‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 37 sur 62 · H^ L'EUROPE EX ARMES · texte numérisé non relu

H^ L'EUROPE EX ARMES

sans grandes difficultés, comme en a témoigné Texpérience d'octobre 1888.

L'armée active dans les I, II, IIP corps d'armée a fourni 100 bataillons, 76 escadrons, 37 batteries de campagne et 15 de montagne, à peu près 45,000 hommes d'infanterie, 8,200 chevaux, 228 pièces de campagne et 90 de montagne. En déduisant les. 22,000 hommes gardés à Gonstantinople, ces troupes ont pu être concentrées autour d'Andrinople, vers le vingt-cinquième jour.

Le redif de première réserve (11, 12, 13 et 14 classes) ont fourni dans les 3 corps, 90 bataillons ; le IV*^ corps en a donné 12 (Trébizonde, Sivas et Samsun); le Y« corps, 12 (Damas, Akka et Adana). Au total 120 bataillons à 700 hommes soit 84,000 hommes.

Le redif de 2*^ réserve (classes 7, 8, 9, 10) a donné dans le P"" corps, la 27'-' diviçion avec les régiments n**- 117-120 à 3 bataillons; le IP corps, 6 régiments (dont 4 d'Asie); le IIP corps, 8 régiments, soit en tout 121,800 hommes. Soixante et un seulement de ces bataillons ont été transportés en Europe, à Salonique (6 au 15 octobre), de telle sorte qu'à la fin du même mois se trouvaient assemblés autour d'Andrinople et sur la frontière deGrèce: 142, OOOhommes d'infanterie.

Et si maintenant nous ajoutons à ce chiffre l'efTectif des troupes non mobilisées, nous relevons encore : 178 bataillons, soit 124,000 hommes au minimum, qu'il ne fallait pas plus de vingt jours pour porter dans les zones de concentration^ De telle sorte que dans les premiers jours de novembre l'armée turque pouvait mettre en ligne 266,000 hommes d'infanterie produit d'une mobilisation partielle.

Certaines personnalités oubliant, un peu trop volontiers, TefTort considérable dont la Turquie a pu fournir la preuve en 1877-1878, prétendent que cette puissance n'est guère susceptible d'un rendement plus considérable.

Ils objectent :

1** Le déchet très notable qui s'est produit, dans la mobilisation au cours même de cet effort partiel, et ils en concluent que Tarmée turque ne peut encore compter avec certitude sur un procédé régulier;

2® Les conditions particulières et inapplicables au moment d'une mobilisation générale qui ont présidé aux transports^. Ces transports ont en effet été opérés par les soins du Lloyd autrichien :

3° L'insuffisance, en matériel, armes, vivres, approvisionnements et chevaux qu'il est impossible de se procurer au dernier instant, alors que tous les marchés sont fermés ou obstrués;

4^ La pénurie du trésor.

Ces observations critiques sont, il faut en convenir, fondées en partie, quoique énoncées avec une certaine , exagération. Elles contribuent seulement à augmenter la durée de la préparation.

Les deux dernières sont malheureusement d'une irréfutable logique, et la situation périlleuse qu'elles causent à la Turquie ne peut être conjurée que par une intervention extérieure.

Disons donc de suite que cette intervention extérieure ne fera pas défaut à la Turquie, celle-ci paraissant sérieusement décidée à no jamais accepter une guerre sans l'alliance d'une puissance intéressée momentanément à la soutenir.

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Il nous importe peu ici de connaître quel sera l'agresseur, de la Russie ou de TAngleterre, et pas davantage de préciser la qualité du défenseur, que ce «oU TAngleterre seule ou en alliance avec Tltalie, les p u ii OM w ea du centre, la Russie môme...

Le sultan est iKiyonc à loules les conciliations. Celui qui le forcera dans un intérêt égoïste à «oHîrée cette attitude devra aussi faire les frais de la guerre.

Cette question de la pénurie des finances de la Porte m'amène tout naturellement à parler des difficultés constantes du gouvernement turc avec les fabricants et industriels étrangers dont il est le tributaire.

Tout en première ligne se placent Krupp et Mauser. Krupp fournit à la Turquie les canons de son artillerie de campagne et les grosses pièces qui garnissent ses forts. Au moment de mon passage à Constantinople on se préoccupait déjà du transport à Trébizonde des pièces attendues pour armer les forts autour d'Erzeroum. D'autres sont destinées à Andrinople et aux Dardanelles. Enfin j'ai aussi entendu parler de l'envoi dans le golfe Persique, pour Fao près Bassorah, de plusieurs gros krupps afi'ectés h un fort nouvellement édifié.

Avec Mauser les difficultés ont été grandes. Mauser, on s'en souvient, a depuis plusieurs années, un marché, pour fournir à la Turquie 800,000 de ses armes, à répétition et du calibre de 8™*" 1/2. Le fabricant allemand s'est très longtemps fait tirer l'oreille. En fin de compte, il se prépare à livrer par envois successifs un premier stock, après payement d'une très forte avance sur le marché, partie en deniers, partie en vieux matériel.

Celte dernière mais définitive convention n'a pas été sans difficultés. Au dernier moment toute la négociation a failli échouer, un des intermédiaires ayant eu Faudace inouïe de réclamer un bachich plus élevé que celui tout d'abord stipulé. Cette éternelle histoire du bachich est en la présente circonstance plus carnavalesque que d'ordinaire. J'ai sur une petite feuille de mon carnet les noms de quelques seigneurs avec escorte de clients, et en regard Tindi' cation de la somme touchée ou promise. La moyenne est un nombre à cinq chiffres. Pour quelques-uns la somme est rondelette et les représentants de marchés font bien les choses, moins bien cependant que certain baron juif qui est passé maître sans égal dans Tart de graisser les rouages et de puiser à pleines mains dans les coffres du gouvernement turc.

A côté de ces deux gros mangeurs, il en est d'autres de moindre appétit, mais qu'il faut pourtant aussi satisfaire. Par exemple la remonte, à laquelle il manque officiellement 7,000 chevaux pour atteindre l'effectif de paix. Le sultan, qui avait récemment donné l'ordre d'acheter des chevaux a dû être désobéi : où donc trouver l'argent?

Je ne parle même pas, on le remarque, de la constitution de magasins d'approvisionnement et de réserve. A quoi bon? le soldat turc n'est-il pas de longue date habitué à manquer de tout, même du nécessaire?

Et bien sincèrement, on ee sent pris de pitié pour ce grand et triste état de délabrement, car le soldat turc a de la valeur, de remarquables qualités et du fanatisme; l'officier ne le lui cède en rien et a, dç plus, le patriotisme.

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Mais sauf de très rares exceptions, qui ne se rencontrent guère que chez quelques officiers supérieurs, l'instruction professionnelle est nulle, se bornant à la récitation mal comprise et retenue par bribes des règlements militaires. Ce règlement était, jusqu'à une date r<^cente, le nôtre. Il sera remplacé sous peu par le règlement allemand, déjà pratique pour ce qui concerne l'infanterie, dans le bataillon modèle que dressent les officiers allemands.

D'une façon générale, Tofficier turc ne vaut pas au point de vue de l'instruction un mauvais et jeune caporal de tirailleurs.

Seuls, quelques officiers généraux comprennent la science moderne.

Depuis quelques années le gouvernement turc a pris l'habitude d'envoyer en Allemagne une douzaine de jeunes officiers, pour s'initier à la science et au pédantisme allemand.

En rapportent-ils plus de pédantisme que de science ?

Je dirai seulement que, comme je m'étonnais de voir ces officiers à Stamboul sans occupation, il m'a été répondu une fois, dix fois, vingt fois, en des termes fort désobligeants pour ces jeunes savants.

Je ne consacrerai que peu de mots à la marine turque. Elle est restée depuis 1878 dans une dolente, mais économique inactivité.

Au mois d'octobre 188o, alors que la Turquie s'est crue à la veille d'une guerre générale dans les Balkans, que la Bulgarie, la Serbie et la Grèce armaient,

ordre fut donné de Gonstanlinople de mettre en état une flotte de dix bâtiments.

L'ordre dut rester inexécuté en majeure partie.

La flotte turque est condamnée maintenant à la plus complète passivité.

Elle est incapable de tenir la mer, et dans une guerre avec la Russie, elle ne peut mieux faire que d'aller s'enfermer dans la mer de Marmara ou de rester à l'ancre dans la Corne-d'Or.

Dans une guerre avec la Grèce elle serait égal-ement bloquée, avec défense de franchir les Dardanelles.

Son ambition doit se borner entre temps à efî'ectuer les transports de troupes.

Sur le papier, la flotte se compose de 17 cuirassés dont le meilleur est le Massoudé de 5,349 tonneaux que Hobart-Pacha aimait tant à faire évoluer dans le golfe d'Ismid; plus une douzaine de vieux sabots, une dizaine d'avisos et 12 transports renforcés par les 26 bâtiments de la compagnie « la Mahsoussé », qui ont l'inconvénient d'être de trop petite capacité.

Les équipages, dont l'efl'ectif devrait être de 13,500 hommes, se recrutent principalement dans la population du littoral de lamer Noire, parmi lesLazes,

Le ministère de la marine, malgré des revenus qui lui sont propres (péages des ponts de la Corne-d'Or et de diverses échelles de débarquement), est aussi pauvre que son collègue de la guerre, aussi endetté que lui et ses troupes sont payées (?) avec la même irrégularité et le môme retard.

J'ai appris non sans une certaine surprise, mais sans sourciller — on finit dans les pays balkaniques par ne plus s'étonner de rien — l'existence et le fonc-

iionnement au ministère de la marine d'une commis-' sion de réforme et de perfectionnement.

J'ai cru d'abord à une mystification, ou à Texis* tence d*un comité dans le genre de notre fameuse commission des Pyrénées; mais il m*a bien fallu me rendre à l'évidence, au récit de l'activité déployée par ledit comité.

Pour travailler plus commodément et, comme il sied à toute commission qui se respecte, celle-ci s'est partagée en sous-commissions.

L'une, dont le souvenir est demeuré ineffaçable, est celle des torpilles, jadis présidée par Mouktar* Pacha et installée à Yidiz-Kiosk.

J'ignore si c'est cette sous-commission qui a accouché d'un certain rapport concluant à l'adoption des torpilles Schwarzhopf, rapport dont une copie circule quelque part à Gonstantinople, et dont la naïve ignorance en mécanique et en science navale fait le bonheur des trop rares personnes auxquelles il est montré.

Une autre sous-commission est célèbre par ses démêlés avec Nordenfeldt. Il est vrai que les deux sous-marins qu'il prétendait écouler à la Turquie laissaient par trop à désirer.

Le sultan, pour couper court à toute difficulté, les a payés sur sa cassette. Ils portent les noms (ÏAbdul-Hamid et Abdul-Medschid,

Le comité a eu également à s'occuper de la réception des torpilleurs de 31 mètres, livrés par la Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée, au prix de 228,000 francs.

Cette fourniture a été eff'ectuée dans les meilleures

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conditions, et ce n'est pas sans satisfaction pour mon amour-propre national que je note, dans la collection des articles publiés à Tétranger sur celte livraison, un entrefilet fort élogleux dans le Times du 23juinl88S.

Le problème de la défense stratégique de TÉtat n'est pas des moins intéressants à scruter.

Au commencement de Tannée 1882 le comité de défense confia à quatre sous-commissions le soin d'étudier les ressources de Tempire et de régler Tapplication des principes généraux élaborés par ses soins.

Nous allons rapidement résumer les travaux de ces commissions.

Commençons d'abord par la Turquie dWsie.

La Porte sait inachevée l'œuvre de conquête entreprise par les Russes en Asie-Mineure depuis le commencement de ce siècle, œuvre dont la dernière étape a été marquée après S' Stefano par la perte de Kars, si vaillamment emporté par les troupes russes.

Mais Kars n'est qu'une partie des conquêtes entrevues. Erzeroum, qui aurait dû être le prix des victoires russes, est encore demeuré aux mains des Turcs, et l'Arménie même tout entière est fatalement destinée dans un prochain avenir à être incorporée à l'empire du tzar.

Erzeroum, à mon opinion, est le seul objectif de la prochaine entreprise. Je ne crois pas à des opérations sérieuses conduisant les colonnes russes dans la cuvette du lac Yan. Ge ne seraient jamais que des

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colonnes secondaires. Les principales ne peuvent que menacer Erzeroum.

C'est à Erzeroum aussi que la Turquie a concentré tous ses moyens de défense.

La configuration de la ligne turco-russe de la mer Noire au mont Ararat, borne frontière avec la Perse, présente un c6lé orienté à peu près nord-sud avec sommet vers OIW et un côté nord-ouest-sud-est de plus grande longueur.

C'est ce que Ton dénomme en stratégie une base en équerre divergente, permettant d'atteindre Erzeroum et de menacer en même temps, vers Trébizonde, ses communications avec la mer.

Les points de déconcentration des troupes russes seraient :

Contre Trébizonde : Batoum et Artwin.

Contre Erzeroum : Olli, Kars et Erivan.

Dans toute cette combinaison, un rôle prépondérant est réservé à Batoum K

' La Russie a, de tout temps, convoité Batoum comme indispensable a son commerce dans la mer Noire. Les sommes considérables dépensées à Poti l'ont été en pure perte, parce que les sables chariés par la rivière Riom, obstruent constamment le port.

Le général Ignatieff a carrément déclaré en 1878, à sir Peter Lumsden, combien la possession de Batoum importait à la Russie.

Depuis quelque années des travaux considérables ont été faits à Batoum, non pas seulement d'aménagement, mais aussi de défense, pour couvrir l'immense arsenal et les docks qui s'élèvent dans le voisinage du port.

Les Russes n'ont conservé des anciennes fortifications turques que le fort Burun-Tabia réfeclionné et étendu vers Tschuruk-Su, nouveaux forts à Kaminafer, 2 à Eski Batum, l'autre sur la hauteur de Souk-Su, enfin à la soudure des deux vallées de Bazarchane et de Feizidie.

La normale d'invasion est la ligne qui débouche de Kars et d'Erivan pour se confondre à Hassan- Kalé.

Par Olti\ Bar cheminerait une colonne d'importance secondaire cherchant à investir Erzeroum à Touest.

Erzeroum étant donné son importance politique, commerciale et stratégique, a été transformée parles Turcs en un camp retranché de premier ordre.

Chabab-Pacha en a dirigé les travaux pehdant cinq années, disposant en moyenne de 3.000 ouvriers.

La ville est entourée d'une enceinte, précédée de quelques vieux ouvrages détachés, en avant desquels se trouvent les forts formant le camp retranché.

Les ouvrages détachés couvrent la place au n"^ 2 sur la crête du Top-Dagth à une distance qui n'excède guère 2.000 mètres. Ne citons de ce côté que les deux forts de Hedjidie et de Azijie.

L'entrée de la plaine d'Erzeroum n'est ouverte qu'au nord et à l'est par les brèches dans lesquelles passent les routes de Olti et de Kars.

La première au col de Gurdji-Boghaz, la seconde au col de Devé-Boïhou.

Au nord, l'accès du premier défilé est couvert en arrière par le grand fort de Karaguebeck à 33 kilomètres de la place, et plus au sud, par le fort de Tafia h 23 kilomètres de la ville. Ces deux forts sont fichés sur le contrefort escarpé, dont le pied est baigné par les inondations couvrant la place. à l'ouest (Kessa Mamed).

A l'est, s'accumulent les plus nombreuses et importantes défenses. Elles sont partagées en deux secteurs

par la route de Kars engagée dans un étroit défilé taillé dans la chaîne qui domine la plaine avec un commandement moyen de 300 mètres.

Au sud de la route, nous comptons 8 ouvrages dont 6 en première ligne entre Ektlikan et Usun Akmet, le pied des hauteurs baigné par un ruisselet. En arrière deux forls^ car nous comprenons en effet, dans ce secteur, un fort que la courbe, très prononcée de la route, poste au nord du défilé.

Le secteur du nord compte trois forts, dont celui du milieu un peu en retraite.

Enfin plus à gauche encore, au delà d*un massif infranchissable, le fort de Tafia dont il a déjà été parlé.

Ces forts, dont l'inauguration solennelle a été consacrée le 10 novembre 1887, sont construits dans de bonnes conditions, possèdent de vastes magasins à l'abri de la bombe et des casemates. L'armement varie en moyenne de 7 à 13 grosses pièces; le plus considérable, le n° 2, doit être garni de 19 pièces, 16 mortiers et 16 canons à tir rapide.

L'armement des forts nécessite au total, 170 pièces, 120 mortiers et 80 mitrailleuse, le tout à fournir par Krupp quand il aura été intégralement payé.

Le projet de défense de la Turquie d'Europe doit à mon opinion être séparé en deux parties bien distinctes :

1® La première accepte tout un système de protection pourConstantinople;

2^ La seconde prévoit ou prépare l'établissement

de certains centres de défense pour des campagnes, sur les frontières éloignées de la capitale.

En dehors de Constantinople, le comité de défense ne devait s'occuper que de créer des points d'appui aux colonnes formées pour repousser les insurrections locales et opérer contre la Grèce.

La vallée de la Maritza n'est défendue ni h Pristina, ni à Uskûb, encore moins à Salonique. La place ne vaut rien malgré son enceinte de murs cyclopéens de 8 à 10 mètres de haut, flanqués de tours sur un front ou se comptent 7 bastions.

La Turquie doit s'en remettre à autrui du soin d'interdire aux Austro-Hongrois l'accès de cette partie de son empire. Elle devra recourir pour se défendre, non aux armes, mais à la diplomatie.

Ceci dit, bien entendu, sans aucunement infirmer la très considérable valeur de la ligne Salonique- Uskûb-Pristina qui contribue essentiellement à tenir la Macédoine, l'Albanie et la vieille Serbie.

Uskùb, plus exactement Kumanoro, à la croisée des routes allant de Vranja et de Kôstendil à Uskiib, là même où Sadik-Pacha avait formé en octobre 1885 un camp de 28.000 hommes, est le point d'appui des manœuvres contre la Serbie et le Bulgarie. C'est la position d'efficace résistance pour couvrir le plateau de Mœsie.

Pristina, Uskiib avec Scutari tiennent en échec le Monténégro et l'Albanie septentrionale.

De Salonique enfin, on gagne aisément Monastir d'où Ton commande toute l'Albanie méridionale et l'Epire comme Ahmed, Egoub-Pacha a fort bien su le comprendre.

l!24 L*EUROPE EN ARMES

De la Grèce, la Turquie a beaucoup à craindre, surtout si ce petit royaume réussit à devenir une puissance maritime de second ordre.

Son devoir, vis-à-vis des alliés sur lesquels elle espère pouvoir compter, sera déjà largement rempli si elle parvient à agir sur les côtes de l'Empire dans la mer Egée.

Les Grecs, maîtres de la mer, peuvent interdire aux Turcs tout agissement sur la côte occidentale.

Comment alors débarquer des troupes pour ravitailler celles qui s'appuient à Scutari ou à Prévesa?

Combien seraient compromis les transports à Salonique et même à Dede-Agatsch !

Constantinople est aussi menacée de mer que de terre, parce que la garantie de la neutralisation des détroits peut être annulée au premier jour, comme le sera très certainement aussi ce fameux traité de Berlin, et ceux qui l'ont précédé en 1841, 1856 et de 1871.

Assurément, je ne doute ni de la loyauté des déclarations plusieurs fois renouvelées, soit par le comte SchouvolofT, soit par les hommes d'Etat anglais, M. Gladstone, le comte Granville ou le marquis de Salisbury. On me permettra, néanmoins, de n'avoir qu'une très médiocre confiance dans la solidité éternelle des traités.

Pour couvrir Constantinople contre toute attaque tentée soit par une flotte russe partie de Sebastopol, soit contre toute autre flotte s'étant au préalable rassemblée dans la baie de Bésika, par exemple, il pouvait suffire jadis de fermer les deux portes donnant

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accès à Gc^nstantinople, le Bosphore et les Dardanelles.

Celte considération a fait accumuler sur les rives des deux chenaux une profusion de forts et de batteries qui aujourd'hui ne signifient presque plus rien du tout. Du reste ces ouvrages ne sont point entretenus. En majeure partie désarmée, les quelques pièces demeurées sur des affûts délabrés et sur des talus écroulés, n'en imposeraient pas même aux flottes de galères des anciennes républiques italiennes.

Les pachas allemands au service de la Porte, von der Gollz, Rustow, Slarke se sont plus d'une fois élevés, mais bien inutilement, contre cette coupable incurie.

De la pointe Fanaraki à Scutari, le Bosphore est hérissé sur ses deux rives de batteries ou de forts serrés et presque contigus. Nommons à partir du débouché nord :

F. de Roumili Fener, jadis Boghaskesen, c'est-à-dire qui coupe la gorge, ruine sur l'Hermaion profilant ses cinq vieilles tours bâties en 1452 par Mahomed II au point de passage de Darius Hystaspis. C'est là que périrent en 1824 les derniers janissaires — F. deTupass, — de KaridcheBournou, — deBouyuk Liman, — de Roumiii Kawak quidatede Murad II — de TeliTabia,— deMegarBournou, — de AUi Agath, — de Kiritch Bournou' touchant Therapia; puis en face sur la côte d'Asie les trois groupes autour de Anatoli Fener, Anatoli Kavak qui date de 1392 et Anatoli Hissari que complétera sous peu Sira Tasch.

Les plus sérieux de tous ces travaux, les moins mauvais, si Ton préfère, me paraissent avoir été

établis entre Thérapia et Bouyoukdéré, sur le promontoire de Kiretsch-Bournou, si bien connu des promeneurs.

Les défenses des Dardanelles ne sont guère plus présentables. Il n'est pas de militaire étranger leur attribuant la possibilité de résister plus d^une demiheure à la violence d'une escadre sérieuse. Le détroit serait forcé, comme en février 1807, par Tescadre de lord Duckworth , ou franchi par surprise, comme le 13 février 1878, par les 9 cuirassés anglais. Pourtant, quelle agglomération de batteries ou forts, et en Chersonnèse, et en Troade ! Je note pour mémoire Jes deux groupes de défense, Tun — le principal — au milieu du chenal, à la courbe que force le promontoire d'Albydos. Sur la rive d'Europe, les forts : A K Bash Kalé, — Boualé Tabia, — Thambournou, — Derma bournou et Iscala, où la navigation du détroit est plus particulièrement difficile. En face, Nagara et Sultanié Kalessi. Enfin, l'autre groupe à l'entrée même des Dardanelles, le château d'Europe et le château d'Asie (Kum Kalé).

Le château d'Europe (Sidil Bahrw et Sultanié datent de Mahomed II.

En 1659, le grand vizir Achmed Koprili établit les deux vieux forts près du village de Kili'd Bagar^ en face Sultanié Kelessi.

Trois régiments d'artillerie de forteresse sont particulièrement afl*ectés au service du Bosphore; deux régiments le sont aux Dardanelles.

La presqu'île de Chersonnèse ne se prête pas avantageusement à un débarquement. L'isthme de 5w/aïr, qui la rattache au continent, offre néanmoins

un point sensible que les alliés ont fortifié en 18S3, en élevant sur les hauteurs trois forts: au centre Sultanîé Tabia, et sur les côtés Francis Tabia (fort Napoléon) et Ai Tabia ((ori Victoria), avec ouvrages inlerméduMres et tranchées. Cette barrière a4^ plus tard complétée par les Turcs. Sa défense nécessiterait 100 pièces et 20,000 à 25,000 hommes.

En 1877-78 elle a été occupée par 5.000 à 13.000 hommes.

Tous ces ouvrages sont de médiocre valeur, Tossature du terrain permettant la recherche de positions qui les dominent.

Sur le front de terre, les approches immédiates de Gonstantinople sont couvertes par la ligne de Tscha-* taldscka.

Cette ligne développe 32 kilomètres. Son front est marqué par un cours d'eau, le Karasu-Dore, qui prend sa source non loin du lac Terkous, pour se jeter dans le lac de Cekmedeje. Ce ruisseau^isparaît un moment pour former ensuite, sur 15 kilomètres, une vallée marécageuse de 2 à3 kilomètres de large. La position s'appuie d'une part sur la mer de Marmara à Tanse deBountchouk-Tchekmedjé, plus exactement au lac Gekmdeje, pour finir au lac de Terkous, long de 14 kil. 4 sur 3 kil. 2 de large, s'écoulant dans la mer Noire, dont il est séparé par une lagune de 2 kil. 4.

Cette ligne, ébauchée en 1877, mais dont la construction a été interrompue par l'armistice de février 1878, devait comprendre 37 ouvrages et 360 pièces.

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100,000 hommes étaient nécessaires à son occupation.

Blum-Pacha et, après lui, Becker-Pacha eurent charge ensuite de la terminer. Elle le fut, en partie, tout au moins. Pendant quelques années , les ouvrages armés de 148 pièces Krupp, Armstrong, et Paixhans, ont été assez hien entretenus, puis l'abandon V est venu.

En arrière de cette ligne s'élevait une seconde ligne, celle de Kilia-Kiagatkhana, dessinant pour ainsi dire les dehors de Gonslantinople.

Toute cette organisation défensive de la capitale est, comme nous l'avons dit, sans importance actuelle ; elle est, de plus, mal calculée, nécessitant beaucoup trop d'artillerie et d'hommes, 150,000 à 180,000 hommes et près de 700 pièces.

Or, la Turquie n'a pour y satisfaire ni les ressources en hommes, ni en matériel.

Enfin, comme avancée, pour servir de pivot de manœuvres aux armées ottomanes couvrant Gonstantinople contre une attaque des armées russes, le camp retranché d'Andrinople dans une magniûque position stratégique. Ce camp, achevé aujourd'hui dans ses parties essentielles, ne le cède en rien à celui d'Erzeroum.

J'ai eu occasion de recueillir dans quelques conversations, certains avis sur la réorganisation de la défense de Gonstantinople. Je vais les résumer ici :

La défense du front maritime doit être uniquement confiée à des escadrilles de torpilleurs et doit reposer sur un emploi très étendu des engins sousmarins.

Les quelques foris à élever dans le détroit ne doivent servir que de points d'appui à ces défenses essentielles.

Dans le Bosphore, les deux points de Kavak, l'un sur la côte d'Europe, l'autre sur la côte d'Asie, semblent désignés pour recevoir des forts modernes avec coupoles et grosses pièces. En avant de ces forts, quelques batteries annexes battant le couloir de Fanaraki. L'anse de Buyukdère est à aménager par la concentration et le ravitaillement de TescadriUe. C'est là que doivent être élevés les docks et chantiers de réparation, d'armement et de ravitaillement.

Dans les Dardanelles, l'emplacement choisi serait la passe de Kanak, et des forts modernes devraient s'élever sur l'emplacement des constructions actuelles à Boualé Tabia, Iscala, Nagara et Sultanié Kelessi.

Sur le front de terre, tous les nombreux ouvrages de la ligne de Tchataldja pourraient être rasés. A leur place, on pourrait élever trois bons forts et préparer, pour être construits au dernier moment, le tracé d'ouvrages intermédiaires en style semi-permanent.

Il paraît désirable aussi de couvrir Scutari sur la ligne Artane-Ismid, défense qui serait appuyée par un fort sur la hauteur de Bulpharlu.

Le camp retranché d'Andrinople, tout excellent qu'il est comme point de manœuvres stratégique, n'est peut-être pas suffisant.

Il parait désirable de fermer la ligne à la mer par Kyrk-Kilisseh et Midia.

Kyrk-Kilisseh a déjà, du reste, été étudié par Tahir- Pacha, quiy désirait l'établissement de quatre grands forts avec ouvrages intermédiaires.

Enfin, le cours de la Marilza, plus exaclemenl le chemin de fer qui suit la vallée, réclame proctection.

Un système de forts d'arrêts à l'entrée du défilé de Fededschlck serait de très grande utilité pour couvrir le débarcadère de Dede Agatch.

En dernier lieu, il serait peut-être recommandable d'étudier l'établissement d'une forteresse inférieure, permettant à l'armée ottomane, après la perte d'Andrinople, de se maintenir sur la ligne Midia, Yisa, Araba, Airoboli, Rodosto.

Mais l'établissement de cette ligne et son occupation n'ont de raison d'être que si la Turquie, brusquement expulsée d'Andrinople, a besoin de gagner du temps pour attendre l'arrivée d*un allié et essayer jusqu'au bout ce que l'honneur lui commande.

Et alors l'étonnement sera grand, l'admiration plus grande encore quand on verra cette armée sans le sou, sans souliers, couverte de haillons, presque sans pain, recommencer des prodiges d'héroïsme qui feront même oublier les vertus militaires consacrées par Plewna.

Le 11 septembre 1877, le roi Carol recevait le télégramme ci-après :

« Du camp sous Plewna. Viens à notre aide, les Turcs nous menacent d'un désastre. — Je te laisse le soin d'effectuer le passage du Danube où il te plaira. — Prends les dispositions qui te sembleront les meilleures. — Toutes tes conditions sont acceptées d'avance, mais hâte-toi car il y a urgence, la chrétienté est en péril. »

Ce télégramme était signé du grand-duc Nicolas Nicolajewitch, commandant en chef de l'armée russe.

Le lieutenant Vassiliou, de l'artillerie roumaine, a dit dans son beau livre « Opérations de tarmée rou-^ maine pendant la guerre de r indépendance », combien avait été brillante et glorieuse l'assistance prêtée par l'armée roumaine à sa grande sœur slave. Le général Kouropatkine, dans le plus bel ouvrage d'étude tactique que je connaisse c Observations critiques sur la guerre turco-russe >, ne lui marchande pas non plus l'éloge qui lui revient.

134 l'el'rope en armes

L'armée roumaine depuis cette époque n'a fait que se perfectionner, notamment depuis la mise en vigueur de la loi organique du 8/20 juin 1882.

Cette armée a une organisation toute spéciale, comprenant à côté de l'armée active, peu nombreuse, des régiments de formation particulière que je comparerai volontiers à des régiments territoriaux, avec cadres permanents pour des périodes d'instruction et des convocations de service, presque ininterrompues, savoir : pour l'infanterie les dorobantz, pour la cavalerie les calaraschî. Les fournées portent le nom de schrimbs. Les hommes sont d'abord appelés comme recrues pendant deux mois, puis convoqués pour le service pendant huit jours toutes les quatre ou six semaines.

L'infanterie de l'armée permanente compte 8 régiments à 3 bataillons et un de dépôt ; 4 bataillons de chasseurs (Vanatori). Les dorobantz sont formées en 32 régiments également à 3 bataillons, avec ce qui est nécessaire pour en former un quatrième à la mobilisation.

J'ai constaté, non sans une certaine surprise, que l'effectif des régiments de dorobantz, était supérieur à celui des régiments de ligne, quoique le cadre permanent ne dépasse guère 180 hommes. A la réflexion, je me suis rendu compte que les nécessités de l'instruction et les obligations du service faisaient répudier toute non valeur dans ces corps.

Grâce au caractère spécial de l'officier roumain, à sa parfaite instruction professionnnelle, à son très grand amour pour le métier, les sous-officiers dressés par lui, sont à tous les points de vue de bons instructeurs, d'excellents éducateurs qui forment ensuite

une troupe excellente, et cela d'autant plus facilement, que le Roumain est resté le digne descendant des anciens légionnaires.

Dans les régiments de ligne, Tinstruclion donnée d'une façon plus permanente, plus suivie (trois années de service), permet surtout d'accorder plus de développement au tir et aux travaux de campagne, dans lesquels, du reste, Tinfanterie roumaine est passée maîtresse, comme elle Ta prouvé sous Plewna.

J'ajouterai que ce travail sérieux, éducation et dressage, façonne Thomme à une démarche qui a fait sur moi l'impression la plus favorable.

J'ai vu le 2° régiment de ligne et le 6® dorobantz, rivalisant de bonne tenue et d'exacte discipline. Au lieu du pantalon garance, donnez à tous deux le pantalon gris, à la ligne une tunique à garnitures rouges sous une capote grise et un képi, rappelant le nôtre. Aux seconds, donnez la blouse bleue et sur la tête la katckoulai[ioriée par Michel le Brave, bonnet en astrakan avec touffe de plume à gauche.

La cavalerie active compte 4 régiments de rochiori^ hussards ou chasseurs, comme il' plaira, avec la culotte et les bottes à la hongroise, et le dolman rouge.

Les calaraschi (12 régiments) ont le dolman et les tresses noires. La coiffure de toute la cavalerie est le bonnet d'astrakan, avec plumes de couleur distinctive pour les divers régiments.

J'ai déjà dit que les calaraschi étaient pour la cavalerie, ce que les dorobantz sont pour l'infanterie. Le cavalier verse à son arrivée au corps une somme de 300 francs pour l'achat du cheval.

Le contingent annuel des calaraschi étant en moyenne générale de 2,800, et la cavalerie de ligne aussi bien que l'artillerie réclamant chaque année un lot de jeunes chevaux, la Roumanie se trouve dans Tobligation d'en acheter chaque année une moyenne de 3,500, que les commissions de remonte vont habituellement chercher en Russie. La cavalerie est généralement bien montée. Les attelages de Tartillerie sont remarquables.

Cette arme, qui se distingue par ses tuniques brunmarron avec garniture verte, comprend 8 régiments à 6 batteries, formés en brigades, à raison d'une par corps d'armée. La batterie a six pièces, n'en altéle que quatre en temps normal. Chaque régiment fournit 4 batteries (pièces de 8"™7, krupp) aux divisions du corps d'armée. Le reste constitue l'artillerie de corps (pièces de 7™3). Un décret du 4 novembre 1887, tnodifiant celui du 1/13 avril 1887, a provoqué quel-^ ques changements ayant pour but de spécialiser très exactement le service de chacun des régiments de la brigade. La batterie à cheval affectée au régiment divisionnaire devient batterie montée. Par contre, l'artillerie de corps transforme une de ses batteries montées en batterie à cheval pour en posséder deux. Enfin les 4 batteries de montagnes sont distraites des régiments divisionnaires et forment un groupe spéciaL

Le génie, dont la tenue sévère n'est égayée que par une large double bande rouge au pantalon, compte 2 régiments de 2 bataillons à 5 compagnies, (l**^ compagnie, télégraphistes; 2, 3, 4% de sapeursmineurs; 5% de<:hemin de fer.)

Le budget de la guerre est en moyenne de 28 à 29 millions de francs.

La Roumanie est, pour les préparatifs militaires assez considérables qu'elle fait depuis quelque temps, tributaire de l'étranger, principalement de TAllemagne dont elle tire le matériel de ses ouvrages de défense, son artillerie et les munition».

C'est à TAllemagne ou à l'Autriche-Hongrie qu'elle s'adressera aussi sans aucun doute, lorsqu'elle aura décidé le remplacement de son Berdan, actuellement en service.

Elle en était encore dernièrement aux expériences de commission (colonel Argintoianu et capitaine Dimancea, le même qui a dénoncé les pratiques scandaleuses, qui ont compromis directement le colonel Maican, puis ensuite par ricochet l'ancien ministre de la guerre, le général Anghelescou). Le fusil Mannlicher, quoique une première fois déjà écarté par la commission, aurait, dit-on, quelques chances d'être adopté, surtout à cause des facilités de fabrication qu'offre la manufacture de Steycr.

J'ai déjà dit en quelle haute estime il convenait de tenir les officiers de l'armée roumaine. Une mention toute particulière doit encore être faite en ce qui concerne les officiers des armées spéciales. Ces officier?, provenant de l'école militaire [scola de officeri, 200 élèves, Bucarest, 2 années d'étude commune à toutes les armes, fréquentent comme sous-lieutenants l'école d'application, 40 élèves, Bucarest, 2 ans), où ils sont les assidus d u polygone de Gotroceni , et en sortent enfin avecl'épaulette de lieutenant. Les plus distingués

Je ces jeunes gens sont envoyés en France pour perfectionner leurs études (cinq en moyenne chaque année, à Fontainebleau).

Les officiers qui se destinent à la cavalerie ont également une école d'application {scola de echitatie). Il est question aussi d'instituer un cours supérieur d'enseignement militaire {scola superiora de resbel).

Une école navale, comptant une cinquantaine d'élèves, est organisée à Galalz.

Enfin, Grajova et Jassy possèdent des écoles préparatoires (première 120, deuxième 200 élèves).

Par suite d'une retenue que nous comprenons, mais que nous regrettons aussi, les portes de notre école de guerre sont demeurées fermées à nos sympathiques camarades de l'armée roumaine, dont un si grand nombre ont fait leur première éducation sur les bancs de nos collèges.

Le service d'état-major est placé sous la haute direction du général Falcoyano^ ancien élève de notre école d'état-major, qui fut ministre de la guerre avant le général Anghelesco, et directeur général des chemins de fer roumains. C'est un officier de très grand mérite, et d'excellente réputation. A ses côtés : le général Dona, qui travaille depuis plusieurs années à une belle carte du royaume ; le colonel Pœnai^o, ancien élève de notre école d'état-major, chef de la section de l'état-major qui correspond à notre deuxième bureau; le cola»rf La Hovary, auquel est dû le plan de mobilisation et de concentration de l'armée; le lieutenant-colonel Groza, chef d'état-major du IIP corps, Roumain de Transylvanie, qui a passé par l'état-major autrichien

et qui, comme tacticien, a su se faire une sérieuse réputation.

D'autres enfin que j'oublie, tous disciples du regretté général Slantcéano, l'ancien chef d'état-major général de 1877-1878, homme d'une valeur militaire exceptionnelle,

Des officiers non moins distingués se trouvent en dehors de Tétat-major. C'est presque pour moi un devoir d'en citer quelques-uns, pas tous, au hasard de ma pensée, m'excusant par avance auprès de ceux que j'aurais omis :

Les généraux : Berendei (Anton), commandant la 1*^ division d'infanterie, qui sera prochainement sans doute inspecteur général du génie, auquel est dû la construction de la ligne ferrée Gostescti-Turnumagu* relie; Arioli, inspecteur du génie, officier du plus grand mérite, et, ce qui ne gâte rien, d'opinion libérale très avérée; Barozzi, ancien chef d'état-major général, chef de la maison militaire du roi, qui a été le premier ministre de la guerre du cabinet Rosetti« Garp, succédant au général Anghelescou et précédant le général Manu.

Le général Manu, qui commandait en 1877 le corps roumain à Nicopolis, alors que le grand-duc Nicolas réclamait l'assistance de l'armée roumaine, qui a été maire de Bucarest, doit autant à son caractère qu'à ses talents militaires et administratifs d'avoir été appelé avec M. Alexandre Lavohary à faire partie du cabinet actuel, véritable cabinet de transition préparant l'avènement définitif au pouvoir des vieux conservateurs, c'est-à-dire du parti répudiant toute compromission avec la triple alliance.

Je citerai encore, étant donné la part considérable que leur attribue les travaux de fortification de la capitale, les commandants des deux régiments du génie, le colonel Atgetoyano qui est je crois un ancien élève de Metz, et le colonel Georgin,

L'armée active et la réserve, dont je viens de résumer la composition, peuvent être alignées sur le pied deguerre à 150,000 hommes. Les formation^ de milice territoriale encadrée dans les bataillons et escadrons de dépôts (actuellement 32 bataillons) fournissent environ 50 000 hommes; ce qui porte à 200,000 hommes TefTectif total des forces roumaines. Je laisse encore de côté, comme sans emploi utile, la levée en masse (gloate) que M. Jean Bratiano ne semble point avoir voulu faire entrer en ligne de compte, lorsqu*il déclarait le 24 décembre 1887 à la Chambre, que l'armée roumaine pouvait mettre sur pied de guerre 300,000 hommes. Il aurait pu dire 380,000 hommes, mais il aurait dû alors reconnaître qu'il manquait le nécessaire pour les armer.

Le service militaire est personnel et obligatoire de 21 à 40 ans. De 21 à 30 ans, dans l'armée active ou sa réserve (3 ans armée active, 6. ans réserve), ou pour les dorobantz et calaraschi, 5 ans d'activité et 4 de réserve.

Les classes de 30 à 35 ans appartiennent à la milice territoriale. De 35 à 40 ans, les hommes peuvent encore être absorbé dans la levée en masse.

Les éléments constitutifs de l'armée sont répartis en quatre corps d'armée établis chacun en une région territoriale.

Le projet de former un Y" corps dans la Dom^ brutcha n'a pas encore été réalisé ; il ne s'y trouve actuellement qu'une brigade, la 17*^.

pf corps Craiova^ \^ division, TurnSeverin; 2® division, Graïova.

ir corps, 3^^ division, Tergoviste; 4^^ division Bucarest (3 brigades).

IIP corps, S*^ division, Buzeu ; Subdivision, Foschanî.

IV° corps, V division, Roman; 8° division, Botoshani.

Plus, par chaque corps d'armée : une brigade d'artillerie, un régiment de cavalerie, une brigade de calaraschi et les services auxiliaires.

Un décret 452/24 février 1888, se basant sur la loi du 17 décembre 1887, vient de modifier assez sensiblement la répartition des unités territoriales dans chaque région, dans le but de faire disparaître certaines inégalités. Ainsi le IV® corps, le plus chargé, était aussi le plus pauvre; tandis quelelP, le plus populeux, était par trop ménagé.

Ce passage et échange de districts d'un corps d'armée à un autre, a motivé également des changements dans la distribution des régiments de dorobantz. C'est ainsi que les 26<^(Falcin) et 28*^ (Succara) dans le IP corps ont été licenciés pour compléter d'autres régiments pauvres, et que de nouveaux 26* et 28*^ ont été créés l'un, dans le P*", l'autre dans le IP corps. Ces désaffectations et réaffections ont aussi permis de constituer uniformément à 4 escadrons les deux régiments de la brigade de calaraschi.

142 l'ecjrope ex armes

Une des questions les plus intéressantes à étudier en Roumanie est celle de la défense de TEtat. Le principe en est basé sur la théorie développée par le général Brialmont dans ses études < sur la défense c des Etats par les camps retranchés. »

Le général Brialmont est Tauteur du projet du camp retranché de Bucarest.

Ce projet dote la ville d'une enceinte et d'un chapelet de 18 forts de trois grandeurs différentes, avec ouvrages intermédiaires, posés à 6-9 kilomètres de Tenceinte sur une circonférence de 60 kilomètres. Les forts 1 à 9 sont sis sur la rive gauche de la Damboviza, les forts 10 à 18 sur la rive droite en arrière du chemin de fer stratégique. Chacun de ces forts a pour organe principal un parapet de 7 à 8 mètres, couvrant des coupoles cuirassées.

Ces forts doivent être achevés en 1890 et le gouvernement y consacre annuellement un crédit de six millions, plus un fonds de première mise sur lequel il doit rester, je crois, une dizaine de millions.

Quelques-uns de ces forts sont achevés en terrassement et maçonnerie. Kilila, le plus éloigné et le plus important à la bifurcation de la voie ferrée; Magoschoia, Otopeni^ Tumari, Trois autres sont également entrepris. Kitila, que Ton gagne à une dizaine de kilomètres de la barrière de Tergoweste, doit recevoir 3 coupoles et 38 pièces de gros calibre.

Je ne crois pas me tromper beaucoup, ni commettre une fâcheuse indiscrétion, en faisant connaître que les quatre généraux qui composent le comité de défense, conseil du roi, seraient assez d*avis de suspendre momentanément la construction de ces forts,

très coûteux, en altendant que la question récemment soulevée par l'intervention des projectiles à charges explosives, ait trouvé une solution plus ou moins satisfaisante.

Un de ces messieurs m'a fait Thonneur de me dire qu'il n'avait que très médiocre confiance dans l'efficacité, comme masque de protection, des masses de béton dont les Allemands couvraient leurs forts de Metz, exemple, que du reste, nous n'avons pas manqué de suivre.

J'ajouterai, en forme de parenthèse, que ma conversation avec cet officiel général m'a fait connaître combien on était en Roumanie au courant des plus récentes et confidentielles innovations faites à l'étranger. Je souhaite qu'on soit aussi bien renseigné à l'état-major général du boulevard Saint-Germaiii. Dans tous les cas, j'ai entendu une fort intéressante comparaison, discutant les avantages et les inconvénients des deux poudres sans fumée et à grandes propriétés balistiques, fabriquées à Sevran-Livry et à Hambourg- RothweiL II paraîtrait que la poudre allemande donne un peu plus de fumée que la nôtre, qu'elle encrasse davantage et qu'elle est tellement accessible à l'humidité qu'elle s'avarie très promptement.

Mais je reviens aux fortifications de Bucarest.

Dans le dernier mois de 1886, le gouvernement roumain ayant mis au concours le type de coupole à adopter pour l'armement des forts, de très intéressantes expériences furent faites sur le polygone de Gotroceni.

Lu tourelle française construite à Saint-Chamond ,

144 l'elrope en armes

d'après le système du commandant Mongin, fut prise en concurrence avec la tourelle allemande de Gruson, construite à Buckau d'après les plans du major Shumann.

Les expériences furent terminées en janvier 1887, et malgré le triomphe incontesté du système français, malgré l'avis de la commission d'expériences, la préférence était accordée au modèle allemand.

J'affirmerai volontiers que cette odieuse injustice a été commise sur l'ordre formel du ministre de la guerre. Le fait m'a été garanti par bon nombre d'officiers qui tous reconnaissaient la supériorité du modèle français, estimant tout au plus qu'il était nécessaire d'y adapter quelques légères modifications de détail.

. On dit aussi, et je le crois volontiers aujourd'hui, que la responsabilité immédiate de ce déni de justice est due à de pressantes sollicitations diplomatiques.

Quoi qu'il en soit, et c'est ce qu'il ne faut pas oublier, la presse allemande a été à cette époque admirablement dirigée (comme elle le fut pour attaquer notre livraison de canons à la Serbie et comme elle l'est encore) pour « créer le succès en affirmant qu'il existait > et chanter, même avant l'heure décisive, le triomphe de l'industrie nationale.

A l'étranger certains journaux tenaient le même langage. Je citerai entre autres : le Pester Lloyd, la Bohemia, le Morning Post, les seuls dont j'ai retenu les titres parce que l'on a bien voulu m'expliquer les^ raisons qui les poussaient à faire à cette occasion réloge du produit allemand.

Quant aux journaux allemands, aucun mensonge

ROUMANIE 14o

ne leur répugnait. L'un d'eux, la Gazette de Cologne, je crois, car je cite de mémoire, se faisait même écrire de Bruxelles, que le général Brialmont donnerait sa démission de directeur des travaux si l'on adoptait le système français.

Examinons maintenant comment le royaume de Roumanie peut-être amené à utiliser et son armée et son système défensif.

La question se pose sous cette forme :

« Dans Féventualité d'une guerre austro-russe « quelle sera Taltitude du gouvernement roumain?»

Avant de me rendre à Bucarest, le raisonnement m'avait conduit à ces conclusions:

En Roumanie, le sentiment national est essentiellement favorable à la Russie. L'irretendisme roumain convoite non la Bessarabie, mais la rentrée dans la grande famille, des cinq millions de frères perdus en Transylvanie.

Par contre, le roi Garol, n'ayant jamais voulu oublier qu'il était un Hohenzollern, préparant sa succession en faveur d'un autre Hohenzollern, son neveu, est absolument inféodé à la politique allemande. Chaque fois qu'il lui a été donné de librement choisir, il a investi de sa confiance absolu des hommes servant la même tendance politique.

L'histoire tout entière, du ministère de M.Jean Bratiano en est l'inconlestable el éloquent témoignage.

Tant que M.Jean Bratiano a été au pouvoir j'ai cru à une accession entière mais non avouée de la Roumanie à l'alliance des puissances centrales*

Depuis, divers indices, ne serait-ce que la déclaration faite par M. Slourdza à un correspondant du Times n'ont fait que me confirmer dans cette opinion.

Aujourd'hui, qu'une évolution commence à se produire dans le rôle des partis en Roumanie, que la politique de M. Jean Bratiano est irrémédiablement condamnée, que les vieux conservateurs sont sans aucun doute à la veille de prendre le pouvoir, je crois que la volonté du pays saura au moins imposer au roi une attitude de bienveillante neutralité vis-à-vis de la Russie.

Les tendances du parti vieux conservateur ont été trop souvent proclamées pour qu'il soit nécessaire de les rappeler. Elles se sont confirmées encore au mois de décembre 1888, à l'occasion de la discussion de l'adresse au roi. M. Nicolas Jonesco, aussi bien que le prince George Stourdza ont formellement réclamé de franches déclarations de neutralité. Leurs discours, certaines exagérations élaguées, formulent l'expression absolue des vœux de la nation.

Quant au triomphe prochain des vieux conservateurs il n'est pas possible d'en douter non plus, Ils ont avec MM.- Lascar Gatargi et N. Blaremberg la direction de la Ghambre. Au Sénat, leur candidat le général Florescou l'a emporté de haute main sur le candidat du gouvernement M. Gretzulescou. Enfin deux des personnalités les plus marquantes du parti, le général Manu et M. Alexandre Lavohary, ont trouvé place dans le cabinet Rosetti-Garp.

Maintenant encore, les vieux conservateurs sont tenus dans leur compromis avec les Junimistes au

rôle subordonné; mais, Tobservaleur attentif ne peut se laUser égarer, les rôles sont à la veille de s'intervertir, et lorsque cette évolution se sera produite, la Roumanie entrera résolument dans la voie politique que lui commandent ses intérêts nationaux, économiques et militaires.

J'admets donc pour l'avenir, dans l'éventualité d'une guerre européenne, que Içi Roumanie conservera vis-à-vis de la Russie une attitude tout au moins bienveillante.

Quelle que soit l'hypothèse acceptée, Tarmée roumaine, aura à se mobiliser, et sa concentration s'effectuera sur le Sereth, l'aile droite vers Braïla, la gauche vers Marajesti avec prolongement vers Onesti* Trois corps garniront cette zone, le IV*' se tenant autour de Bucarest prêt à se déplacer.

C'est cette zone que le roi, n'ignorant pas ce que son attitude peut faire redouter au royaume, songe à transformer en une aire fortifiée, sorte de champ de bataille préparé, compris dansle triangle Buseo-Braïla- Fokschani. Le roi, patronnant de sa propre initiative les idées nouvelles du major allemand Schumann, aurait même, à ce que l'on prétend, engagé plus qu'il ne convenait les crédits disponibles pour les fortifications de Bucarest. On sait d'autre part que ces projets de fortifications, en arrière de la ligne du Sereth ne sont pas appii'ouvés par les comités de l'artillerie et du génie, et que le ministre de la guerre actuel ne s'en montre que médiocrement partisan. 11 y a donc lieu de se demander ce qu'il adviendra, et de ces projets, et des commandes de matériel qui seraient déjà faites en Allemagne.

L'armée roumaine quelle que soit Téventualité admise, se déploiera en arrière du Sereth, dans la zone précédemment définie, et, nous n'aurions rien à ajouter à cette simple énonciation, s'il ne nous paraissait intéressant, forçant la note, de spéculer avec l'imagination fantaisiste des stratèges de cabinet.

Approuver avec certains auteurs, dans le cas où la Roumanie s'unirait à la Russie, le déplacement de son armée vers le nord, pour occuper la Bukowine est une assez naïve folie. L'armée roumaine ne peut que rester sur son territoire pour former la gauche de la grande armée du sud qui déboucherait par Luzk et Proskurow sur Tarnapol Lemberg. Le VHP corps russe probablement servirait à lier les deux groupes sur la direction Kischinew-Jassy.

Alliée à l' Autriche-Hongrie, la Roumanie dispose son armée dans une attitude expectante, comme une menace attachée au flanc gauche de l'armée russe du sud, forcée alors de considérablement renforcer cette aile.

Ce n'est que lorsque l'armée austro-hongroise de la Gallicie orientale aura pu prendre TofTensive, dans la direction de Proskurow, qu'il sera loisible au contingent roumain de franchir le Pruth pour gagner le Dniester entité Kischinew et Ghotin. Schemerinka serait, si l'on veut, son objectif définitif.

Mais l'armée austro-hongroise sera-t-elle apte un jour à prendre elle-même cette offensive, seule capable de donner de l'allure à son alliée roumaine?

Première et importante question à laquelle nous répondrons non, avec autant de conviction que de franchise.

D'une façon ou d'une autre, le dispositif d'attente, strictement observé s'impose donc à la Roumanie.

Nous savons aussi que cette opinion a de très fervents et autorisés adeptes dans les rangs de l'étatmajor de Bucharest* .

* Depuis que cette étude a été faite, un nouveau ministère a été constitué en Roumanie et le sentiment national s'est manifesté encore plus vivement avec ses tendances vers la Russie.

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