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MARINE

Complétons cette étude par quelques indications sur la marine.

Au commencement de cette année on a réglé comme suit la répartition de divers bâtiments composant la flotte :

a. Bâtiments d*escadre de divers rangs : Archiduc* Rodolphe^ Archiduchesse-Stéphanie , Tegethoff^ Custoza, Lissa, Archiduc- Albrechtj Empereur^ Empereur- M aximilien, Don-Juan-d' Autriche, Prince-Eugène-de-Habs^ bourg.

b. Croiseurs-torpilleurs de diverses classes : Panthère, Léopard, Tigre, les deux premiers de 1,530 tonnes, le dernier de 1,675 tonnes; Zara, Spalato (1,000 tonnes), Sebenico (840 tonnes), Lussin, Météore, Eclair, Comète (350 tonnes), Planète, Trabaat (480 tonnes).

c. Torpilleurs : de l"* classe (83 à 88 tonnes) 23 ; de 2^ classe (46 à 64 tonnes) numéros de IX à XXXIY ; de 3® classe (27 tonnes) numéros là YlII.

d. Avisos : 3.

e. Bâtiments de transport, 4 : Impératrice-Elisabeth (dépôt de torpilles), Cyc/o/>e (ateliers), Po/a (matériel), Gargnano (malades).

f. Canonnières de rivières : 2.

Enfin un certain nombre de stationnaires, de bâtiments-écoles, etc.

Poarcequia trait plus spécialement i^ux canoanières de rivière, nous ne pouvons omettre de signaler le projet, récemment dénoncé, de créer une flottille sur le Danube — projet motivé par les mesures prises par le gouvernement roumain en vue d'établir une escadrille sur le fleuve (achat du croiseur Elisabeth en Angleterre et de torpilleurs au Havre].

L'Autriche -Hongrie a pris ombrage de ces mesures qui constituent une violation de l'article S2 de la convention de Berlin et a, dit-on, fait faire d'amicales remontrances à Bucarest.

En même temps, le baron Sterneck, chef de la direction de la marine au ministère de la guerre, a présenté au F. M. L. von Bauer, un mémoire insistant sur la nécessité d'organiser une flottille impériale sur le fleuve.

1° La flottille comprendrait, d'après ce projet, 12canonnières et, comme il en existe déjà deux, leiLeilha et le MaroSj dix bâtiments nouveaux sont à construire.

A cette escadrille s'adjoindra une flottille auxiliaire fournie par la Société de navigation à vapeur du Danube.

2^ Les chantiers de construction et de réparation, les dépôts de matériel, le casernement pour les équipages, en un mot tous les établissements concernant la flottille, seront centralisés en un port sur le fleuve, dont le choix n'est pas encore arrêté ; Pesth a pourtant bien des chances de l'emporter sur Raab «t Comorn.

3^ Enfin, la commission que préside le capitaine de frégate Schonta aurait également fait ressortir la

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nécessité d'améliorer quelques ouvrages de défense sur le fleuve.

Rappelons en dernier lieu, que le projet de création d'une flottille sur le Danube date de longtemps déjà, et que le besoin s'en est fait sentir à divers moments, entre autres à ]'époque de Toccupation des Principautés, alors que le général Mollinary avait fait transporter sur le Danube les canonnières affectées au service des lacs Majeur et de Garde.

Plus tard, en 1869, les Délégations avaient même commencé à réaliser le projet de création d'une flottille sur le Danube, en votant un crédit de S00,000 florins pour la construction d'une première canonnière.

Les préoccupations de la marine autrichienne visent uniquement les côtes dalmates et quelque peu aussi le port de Trieste, dont il a été question, à diverses reprises, d'augmenter les défenses maritimes.

Nous signalerons plus spécialement à ce sujet un travail très sérieux publié dans les premiers mois de 1888 sous le titre < Étude des défenses maritimes du golfe de Trieste, pour couvrir le déployement stratégique sur la ligne de l'Isongo et protéger le port de Trieste contre un bombardement > .

L'auteur trace sa ligne de défense extérieure de Banco Huila di Muggia (au nord de Grado) à la pointe Salvore en Istrie; elle couvre les points se prêtant

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avantageusement à une attaque : baies de Prunzano, deMuggia, de capo d'Istria, de Pirano et Trieste.

La ligne de défense extérieure développa 18,916 mètres. Aux deux points qui jalonnent cette ligne en trois parties égales et dont Tintervalle est de 6,305 mètres, l'auteur propose de noyer des forts sur un fond de sable, aux profondeurs de 19 mètres (Nord) et 21 mètres (Sud).

Diaprés les calculs de Tingénieur hydrographe Bômches, ces ouvrages reviendraient à environ 6,500,000 florins. lis seraient appuyés sur la côte par les forts de Banco Mula de Muggio et de Pointe Salvore, ce dernier renforcé de batteries sur la pointe de Pirano pour commander complètement la passe d'entrée et de sortie. En avant de celte ligne, tout un système de défenses sous-marines et, en arriére, comme ouvrages intermédiaires, des batleries flottantes.

L'Autriche - Hongrie se désintéresse aujourd'hui quelque peu de ces questions, comme si elle savait pouvoir compter sur une coopération étrangère pour protéger ses intérêts dans l'Adriatique.

La voisine se pâme d'aise.

Lissa n'aura plus de lendemain !

Dans les derniers mois de Tannée 188S, empiétant même sur 1886, la péninsule balkanique a traversé une période de grands troubles.

Dans tous les États, la menace d'une guerre imminente à poussé à une mobilisation, sinon totale, tout au moins suffisante pour nous fournir de précieux indices sur la valeur de leur puissance militaire.

La mobilisation partielle de Tarmée turque est pour notre étude un point de départ d'autant plus intéressant et utile qu'elle procède directement de la réorganisation de 1880-82, complétée et parfaite par la loi du 28 septembre 1887, qui n'a été publiée que dans le courant d'avril 1888.

Réorganisation est peut-être beaucoup dire. Il serait plus exact de simplement spécifier : commencement de réorganisation et première application des réformes proposées par la mission allemande.

La loi est l'œuvre de von der Goltz Pacha, en collaboration avec Mussafer Pacha ^ et Yeli Risa Pacha.

Je me heurte, dès le début, à un débat passionné,

* Gzaikowski.

non calmé encore à Gonstantinople, qui ne le sera probablement jamais et dont toutes les phases m*ont été contées avec complaisance par les uns et les autres.

Est-il vrai, comme l'ont affirmé au commencement de 1887 plusieurs publications militaires, « V International Revue » , les Jahrbûcher fur die deutsche A rmée und Marine\ V United Service magazine, est-il vrai que'le Ghazi Osman Pacha, chef militaire du parti-vieux turc, a constamment cherché, pendant qu'il détenait le portefeuille de la guerre, à faire avorter le plan de réorganisation des officiers allemands ?

Est-il vrai que le sultan, qui s'intéressait tout particulièrement au programme de von der Goltz, a seulement pu commencer l'application de ces réformes en mars 1887, alors que l'influence du Ghazi Osman Pacha était suffisamment attiédie? Les éloges prodigués à l'illustre vainqueur de Plewna par bon nombre de journaux, principalement par la Nord Deutsche Allgemeine Zeitung et VAllgemeine Zeitung (de Vienne) sont-ils véritablement sincères?

Quelle est donc en réalité la responsabilité encourue par Osman Pacha durant cette longue période de somnolence?

Gomme je l'ai dit, j'ai cherché à me rendre de cette question un compte aussi exact que possible, écoutant les uns, ne contredisant pas les autres, et il en est résulté pour moi une conviction que je vais formuler en quelques mots :

Le Ghazi Osman Pacha n'a jamais été un adversaire jaloux des projets de la mission allemande, et de

von der Goltz en particulier. Son patriotisme est audessus de torute atteinte. Mais il avait la conviction réfléchie et sincère que ce programme avait besoin d'être remanié par leurs auteurs, qu'il péchait par une certaine ignorance des besoins réels et des conditions véritables de la Turquie; enfin, que son application hâtive était tout au moins inopportune. La mission allemande a toujours opposé aux demandes de modifications qui lui étaient présentées, la force d'inertie la plus coupable, et l'entêtement le plus tudesque. Ces messieurs se sont toujours refusés à accepter les objections qui leur étaient soumises. Eux seuls étaient impeccables. Ils n'admettaient pas que le glorieux général, ayant conduit les soldais à la victoire, pût être leur maître en science militaire et mieux connaître qu'eux, étrangers de passage, les véritables besoins du pays.

Cette digression faite je rentre dans mon sujet.

L'organisation nouvelle de l'armée turque a pour forme principale l'application du système de recrutement régional.

Chacune des 6 premières régions de corps d'armée (Ordou) a été partagée en 4 divisions territoriales loties chacune en 2 subdivisions de brigade à 2 régiments l'une; la circonscription de régiment comprend 4 arrondissements de bataillons chacun à 4 districts de compagnie.

Chacun de ces lots territoriaux a à sa tête un cadre permanent :

La division territoriale, un général de division (Férik); la subdivision de brigade, un général de

brigade (Inîrliva) par régiment impaire, un colonel (Miralaï), par régiment paire; l'arrondissement en bataillon a à sa tète un lieutenant-colonel (Gaïmacan) avec un chef de bataillon et un adjudant-major. A la tète du district de compagnie un cadre complet. L^étendue du district de bataillon varie avec la densité de population calculée approximativement de façon à comprendre 7 ,000 hommes dans Tàge de 20 à 40 ans.

La nouvelle loi fixe à 20 années l'obligation du service personnel.

Au point de vue de la répartition du contingent, on doit distinguer :

La première portion — tertib ervel — incorporant les hommes appelés au service actif pendant 3 ans.

La seconde portion — tertib sani — reçoit les hommes en excédent astreints seulement à une période d'instruction de 6 à 9 mois.

Enfin, les ajournés et dispensés, les hommes dits à la disposition, sont classés dans une catégorie spéciale dite Ikindschi Kisen.

L'ensemble est réparti dans quatre grands groupes savoir :

A). Armée active, Nizam,

5). Réserve de l'armée active, Ichtyat.

La réserve est appelée par ordre impérial en commençant par la classe la plus ancienne, soit pour compléter l'insuffisance de l'armée active, soit pour la constitution de corps nouveaux.

Les hommes rejoignent le dépôt du bataillon de redif de la région. Les effets y sont déposés.

Dès le temps de paix, un petit détachement de

réservistes appelés à tour de rôle fait le service à ce dépôt.

Tous les deux ans, période d'instruction d'un mois.

C). Armée de seconde ligne, redifs, forme 8 classes de (27 à 34 ans), divisées en 3 catégories, dont la première, birindji kism^ comprend les hommes qui ont passé par Tarmée active (première ou seconde portion).

D). Moustafiez^ qui doit correspondre au landsturm.

L'organisation territoriale actuelle donne pour les 6 premiers corps d'armée : 24 divisions, 48 brigades ou 96 régiments , 384 bataillons de redifs, ce qui revient, si l'on compte le bataillon à 800 hommes, 307,200 hommes. Or, le nombre des réservistes inscrits est d'environ 500,000.

Ce nombre permettrait la formation de 725 bataillons. Mais, d'après ce que j'ai entendu dire, il ne serait question, pour le moment, que d'en organiser 368, et, plus tard seulement 576.

AJ4)utons y encore 288 bataillons de mmtafiez.

Ce ne sont donc pas les hommes qui font défaut, et comme le faisait un jour remarquer le sultan dans une audience accordée à von der Go]tz,la Turquie est de tous les Élats celui sur lequel pèse le plus complètement l'impôt du sang. Dans la plupart des nations, dans les moins privilégiées, la proportion maximum atteint 3 p. 100 de la population, or, dans certains vilayets cette proportion avoisine 48 p. 100.

Ce qui manque c'est Yargent^ ïordre et le personnel capable pour faire mouvoir toute cette organisation, par trop compliquée et perfectionnée.

Ghazi Osman n'avait que trop raison de trouver tout cela trop beau. Ge qu*il fallait, c'était moins de théorie et des fixations plus pratiques, à commencer d*abord par l'organisation sérieuse de l'armée active avec un jeu moins compliqué de réserves.

Avec l'ancienne organisation des ali tredifs et mukkademredifs, l'infanterie de la réserve seule était à peu près organisée, l'artillerie était fort incomplète et la cavalerie n'existait pas.

En sera-t-il autrement avec le projet allemand? c'est douteux. L'état sera-t-il pire? C'est à peu près certain. Quant à ]a levée en masse, elle n'existe, même pas sur le papier.

Et encore, ne faudrait-il pas trop se faire illusion sur l'état même du Nizam. J'ai rencontré à Stamboul K... Bey, un fort aimable officier, qui avait accompagné le ghazi Osman Pacha pendant une inspection à Andrinople en septembre 1885. La désillusion du maréchal fut pénible et sa colère violente aux édifiantes découvertes qu'il put faire.

La revue d'efl*ectif donnait 9,788 hommes, officiers compris, au lieu de 42,850 portés aux contrôles; la troupe était sans uniformes et sans souliers ; la cavalerie n'avait que 490 chevaux pour 2,000 hommes, l'artillerie se montrait dans un pitoyable état.

A la même époque le manque de charbon mettait les beaux cuirassés de la flotte hors d'état de servir.

Depuis, m'a-t-on affirmé et j'ai pu le noter rapidement sur ma route à Gonstantinople, les choses ne se sont nullement modifiées. Hors Gonstantinople et les quelques villes où résident des officiers généraux, l'armée ofl're le plus pénible spectacle de délabre-

ment et de sale misère. Nulle part les bataillons ne montrent plus de 350 à 400 hommes.

L'armée turque, je l'ai dit, est répartie en corps d'armée. Us sont au nombre de 7. Leur composition est invariable depuis la loi du 28 septembre 1887 qui a légèrement modifié le groupement mais seulement au point de vue de la composition organique. Ainsi entre autres : la V^ région a pris à la 11'- région la brigade de Brousse en échange de celle de Konab, etc.

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