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LA PERSE

plus à la Russie d'espérer la conquête des provinces septentrionales de TAderbeichan et d'une partie du Chorassan.

Mais après? La résistance de la Perse en sera-t-elle annihilée pour si peu? A quels énormes et constants sacrifices n'entraîneront pas les efforts nécessaires, pour consolider et achever l'œuvre précaire des premières conquêtes.

La résistance nationale localisée dans les provinces méridionales et du sud-ouest, protégée par les soulèvements, échelonnés en terrasses, qui courent parallèlement au golfe Persique, et rejetée dans ce montagneux réduit, peut créer encore, les luttes épisodiques dont la Russie a eu tant de mal à triompher au Caucase.

Il est douteux, dans de telles conditions, que la Russie puisse commettre Terreur d'attacher un semblable péril, au flanc de la ligne d'opérations, qui par Hérat et Candahar, doit la conduire sur l'Indus. Donc, première raison pour la Russie de ne pas se faire de la Perse une irréconciliable ennemie.

A cette première raison s'en ajoute une seconde. Toutes deux m'ont été exposées à Gonstantinople au cours de mon dernier voyage, alors que l'incident du fleuve Karum menaçait de prendre certaines proportions, par un jeune diplomate ottoman, qui a été attaché pendant quelques années à l'ambassade de Pélersbourg.

L'appui, tout au moins la stricte neutralité de la Perse est nécessaire à la Russie, aventurée dans une guerre, tant en Asie Mineure que dans le Turkestan. Deux fois déjà, dans Thistoire des dernières décades,

celle altilude de la Perse s*e3t manifestée au profit de la Russie. Au moment de la guerre de Grimée, une formidable insurrection des populations musulmanes du Caucase a été sinon empêchée, tout au moins réduite à avortement, par le refus de la Perse de faire acte d^hostilité contre la Russie.

En 1877, après le premier échec des opérations contre Kars, la colone du général Lazareiï battait en retraite, poursuivie parles Turcs et la cavalerie Kurde. Ceux-ci, en empiétant sur le territoire persan, pouvaient couper la colonne, de sa base d'opérations, et transformer la retraite en déroute^ La Perse ne Ta pas permis, et les dispositions militaires quelle sut prendre sur sa frontière, imposèrent aux poursuivants le respect d'une frontière quïls étaient trop disposés à violer.

En un mot, dans toutes les luttes qui peuvent soulever ou inquiéter rislam, et affecter des populations musulmanes, la Perse est une quantité qu'il serait dangereux de traiter de négligeable.

Je sais, d'autre part, qu'aucune de ces considérations n'est ignorée à Pétersbourg, au département chargé des affaires asiatiques, et je ne doute pas un instant qu'elles ne soient intervenues pour aplanir le conflit que l'opinion publique, irréfléchie, semblait vouloir provoquer à la suite de la note circulaire du 9 septembre 1888, ouvrant à la navigation, sans distinction de nationalité, le fleuve Karun, de Mohammera àAhwaz.

Il fallait réellement posséder une forte dose d'imagination et un puissant mauvais vouloir, pour faire naître de cette mesure un incident diplomatique en y

LA PERSE 2il

rattachant comme Tônl essayé la Noivoje Wremja et le Graschadanin, des hors-d'œuvre et faits divers, tels que Taffaire du consul de Mesched et la fermeture du marché de Luftabad, d'où les granits du Khorassfi^n sont transportés dans la province transcaspienne.

Il est juste de faire observer que la navigation du fleuve Karun est exclusivement profitable à TAngleterre, mais comme il n'existe, faute de moyens de communications, aucune relation commerciale entre Ahwas etisphahan ou Téhéran, les avantages offerts à l'importation anglaise se localisent dans la seule province de la Susiane, laissant indemme la prépondérante influence commerciale de la Russie dans les provinces du nord.

A examiner les choses sans parti pris, la mesure autorisant la libre navigation sur le cours inférieur du fleuve Karun est simplement une nouvelle manifestation de tendances généreuses et libérales de Nassr-ed-Dine, pour faire profiter son royaume des bienfaits des progrès industriels de l'Occident.

L'incident même auquel nous faisons allusion prouve une fois encore combien est malheureuse la situation de ce pays, pris en quelque sorte entre l'enclume et le marteau, obligé de maintenir un équilibre stable entre les compétitions des deux puissances se surveillant avec une âpre jalousie.

Seule, une loyale entente de l'Angleterre et de la Russie peut faire admettre la Perse à la rénovation à laquelle s'appliquent, surtout depuis ses voyages en Europe, les efforts intelligents de Nassr-ed-Dine.

Cet accord, espérons-le, se réalisera un jour.

m L'EUROPE EN ARMES

Fâcheusement réduit par ces compétitions à une siérile impuissance, en ce qui regarde le développement de rindustrie et rétablissement de voies de communication, le shah a pu tout au moins continuer et parfaire l'œuvre de ses prédécesseurs, en consacrant ses soins à l'organisation de son armée.

Ce que j'ai laissé deviner au commencement de cette étude, en parlant des difficultés matérielles d'une agression de la part de la Russie, de l'insuffisance relative des forces à y employer, montre suffisamment l'importance du rôle que les événements peuvent réserver à l'armée persanne.

Celle-ci compte en armée régulière :

Infanterie, 80,000 hommes formés en 80 régiments à l'effectif moyen de 700 hommes sur le pied de paix, mais que le système de recrutement régional, pour mieux dire local, permet de compléter presque sans perte de temps.

Les régiments (fowdge) sont groupés en divisions à peu près permanentes. Les généraux de division (mir-pendjeh) sont maintenus indépendants des gouverneurs de province, qui n'interviennent que pour les opérations de recrutement, d'approvisionnement et de mobilisation.

La cavalerie régulière ne compte qu'une division de cosaques, instruite à la russe par la mission militaire que dirige le colonel Kousmin Karavaieff.

Mais cette insuffisance de cavalerie permanente est plus que amplement compensée par les irréguliers, capables de fournir 200,600 cavaliers.

Ces miliciens se montent et s'équipent à leurs frais,

modèle autrichien. Les règlements sont ceux pratiqués à Vienne et Pesth. L'armement comprend avec des chassepots, beaucoup de werndel. Enfin la tenue même se rapproche sensiblement de celle de Tarmée de l'empereur François-Joseph.

Les instructeurs étrangers au service de la Perse se retrouvent également dans les deux écoles militaires installées à Téhéran. L'une de ces écoles a pour commandant le général Mirsa-Kerim Khan qui, comme attaché militaire à la légation de Paris, a laissé dans notre armée et dans notre société des sympathies non encore oubliées.

Enfin, comme pour mieux témoigner à l'armée toutes ses sympathies, Nassr-ed-Dine a confié à son fils Naïb-es-Salténé, les importantes fonctions de ministre de la guerre.

Le Danemark est, avec nous, le seul pays en Europe qui se souvienne et espère.

Là se trouve le secret des vives sympathies que nous vouons à ce vaillant petit peuple; là aussi, la cause de la sourde animosité de TAliemagne.

On se souvient, sans doute, qu'il a été écrit à la suite du voyage à Copenhague de Tempereur Guillaume II, que la tension entre l'Allemagne et le Danemark allait être notablement relâchée, et que ce nouvel état de choses ne pourrait manquer d'agir heureusement sur les protestataires du Nord- Schleswig.

Est-il seulement possible d'admettre que le roi Christian renonce à l'éternelle protestation nationale, contre la non-exécution de l'article 8 du traité de Prague, par lequel l'Autriche cédait à la Prusse ses droits sur les duchés, à condition que les populations de districts nord du Schleswig seraient admises à une option de nationalité ?

Est-il seulement possible que le roi Christian méconnaisse le rôle dévolu au Danemarck dans l'éventualité du futur conflit, rôle qui peut lui valoir la réoccupation duSchleswig septentrional, ce vœu le plus

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ardent de tous les patriotes qui ]e rappellent bien souvent en d'éloquentes paroles, comme le D*" Ploug dans un banquet, Ta fait au jour anniversaire du roi?

Et ce rôle assigné au royaume, les patriotes seuls ne le proclament pas. De temps à autre intervient une voix étrangère, comme le Nord de Bruxelles, cet officieux de la chancellerie russe, qui, au lendemain même de Tentrevue de Copenhague, rompait une lance avec la Nord-Deustche-Allgemeine-Zeitung .

Ce que j'aurai à dire dans le cours de cet article de Tappui prêté par le roi à son cabinet, prouve surabondamment que Ghristain est le plus glorieux et le plus fidèle gardien des aspirations nationales.

Je désire seulement établir en tète de cette étude, que confiante dans son droit, forte dans Tespérance, la protestation dans le Nord-Schleswig combat avec la même ardeur, le même succès, l'invasion du germanisme.

Est-il nécessaire de rappeler la création assez récente, due à rinitiativc du député de Flensbourg, M. Gustave Johannsen du comité électoral, groupant solidement les éléments fidèles au culte du souvenir, épars dans les cercles de Apenrade, Hadersleben, Sonderburg, Tondern et Flensbourg.

L'association compte plus de 600 adhérents. Son comité dans lequel entrent plusieurs députés au Landstag, dispose de nombreux fonds et d'un service de presse très bien organisé, contre lequel luttent avec une complète impuissance les feuilles reptiliennes dans le genre de la Flensburger Norddeulsche Zeitung et du Folkebladet, N'a-t-il pas, suffi à un de ces organes du comité de protestation, à une petite feuille

locale, le Modersmaolet, de rappeler à chacun son devoir, pour faire piteutement avorter la manifestation organisée par la colonie allemande, afin de fêter en septembre dernier, l'arrivée à Hadersleben, du 2® bataillon du 84*^ d'infanterie !

Les Danois du Nord-Schleswig, pas plus que les Français d'Alsace-Lorraine, ne sont acquis aux bienfaits du régime allemand. Annexés, ils sont tous soumis aux mêmes et humiliantes vexations : guerre à l'école (interdiction de la langue danoise), acharnement à rompre les liens qui rattachent à la mère patrie, attitude agressive de l'administration qui n'a pas craint, comme sur les champs de bataille d'Alsace, de faire enlever des tombes où reposent les glorieux vaincus du Sundewitt, les offrandes du souvenir, maintenant réputées emblèmes séditieux.

Les articles de la presse nationale entretiennent ce culte, et il est à peine besoin de parler du vaillant Dagblad, A de très rares exceptions près, les mêmes sentiments sont affirmés, avec plus ou moins de retenue, par les autres organes de l'opinion publique. Les exceptions à signaler sont si peu nombreuses qu'il convient de les faire connaître, ne serait-ce que

pour ûétrir ces égoïstes oublieux: Tel le Bondeven-

nen (l'ami des paysans) rédigé par MM, Jensk Bush, député et J.'K. Lauridsen; tel aussi le Nationaltidende^ dont le rédacteur en chef, M. Hjorth-Lorenzen, est un ancien agitateur dans le Schleswig-Nord.

Nous avons tenu à ne pas omettre les articles à incriminer dans ces journaux; la rareté du fait suffit à faire la démonstration de son peu d'importance. Il peut bien réussir de temps à autre aux agents aile-

mands, d^écouler un article composé dans les secrètes officines. La presse française elle-même n*a pas été à Tabri de ces surprises.

Trop petit pour oser, le Danemark attend que la justice de Dieu ait armé le bras, instrument de ses vengeances. Il sait qu'il peut être la première victime d'un attentat. Il ne veut pas que la première blessure lui soit mortelle. Son ambition se contente de pouvoir attendre l'arrivée des puissances amies intéressées à lui porter secours.

Telle est toute l'économie de l'organisation défensive du Danemark.

Je crois qu'il est absolument sans intérêt d'insislér sur (Tautres points.

Immédiatement après l'année néfaste, nous assistons à la formation, dans la nation, d'un parti humble d'abord, mais qui se développe puissamment dans la société, grâce à l'énergique activité de l'armée, à laquelle revient l'honneur de ne pas avoir laissé sommeiller la conscience patriotique, en montrant toujours et sans cesse le danger éternellement menaçant.

Je signalerai, pour témoigner de cette ardente et obstinée activité; les conférences très nombreuses tenues sur le même programme. Elles ont été en une seule année de près de 650.

Le comité national dispose, comme autre moyen de propagande, du journal militaire et populaire Vort Forspar (20,000 abonnés), ainsi que de toute une série de petites brochures, dont la collection est précieuse à consulter, pour qui veut saisir et suivre le développement de l'œuvre. Je me contenterai de citer les

quelques brochures se rapportant plus directement à la question des fortifications ;

Absalon of Venderne. — Om Danmarks Forsvar og Forsvarets. — Stoette ved Fœstmngs vaerker, — Om Danmarks Forsvar. — Om Danmarks Neutralùet. — Om Danmarks Forsvar og dets Understœttelse ved Fœstnings vaerker. — Vor Lands Forvar ^ ,

A noter aussi la grande adresse remise au roi, adresse couverte de centaines de mille de signatures, réclamant la réorganisation de l'armée et rétablissement de travaux de défense, et les dons nationaux pour Tœuvre de défense, dons qui au mois de mars de cette année s'élevaient à 1, 387, H2 couronnes.

De 1875 à 1880 la deuxième Chambre s*est obstinée à rejeter tous les projets qui lui étaient présentés.

En 188^ la première chambre est saisie d'un nouveau projet très heureusement agencé. Elle le repousse d'abord, le reprend ensuite, toutefois à une très faible majorité, mais la deuxième Chambre ne le laisse passer ni en 1882 ni les années suivantes.

C'est alors que le gouvernement, plus exactement les deux hommes éminents, les deux grands patriotes qui dirigent, suivant la volonté du roi, la politique

' Comme autres documents se rapportant à la question militaire :

Divers articles dans le Militaert Tidsshift. — Lommebog for Hœrens Befaling^smaend, par les capitaines Jenssen, Tusch et Joerg^ensen, sorte d'almanach d'organisation et d'administration militaires. — Estrupiatet og Demoralisationcn. — Ere Foesthingsverker noedvendige for vort Forsvar eller ej ? — Et Indlaeg i Forsvarssagen — Huod kan bidrage til at Styrke Forsvaret for enhver del af vort Fœdreland?

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nationale, M. Estrup et le général Bahnson, cédant aux préoccupations inquiètes que Topinion publique partage avec lui, a Ténergie de violenter le mauvais vouloir du Parlement, et de procéder à défaut de budget accepté, par lois de finances, pour faira commencer en 188S, au nord de la capitale, la partie essentielle du projet modifié établi en 1882.

Ce projet donneà l'armée danoise les moyens d'une concentration générale dans Tlle de Seeland. Il comporte : la protection des points de passage du Jutland dans Tile principale, l'organisation défensive de Seeland avec son réduit Kopenhague.

C'est Kopenhague en premier lieu qu'il convient de mettre à l'abri de toute inquiétude. La capitale sera donc couverte et sur le front de mer et sur celui de terre.

Sur le front de mer, protection contre un bombardement et asile assuré à la Hotte. A cet effet : fort en mer sur le rocher de Midelground, batteries à Hellerup et sur la côte de l'île d'Amaker.

Sur le front de terre : en avant d'une enceinte appuyée aux deux ailes par des batteries de côte, un chapelet de forts à coupoles cuirassées et bétonnées et des ouvrages en fortification permanente ; à Taile gauche Valensbek, au centre Husum et Glasaxe^ à l'aile droite les ouvrages de Lyngby; dans l'Ile de Amaker deux ouvrages : en avant de cette ligne de forts, quelques ouvrages détachés en style provisoire, et utilisation complète pour couvrir les approches de tous les accidents locaux, comme les lignes d'inondations qui s'étalent à gauche jusqu'à la route de fios-

kilde, pour reprendre au centre par /^î/swm jusqu'au parc de V Ermitage,

Les demandes ministérielles se sont successivement élevées depuis 1884 à 33,39 et 46 millions et demi de couronnes. Les 46 millions et demi que le ministre sollicitait en dernier lieu s'appliquent : 15,005,600 couronnes aux défenses du front de mer et 31,671,000 à celles du front de terre.

Ces dernières devaient être réparties en 5 annuités, celles pour le front de mer en sept. Si nous ajoutons 8,800,000 couronnes pour la réfection de la flotte, on obtient en dépenses extraordinaires une demande , de 55 millions et demi, plus pour les dépenses normales de la guerre et de la marine, 22 millions de couronnes.

Ces chiffres montrent la grandeur du sacrifice que le pays croit nécessaire de s'imposer pour assurer son indépendance.

Au cours des travaux se présentent quelques modifications dont nous devons tenir compte; ainsi, sur la droite, suppression de la ligne continue entre Hellerup et Gientofte, Par contre, au centre, renforcement de la ligne de défense en arrière des inondations, en substituant aux deux ouvrages détachés de Glusaxe, une portion de ligne continue d'une plus solide résistance.

Les défenses de la Seeland se complètent par des ouvrages ou batteries, couvrant les points indiqués du débarquement : Elseneur (Helsingœr), Kallundborg, Kœrsoen, le Aggersœ Sund et Kjœge, L'établissement pour la flotte à Aggersœ est estimé à 6 millions.

Actuellement les fronts nord et nord-ouest sont

achevés et protégés par les ouvrages de Charlollen hmd, de Garderhœl, deDamgaard et une zone inondable très étendue.

La protection du Jutland paraît devoir se réduire à l'organisation défensive d'un port d*enr)barquement. La presqu'île de Ilelgenus qui s'étire au sud pour couvrir Aarhuus, a été choisie, et le projet y prenait pour 4 millions de travaux.

Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à la très intéressante et patriotique brochure du lieutenant-colonel Sœltofl, les indications concernant la réparlion et l'emploi probables de l'armée danoise :

1° Troupes de campagne.

a). Deux divisions à deux brigade l'une (6 bataillons), 1 régiment de cavalerie (3 escadrons), 3 groupes de batteries et 1 compagnie du génie.

b). Une brigade d'infanterie indépendante (8 bataillons).

c). Une brigade de cavalerie à 3 régiments.

d). Une réserve générale d'artillerie et de génie.

2° Troupes pour le service des places fortes et garnisons.

Au total 80,000 hommes dont 59,000 combattants, beau résultat doublant presque les eflectifs de 1864.

Telle est, dans son ensemble, l'œuvre nationale à laquelle le roi, M. Fsti^p, président du conseil des ministres, le général Bahson, ministre de la guerre, l'amiral lîaon^ ministre de la marine, M. Scavenius, ministre des cultes, se sont dévoués avec une infatigable ardeur, modernisant en quelque sorte une ques-

tlon, celle des défenses de la capitale, dont l'historique serait à plus d'un titre fort instructif à détailler.

Qu'il me suffise de dire que celle évolution à Iravers les siècles revient constamment avec une envieuse insistance à deux types primordiaux : le projet de Kristian V (1645) et celui de 1809.

C'est en Tannée 1443, sous le règne de Cristophe de Bavière, que l'on constate autour de Copenhague les éléments d'une première fortification, sous forme de murs et de palanques. En 1524, on commence à se servir de la terre pour remparer les murs.

Vers 1530, alors que la ville se préparait à soutenir la cause de Kristian II, elle augmente la valeur de son enceinte, et ses murs soutinrent le siège de 1535-36. De cette époque datent les améliortions : Skipperholm, Gammehtràndy Kaltesund et Favergade,

Frédéric II contribue, lui aussi, à améliorer les fortifications (1581-82). Ce sont les ouvrages que Kristian acheva de compléter en 1608. Les travaux cependant ne marchaient que lentement par suite du mauvais vouloir des habitants, le terrain étant la propriété de la ville, et le roi fut obligé à des sacrifices prélevés sur ses très modestes revenus.

Kristian traça en 1606 la partie sud de l'enceinte. De 1617 à 1625 il'crée Kristianhavn ei Borsgraven, Ces travaux se distingent déjà des précédents parleur profil perfectionné d'après les méthodes de l'école hollandaise. Le roi s'occupa ensuite des dehors et construisit en 1629 un grand fort près de Ladeqaarden et traça le fossé entre le lac de Saint-Jorgëns et Kal- /eé6rfe?'w. En 1531, il bâtit Ravnsborg pour boucher

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la Irouée entre les lacs Pehlinge et Sorladems, Plus tard, en 1648, il éleva encore Vartoto à l'extrémité du lac Sortedams, et de là un rempart jusqu'à la citadelle.

En somme, le plan de 1645 montre : une ligne de remparts par la citadelle, Norreport^ Vesterport ; des ouvrages avancés à Vartow, Ravnsborg, Ladegaarden et refait des remparts jusqu'à la côte. C'est cette organisation qui eut à supporter, en 1657, la guerre avec Charles-Gustave. Les duchés durent être évacués, Fredéricia abandonné, les troupes en Scanie ne purent être rappelées, et le roi de Suède put passer par Varnoes en l'île de Fionie^ de Svendborg dans les îles de Lolland et de Falster, qu'il parcourut de Taars à Stubbekpobing. La Seelande était compromise, on dut signer la paix à Boeskilde. Mais en août 1652, Charles-Gustave rompit la paix et marcha sur Kopenhague avec 6,000 hommes. Les Suédois s'établissent solidement dans des ouvrages non loin de Soerne et envahissent la ville. L'ouvrage de Vartow avait 18 canons, celui de Ravnsborg 9, celui de Ladegaarden 7, celui à l'intérieur du lac Saint-Joërgens 22, dont une batterie pour 4 pièces battant vers Stykpram et Kallebodstrand : les communications entre Saint-Joërgens, Kallebodern et Hovedstroni se faisaient par la rue actuelle de Stormgades. Les Suédois réussirent à forcer la ligne du côté du rivage et à prendre les ouvrages à revers. L'assaut fut donné le 11 février 1689, il fut repoussé et les Suédois durent seretirerjusqu'àBrondshoj, où ils séjournèrent jusqu'au 27 mai 1660.

La paix rétablie, Frédéric III poursuivit l'améliora-

DANEMARK ZÔl

tion des fortifications de la ville, reconstruisit le château et releva les remparts, les dotant de gros bastions par Yesterport, Kallebodenet Ryssenstens-Bastion.

Dès les débuts du règne de Frédéric Y, la guerre menace avec la Suède. Gyldenlœve commandait une magnifique flotte de 44 bâtiments avec laquelle il se promettait de faire merveille, lorsque une flotte anglo-hollandaise pénétrant dans le Ore Sund, vient dégager la flotte suédoise de Karls Krona et forcer Gyldenlœve à se retirer dans Kopenhague.

La ville fut bombardée (20-26 juillet) et quelques jours après (3-9 août), 13,000 Suédois débarquèrent au nord de Humlebœk, sans toutefois s'aventurer au delà. La paix fut négociée à Travendal, paix motivée uniquement par des considérations politiques, car Kopenhague n'avait pas été entamée, et sa garnison stimulée par Tardeur de la reine douariére Charlotte-Amélie, bien plus que par son gouverneur le général Schack, attendait pleine de confiance l'attaqué des Suédois.

En 1713, on commence à s'occuper de travaux sur le front de mer. Ils devaient comprendre 7 ouvrages. En même temps, le commandant de laplace, le général Sckolten, présenta un projet pour modifier et améliorer les défenses du front de terre. Ce plan, qui reçut l'approbation royale le 26 juin 1717, ne fut malheureusement pas exécuté, et c'est à peine si, en 1755 au moment d'une menace de guerre avec la Russie, on le tira des cartons pour en exécuter une bien minime partie.

Sous Christian VJI, l'attention se reporte aux défenses maritimes et la commission de 1786 s'attache surtout a améliorer les ouvrages de Stubben^ Trekro-

ner et Provesten, Ce dernier fort rendit de grands serviceâ dans le combat du 2 avril 1801 ; quoique considérablement améliorés en 1807 (Trekroner, 71 canons, Provesten 89), ils ne se trouvèrent pourtant pas s|^ffisants pour empêcher le bombardement.

Le 16 août les Anglais prennent terre à Vedbœk^ le 19 la ville est investie, le 25 les Danois sont forcés d'évacuer Tomme Jord, cù les Anglais établissent trois batteries de bombardement (48 mortiers et 40 pièces). Les balleries qui firent le plus de mal, furent celles de : Svanholm^ Rolighed^ Jœdekirkegaarden et Salpetervei^ket,

Si la ligne de Kristian IV avait existé, l'établissement de ces batteries n'eût pas été possible.

La garnison de Kopenhague comptait 5,300 hommes de troupes régulières et 8,600 miliciens.

C'est la commission formée en novembre 1807 avec mission d'établir un plan de défense de circonstance, qui reprenant pour le compléter le plan de Kristian IV, insiste pour la première fois sur l'établissement de forts détachés. Plus tard en 1809, le colonel du génie Von Suckow, président de la commission, reprend cette même idée, proposant la construction de 9 redoutes en avant de Kallebodern, Frederksberg Slot, Lygten, Lersœn, Snanémœlien, avec redoutes dans les intervalles en arrière. Malheureusement, à ce projet assez simple fut substitué un projet plus grandiose, qui reçut la sanction royale. Il comprenait en avant de Tenceinle un chapelet de 14 redoutes, et exigeait avec une garnison de 8,000 hommes, un armement de 268 pièces dont 100 de campagne. Mais tous ces projets dorment et iorsqu'en 1812 le Danemark,

dut sorlir de sa torpeur, on fut obligé de se rappeler le projet de Kristian IV. 1,200 hommes établirent en 15 jours une fortification improvisée avec 7 ouvrages.

Les événements de 1848 amènent en avril un nouveau projet de fortification assez semblable à celui de 1809, mais poussant les dehors plus avant sur la ligne : Oversvœmmelser-Grœndal-Lygten.

De cette époque date la véritable discussion scientifique qui doit précéder à toute œuvre de fortification et qui tient compte de l'incessant manque d'équilibre entre les moyens de la défense et ceux de l'attaque.

Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette discussion inaugurée par le professeur Wilckens, les capitaines Kœbke et Hoffmeyer, pas même faire mention des projets de 1853 et 1857 ; ce serait de la discussion technique et non plus une resouvenance historique, la seule à laquelle nous ayons voulu nous prêter, pour montrer quelles avaient été les transformations successives d'un projet vieux de plus de deux siècles, et à la dernière transformation duquel il nous est aujourd'hui donné d'assister.

Nous avons dit dans le courant de cette étude que le gouvernement du roi avait dû être animé d'une patriotique énergie, pour violenter le mauvais vouloir du Parlement, et procéder pour ainsi dire d'office, à l'exécution des premiers travaux indispensables à la sécurité nationale.

Cette situation a besoin d'être commentée et nous nous trouvons ainsi obligés, par la nature même du sujet, à pénétrer dans la politique intérieure du Danemark.

240 l'euroi»e en armes

En 1849, le roi Frédéric VII donna au pays un gouvernement conslilulionnel; cette constitution, revisée en 1866, partage le pouvoir entre le roi et deux chambres, le Landsthing, Chambre haute et le Folksthing, Chambre basse.

Jusqu'en 1872, la majorité dans les deux Chambres était de même nature, quoique le mode électoral fût différent; universel pour le Folksthing, restreint pour le Landsthing. La majorité des deux Chambres se composait d'une bourgeoisie éclairée, d'industriels, de fonctionnaires, et de quelques grands propriétaires. Les Chambres travaillaient dans un sens très libéral. L'obstruction parlementariste n'était pas encore née.

Mais Tannée 1872 vit l'arrivée au Folksthing d'un quatrième état, la démocratiey les laboureurs et les petits cultivateurs, qui entama dès lors la lutte avec la bourgeoisie.

Le parti des paysans incapable de porter le débat sur un terrain élevé, utile au pays, s'adonna complètement à son activité démocratique et usa de la seule arme dont elle put disposer, l'obstruction parlemenr taire.

Dès 187ti, il veut se refuser à voter le budget, et le ministère quoique libéral dut menacer de recourir à un article de la constitution, donnant au roi le privilège de voter des lois provisoires, en l'absence de la représentation nationale. La gauche, toutefois, se décida au dernier moment à voter le budget.

Mais depuis cette époque le conflit n'a fait que

« Ministère Holstein-Holsteinborg.

* Ministère Fonnesbech.

«^aggraver, entre Topposition de la seconde Chambre et le gouvernement, ayant pour lui la majorité dans la première Chambre.

Cette hostilité se manifeste par le refus de voter le budget et les propositions de loi.

Le budget de 1888-1889 a été rejeté par 68 voix contre 27, dans le Folksthing, alors qu'il avait été accepté au Landsthing par 40 voix contre 15.

En octobre 1885, la seconde Chambre rejette à 35 voix contre 19 la loi provisoire de défenses; en janvier 1889, elle repousse à 46 voix contre 18 la ratification de dépenses de l'exercice de 1885-1886, ainsi qu'une demande supplémentaire de crédits spéciaux de 13 millions de couronnes, dont 8 pour continuer sur le front, à Fouest, les fortifications de la capitale.

Au mois d'avril 1888, le cabinet à essayé d'établir un compromis entre l'opposition de la seconde Chambre (MM. Boisen, Yillard, Holni, comte Holstein-Ledreborg) et la majorité gouvernementale de la première Chambre (comte Moltke). La tentative n'a pas réussi.

Deux fois, en 1874 et en 1875, le roi a essayé par un changement de cabinet de modifier le courant de l'opposition; inutile effort.

La dissolution du Folksthing n'offre pas une meilleure solution; en 1873, l'opposition est résumée avec 53 (contre 43 ministériels), et en 1876 avec 74 sièges (contre 28 ministériels).

Le seul moyen pour contenter cette opposition consisterait à prendre le cabinet plus à gauche, mais le roi Christian ne le veut pas; il ne le peut pas non

plus, alors même qu*il renoncerait aux droits que lui accorde la constitution de choisir librement ses ministres, parce qu'il a pour lui la majorité du Landsthing et Topinion publique prépondérante de la capitale et des villes de province.

Dans de telles conditions, il suffit peut-être d'attendre la fin de la législature, dans Tespoir qui n*est pas contre toute probabilité, que l'opposition se décidera à sanctionner, in extremis, le fait accompli.

Quant à cette opposition, retenant la majorité*, il ne faut pas se laisser illusionner par le nombre de sièges qu'elle occupe.

L'analyse à laquelle il convient de procéder, pour se rendre un compte exact de la situation, aboutit à une singulière conclusion : la condamnation du mode d'élection par arrondissement. Les renseignements les plus authentiques que j'ai pu recueillir, les aveux — inconscients il est vrai — de quelques-uns des principaux leaders de la gauche, m'autorisent à affirmer que ces 80 membres ne représentent tout au plus que 38 p. 100 de la masse des électeurs; 35 p. 100 votent pour les candidats de la droite et les abstensions se chifl*rent à 27 p. 100.

On est maintenant en droit de se demander si l'entêtement du souverain à conserver M. Estrup, au pouvoir, répond aussi bien à la légalité qu'aux intérêts réels du pays.

A cela je répondrai, sans aucune hésitation, que le roi ne peut songer un seul instant à appeler au pouvoir le leader des groupes extrêmes.

* Ses principaux organes sont le Morgenbladet et le Politiken.

Aucun de ces leaders n'offre une surface suffisante ; tranchons le mot, ils appartiennent moins à la catégorie des politiciens qu'à celle des aventuriers.

Le parti n'a pas de programme politique, et depuis qu'il existe il n'a pas su en produire. M. Bergapris soin du reste de définir le programme de son parti : le fanage: ou mieux, en français, l'obstruclion.

En Danemark, celte politique est, je n'hésite pas à le dire, antipatriotique, car elle s'applique avec une très coupable obstination à refuser net les crédits nécessaires à l'œuvre de défense nationale et aux progrès que réclament l'armée et la marine.

Et, comme pour mieux accentuer encore ses tendances antipatriotiques, la gauche a été quêter l'alliance des radicaux et des socialistes, des radicaux notamment, qui dans le royaume représentent l'antimilitarisme dans sa forme la plus odieuse.

N'est-ce pas M. Hœrup, le chef des radicaux, qui a osé accuser de lâcheté les héroïques soldats de 1864, qui insulte au glorieux Dannebrog, et qui ne trouve pas dans son vocabulaire assez de sarcasmes pour bafouer les efforts de ceux que soutient la foi nationale. L'œuvre* de défense est qualifiée par lui de « hareng crevé » et il traite de « joueurs d'orgues » les officiers qui sont chargés d'organiser les conférences et de s'appliquer à l'éducation militaire de la nation.

El, si je voulais pénétrer dans les détails plus intimes de la politique intérieure, que de choses encore à relever. Organisation d'attentat politique tel que celui de décembre 1885 (Rasmussen), contre le président du conseil — indignation des fantoches politiques, tel celui ancien chantre d'église, dont le casier judi-

LUXEMBOURG

Nous avons dit, dans notre étude concernant la Belgique, que Tarmée ennemie voulant emprunter le territoire belge sans empiéter sur le territoire hollandais, ne disposait que d'une seule voie ferrée, non commandée par les ouvrages de la Meuse, celle de : Montmédy, Virton, Pepinster, Verviers.

Si au contraire, l'armée d'invasion n'a aucun scrupule à violer le territoire hollandais, deux autres lignes s'offrent à elle :

Gladbach, Ruremonde, jHasselt, Saint-Trond, Gembloux, Gharleroi , et Aix-la-Chapelle, Maëstricht, Hasselt, Saint-Trond.

C'est dire suffisamment, combien l'étude de l'organisation défensive de la Hollande intéresse directement le problème de la neutralité de la Belgique.

Les Allemands paraissent quelquefois s'être demandé, sous quelles formes pourrait se manifester la résistance de la Hollande, a une tentative de passage de leur part.

Ils se sont complu à constater que cette résistance était inefficace, voire même improbable, comme le

i48 l'europe ex armes

donne explicitement à comprendre un article de la Post du 30 janvier 1888 :

« La Hollande est-elle capable, dans Téventualité d'une guerre dans TEurope centrale, de faire respecter sa neutralité? »

Est-ce forts de cette conviction et résolus à en user, que les Allemands, comme le prétendait en mai 1888 un correspondant de la République française, et ensuite la Nouvelle Revue, poussaient hâtivement la construction de quais militaires dans la région avoisinant la frontière hollandaise : Rheydt, Gladbach, Juliews ?

Que l'importance de ces travaux ait été plus ou moins exagérée, peu importe au demeurant. Il n'en est pas moins incontestablement acquis que l'Allemagne a prévu, à toute éventualité, l'avantage qui pourrait résulter pour sa stratégie d'un passage à travers le Limbourg hollandais, et qu'elle se prépare clandestinement à pouvoir en user, le cas échéant.

On sait, à ne pas en douter, que le gouvernement hollandais subira le fait accompli, et qu'il ne considérera pas comme un casus belli la violation de ses provinces excentriques.

Et il nous paraît difficile aussi qu'il puisse en être autrement. Quelque parfaite et soignée que puisse être l'organisation de l'armée batave, elle est numériquement insuffisante pour se consacrer à un autre mode que celui de la défense concentrique.

De plus , la Hollande trouve dans son histoire militaire trois types de campagnes, dont l'étude raisonnée devait lui faire concevoir son plan de défense.

1^ La campagne de 1787, qui montre lutilisation des mêmes lignes d'invasion qu'en 1672, mais avec une application mieux soutenue.

Je n'ai pas à rappeler les incidents qui motivèrent l'intervention de Frédéric-Guillaume II, sensible (prétexte) à l'outrage fait à sa sœur Fréderica-Sophie- Wilhelmina. Le corps prussien à l'effectif de 26,000 hommes, sous les ordres de Charles-Guillaume Ferdinand, prince régnant à Brunswick, le même que nous retrouvons à Valmy et àléna, franchit le 13 septembre 1787 la frontière de la république des Provinces-Unies et pénètre quelques jours après à Utrecht, que le comte de Salm n'avait pas jugé possible de protéger.

Le 26, le corps prussien arrive sous Amsterdam, que livre la journée du 1^^ octobre, qui porte dans son ensemble le nom de combat de Amstelveen.

Glauservitz signale ce combat, dans son genre, comme une opération tactique des mieux conduites et des plus fructueuses à détailler.

2^ Dans les premiers jours de janvier 1795, les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse étant réunies, Pichegru fait franchir à la droite, le Waal près de Nimègue. Le centre à son tour change de rive, la gauche signale ses avantages par la prise des forts de Heusden, Workum, Loewenstein, et pendant que Macdonald s'établit en observation sur la Grebbe, Pichegru entrait le 20 janvier à Amsterdam accompagné de trois représentants du peuple Bellegarde, Lacoste et Joubert.

3"* En 1799, l'Angleterre, Jalouse d'arracher Rotterdam, Amsterdam, le Helder à la domination française

250 l'europb ex armes

et convoitant avec plus d'avidilé encore d'achever la ruine d'une marine rivale, croit le moment opportun pour intervenir. Elle débarque 300,00 de ses soldats et 17,000 Russes, le !27 août à Gallandioog. La résistance du général Daendels donne à Brune le temps d'arriver avec les troupes françaises et la division hollandaise du général Dumonceau* L*armée anglorusse se porte directement, mais avec lenteur, sur Amsterdam. Brune n*est qu*à moitié heureux à Bergen (19 sept.), le duc de York donne de Tavant, forçant les Gallo-Bataves à céder lentement le terrain, mais il ne sait même pas profiter de son médiocre avantage à Gastricum, et pris soudain d'une désespérance que rien n'excuse, il rétrograde suivi par Brune, qui finalement lui impose le 18 octobre la convention de Gastricum, réglant les conditions de l'évacuation de la Hollande et du rembarquement des troupes anglo-russes.

Amsterdam est donc toujours et toujours l'objectif des convoitises de toute agression contre la Hollande.

Le conseil de défense qui a élaboré la loi de mai 1874, promulguée le 18 août 1874, dite loi de défense *, l'a compris ainsi.

II constitue autour du réduit central Amsterdam, une série de positions ou de lignes en couvrant les approches.

A Test, c'est-à-dire sur le front allemand, comme position de défense principale la nouvelle ligne d'eau hollandaise (Nieuwe hoUandsche Waterlinie) entière-

• La Hollande a dépensé, depuis cette époque, 43 millions de florins sans compter quelques autres sommes bien inutilement prodiguées il Venloo et Maëstricht,

ment fortifiée depuis Muiden et Noarden sur le Zuyderzée jusqu'à Gertruidenberg.

Cette ligne, ne mesurant que 12 kilomètres d'étendue, très solidement établie, commandant tous les points de passages, est souvent dite aussi quoique improprement : ligne d*Utrecht. Elle a même un dehors précédé d'une avancée.

Le dehors précédant de 25 kilomètres la nouvelle ligne d'eau hollandaise est la ligne de la Grebôe, qui mesure environ 45 kilomètres de développement entre la Grebbe sur le Rhin et Spakenbourg sur le Zuyderzée.

VYssel d'un développement trop considérable et d'une valeur passive . médiocre, dessine la ligne de résistance avancée. Le fort cuirassé sur la ligne de Pannerden, peut en quelque sorte être considéré comme le point d'appui de droite, de cette première ligne de résistance.

Donc, sur le front, est une ligne de première résistance, une position intermédiaire de rassemblement, une position défensive et le réduit central.

La protection de la frontière méridionale s'impose impérieusement, non pas tant comme barrière contre les Belges, que pour empêcher que la défense ne soit tournée par le sud.

Cette ligne de défense méridionale comprend trois secteurs :

1° de Saint-André (Ecluse bleue) à Gertruidenberg, ébauchant deux têtes de ponts à Bois-le-Duc et Gertruidenberg.

2® La position du Hollandsch Diep et du Volkerak, avec Willemstadt et ses annexes^ qui doit servir de

ioit l'europe en a.rme$

poinl d'appui à la marine, pour garder rentrée du Biesboch, et couvrir le magnifique pont du chemin de fer Anvers-Rotterdam. Sur la rive gauche Touvrage de Moerdijk et, en face, le fort cuirassé de Willemsdorp.

Les positions des bouches de la Meuse et du Haringtliet, ainsi que les ouvrages de l'Escaut oriental, complètent cette obstruction du front méridional avec le fort de Hoorn, la station de Brielle, la ligne d*eau Brielle-Helvestluis, et sur TEscaut oriental, les vieilles places démodées de Ellewoutsdijk et Ternengen.

Les positions des bouches de la Meuse et de TEscaut empiètent déjà sur le front maritime; achevons donc Texamen des moyens de défense appelés à couvrir Amsterdam à l'ouest.

En arrière des digues couvrant l'embouchure du splendide canal reliant Amsterdam à la mer du Nord s'élève le fort de IJmuiden, puis enfin, tout au nord, la position du Helder avec le magnifique fort cuirassé de Harssensy obstruant la seule passe accessible aux grands bâtiments de guerre.

Il nous reste en dernier lieu à brièvement examiner la position centrale d'Amsterdam.

Toute la théorie admise pour la défense des frontières de Hollande, aboutit nous l'avons déjà constaté, à l'accumulation des dernières ressources de la résistance nationale, dans la position centrale d'Amsterdam. En elle-même, cette position ne paraît pas très heureusement choisie et s'il n'y avait la question de capitale, on aurait pu très avatageusement subslUuer Utrecht à Amsterdam.

a. Amsterdam manque d'eau potable. La ville s'approvisionne actuellement à la prise d'eau de Voge-

le saag dans les dunes, mais cette prise d'eau est exposée aux entreprises de Tennemi. Dans ce cas, la ville pourrait alors se pourvoir au Vecht à Nieuwersluis, d'où, les bateaux réservoirs descendent TAmstel. Enfin, reste Teau des citernes qui peut suffire pendant 45 jours pour 500.000 âmes.

6. Difficulté d'asseoir les ouvrages de fortifications sur un sol aussi peu consistant que les polders, le sable seul pouvant être employé tant pour feutrer les assises que pour profiler la masse courante. On estime approximativement à 150.000 mètres cubes l'amas de sable nécessaire à chaque ouvrage.

Deux lignes de forts ont paru indispensables. La ligne inlérieure pour garantir la place contre une attaque de vive forcené serait élevée qu'au moment du besoin.

Le projet officiel a admis pour la position d'Ams- ' terdam :

Au nord de Uigeest près de la jonction des voies :

„ I ( Alkmaar à Edam,

Haarlem ;

les ouvrages de Uitgeest, Stierop, Beemster, Beems^ terringdisk, Beemsterringvaart Edam.

En mer, à l'entrée de l'Y, le fort Pampus avec cuirassements et coupoles.

Sur le front ouest, de Uitgeest à Alsmeer : Wis Ker-* broek Velzen, Saardam, Pennings veer, Liede, Yisfhuigen, Hoofddorp, talsmeer.

Sur le front sud : Uithoorn sur l'Amslel, Weesp^ Nestersluis, Stokkelaars et Accoude se reliant par un ouvrage à Gain au fort de Nieuwersluis ^

' Nous renvoyons ceux de nos lecteurs que la question inté-

2S4 L*ECROrE EN ARMES

Un ancien ministre de la guerre, M. van Mulken, a 1res explicilement exposé la théorie admise pour la défense de ces frontières.

Elle peut se résumer en ce principe : gagner du temps afin de permettre à la mobilisation de se compléter, et au gouvernement d'étendre là où il est indispensable, et alors que cette fatale nécessité s'impose, les inondations.

€ette question des inondations a en effet sa très haute importance. La ruine de toute une région ne peut-être décidée qu'à la dernière extrémité, et néanmoins il faut la décider suffisamment à temps pour qu'elle soit praticable. On a déjà beaucoup fait pour accélérer l'afflux des eaux, et Ton fera beaucoup encore, mais en dépit de toutes ces améliorations et même dans les conditions les plus avantageuses, plusieurs jours sont nécessaires pour transformer l'inondation sur les points voulus, en un obstacle sérieux.

Un des anciens ministres de la guerre, le général Roo van A Idertvereit , décomptant d'une part, les moyens, discutant de l'autre, les exigences de la défense, clablit comme suit la formation de l'armée :

Troupes sédcnlaires pour l'occupation des lignes de défense : 28 bataillons, 40 compagnies d'artillerie; soit 27.000 hommes non compris les services auxiliaires.

ressc dans ses détails plus techniques, à quelques ouvrages spéciaux : Etude générale du système de défense de la Hollande ^ par le capitaine Notebdert, de l'armée Belge. Ouvrage déjà cité du capitaine Hœnijr. V Armée des Pays-Bas^ remarquable publication de la petite bibliothèque de Tarmée française (Charles Lavauzelle).

PAYS-BAS 2o5

Troupes mobiles: deux armées, Tune dans la province de Groningue, Tautre dans le Nord-Brabant : 24 bataillons, 1§ batleries, 16 escadrons, ce qui fait approximativement 29.000 hommes. Soit au total 56.000 hommes, chiffre normal et moyen, si Tony ajoute les services auxiliaires, et ne différant que fort peu de ce que demandent depuis 76 Jes divers ministres de la guerre : Weitzel (1873-1875) 64.000 hommes, Klerck (1876) 67.000 hommes, Beijen (1876-1877) 65.000 hommes, etc.

Avec Torganisation actuelle, cet effectif normal n'est pas tout à fait atteint. L'armée de campagne comprend en effet 3 divisions et une réserve. La division est à composition uniforme : 3 régiments d'infanterie à 4 bataillons, 1 régiment de hussards à S escadrons, 1 régiment d*artillerie à 6 batteries, 1 compagnie du génie et les services auxiliaires : soit 285 officiers et 11.313 hommes.

Chacune de ces divisions a une affectation spéciale : 1"* défense côtière ; 2* frontière de Test; 3*" frontière du sud. La réserve, qui compte 9 bataillons d'infan* terie, 4 régiments d'artillerie de forteresse et 3 compagnies du génie, tient les places jusqu'au moment ou les milices et les dépôts sont à même de la remplacer.

Marine, — 21 cuirassés (vieux), 51 canonnières, 10 torpilleurs, 550 officiers, 2,175 hommes de troupe.

Marine marchande: 641 bâtiments jaugeant 254,123 tonneaux.

L'armée des Bays-Bas est un excellent outil en des mains habilement préparées, il lui manque malheu-

âS6 l'europe en armes

reusement, — c'est la seule chose qui lui manquei mais elle est importante, — une bonne et solide organisation des réserves.

Le progrès n'a encore pu complètement se réaliser, malgré le courant très accentué qui se manifeste dans Topinion publique.

Le schuUen est une institution démodée, sans discipline, sans instruction militaire.

Son caractère communal [i p. 100 de la population) apporte Tentrave la plus sérieuse à son bon fonctionnement.

On ne peut guère compter que sur les formations établies dans les centres populeux ( Amsterdam , S bataillons; Rotterdam, 3 bataillons; la Haye, 2 bataillons, 1â communes à 1 bataillon, 73 communes à une ou plusieurs compagnies) : total, 2il compagnies (44.000 hommes dont 10.000 ayant servi).

Le ^ ban de la milice, qui en réalité ne figure que sur le papier, rustende schuttern, compte 71.000 hommes.

' Pourtant les projets de reforme ne manquent pas, et comme il faut espérer que prochainement un de ceux-ci sera adopté, nous les résumons :

Un premier projet « Plus de Schuttery > {Brinio) propose Tadoption du service obligatoire et la fixation à 38.000 du contingent annuel; en prend 11.000 dans la milice (20 à 30 ans) ce qui au bout de 10 années, décompte fait des pertes, donne 93.000 hommes. Il restait 11.000 pour les dépôts, et le reste pour le landsturm. La durée du service dans la milice serait de 16 mois, avec 3 périodes de convocation de 9 semaines pt)ur rinfanterie et Tartillerie de forteresse, 24 mois

PAYS-BAS :ZOl

pour la cavalerie et rartillerie de campagne, avec 3 périodes de convocation de 3 semaines.

U armée de campagne serait formée à 3 divisions fournissant au total : 9 régiments d'infanterie à 4 bataillons et un dépôt, 3 régiments de hussards à S escadrons, plus un escadron de guides, 3 régiments d'artillerie de campagne à 6 batteries; soit à peu près ce qui existe actuellement, et donnant 43.460 hommes.

V armée (f occupation (49.824 hommes) compterait: 36 bataillons, 6 régiments d'artillerie de forteresse,

1 bataillon du génie, etc.

Un second projet « Plus de Schuttery {Tyr) conserve 36 bataillons à la formation de Tarmée de campagne, mais n'en accorde que 18 à l'armée d'occupation, et augmente, par contre, l'artillerie de forteresse.

Le troisième projet du major Seyffard, député, pousse le système de la milice dans ses dernières conséquences et repartit ainsi les classes : 4 en activité, i réserve, 5 landsturm; présence sous les drapeaux,

2 ans pour les troupes à cheval, 12 à 15 mois pour les autres armes. Dans la pratique,. il fait des réductions encore plus notables et constitue :

Ai^mée de campagne : 3 divisions ayant chacune, 12 bataillons, 6 batteries, 1 escadron, 1 bataillon de génie; une brigade de cavalerie à 3 régiments et 2 batteries à cheval. Cela en somme diffère peu de ce qui existe.

Armée d'occupation : 80 compagnies d'infanterie, 83 compagnies d'artillerie de forteresses, 8 compagnies génie, etc., plus 26.000 travailleurs.

Contingent annuel 29.442 hommes dont 7.320 pour former 60 compagnies de travailleurs.

Dans le royaume des Bays-Bas, tout comme en Belgique, la question de réorganisation de Tarmée, par Tabolition du remplacement et Tadoplion du service personnel^ est subordonnée à la politique intérieure, à l'équilibre des parti?.

Le roi a nommé, dans le courant de Tannée dernière, une commission de quatorze membres, chargée d élaborer un projet de réforme militaire.

On sait déjà que le rapport de cette. commission, rapport que le ministre de la guerre doit déposer au cours de la présente session parlementaire, conclut à Tadoption du service personnel. Le colonel Bergansius, quoique appartenant au groupe catholique est lui-même favorable à cette réforme.

Le succès est néanmoins douteux, étant donné le groupement des partis dans la seconde Chambre.

A la suite delà réforme de la loi électorale et des élections du mois de mars 1883, le parti libéral au pouvoir depuis quarante ans a été forcé d'abdiquer devant la coalition des groupes anti-libéraux, coalition qui englobe :

Les anti-révolutionnaires ou calvinistes orthodoxes que conduit leD"* Abraham Kuiper;

Les ultramontains;

Les radicaux, de toute nuance confinant à Textrême gauche libérale, pour aboutir aux socialistesdémocrates de Domela-Nieuwenhuis.

A la deuxième Chambre, 44 libéraux se comptent contre 56 anti-libéraux et dans le cabinet du baron Mackay, deux catholiques seulement ont pu trouver place, à la Guerre et à la Justice.

LUXEMBOURG

Une mention spéciale doit être consacrée au Luxembourg.

Il n*est pas sans intérêt de rappeler tout d*abord certains épisodes des mois de mars et avril 1867, alors que Napoléon III cherchait à négocier avec le roi de Hollande, l'annexion à la France du Luxembourg.

Dans la séance du 1^^ avril 1867, au Reichstag» M. de Benningsen rappelle que le Luxembourg est une terre allemande, dont la maison souveraine avait fourni des empereurs à TAUemagne et des margraves à la province où siégeait le Reichstag. Il lut ensuite une supplique émanant du Luxembourg [Nothschrei ans Luxemburg) afQrmant les vœux des habitants, de demeurer Allemands.

Le projet de Napoléon III a été annihilé par la convention de Londres du 4 mai 1867, déclarant la neutralité du Grand-Duché.

La question du Luxembourg, telle qu'elle était anciennement présentée, a été déûnitivement résolue par les événements de 1870-71. Mais une nouvelle question est aujourd'hui pendante.

L'état de santé du visux roi Guillaume donne de si sérieuses inquiétudes qu'une issue fatale est malheu-

semenl imminente ; rhéritière du trône est la jeune princesse Wilhelmine, âgée présentement de cinq ans, et à laquelle la succession est inconteslablement assurée par les modiHcalions introduites en 1888 par les Etats Généraux à la loi de succession ; sa mère, la régente du royaume est une princesse de Waldeck.

Le Luxembourg dont la Constitution est régie par la loi salique, rompra h ce moment Tunion personnelle avec la maison d'Orange pour faire retour à la maison de Nassau (loi de succession de 1783).

Depuis la réconciliation effectuée à Tîle Meivan en 1888, Tempereur allemand a assuré au duc Adolphe de Nassau ' la paisible jouissance de cet héritage.

Et TAliemagne se prépare à celle éventualité par une sorte de mainmise sur le Grand-Duché.

Aflilialion jusqu'en 1912 à l'union douanière.

Accaparement des chemins de fer par la convention du 11 juillet 1872, qui passe l'exploitation à une compagnie allemande (antérieurement à cette date la ligne Guillaume-Luxembourg était desservie par la compagnie française de l'Est).

Convention secrète déjà intervenue entre les futurs possesseurs et protecteurs réglant l'organisation des forces militaires et l'établissement des travaux de défense; travaux de défense sérieux à substituer aux palliatifs dont on est obligé aujourd'hui encore de s'accommoder tant bien que mal, comme par exemple l'ouvrage à improviser à Grevenmacher (non loin de

1 On a prêté à ce prince Tintention d'abdiquer ses droits en faveur de son fils ; quelques fantaisistes ont même émis le projet d'une union entre ce prince, âgé de 36 ans et la petite princesse Wilhelmine.

LUXEMBOURG 261

Waserbilig), couvrant le pont sur la Moselle et dont les matériaux (plaques de blindage, coupoles, etc.) ainsi que Tarmement sont remisés à Trêves.

Quelque puisse être la satisfaction de revoir revivre les splendeurs d'une cour princière dans les résidences depuis longtemps désertées (mort du prince Henri) de Luxembourg et de Walferdingen), les Luxembourgeois n'en redoutent pas moins les conséquences funestes de l'annexion à l'Empire allemand.

Que dira l'Europe lorsque cette éventualité se produira dans la forme peu déguisée que nous présageons?

Que diront la Belgique et la France plus directement menacées par cette extension territoriale?

La nouvelle question du Luxembourg nous semble autant menaçante, que l'ancienne, si ce n'est plus.

Aujourd'hui, le duc Adolphe n'est encore que régent, il ne changera rien sans doute à l'état de choses existant ; mais en sera-t-il de même lorsqu'il sera en possession absolue de son héritage?

Gomme pour la Suisse, l'unique mais très important objectif vis-à-vis de la Belgique, est la question de la neutralité.

Cette question est déjà ancienne. Elle date de 1815, plus exactement de Tacte du 19 avril 1839, et a été renouvelée en 1870, par les conventions des 9 et 11 août 1870.

Elle reprend avec une intensité nouvelle, chaque fois que le pays se préoccupe de parfaire les conditions de sa propre défense.

En 1858, alors qu'il s'agit du système de défense centrale par l'établissement du camp retranché d'Anvers; puis en 1886-1887, alors que le gouvernement se décide à compléter celte œuvre par Tobslruction de la vallée de la Meuse.

Ce sujet « attachant » a été en quelque sorte épuisé par une polémique passionnée^ qui a donné naissance à un amas de productions, ouvrages, brochures, articles de journaux et de revues', dans lequel il nous

• Énumérons comme sources pouvant êfre consultées : Situation militaire de la Belgique, du général Brialmont, 1882.

â66 L'EUROPE EN ARMES

suffira de puiser en résumé rhisloriquede la question qui nous autorise à tirer certaines conclusions.

Lorsque les alliés créèrent le royaume des Pays- Bas en 1815, ils décidèrent qu*un certain nombre de places seraient élevées ou restaurées aux frais de la France, à Tambition de laquelle, ces forteresses devaient servir de barrière. Il était stipulé en outre qu'en cas de guerre, ces places seraient occupées par les alliés. (Convention d'Aix-la-Chapelle, 1818).

Défense de la Belgique au point de vue national et européen, de M. Banning.

La France par rapport à V Allemagne, étude de géog^raphie militaire, par le major Peny (Muquardt, Bruxelles).

Essai sur la Défense de la Belgique, par le général Cambrelin.

La Neutralité de la Belgique et de la Suisse en cas de guei^re entre la France et l'Allemagne, par le colonel fédéral Ferdinand Lecomte.

Die poiitische und militariscne. Lage Belgiens und Hollands in Bûcksicht auf Frankreich und Deutschland, par le capitaine allemand en retraite, Fritz Hœnig.

Revue militaire de l'étranger, deuxième semestre 1880 et premier semestre 1888. — Heeresverfassung und Maasbefestigung in Belgien, Berlin, Mittler et fils, 1887. Anonyme, mais très certainement officier allemand ; prétend que la violation viendra de la France; critique violemment l'organisation militaire belge, et s'attaque méchamment aux officiers de cette armée, dont la réputation est au-dessus de ces vilenies. — La situalio7i militaire de la Belgique dans le cas d'une guerre franco-allemande, opinion d'un Français. Miiquàrd et LeSourdier, Bruxelles et Paris, 1887; ne croit pas à une violation de la part de l'Allemagne.

Déploiement stratégique probable des forces allemandes sur la frontière française et la frontière française du Nord devant f invasion allemande, par le capitaine Kreitmann (Journal des Sciences militaires, 1881 et 1882).

Beschouwing over het verdediginsstelsel van België e^i neutraiteits-quaesl'ien, parlegénéral P«-G. Booms (Militaire Gids,1884),

Après la révolution de 1830, la Belgique substituée aux charges, en même temps qu^aux droits du royaume des Pays-Bas, bien que la France fût au nombre des puissances garantes, hérita de la ligne des forteresses méridionales, Anvers, Gand, Tournai, Audenarde, Ostende, Meuport, Ypres, Termonde, Gharleroi, Bouillon, Dinant, Namur, Huy, Liège. (Mons, Menin, Ath, Philippeville et Mariembourg furent démantelés).

Cette surabondance de places fortes défectueuses, les modifications survenues dans la politique générale de TEurope, surtout après la révolution de 1848 et Tavènement du second Empire, portèrent les Belges à chercher un mode plus efficace de protection, plus en harmonie avec Torganisation militaire restreinte du royaume.

Cette période d'incubation date à peu près de 1853, mais ce n'est qu'en 1858-1889, qu'une grande commission militaire, faisant table rase de tout l'existant, fit prévaloir le système de la défense concentrique, . par l'établissement du camp retranché d'Anvers*, dont les projets, très osés à l'jépoque, parce qu'ils

• Anvers, 170,000 habitants. Peut recevoir dans son port 1,500 bâtiments, — circuit de 13 kilomètres. Depuis 1859, entouré de 12 fronts polygonaux de 900 à 1.500 mètres de développement assez large, fossé de 3 à 5 mètres de profondeur et 160 de largeur, au dehors à 3.000-4.500, une ceinture de forts sur un circuit de 45 kilomètres; armement 1.500 pièces, sur l'Escaut même, fort Philippe (3 coupoles) ; sur la rive droite fort Maire, plus loin fort Lilloo, sans grande importance, et fort Liefkenshock.

Comme extrêmes' avancées, ouvrages sur la position de la Nethe-Ruppel, savoir : fort Lierre, Waelhem et Duffel, entre les deux ouvrages pour lequel un crédit de 450.000 francs était

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^^^ ière pïace élevée en 1836, alors que la Hollande

• spirait quelques craintes.

Mais on conserva également sur la Meuse les citajpjjesde Namurei de Liège, parce que, devant la divergence de théories qui se manifesta au sein même de la commission, et sous la pression de Topinion publique, on ne crut pas avisé de renoncer définitivement à la défense de la ligne de la Meuse. G*est ainsi que l'auteur anonyme d'un livre remarquable (le lieutenant, aujourd'hui général Gambrelin), — Essaisurla défense de la Belgique par t organisation de la ligne stratégique Sambre-Meuse^ — résumait toutes les considérations plaidant pour le non abandon de la ligne de Meuse « appelée à jouer dans notre défense, le rôle le plus considérable.... C'est la route de nos alliés, de nos libérateurs, de quelque côté qu'ils viennent s. Ces réticences du reste, même dans les sphères

porté en 1886. Termonde vieille place datant de 1667, mais reconfectionnée en 1820.

Enfin, pour compléter le système, Diest (1818) en piètre état, ainsi que son annexe le fort Léopold.

officielles étaient intentionnelles. Nous en retrouvons la Irace probante dans les discussions parlementaires de 4884 au sujet de la proposition de loi concernant les forts de la Meuse.

Survient 1870.

A la suite de cette violente commotion politique, la Belgique commence à. craindre que son système de défense soit trop incomplet pour lui permettre de faire respecter sa neutralité, et on en vient naturellement, mais non sans de grandes difficultés, à reprendre la continuation de Tœuvre commencée par la commission de 1858-4859.

L'achèvement de cette œuvre était d'autant plus pressant que le royaume sait qu'il n'a plus qu'à compter sur lui-même.

L'époque n'est plus où Ton pouvait attendre l'arri vée de la flotle anglaise devant Anvers, « ce pistolet chargé sur le cœur de l'Angleterre > ! ! I

L'Angleterre du reste se charge, de temps à autre de rappelerson désintéressement dansle^^an^arû?, le Z>at7j/ News elle Dailjj Telegraph (30 septembre 1887;, qui reçoit, prétend-on ses inspirations, de lord Salisbury.

De son côté, sir Charles Dilke dans ses fameux articles de la Fortnightly Review (janvier, février 1887), cherche à dégager l'Angleterre de la convention d'avril 1839.

Nous n'avons pas une extrême curiosité, nous dirons tout à l'heure pourquoi, à pénétrer par l'enquête poli tique, s'il existe entre le gouvernement belge, ou' le roi seulement, et le gouvernement allemand d'autre part, un accord secret en prévision de certaines éventualités.

rompaient la routine du passé et inauguraient un système pour ainsi dire nouveau, furent présentés par le major Brialmont. Le célèbre ingénieur, dans une brochure consacrée par lui à la mémoire du général Todleben, ne nous cache pas combien ses débuts ont élé difficiles, et combien Tappui aimable et autorisé de notre glorieux adversaire sous Sébastopol, a été pour lui d'une efficace assistance.

Toutes les places de la frontière méridionale furent rasées, et on ne conserva, comme annexes du réduit central, que Termonde et Diest, têtes de pont, celte dernière place élevée en 1836, alors que la Hollande inspirait quelques craintes.

Mais on conserva également sur la Meuse les citadellesde Namur elde Liège, parce que, devantla divergence de théories qui se manifesta au sein même de la commission, et sous la pression de Topinion publique, on ne crut pas avisé de renoncer définitivement à la défense de la ligne de la Meuse. G*est ainsi que Tauteur anonyme d'un livre remarquable (le lieutenant, aujourd'hui général Cambrelin), — Essai sur la défense de la Belgique par t organisation de la It'gr^e stratégique Sambre- Meuse ^ — résumait toutes les considérations plaidant pour le non abandon de la ligne de Meuse « appelée à jouer dans notre défense, le rôle le plus considérable.... C'est la route de nos alliés, de nos libérateurs, de quelque côté qu'ils viennent ».

Ces réticences du reste, même dans. les sphères

porté en 1886. Termonde vieille place datant de 1667, mais reconfectionnée en 1820.

Eufîn, pour compléter le système, Diest (1818) en piètre état, ainsi que son annexe le fort Léopold.

officielles étaient intentionnelles. Nous en retrouvons la trace probante dans les discussions parlementaires de 1884 au sujet de la proposition de loi concernant les forts de la Meuse.

Survient 1870.

A la suite de cette violente commotion politique, la Belgique commence à. craindre que son système de défense soit trop incomplet pour lui permettre de faire respecter sa neutralité, et on en vient naturellement, mais non sans de grandes difficultés, à reprendre la continuation de Toeuvre commencée par la commission de 1858-1859.

L'achèvement de cette œuvre était d'autant plus pressant que le royaume sait qu'il n'a plus qu'à compter sur lui-même.

L'époque n'est plus où Ton pouvait attendre Tarri vée de la flotte anglaise devant Anvers, « ce pistolet chargé sur le cœur de l'Angleterre > ! ! !

L'Angleterre du reste se charge, de temps à autre de rappelersondésintéressementdansle5^an^ar(/,leZ>ai/t/ News elle Dailij Telegraph (30 septembre 1887;, qui reçoit, prétend-on ses inspirations, de lord Salisbury.

De son côte, sir Charles Dilke dans ses fameux articles de la Fortnightly Review (janvier, février 1887), cherche à dégager l'Angleterre de la convention d'avril 1839.

Nous n'avons pas une extrême curiosité, nous dirons tout à l'heure pourquoi, à pénétrer par l'enquête poli tique, s'il existe entre le gouvernement belge, ou' le roi seulement, et le gouvernement allemand d'autre part, un accord secret en prévision de certaines éventualités.

Nous avons seulement à tenir compte pour Finstant des déclarations officielles très explicitement résumées dans les citations ci-après :

« Le grand objet de la politique nationale doit être de maintenir la neutralité du pays, mais cette poli* tiqi^e n^obtiendra la confiance de nos voisins que ]ors(]u'elle leur donnera la conviction que le pays est à même de remplir les obligations qui lui sont imposées par son existence politique.

«r Lkopold V% 6 nov. 1860. ■

c Déclarée neutre par les traités qui Font admise au nombre des nations européennes, la Belgique n'est pas appelée à prendre une part active aux grands événements qui agitent le monde et le transforment incessamment. S'il ne lui est pas permis de se désintéresser absolument des conflits qui éclatent autour d'elle et dont elle a toujours à redouter les contrecoups, ces conflits ne le touchent qu'indirectement.... Jusqu'en 1848 nos provinces ont été le champ de bataille de prédilection de l'Europe. Chacun, pour nous servir d'une expression de la stratégie allemande, voulait en faire un glacis, une sorte d'avant-poste. La reconnaissance de notre indépendance a été le résultat d'une renonciation de tous, à cette position ardemment convoité. Mais elle a été subordonnée à la condition formelle que nous sachions faire respecter nos frontières et résister à l'envahisseur. >

Extrait du rapport lu par M. Hanssens dans la séance du 48 janvier 4887, à la Chambre des représentants, au nom de la section centrale.

Il n'est pas sans intérêt, non plus, de rappeler la physionomie générale de la discussion au sein de la commission de généraux convoqués par le roi, le 29 janvier 1887.

On reprend Texposé de l'affaire depuis 1871, alors que le général Guillaume charge le général Leclerc d'étudier la question. Celui-ci conclut dans son rapport au danger des fortifications de la Meuse forçant à une dissémination de forces. Le général Brjalmont consulté, émet un avis d'un même sens, mais s'en prenant, peut-être, plutôt aux idées ou à la personnalité du général Leclerc, qu'au principe lui-même. Dans tous les cas, en 1880, le général Brial montreprend la question qui finit par aboutir, le roi ayant été convaincu.

Dans la séance du 29 janvier, tous les généraux acceptent le principe des têtes de pont, « verrous mis à « nos portes pour enlever aux belligérants, toute ten- « tation de passage que le moindre retardement menace « de rendre improductif >.

Deux généraux, Nicaise et Rennette, ajoutent àleur opinion, que ces têtes de pont « pourront aussi servir < de pivots de manœuvres à Varmée ou à ses alc liées >.

Enfin, si nous résumons l'esprit de discussion autour de la tribune, nous arrivons à formuler les diverses objections pour ou contre l'établissement des travaux, sur la ligne de la Meuse :

1** M. Frère-Orban, chef de l'opposition à la Chambre des représentants, estime que les fortification s de la Meuse sont in w^i*fe«, inefficaces et dangereuses. Inutiles, parce que Anvers suffît comme centre de

i'i l'europe en armes

résistance non négligeable sur la ligne d'invasion, et que les canons des forts ne peuvent empêcher les défenses, d*ètre tournées; ainsi une armée française débouchant de Valenciennes et de Maubeuge, tourne Liège par Landen, Hasselt.

Inefficaces, parce que comme le reconnaît du reste legénéralBrialmont lui-même, Tarmée belge est numélûquement insuffisante pour parfaire à sa tâche muU tiple.

ËnOn elles sont dangereuses, parce qu'elles ex* posent de riches cités industrielles à un bombardement.

Le général Chagal, ancien ministre de la guerre, se basant sur des considérations stratégiques, nie T intérêt que peut avoir, tout comme le général Brialmont dans les conclusions de son livre sur la Situation militaire de la Belgique, soit la France, soit rAllemagne à violenter la neutralité belge, et conclut également à la périlleuse inutilité de ces fortifications.

Au général Pontus, ministre de la guerre, revenait naturellement l'obligation de soutenir le débat et de réfuter les objections du leader de l'opposition. Il y a fort heureusement réussi sur tous les points, sauf sur celui touchant l'insuffisance numérique de l'armée belge. Il s'est surtout attaché à faire ressortir la situation périlleuse faite à une armée d'invasion s'engageant dans le défilé entre Anvers et la ligne fortifiée de la Meuse, dont il déGnit ainsi le rôle :

Places d'aiTêt mettant le pays à l'abri d'une invasion et empêchant les belligérants d'utiliser la vallée comme base d'opérations.

Têtes de pont permettant à l'armée belge de ma-

nœuvrer sur les deux lignes, tout en conservant les communications avec Anvers.

Points d'appui et de manœuvre facilitant les opérations d'une armée de secours avec laquelle Tarmée belge pourrait combiner ses mouvements.

Bref, le ministre a eu l'heureuse fortune de faire prévaloir son argumentation et le principe a été voté le 19 mai.

Il a été non moins heureux de se tirer des médiocres explications fournies par lui sur la fixation des crédits, alors qu'il estime la dépense totale des travaux (avec les 20 millions pour l'armement) à 83 millions, tandis que le député Scoumanne suppute assez irréfutablement la dépense totale à 80 millions.

Les travaux dont l'adjudication a été accordée le 8 mai 4888 à Liège, au syndicat franco-belge, représenté par MM. Adrien Hallier, Eugène Letellier, Léon Letellier, Jules Baratoux etBraive, comprennent :

4<» Le camp retranché de Liège, 6 forts et 6 fortins; 6 de ces ouvrages sur la rive gauche : Flémalle, Hallonge-aux-Pierres, Alleur, Lantin, Liers, Vivegnis; sur la rive droite, entre la Meuse et la Vesdre : Barchon, Evegnée, Fléron, Ghaudfontaine ; entre la Vesdre et rOurlhe, Embourg ; entre l'Ourthe et la Meuse, Boncelles.

Ces ouvrages sont espacés entre eux de 2,500 à â,000 mètres, et sont éloignés de 9 kilomètres et demi du centre de la ville.

2° Fort intermédiaire de Huy.

3° Camp retranché de Namur, 5 forts et 4 fortins.

Sur la rive gauche : Suarlée, Saint-Marc, Daussoulx, Marchovelette ; sur la rive droite : Maigeret,

Wierdc, Dave ; entre la Meuse et Sambre, Wepion et Malonne.

Ces ouvrages sont espacés de 3 à 3 kil. 500, et sont placées de 6 à 7 kil. 800 du centre de la ville.

Des 26 points fixes échelonnés sur le cours de la Meuse, des frontières de France à celles de Hollande, 19 sont dans le rayon d'action des ouvrages que nous venons d'énumérer. Les 7 qui se trouvent hors du rayon sont sans importance, 2 entre Liège etNamur, 5 en amont de Namur.

i"* Fort d'arrêt à Saint-Trond fermant la ligne Hasselt, Gembloux, Gharleroi, Ghimay.

L'envahisseur, quel qu'il soit, voulant traverser la Belgique sans emprunter le territoire hollandais, n'a donc à sa disposition, échappantà l'action des ouvrages sur la Meuse, que la ligne : Montmédy, Virton, Libra^ mont, Pepinster, Verviers.

Thiers, dans un de ses discours à l'Assemblée nationale, a eu l'inhabileté, s'inspirant de certain passage de la prétendue Géographie militaire de Th. Lavalée, de proclamer comme axiome : « La vallée de la Meuse, l'histoire le démontre, c'est la véritable voie d'invasion ouverte à la France contre l'Allemagne du Nord. >

Et Thiers commeltail encore une nouvelle erreur en s'appuyant sur le passage de Jommini disant : « Qui est maître de la Meuse est maître de la Belgique, » car Jommini ne s'occupe que du cas très particulier de la campagne de 1793.

Le$ Allemands et les quelques Belges accaparés dans Torbitre de M. de Bismarck usent et abusent de

cette déclaration pour imputer à la France la criminelle arrière-pensée de violenter la neutralité belge.

Pour se défendre du même méfait que nous ne manquons pas de leur incriminer, pour bien établir combien sont honnêtes leurs intentions, les Allemands invoquent un extrait du fameux mémoire établi en 1868 par M. de Moltke, mémoire qui sert d'introduction à l'histoire de la guerre franco-allemande par la seclion historique de l'état-major général de Berlin : « Si la France pénètre en Belgique, son armée s'affaiblira considérablement par les détachements qu'elle devra laisser à Bruxelles et devant Anvers. De la Moselle on peut plus facilement encore que de Cologne, s'opposer à la continuation d'un mouvement des Français au delà de la Meuse, car nous forçons l'adversaire à faire front vers le Sud et à recevoir une bataille décisive, alors que ses propres communications seront menacées. »

A bien chercher, à scruter uniquement les considérations stratégiques (lignes d^opérations et réunion de toutes les forces disponibles sur le point essentiel), nous contestons formellement l'avantage que peut valoir à l'un des deux belligérants, la violation, au début, des hostilités de la neutralité belge.

Toutes les personnes qui pensent avec nous que la première bataille de la future guerre franco-allemande sera une bataille de rupture, ne subissant d'au 1res inQuences stratégiques que celles résultant du déploiement, admettent qu'on ne peut imputer à la France la folle tentation d'une action offensive à travers la Belgique.

î2Tt) LEUHOPE EX AHMES

Et je sais aussi, le tenant d'une source autorisée, que jamais semblable projet n'a même été discuté dans les conseils de ceux gui ont à connaître de remploi de nos forces.

D'autre part, je n'ignore pas que certains agissements de rAUemagne, ne serait-ce que par les investigations de ses agents secrets*, pour ne parler que des moins secrètes de ces informations, indiquent de la part de l'Allemagne certaines préoccupations très intéressées (Travail concernant les voies ferrées, le matériel; établissement d'une statistique pour le cantonnement et le ravitaillement, etc., etc., sans même omettre malgré leur exagération certaine les travaux à la station frontière de Dalheim). A ce sujet aucun doute.

Mais je nB crois pas, par contre, que TAllemagne puisse à ce point se faire illusion et sur sa supériorité numérique, et sur la célérité de sa mobilisation, pour risquer une grosse aventure, plaçant la jonction de ses masses convergentes bien en avant de sa zone présumée de concentration, et exposant une grosse fraction de son armée à subir isolément Teffort de toutes nos masses réunies.

Il esta mon avis fort possibleque la neutralité belge court risque d'être violentée, mais je crois qu'elle ne le sera avantageusement que pendant la deuxième période de la guerre, et très probablement alors par le vainqueur de la première partie.

' Les preuves de ces agissements abondent. Je rappt41e entre autres les confidences faites à un de nos confrères de lajircsse politique par le sieur T..., ancien agent au service de M. KrUger, chef de la police politique à Berlin.

Les Allemands, s'ils sont vainqueurs dans cette lutte épique, rechercheront la commodité des voies de la vallée de la Meuse : 4° pour tourner notre seconde ligne de défense, 2° pour faire arriver sur Paris, objectif définitif, leur gros matériel de siège et tous les ravitaillements; en un mot, pour substituer h leurs lignes de ravitaillement obstruées et épuisées (qu'on me passe le mot) des lignes non encore appauvries.

La France de son côté, si même elle avait le grand bonheur, tant espéré, de refouler le premier flot de l'envahisseur, n'a que médiocre intérêt àdéplacer, plus au nord, l'axe de ses opérations, pour éviter de pénétrer dans le défilé entre Metz et Strasbourg. Tout au plus pourrait-elle avoir la tentation de prolonger la gauche son déploiement.

Mais ce serait peut-être là cgiLSsi, à moins de conditions toutes occasionnelles, une dangereuse méconnaissance de l'importance prépondérante de la bataille décisive dans les plaines de Lorraine.

Puisque nous admettons, pour un instant, la possibité de la violation du territoire belge, par le vainqueur dans la première période de la grande lutte, nous pouvons pousser plus loin notre investigation, et nous demander quelle sera dans ce cas, l'attitude du gouvernement belge.

Disons simplement et sans aucun subterfuge, qu'il nous paraît fort possible que le gouvernement belge cherche une raison pour motiver la passivité la plus prudente.

Raison bonne ou mauvaise, peu importe, que le succès saura faire accepter.

278 L*EUROI>Ë EN ARMES

Cette raison sera peut-ôtre simplement Tinsuffisance des moyens militaires de la Belgique, Timprudente mais honorable folie de risquer les destinées du royaume pour la vaine satisfaction de s'acquitter d'un devoir de conscience.

Et de fait cette raison sera valable en apparence, tant que la Belgique n*aura pas modifié le principe de son organisation militaire.

Infanterie : J9 régiments (14 de ligne) soit S8 bataillons de guerre et 20 quatrièmes bataillons, plus les compagnies de dépôt destinées à former les cinquièmes bataillons.

Cavalerie : 8 régiments à 5 escadrons (2 de chasseurs, 2 de guides, 4 de lanciers).

Artillerie de campagne : 4 régiments; les régiments n^" 1 et 3 à 8 batteries montées et 2 de réserve, sont dits divisionnaires; les régiments n*'* 2 et 4 à 7 batteries montées, 2 à cheval et 1 de réserve fournissent l'artillerie de corps.

Artillerie de forteresse : 3 régiments à 16 batteries. — Génie : 1 régiment à 4 bataillons de sapeurs mineurs et 8 compagnies de troupes techniques.

Le service est obligatoire à partir de la 19® année, mais non personnel, le remplacement étant admis. La durée du service est de 8 ans dans l'armée active (service efl'ectif dans l'infanterie, 28 mois).

Contingent annuel, 13.00Ôh. sur 32.000 inscrits.

Ces troupes doivent fournir à la mobilisation une arnfîée de 130.000 hommes, ainsi répartie :

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