LE TRANSPYRÉNÉEN ET LA QUESTION DU MAROC
Deux questions intéressantes pour nous doivent compléter notre étude sur TEspagne.
Nous voulons parler du transpyrénéen et de la question du Maroc.
La question du transpyrénéen est depuis de longues années déjà à Tordre du jour, et il est désirable dans rintérêt des deux peuples qu'elle se réalise sans beaucoup tarder. Cette question a été tellement étudiée qu'il est superflu d'entrer dans une discussion technique. Qu'il nous suffise de la rappeler dans son état actuel.
Il y a de fâcheuses divergences de vues entre les deux gouvernements et chacun fait prévaloir ses propres intérêts. L'Espagne préconise la percée par Canfranc pour desservir les intérêts vinicoles de l'Aragon, et aussi, avec l'arrière-pensée de se gagner les faveurs des populations de ces provinces. C'est dans ces intentions que M. Sagasta a fait voter, le 29 mai dernier, la loi accordant une subvention kilométrique de 40.000 à ce tracé, subvention s'ajoutant à celle de 60.000 francs déjà consentie par la loi du 5 janvier 1882.
La ligne de Canfranc serait ensuite complétée
parcelle de Soria, Gastepon-Pampelune, évitant ainsi pour se rendre àMadrid, le grand détour par Miranda^ Burgos et Valladolid.
La France accorde ses préférences au tracé par la vallée de la Nogueria-Palaresa, et un député M. Ascaradi a très j ustement fait ressortir que le gouvernement français s'était engagé à ne prendre sa part à la perforation du tunnel international de Ganfranc, que si le gouvernement espagnol commençait sinuiltanément les travaux dans la vallée de la Nogueria- Palaresa. Par suite une entente préalable est indispensable entre les deux gouvernements. Nous croyons savoir que cette entente ne tardera pas à sa réaliser et qu'alors, de part et d'autre les travaux seront activement poussés sur les deux versants du Somport.
Jusqu'en 1884, l'influence anglaise qu'elle se manifestât par persuation ou intimidation, était prépondérante à la cour shérifienne.
Les Allemands, malgré tous les efiforts de leurs missions commerciales et militaires n'ont pu réussir auprès de Mouley-el-Hassan-el-Taffllali, et, impuissants à lutter seuls, ils ont dû appeler à leur aide, une mission militaire italienne spécialement chargée de l'installation d'une manufacture d'armes.
Jusqu'à présent, malgré de pressantes démarches encore renouvelées au mois de février de cette année, l'Allemagne n'a pu réussir à se faire céder la station maritime qu'elle convoite entre le cap Très Forças (Melilla) et l'embouchure de la Moulaya, ou aux îles
Chaffarines, ou encore, mais c'est un pis aller, en face de Mogador. L'Allemagne n*a guère été plus heureuse dan» ses entreprises commerciales, en dépit des subventions clandestinement accordées par des chambres de commerce ou des sociétés dans le geiire de celle : Gesellschaft Zur Beforderung Uber-Seeischer Handels-Verbindungen.
Quant à notre mission militaire, malgré la valeur personnelle, Ténergie et la bonne volonté de quelques-uns des officiers qui la composaient, elle était trop mal dirigée et trop insuffisamment protégée par le précédent ministre de France à Tanger pour pouvoir prétendre à de bons résultats.
La mission une fois réorganisée et lorsque Mé Patenôtre aura pris langue, nous pouvons espérer reconquérir au Maroc, une partie de Tinfluence qui nous y est légitimement due.
En attendant, l'Espagne est de toutes les puissances la seule ayant des intérêts sérieux engagés au Maroc.
La population européenne des villes est exclusivement espagnole, et l'influence qu'elle exerce sur cette partie de l'Afrique septentrionale ne date pas seulement de la mémorable campagne du cardinal de Sisneros, il y a quelque 378 ans. Seule, l'Espagne pourrait légitimer son droit d'intervention dans la crise à la veille de s'ouvrir.
L'Espagne a déjà montré à toutes les époques, en 1859-60 notamment, comment elle entendait affirmer et soutenir ses droits incontestables, sinon incontestés.
En 1859, comme elle se préparait a le faire en
octobre 1887, elle a commencé à former à Algésiras, à Cadix, à Malaga et à Antequerra des corps d'observations destinés tout d'abord à renforcer ses présidios : Genta, Alhucémas, Penon de Veley et Melilla.
Ce renforcement des garnisons espagnoles, pour la prompte exécution duquel sont rédigées des instructions confidentielles, est une première opération légitimée par le droit d'assurer une effective protection à la population entièrement espagnole de ces cités de la Barbarie.
L'action militaire peut malheureusent être obligée de s'étendre davantage, entre autre cas, si besoin était fait à l'Espagne de saisir des gages pour soutenir ses négociations diplomatiques.
Melilla est le port du Rif, mais les opérations militaires dans cette Kabylie marocaine ne sont nullement admissibles.
Tanger, siège du corps diplomatique et la seule ville pourvue d'une petite colonie européenne non exclusivement espagnole est à éviter pour ces raisons, et pour d'autres encore, au nombre desquelles je ne comprends toutefois, pas les prétendues fortifications de la ville.
Reste Tétouan, qui peut être attaqué directement par un débarquement à Sainte-Marie, à trois heures de marche de la place à laquelle conduit la vallée de l'Oued Arouali. A moins de ne pouvoir faireautrement, les Espagnols renonceront sûrement à la voie de terre cheminant de Ceuta (deux petites journées) à travers les bosselures de l'Anjora.
Tétouan aux mains des Espagnols est déjà une
première compensation qui peut contraindre les Marocains aux satisfactions revendiquées. S*ii était nécessaire d'étendre les opérations il faudrait se résoudre à marcher sur Fez.
Fez peut être atteint en quatre jours après un débarquement à Rabat.
Une campagne rigoureusement conduite ajouterait à l'expédition Rabat-Fez, la marche Sainte-Marie- Tétouan, en y joignant l'occupation d'Arcila et de Larache qui permettrait de menacer El-Rsar-el-Kébir à une journée et demie de la côte, ville de 12 à 15,000 habitants, très importante par sa situation entre Tanger et Fez, et commandant à Touestles défilés du Rif.
Et maintenant si Ton me demande quel compte je fais dans tout cela de Tarmée shérifïienne, je répondrai qu'il vaut autant ne pas en parler. Elle est inférieure. La campagne de l'empereur, au printemps de cette année, contre les tribus insurgées, l'a établi une fois déplus, etelleest,dis-je, de beaucoup inférieure aux contingents indisciplinés, non organisés, mais braves, des tribus qui ne reconnaissent que difficilement l'autorite du sultan*.
' Les tribus berbères du Rif (les Amarzigs) ne sont que normalement soumises à Tautorité des souverains du Moghreb. Le plus souvent, des expéditions militaires sont nécessaires pour faire rentrer les impôts. Quant aux berbères du Souss (les Schleux), Mouley-el-Hassan a à peu près réussi par ses expéditions de 1882 et de 1886 à leur imposer des ca!ds de son choix, et à étendre sa domination jusqu'aux confins du Sabara.
Le Portugal est très certainement le seul pays d'Europe que sa situation géographique mette, heureusement pour lui, à Tabri des convulsions qui, un jour ou l'autre, peuvent bouleverser le vieux monde. Néanmoins le petit royaume auquel nous attache de si étroites sympathies, n'a pas voulu se complaire dans une indolente sécurité. Il a travaillé et beaucoup travaillé pour parfaire son organisation militaire. Nous n'avons donc pas le droit de l'exclure de l'étude d'ensemble que nous consacrons aux diverses armées européennes.
Une loi organique toute récente, elle date du 12 septembre 1887, modifiant celle du 31 octobre 1887, a fait subir à l'armée portugaise une importante évolution, par l'adoption du service obligatoire et personnel, sauf toutefois en ce qui concerne les colonies où Ton admet encore la tolérance du remplacement.
Le jeune homme incorporé dans sa vingtième année sert trois ans dans l'armée active, cinq ans dans la première et quatre ans dans Ja seconde réserve (marine six ans d'activité et trois ans de réserve).
Les dispensés du temps de paix sont classés pendant douze années dans la seconde réserve.
396 l'ecrope en armes
Le contingent annuel qui est encore de 13,000 hommes, mais doit être porté à 13,000 hommes à partir de 1890, permet l'entretien sur le pied de paix d'une armée de 21 à ±2,000 hommes, ainsi composée :
/nfanlei^ie : 24 régiments de ligne et 12 régiments de chasseurs à 2 bataillons actifs et un cadre de bataillon de dépôt.
Total 72 bataillons actifs et 36 bataillons de réserve, soit 108 bataillons, auxquels on peut encore ajouter 36 bataillons de dépôt à former à la mobilisation, en grande partie avec des hommes non instruits.
L'infanterie est armée d'un excellent fusil à répétition du calibre de 8 millimètres.
La cavalerie : 10 régiments à 3 escadrons actifs et
1 cadre d'escadron : 5,840 chevaux^
Les deux premiers régiments portent la dénomination plus spéciale de lanciers de Victor Manuel et de lanciers de la reine.
V artillerie : 3 régiments d'artillerie divisionnaire à 8 batteries (pièces Krupp) ;
3 régiments d'artillerie de corps à 6 batteries (1 régiment incomplet).
1 régiment de batteries de montagnes à effectif réduit. •
Soit 48 batteries montées et 6 batteries de montagnes.
Enfin, deux régiments d'artillerie de forteresse à
2 bataillons actifs et une compagnie de réserve plus des détachements spéciaux aux Agores et à Madère.
Le génie est représenté par un régiment à 2 bataillons et un cadre de bataillon de dépôt.
Ce régiment satisfait par sa composition à toutes les exigences techniques de l'arme.
L'armée portugaise ainsi établie peut aisément fournir à la mobilisation :