ET ROUMÉLIE ORIENTALE
BUL&àRIE et rouhëlie orientale
Au moment de la déclaration de guerre de la Serbie, l'armée dont disposait le prince Alexandre faisant face à l'ouest et au sud, pouvait craindre d'être violentée et par Ja Serbie et par la Turquie.
Sa dislocation était alors la suivante: à l'ouest, autour de Sliwnitza, le major Goudjeff ayant pour chef d'état-major le capitaine Paprikoff; plus au nord contre Widdin, le petit corps du capitaineBujounofT; au sud, sur la frontière de Macédoine, les troupes bulgares du major Grouieff, et plus à l'est, autour de Yamboli, Tirnovo-Semenli, les milices rouméliotes des lieutenants-colonels PhylofT et Moutkouroff.
La Bulgarie disposait à cette époque de 8 régiments d'infanterie portés de 3 à4 bataillons, et autant de régiments de réserve; de 8 escadrons et de 78 pièces, soit en chiffres ronds 70.000 hommes.
Grâce à la tutelle russe qui n'avait pris fin qu'au mois de septembre, cette armée bulgare était sérieusement organisée et apte à une résistance énergique, malgré l'insuffisance matérielle et morale des grades subalternes.
Dans les charges plus élevées les conditions satisfaisaient mieux. L'armée était encore aux mains
d'une pléïade d'officiers capables, ayant presque tous fait leur éducation militaire dans les écoles russes, quelques-uns même sur le champ de bataille. Le ministre de la guerre, capitaine Kikoforow, était un ancien élève de Técole d'artillerie. Officier de 1878, il s'était distingué en 4877-78. Le chef d'élatmajor, capitaine Pélrow et son adjoint, capitaine Paprikoff avaient suivi les cours de l'académie militaire de Pétersbourg. Le major Grouieff avait fait ses études à l'académie Michel et avait pris part à la campagne 4877-78. Le major Goudjew s'était distingué à Sehipka et à Eski-Saghra. Presque tous les commandants de régiments avaient participé à la dernière campagne. Quelques-uns même, comme les capitaines Dukow et Bleskow des 3® et 8® régiments, étaient décorés de l'ordre de Saint-Georges.
L'armée rouméliote, qui avait été aux mains de quelques aventuriers cosmopolites chargés de son organisation, était pratiquement bien moins conditionnée. De fait, il n'existait que le noyau de 42 bataillons ou droujinas, dans lesquels vinrent se confondre pèle-méle, sans aucune distinction, tous les volontaires des environs.
Ces droujinas, ainsi transformées en véritables régiments, présentaient l'efTectif le plus varié et l'assemblage le plus disparate. Le fusil Kinka prédominait, le-Berdan n'étant que d'exception. Tous les volontaires portaient le costume national. Ces bandes ne comptaient qu'un nombre excessivement restreint d'officiers. Les popes et maîtres d'écoles qui les accompagnaient en grand nombre, en tenaient lieu tant bien que mal.
BULGARIE loS
Après la victoire, le prince Alexandre estima avec juste raison qu'il lui était nécessaire de se préparer à de prochaines éventualités et de constituer fortement cette armée à laquelle il devait la consolidation de sa couronne.
Le prince Alexandre a eu le très grand honneur de se consacrer principalement à cette œuvre, poursuivant ensuite, tant au point de vue politique qu'au point de vue militaire, l'union intime entre les deux provinces, Tune contribuant du reste principalement à favoriser Tautre.
Rien ne sut l'arrêter, même pas la conférence de Constantinople du 6 avril 4886.
Les milices rouméliotes furent remplacées par des corps organisés :
, 4 régiments à quatre bataillons ;
4 régiment de cavalerie à quatre escadrons;
1 régiment d'artillerie à six batteries;
2 compagnies du génie.
Le commandement de la brigade rouméliote fut confié au lieutenant-colonel Moutkourof.
A la suite de cette organisation, c'est-à-dire fin juillet 1886, l'armée bulgare-rouméliote se présentait à la composition de :
12 régiments d'infanterie savoir : ^®^ prince Alexandre; 2% Strumski; 3% Wdinski; 4% Plewna; 5% Danube; 6®, Tirnowa ; 7% Preslaw; 8°, Primorski, tous bulgares, à 3 bataillons; 9®, Plowsdioski; 10% Rhodopski; 11*, Sliioninski et 12% Balkanski, ces derniers rouméliotes à 4 bataillons.
Cavalerie : 3 régiments à 5 escadrons et un escadron de gardes du corps.
loG l'kurûpk en armes
Arlillerie : 3 régiments à 8 batteries attelant 8 pièces.
L'infanterie était armée du fusil Berdan, Tartillerie était pourvue de la pièce Krupp de 8 cent. 7.
Le budget de la guerre, très considérable, en proportion des modestes ressources du pays, se chiffrait à 17.227.000 francs, auxquels il convient encore d'ajouter une somme de 36.170.000 francs accordée en séance secrète pour parfaire la réorganisation de l'armée, par des achats de matériel à effectuer à l'étranger.
La révolution du 21 août a sinon compromis, tout au moins considérablement retardé le développement progressiviste de la puissance militaire de la principauté.
Au point de vue matériel, l'inconvénient quoique sensible n'est que moindre et facilement réparable avec le temps et l'argent... lorsque ce dernier sera moins rare dans les caisses de l'Etat.
Le co-régent Mutkurow, assisté du colonel Nicolajew qui avait remplacé Ricaforow, compromis dans les derniers événements, a fait son possible pour maintenir et même améliorer l'organisation de l'armée.
A ce point de vue, mais à celui-là seulement, la tâche du prince Ferdinand a été relativement facilitée :
Les 8 régiments du Nord, ont été portés au mois de janvier 1887 à 4 bataillons, comme les 4 régiments de la province sud, et doivent de plus, à la mobilisation, constituer chacun 2 bataillons de réserve. Un bataillon d'artQlerie de forteresse a été formé et la création d'une septième compagnie du génie fait
déjà prévoir la constitution d'un régiment de pionniers à Roustchouck.
Les 12 régiments ont été accolés en brigades permanentes dont les sièges sont à : Sophia, Widdin, Roustchouck, Ghoumla, Philippopoli et Sliono.
L'artillerie est en permanence à Sophia, Ghoumla et Phillippopoli.
Enfin, on prépare la formation de 24 cadres de compagnie, correspondant à chacun des districts territoriaux pour encadrer les formations de milice ou opoltchénie.
L* armée active présente sur le pied de paix un effectif de 992 officiers et 28.000 hommes.
A la mobilisation, les régiments d'infanterie se dédoublent en 24 régiments à 4 bataillons plus un bataillon de réserve. La cavalerie forme 8 régiments à 4 escadrons. L'artillerie se constitue également à 5 régiments, soit : 120 bataillons, 28 escadrons (y compris le régiment de gendarmerie et l'escadron d'escorte) et 41 batteries, soit : 328 pièces. La principauté peut aussi constituer 3 corps, correspondant aux groupements principaux du temps de paix : Sofia, Ghoumla, Philippopoli.
La milice est encore une organisation communale très imparfaite. On admet qu'elle pourrait fournir en temps de guerre, ISO bataillons et 18 escadrons.
Contrairement à une appréciation erronée, accréditée à l'étranger, cette armée sera sous peu et commence déjà même à être très parfaitement outillée et approvisionnée du nécessaire.
J'ai pu me convaincre sur place que les très fortes commandes de toute nature, faites à l'étranger, étaient
en partie rentrées dans les magasins de TEtat (effets d'équipement, effets d'habillement et de chaussures, draps), et que d'autres étaient en cours d'exé< cution, chez Grusson, chez Krupp, à Garlsruhe et à Rottweil.
Au moment de mon passage à Sophia le gouvernement cherchait à se procurer des fusils à magasin et des munitions. Il était à ce sujet en négociations avec des industriels belges.
Ce qui est certain, c'est que le prince Ferdinand, pas moins que le prince Alexandre, ne veut reculer devant aucun sacrifice pour bien pourvoir l'armée nationale.
On a pu remarquer les réticences avec lesquelles j'ai fait l'éloge de l'organisation de l'armée bulgare, laissant toujours à l'écart un des côtés de la question.
Il est temps d'y arriver; je veux parler du facteur moral, du sentiment, qui règne dans l'armée de la principauté.
Le coup d'Etat du 21 août a porté à l'esprit et à la force disciplinaires de l'armée une atteinte quia été presque mortelle.
Les événements politiques qui ont suivi, les déchirements intérieurs, ne pouvant plus aggraver le mal, n'ont fait que l'entretenir, et la guérison, ne me paraît malheureusement pas proche.
Je rappellerai simplement que les événements du mois d'août, ont dû motiver le licenciement du 2® régiment d'infanterie dont le drapeau a été brûlé, et que ce régiment a été reconstitué sous le n° 13. Il en a été de même du 3® régiment d'artillerie qui à
pris le n° 4. Enfin un grand nombre d'officiers ont dû quitter Tarmée, ou ont été rélégués dans une humiliante inactivité.
Et le procès retentissant du major Papôw n'a-t-il pas été uniquement politique et dicté par la haine jalouse de Moulkouroflf??
Ces mesures de rigueur, commandées par la politique des partis, n'ont point modifié le sentiment de l'armée, et je crois pouvoir affirmer que la très majeure partie du corps des officiers est restée fidèle, à la mémoire du Battemberg».
L^ régence n'a jamais eu dans l'armée de fidèles partisans^ et le prince Ferdinand ne commence que très lentement et difficilement à s*y créer des afi'eclions.
C'est, qu'il me soit permis de le dire, peut-être un peu de sa faute. Alexandre, alors même que nous écarterons de son front l'auréole de Sliwnitza, plaisait mieux, parce qu'il était plus soldat, et qu'il s'occupait plus intimement des besoins et des intérêts des officiers.
Quant à l'armée, elle est comme le peuple complète- X ment indifi'érente à la forme du gouvernement. Le nom du souverain lui importe peu. Ses humbles sympathies sont acquises à la Russie.
L'officier lui, n'est retenu dans cette sympathie que par une question d'intérêt. Il craint, si le pays se livre à la Russie, le retour d*un ministre de la guerre envoyé de Petersbourg et surtout, la suite nom-
* Le mariage du prince, tout en détruisant la possibilité de son retour sur ]e trône bulgare, n'a pas modifié sensiblement ces sentimenls.
breuse d*officierâ russes, dont ce ministre ne manquerait pas de se faire accompagner.
Que deviendraient alors les officiers de l'armée nationale? Ne seraient-ils pas toujours tenus dans les charges les plus subalternes?
Voilà, simplement dite, la vraie et seule raison qui oblige les officiers de Tarmée bulgare à différer de sentiment avec leurs concitoyens, et à affecter des opinions qui au fond du cœur ne peuvent être les leurs.
Il n'y a là qu'un malentendu qu'il serait aisé de dissiper s'il était nécessaire.
Je sais fort bien qu'il peut en coûter désagréablement de lever ainsi les masques. Il pourra se produire de bruyjgintes protestations, et des officiers viendront affirmer leurs sentiments de profond dévouement qui, pour M. Moutkourow, qui, pour son Altesse le prince Ferdinand.
Une petite enquête sur le passé de MM. lés protestataires me donnera presque toujours facilement raison de leur indignation. Ce n'est que dans quelque temps, lorsque le prince Ferdinand aura su. se faire apprécier, comme il le doit et comme il le peut, que j'aurai foi dans les dévouements des intéressés pour sa personne.
J'ai cherché à me rendre compte, mais sans grand succès, j'en conviens, des mesures que le gouvernement de Sophia avait pu prévoir pour résister à une entrée éventuelle des troupes russes en Bulgarie.
J'ai cru constater qu'il n'y avait à ce sujet aucun
plan d'arrêté, comme si le gouvernement se rendait parfaitement compte, que toute résistance serait superflue et que l'apparition des uniformes russes donnerait le signal d'un grand soulèvement de la population acclamant ses libérateurs.
Je ne parle naturellement que pour mémoire du projet, sans créance, qui a été mis en circulation, d'organiser les. défenses des ports de Varna et de Burgas. D'abord, ces travaux ne pourraient jamais être que de très médiocre importance; puis en second lieu, toute organisation militaire de ces ports est formellement interdite par l'article 11, du traité de Berlin, ce fameux traité auquel chacun fait mine de tenir avec tant de respect.
La seule lutte réellement nationale serait celle dirigée contre les Turcs, et je ne crois pas que la résistance de la principauté se limiterait à la seule défense des Balkans.
Il est probable du reste, que les Turcs, à ce moment, auraient suffisamment à faire dans leur propre province de Roumélie, et surtout en Macédoine.
Celle-ci, comme le disait récemment la Tmarska Const'Uutia^ l'organe de M. Karawelow, pourra être un jour le gage de l'amitié de la Russie, tandis que l'Autriche-Hongrie veut se l'approprier pour y tracer son chertin à la mer.
En 1885, Tarmée serbe comprenait :
L'armée active et sa réserve (l*^"" ban.)
La territoriale ou 2® ban.
La réserve de la territoriale ou 3*^ ban.
Le pays était partagé en cinq divisions territoriales (Morawa, Drina, Danube, Schumadia et Timok), fractionnées en trois districts de régiments, subdivisés à leur tour en quatre circonscriptions de bataillons.
L'armée active et la territoriale présentaient ainsi chacune 16 régiments d'infanterie.
La réserve de Tarmée territoriale se constituait péniblement à 12 bataillons par division. Chaque division active comprenant, outre Tinfanterie :
1 escadron devant former à la mobilisation 4 escadrons actifs et un de dépôt.
4 batteries d'artillerie de campagne se dédoublant à la mobilisation.
1 compagnie du génie et les services auxiliaires.
En pins, un escadron de la garde.
* Cette étude a été faite avant l'abdication du roi Milan. Au point de vue de Tarmée il n'y a d'ailleurs aucune modification intéressante à indiquer.
On se rend aisément compte combien la mobilisation d*une armée, formée pour ainsi dire uniquement sur le papier, devrait être grevée de difficultés et chargée de lenteur.
Passer d'un effectif à peine entretenu de 12.000 hommes à l'effectif nominal de 320.000 et 16.000 chevaux était une opération matériellement impossible.
La mobilisation ordonnée le 24 septembre 1885 en a fourni la triste démonstration, étant même données les conditions heureuses dans lequelles se trouvait Tarmée serbe par suite de la convocation accidentelle de 10.000 réservistes.
L'effectif de l'armée de campagne fixé à 90.000 hommes n'a pu être atteint. Le manque d'officiers pour remplir les cadres subalternes, l'insuffisance en chevaux de selle, et surtout de trait, n'a permis que d'utiliser incomplètement les ressources disponibles.
On ne demanda aux 15 régiments d'infanterie que 3 bataillons au lieu de 4; la cavalerie ne fournit que 3 escadrons, l'artillerie 4 batteries seulement (10 classes).
L'appel du 2^ ban (7 classes de 30 à 37 ans), devait donner 60 bataillons et 20 batteries, soit 56.000 hommes ; il ne lui fut réclamé que 7 régiments et 22 escadrons.
La mobilisation n'a donc produit que 44 p. 100 de son rendement fictif soit : 64.000 hommes, 1.600 chevaux, 132 pièces, 4.000 voitures, au total et pour être plus utilement véridique 48.000 combattants et 1.700 chevaux.
Ces chiffres établis d'après mes propres renseigne-
ments ne diffèrent pas essentiellement de la donnée officielle : 4S.390 hommes.
J*ai encore très présente à Tesprit- certaine soirée des premiers jours de novembre où j'émis en présence de quelques amis et confrères en journalisme, la conviction presque certaine chez moi, que l'armée du roi Milan courait au-devant d'un désastre. Personne ne voulut être de mon avis tellement était général, profondément accrédité, le mépris de mes commensaux pour la misérable bande, que le prince Alexandre de Battemberg c faisait appeler son armée >.
Ne connaissant pas les ressources militaires de la Bulgarie, je me tus; mais je dis ce que je savais pour ravoir vu de letat piteux de l'armée serbe, de son dépourvu en instruction, de l'insuffisance de ses officiers et du manque absolu d'organisation laissant les arsenaux à sec et les magasins vides.
Depuis 1886,1e général Hervatowitch qui est un militaire de distinction et un organisateur de talent a voulu beaucoup faire pour la réforme de l'armée. Il n'a pas dépendu de lui que ses excellents projets se soient réalisés. Les fatales considérations budgétaires, les principes économiques qu'il a fallu faire prévaloir ont été les heurts auxquels il s'est buté.
Son successeur, le colonel Grouich^ n'a pu et ne pouvait pas être plus heureux ; car le cabinet dont il a fait partie avait inscrit en tête de son budget « réforme économique > et a diminué de quelques millions, les propositions pourtant bien modestes inscrites au budget de la guerre.
Le ministre ne pouvait donc tout au plus que se con* sacrer à des détails n'entraînant aucune charge nou-
velle, dérobant à Pierre pour prêter à Paul, c'est-àdire retirant d'une main pour donner de Tautre. II désirait surtout s'attacher à améliorer les conditions de mobilisation de Tartillerie et de la cavalerie.
Les perturbations de politique intérieure qui depuis plus d'un an bouleversent la Serbie ont fait retarder à une date indéterminée l'œuvre de réorganisation à peine ébauchée.
La .nouvelle organisation datant du commencement de 1887 ne modifie pas notablement les conditions fondamentales de l'armée serbe.
Le 1^*" ban ou armée active, avec sa réserve, comprend les hommes de 20 à 38 ans (!2 ans sous les drapeaux et encore cette durée de service est notablement réduite par les renvois anticipés commandés pour l'équilibre instable du budget).
Le 2® ban (armée territoriale) 28 à 37 ans quelque peu réformée sur le modèle de la landwehr autrichienne c'est-à-dire avec établissement de cadres permanents.
Le S'' ban englobe tous les hommes de 37 à 50 ans : Le l®"" et le 2^ bans mettent chacun sur pied :
15 régiments d'infanterie à 3 bataillons.
5 régiments de cavalerie à 5 escadrons.
5 régiments d'artillerie à 4 batteries.
1 batterie d'artillerie de montagne.
1 bataillon du génie.
1 bataillon de pontonniers. *
1 batterie d'artillerie de siège.
1 bataillon du régiment des chemins de fer.
SERBTC
Au total :
90 bataillons, 50 escadrons, 40 batteries de campagne et 10 de montagne plus les services auxiliaires.
Quoique le budget de la guerre (14 millions) absorbe une très grosse part du budget total (44 1/2), les ressources financières sont absolument insuffisantes pour doter les magasins et les arsenaux de ce qui est indispensable pour entreprendre une guerre.
De toutes, Tarmement en Serbie est la chose la moins défectueuse. L'infanlerie est pourvue d'un fusil du type Mauser (calibre 10™™, 18) modifié par un officier de Tarmée serbe, M. Milanowitsch.
L'artillerie attèle le matériel français de Bange.
On se rappelle au moment de Sluvnitza la colossale fumisterie émise par les journaux allemands imputant la victoire bulgare à l'excellence des pièces Krupp et la défaite serbe aux défectuosités du matériel de Bange. Un des correspondants de la Gazette de Cologne, grand ami du lieutenant-colonel de Wuillaume, trempant avec lui dans les mêmes turpitudes, a été le promoteur de cet odieux mensonge.
La vérité est que le gouvernement allemand n'a jamais pu pardonner aux Serbes de ne pas s'être laissé attendrir par les offres avantageuses de la maison Krupp, et de s'être obstinément refusée à accepter les rossignols qu'on voulait lui écouler.
Je sais qu'à la dernière heure, le représentant de Krupp avait autorisation de soumissionner à un prix si dérisoire, que la fourniture n'était plus vendue mais bien donnée.
N'ayant pu réussir à corrompre les officiers négociateurs du marché et les membres de la commission d'achat, le journalisme allemand s'est attaché à discréditer notre industrie.
C'est une vengeance aussi mesquine qu*inutile.
L'industrie allemande ne peut prétendre, partout et toujours, avoir la main aussi heureuse qu'en Roumanie.
Il n'est guère mystère que pour ceux qui veulent l'ignorer, que le matériel de Gruson, mis en concurrence avec notre matériel de Saint-Chamond, n'a été accepté que par ordre, et que de gros pots-de-vin ont été versés.
Aussi, un ancien ministre de la guerre expie-t-il aujourd'hui le crime d'avoir été trop altéré.
Malgré tous les efforts des ministres de la guerre et la bonne volonté du souverain qui se rendait très exactement compte de l'état de son armée, je suis forcé de reconnaître que la force militaire du royaume ne s'est pas améliorée depuis 1886. Je crois même pouvoir dire qu'elle ne s'est pas relevée de sa désastreuse campagne.
On sait que par la force des choses le roi Milan Obrenowitch était inféodé à la politique autrichienne.
L'empereur François Joseph fut et reste pour lui un protecteur dont il ne saurait se passer.
De tout ce que j'ai vu et appris je ne crois pas que les sentiments de Tex-souverain soient très partagés dans l'armée. En majeure partie, les officiers sont russophiles ou plus exactement anti^autrichiens, avec une légère teinte de panslavisme.
Le succès des radicaux aux élections pour lagrande Skupschtina, élections que le roi Milan a voulu laisser libres, n'a pu que contribuer à développer ces tendances. Les régents devront en tenir compte.
Par contre, dans Tarmée comme dans le pays, les intransigeants antidynastiques, partisans du prince Pierre Karageogewitscb, sont en infime minorité. MM. Katic et Tajsic n'ont pas de clients dans l'armée.
Bref, la dynastie desObrenowitch est très populaire dans l'armée, et serait en situation de compter sur elle, en toute circonstance, si au moment d'une guerre avec la Russie, l'Autriche n'avait pas — ce dont je serais fort surpris — à intervenir en Serbie pour y maintenir Tordre (qu'elle entend).
L'armée serbe appuyée de quelques troupes autrichiennes et gratifiée de tout ce qui lui manque pour faire campagne, serait employée à tenir en respect les Monténégriens, les anciens Beys et les agitateurs vieux-serbes, macédoniens ou autres qui ne manqueraient pas de provoquer l'insurrection, dans les provinces occupées, le Sandjak de Novi-Bagar et les anciens districts de la vieille Serbie.
Dans ces conditions et dans cette modeste mesure, la Serbie peut rendre quelques services à celle qui veut rester quand même sa puissante protectrice. Mais elle ne saurait en faire d'avantage, cette tâche étant déjà excessive pour elle.
GRÈCE
GRECE
Je ne suis pas de ceux qui rêvent le rétablissement du grand empire gréco-byzantin dont Gonstantinople serait la glorieuse capitale. Par contre, je ne doute pas un seul instant que le prochain et inévitable conflit dans les Balkans ne donne à la Grèce : la Crête, la Macédoine, cette partie del'Epirequi lui avait été promise, mais qui ne lui a pas été cédée en même temps que la Thessalie, et probablement aussi, les îles de Tarchipel : Samos, Ghio, Lesbos, perles choisies dans le trésor convoité.
Je ne crois pas beaucoup me tromper, en affirmant que les Hellènes comprennent fort bien que ces provinces et ces îles ne peuvent leur revenir à titre de don purement gracieux, comme la cession, par TAngletrrre, des îles Ioniennes. Les Hellènes se disposent à mériter ces acquisitions par leur intervention dans le conflit. Ils ambitionnent de les devoir * à la valeur de leur armée.
De là, comme conséquence logique, les sacrifices
• La diplomatie prépare du reste très habilement cette conquête par l'action de ses consuls : en Crête, que ce soit un M. Jygomalas ou un M. Drdkopoulos; en Macédoine que ce soit un M. Dokos ou un M. Panurias. Le fameux incident du consul de Grèce à Monastir (juin 1888) a mis à découvert une
A ]*aile gauche, une division à Katerina, soutenue par les troupes en réserve à Salonique.
L'intervention des puissances enapêcha le conflit d'éclater. Une démonstration navale à laquelle la France refusa de s'associer, contraignit la Grèce à se soumettre. M. Delyannis tomba et fut remplacé par M. Tricoupis auquel revint la tâche ingrate de démobiliser (mai 1886).
Reprenant et complétant alors son œuvre de 1882, M. Tricoupis a reconstitué l'armée grecque qui compte actuellement :
10 régiments d'infanterie à 2 bataillons actifs et un cadre de dépôt.
8 bataillons d*Ërzones recrutés dans la montagne et dont les hommes, habiles à manier le fusil, dès leur enfance, ont conservé leur pittoresque costume, avec l'ample jupe plisséô aux hanches.
3 régiments de cavalerie à 4 escadrons.
3 régiments d'artillerie, 20 batteries (8 de campagne, 8 de montagne, 4 de forteresse), attelant du matériel Krupp et casernes en majeure partie dans cet ancien château de la duchesse de Plaisance, qui a été agrandi, modifié et défiguré en caserne.
Un régiment du génie à 2 bataillons de 5 compagnies, exercé autant comme troupe de pionniers que comme régiment d'infanterie.
L'effectif budgétaire de l'armée présente :