‹ L'Europe en Armes en 1889Chapitre 9 sur 62 · PREFACE XXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXI

penon, aux Lewal, c'est-à-dire le compromettre sans retour devant le pays?

Le camp opportuniste procède donc d'abord par flatterie :

— C'est la jeune armée qui passe, s'écrie l'un. Saluons !

— C'est le ministre réformateur qu'il nous fallait, ajoute hypocritement un second compère.

Mais le général Boulanger évite le piège.

Ministre muet, indolent, soumis, il ne veut pas l'être. Il élève la voix. Il parle à l'armée. Il parle à la jeunesse des écoles, il parle au pays, se souvenant de cette maxime de Montluc, reproduite par le prince Charles, par Napoléon : Un général doit haranguer le soldat, lui montrer le but, lui indiquer ses devoirs, et faire vibrer dans son âme la corde du devoir et du sacrifice, sans laquelle il n'est qu'un mannequin armé.

La confiance intuitive de la première heure s'affermit à ce mâle langage. Elle se manifeste ouvertement. Il se prodiiit comme une renaissance de la fierté française.

On commence à remettre le képi sur l'oreille, dit un maréchal de France. C'est un bon signe.

Puis viennent les œuvres qui consacrent définitivement la popularité du jeune ministre.

Du petit au grand, tout est revu, tout est coordonné et la plupart du temps amélioré.

Toute entreprise humaine est sujette à la cri-

XXn PREFACE

tique et rinfaillibilité Vest pas de ce monde.

Mais ce qui est inattaquable, ce que des plumes françaises n'auraient jamais dû attaquer, c'est le but nettement indiqué par l'unité de vues, par Fardeur des efforts qui caractérisent Toeuvre ministérielle du général Boulanger.

Comme disait un brave ouvrier, dans son langage primitif : « Cette fois, ce n'est pas pour rire. »

Sans doute, il y a eu du bruit, il y a eu du tapage, il y a eu uij grand nombre de mesures qui semblaient inspirées par un désir immodéré de. réclame.

Mais peut-on réveiller un peuple par des chants mortuaires, par des oraisons funèbres, par une plainte éternelle? On bat le tambour devant des bataillons en marche. Pourquoi ne pas battre la grosse caisse devant une nation qui doit toujours être prête à marcher? Qu'importent les moyens quand le but est atteint, alors que ces moyens sont honnêtes et que ce but c'est le réveil de l'esprit national !

Riez, politiciens, riez, stratégîstes en chambre, riez, militaires aspirant surtout à la trêve et au repos. Riez parce qu'on a replacé les trois couleurs à la porte et sur les frontons de nos édifices. Riez, parce qu'on a mis sur les bâtiments militaires les noms illustres de notre histoire, parce que l'armée a reparu périodiquement sur

PRÉFACE XXm

nos places publiques, parce qu'on a adapté le chant national aux sonneries des troupes, parce que les recrues et les réservistes ont été conduits et reconduits aux gares, musique en tête. Oui, vos critiques semblent puériles à ceux qui ont de près vu l'effet produit. Quinze années de bavardages, de discours emphatiques, de protestations solennelles avaient laissé la nation dans la sombre désespérance. Ces petits, ces tout petits moyens ont réveillé ses souvenirs et sa foi. Qui connaissait mieux ce peuple, de vous ou duchef deTarméeîEtpuis, ô politiques funestes, pendant qu'on jetait cette pâture à vos dissertations, à votre presse, à vos harangues, le fond de l'œuvre étaitsoustraite à vos indiscrètes appréciations. La réclame, c'est vous qui l'avez faite. Vous poursuiviez le ridicule, vous avez ancré la popularité.

C'est au milieu de vos criailleries que le soldat a vu se perfectionner son outillage, s'ornçr ses casernes de souvenirs patriotiques, s'améliorer son existence, s'humaniser sa discipline, se multipler la sollicitude ministérielle.

C'est malgré vos indignes attaques que le sous-officier a vu se relever sa situation morale, s'augmenter ses heures de liberté, s'annoncer un avenir assuré à sa carrière d'honneur et de sacrifices.

C'est au milieu de vos embûches que l'officier,

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