme suit toutes déductions faites :

Page 1