III. Gendarmerie et dépôts
Que peut une armée de campagne de 68.000 homme's manœuvrant même entre Anvers et la Meuse, ses deux flancs appuyés?
Que faire avec 12.600 hommes sur la Meuse? ?
Et puis enfin, la Belgique est-elle même certaine de pouvoir constituer cette armée de 130.000 hommes?? ?
Les 8 classes d'activité doivent donner 106.000 hommes.
Les 9 et lO'' classes — 11.000 hommes.
Les 11, 12 et 13® classes (sans les hommes mariés) 14.385 hommes.
Le ministre delà guerre, dans ces calculs, fait intervenir un déchet, mais ses prévisions ne sont-elles pas au-dessous de ce que bon nombre d'officiers redoutent?
VAllgemeine Zeitung de Munich, dans un article très étudié (14 février 1887), s'appuyant sur des données sérieuses, comme celle des Jahresberichte de von Lôbell, n'estime pas à plus de 90.000 hommes et
304 pièces Teffectif immédiatement mobilisable de Tarmée belge.
J'ajouterai encore que le complet en officiers n'est pas atteint (il en manquait «314 en 1885), et que la majeure partie des réserves est composée d'hommes inexercés au moins depuis 6 ans.
Ce que j'appellerai le cadre permanent de l'armée est excellent. Ses officiers bénéficient en Europe, au point de vue de l'instruction professionnelle et du savoir scientifique, d'une réputation aussi solidement établie que justement méritée.
Mais cela ne suffit pas, hélas * !
Ce qu'il faut à la Belgique c'est une réorganisation plus complète de sa force armée par l'abolition du remplacement, et l'adoption du service personnel permettant au royaume de disposer sûrement d'une armée de 180.000, peut-être même de 170.000 hommes.
Le parti politique au pouvoir est malheureusement contraire à cette réforme, et c'est dans les rangs de l'opposition gouvernementale que se groupent autour de M. d'Oultremontles partisans de cette rénovation.
Le roi, on le sait, est personnellement partisan convaincu de la réforme. Il n'a jamais négligé aucune occasion d'affirmer ses vues, que ce soit au mois d'avril de l'année dernière, en remettant à Laecken, au capitaine Mercier, Tétendard des chasseurs de la garde civique, que ce soit cette année en recevant à
« Voir pour les détails d'organisation la faiblesse des effectifs, ce qui manque pour constituer la fornnation de réserve, etc., etc., les articles du journal la Belgique militaire : « Sommes-nous prêts? », no 887 et suivants (1888).
Toccasion du l*^** janvier, le bourgemeister Buhl, que ce soit enfin en laissant à quelques personnalités marquantes de son entourage le soin de publier (janvier 1889) la fameuse brochure verte '.^ La Belgique actuelle au point de vue commercial, colonial et militaire. Programme de politique nationale » , qui a fait vibrer à Vunisson le patriotisme de la presse libérale {Précurseur^ Opinion^ Journal de Gand, Ja Meuse y la Gazette, VF toile , la Nation, etc.).
Peu importe Fauteur réel de Técrit, le colonel Lahure, le général Brialmont, le baron Lambermont ou M. Banning; la collaboration tacite que Ton s'entend généralement à attribuer au roi, fait espérer qu'il aura l'énergique volonté de faire adopter ses vues au cabinet que préside M. Beernaert.
En un mot, la lutte est sérieusemnnt engagée cette fois entre les deux partis, dont l'un prend pour mot d'ordre « Personne soldat contre son gré » , et demande qu'on abolisse entièrement la conscription et le tirage au sort, pour adopter, comme en Angleterre, une armée de volontaires, et dont l'autre, sans tomber absolument dans l'excès contraire, réclamiele service personnel, non pas tant pour faire cesser l'odieuse injustice des inégalités sociales que pour organiser solidement et fortement la défense nationale.
Les auteurs de la brochure verte, aussi bien que Iç comte d'Oultremont dans un nouveau projet, sont d'accord sur la nécessité de porter de 13.000 à 20.000 hommes environ l'efFectif du contingent annuel, afin de permettre à l'armée entretenue à 106.000 hommes de pouvoir mettre en ligne à la mobilisation de 2o0 à 300.000 hommes.
iSi l'f.urope en armes
Je signalerai enfin, pour ne rien négliger dans cet innporlant débat, Tessai de recourir comme en Suisse au système des milices, essai que patronne la petite brochure de propagande < La Nation armée » de M. Georges Lorand^ rédacteur en chef de la Réforme, avec préface par Paul Janson.
La situation très critique faite à la Belgique, entre la France et l'Allemagne, par les soupçons que chacun des deux voisins nourrit à Tégard de Tautre, provoque dans la presse une incessante polémique, jamais lasseS et abordant pour l'alimenter, toutes les questions incidentes qui peuvent se rattacher à la grande discussion.
Deux de ces questions ne peuvent être omises, car elles se présentent pour ainsi dire comme les corollaires du sujet principal. Ce sont : la question des langues ou la lutte sur le terrain philologique, )a question des canons ou la lutte sur le terrain industriel.
ISOTE
On s'étonnera peut-être que je néglige roccasion de celle étude pour réfuter à fond le roman politique et stratégique édité par la Nouvelle Revue,
11 y a quelques mois, au moment de Tincident deTévê-
^ Quand la presse reptilienne est par trop à court d'arguments ou d'incidents, elle impute à la Belgique une inféodation aux idées républicaines, attendant dç la grande sœur voisine la liberté politique.
La Gazette de la Croix s*attribue le plu^ souvent le privilège de ces insanités.
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que de Strossmayer, la Gazette de Cologne avait la primeur d'une letlre adressée à Léon XIII, par le grand patriote slave.
On constatait, quelques jours plus tard, que ladite ^'azette avait été mystifiée par un jeune farceur, le sieur Victor Hahn d'Esseg.
La Nouvelle Revue a été également victime d'un habile faiseur, n'en déplaise au comte Yassili qui, de parfaite bonne foi, a endossé la responsabilité de ces prétendues révélations.
L'ignorance des questions géographiques, techniques et militaires, qui s'étale notamment dans le second article, suffisait amplement à discréditer — au point de vue du savoir — l'auteur, coupable de cette imposture politicolittéraire, et l'éditeur responsable de s'être laissé choir dans un piège si grossièrement agencé.
Et là-dessus silence et discrétion; bien des personnes au monde y ont intérêt.