TOTAUX
Fusils... 2.977.000
Fusils.... 3.230.000
Sabres . . 135 . 000
Sabres.... 273.000
Canons.. 7.698
Canons... 10.723
Excédent en faveur du groupe franco-russo-bulgare :
Fusils
Sabres
(1) J. Lauth, l'État militaire des principales puissances étrangères, p. 84, 90, 95. Berger-Levrault, Paris, 1900.
(2) Op. cit., p. 507, 509, 513.
(3) Le LôbelVs Jahresberichte de 1899 renvoie au LbbelVs Jahresberichte de 1895. A la page 181 on trouve : fusils, 108,000; sabres, 8,000; canons, 384. Mais ces chiffres ne concernent que l'armée de première ligne (quatre corps mobilisés). D'après le Russky Invalid (mars 1899), l'armée roumaine a créé des cadres de bataillons de milice, permettant de porter l'infanterie à 207,000 fusils.
(4) En l'absence de chiffres officiels, ceux-ci ont été obtenus par le procédé suivant : d'après une " Étude comparative des ressources de la France et de l'Allemagne au commencement de 1879» , publiée parle Journal des sciences militaires en janvier 1879, l'effectif de guerre de la France était
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fasse, la Grande-Bretagne est condamnée à ne plus avoir avant longtemps de troupes de débarquement. Conséquemment, durant une période dont il est encore impossible de prévoir le terme, sa flotte sera réduite à faire la police des mers et des bombardements, dont l'effet moral est peut-être important, mais dont l'inefficacité stratégique est notoire. Si les colonies françaises sont convenablement armées, pourvues de matériel, d'hommes et de munitions; si les points essentiels des côtes françaises sont bien défendus (et il dépend uniquement du gouvernement de la République qu'il en soit ainsi), la flotte anglaise sera impuissante à exercer une action décisive sur le sort final des opérations. Les Allemands qui réfléchissent de sang-froid s'en rendent bien compte : « L'Allemagne, disaient les Nouvelles de Hambourg en décembre 1900, si elle s'allie avec l'Angleterre, a contre elle la Russie et la France. Elle s'expose, par conséquent, à l'éventualité d'une guerre sur les deux fronts et, dans ce cas, la flotte anglaise ne lui serait pas d'un grand secours, en admettant même que l'Angleterre voulût lui venir en aide (1). »
de 2,423,164 hommes, se décomposant en 1,266,500 fusils, 70,650 sabres, 2,898 canons. Il y avait en outre vingt classes de dispensés, soit : 1,330,000 hommes. — Total : 3,753,164 hommes.
On peut admettre qu'actuellement le nombre des combattants est le même, malgré la diminution du nombre des dispensés et la prolongation du service militaire jusqu'à quarante-cinq ans; en effet, le surplus d'hommes ainsi obtenu a surtout servi à former tous les services de l'intérieur.
On peut donc compter sur 2,400,000 combattants (une plus grande précision serait illusoire), dont 1,250,000 fusils. La proportion de la cavalerie est restée la même ; on admettra donc 70,000 sabres.
Quant à la proportion d'artillerie, elle a considérablement varié. L'artillerie a augmenté de 1/3; en outre, les troupes de deuxième ligne, qui, en 1879, ou bien n'avaient pas de matériel, ou bien avaient du matériel de 5 et 7, sont actuellement armées du 90. On peut donc admettre que le nombre des bouches à feu est d'environ 5,000.
(5) Lautu, op. cit., p. 624, 631, 638.
(6) Lôbell's Jahresberichte, 1899, p. 63.
(1) Cette opinion offre d'autant plus d'intérêt que les Nouvelles de Hambourg sont inspirées, comme on sait, par le prince Herbert de Bismarck,
Au contraire, le groupe franco-russo-bulgare, disposant déjà d'effectifs supérieurs, serait à peu près certain de recevoir des renforts d'une importance considérable,
Les Allemands de l'empire ne se font pas d'illusions sur la solidité des troupes autrichiennes. «Les démonstrations des Tchèques et des Magyars pour les Français, des Slaves du sud pour les Russes doivent être considérées par leurs alliés comme des symptômes périlleux dans le cas d'une guerre de l'Etat du Danube avec un pays quelconque (1). » «Si l'Autriche devait combattre de concert avec l'Allemagne, on peut penser avec quel enthousiasme et quelle hâte les régiments tchèques, pleins de haine pour tout ce qui est allemand, se porteraient au secours de leurs camarades allemands (2). » Ces appréciations peu suspectes, jointes à ce que l'on sait déjà (V. p. 308), permettent de prévoir ce qui pourrait arriver, si l'Autriche avait à combattre non plus de concert avec l'Allemagne, mais si l'Autriche était attaquée par elle.
L'armée de François-Joseph est composée :
Pour les 4/10 de Slaves,
Pour les 3/10 d'Allemands,
Pour les 2/10 de Magyars (3).
Or, pour des raisons déjà exposées (4), les Magyars ne
qui, fidèle aux traditions de son père, est opposé à la politique pangermaniste de Guillaume II et par suite à sa conséquence : l'alliance avec l'Angleterre.
(1) « Die Kundgebungen der Tschechen und Magyaren fur die Franzosen, der Siïdslaven fur Russland wurden im Fall eines Krieges des Donaustaates mit jenen Làndern als bedenkliche Erschcinungen, besonders vom Standpunkte der Bundesgenossen anzusehen sein. » Schwarzesberg, Kann sich die ôsterreichisch-ungarische Armée clen Einjlùssen der Nationalitàten kàmpfe entziehen??? p. 23. Lehmann, Munich, 1898.
(2) « Man denke sich die Begeisterung, mit welcher im Fall eines Kampfes Schulter an Schulter mit Deutschland heute tschechische Regimenter mit dem an der Mutteibrust eingesogenen Hass gegen ailes was deutsch, dem deutschen Kamaraden zu Ililfe eilen wurden!! » Op. cit., p. 24.
(3) Un dixième de l'armée austro-hongroise est formé par des Latins, Roumains et Italiens.
(4) V. p. 182 et suiv.
peuvent pas aider les Hohenzollern à s'étendre jusqu'à Trieste. Il serait difficile aux 3/10 d'Allemands, qui, en majorité, sont antiprussiens, de se joindre aux Allemands de l'empire qui viendraient les attaquer, et, même si on l'admet contre toute vraisemblance, dans ce cas, les troupes slaves de François-Joseph, soit les 4/10, aideraient certainement de tout leur pouvoir les adversaires des Allemands de l'empire. Sans doute ces troupes slaves n'ont, en général, que des officiers allemands, mais si les Russes avaient la prévovance de surpeupler les cadres de leur armée de Kiev, les officiers qui seraient en excédent pourraient, en venant à la rencontre des régiments de Guillaume II cntre's en Bohême, encadrer rapidement les troupes slaves de François- Joseph, heureuses de lutter avec les soldats du Tsar contre l'ennemi commun. La valeur de ce renfort serait considérable; autant il est vrai de dire qu'une armée autrichienne seule aux prises avec l'armée allemande est vouée à une destruction inévitable, autant il est exact d'admettre que sa valeur militaire serait des plus sérieuses, si son action s'ajoutait à celle des armées russes et françaises.
Ainsi, dans cette hypothèse (et il dépend des états-majors français et russe de la faire naitre), non seulement l'Allemagne attaquant l'Autriche pourrait être prise à l'est et à l'ouest, mais elle se heurterait encore au sud à une résistance opiniâtre. L'empire allemand serait conséquemment enserré dans la plus formidable des étreintes. Cette éventualité, techniquement possible, entraîne p3r son évidence même d'autres conséquences. Tout d'abord, elle est de nature à inspirer une sage circonspection aux alliés éventuels de l'Allemagne, la Roumanie et l'Italie, circonspection qui pourrait avoir ses effets avant ou après la déclaration de guerre. Il importe d'ailleurs de remarquer que si ces États n'observaient pas la réserve justifiée par les circonstances si dangereuses de la lutte où voudrait les entraîner l'Allemagne, la coopération militaire de l'Italie et de la Roumanie
ne serait pas pour l'empire allemand d'une très sérieuse efficacité. L'armée roumaine peut être immobilisée par l'armée bulgare, qui est excellente, et par un corps d'armée russe posté en Bessarabie. Quant à l'armée italienne, elle ne peut que contraindre la France à maintenir un certain nombre de corps d'armée dans le sud-est du territoire de la République ; des techniciens fort autorisés soutiennent même que, depuis l'achèvement du système défensif des Alpes, des troupes françaises relativement peu nombreuses suffiraient à faire obstacle à toute invasion italienne. Cette situation si nettement avantageuse de la coalition franco-russobulgare aurait en outre un autre résultat militaire : celui d'encourager à prendre une attitude offensive les États hésitants qui, comme le Danemark et la Serbie, ont tant de raisons de se ranger du côté de la France et de la Russie. Il est incontestable que cet ensemble d'éventualités graves et cependant à peu près certaines compliquerait singulièrement la tâche de l'empereur allemand. Une fois les hostilités ouvertes, comment maintiendrait-il en bon état le moral de son peuple si nécessaire au succès final? Le problème paraît difficilement soluble.
Ce n'est pas tout.
La guerre moderne est soumise, de plus en plus, à des exigences économiques d'une extrême complexité. Le sort des armes peut dépendre du bon ou du mauvais ravitaillement des armées d'opération. Or, une Allemagne attaquant l'Autriche, ayant à faire front contre la France et la Russie, éprouverait pour nourrir ses troupes et sa population civile les plus grandes difficultés. Un écrivain militaire français ne faisant allusion qu'à une guerre de la Triplice contre la Duplice, par conséquent à une hypothèse moins désavantageuse, estime que le ravitaillement de l'empire allemand serait déjà des plus pénibles : « L'Allemagne importe chaque année pour plus d'un milliard et demi de produits de consommation et pour plus d'un milliard et demi de matières
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nécessaires à son industrie. Son commerce avec la Russie et la France disparaissant au moment des hostilités, elle serait obligée d'avoir recours , pour la subsistance de sa population et l'approvisionnement de ses usines, aux pa\s d'outre-mer. Les petits États neutres dont elle est entourée, Danemark, Belgique, Hollande, ne paraissent pas en mesure de combler le déficit dans une guerre de quelque durée. » C'est ce que reconnaît le Dr Hasse. « Si nos rivaux de l'est et de l'ouest s'unissaient pour nous boycotter, il s'agirait vraiment alors d'un combat pour la vie (1). » Or, le boycottage économique serait une conséquence inéluctable de la guerre. Dans le cas envisagé, l'Allemagne n'aurait en effet, pour se ravitailler, que la mer du Nord où la flotte française pourrait tout au moins gêner considérablement l'arrivée des convois de vivres. Par contre, au point de vue des subsistances, la situation de la France et de la Russie serait excellente. La Russie a pour s'alimenter tous les pays d'Asie. La France vit presque sur elle-même. Elle n'a besoin que de faibles excédents et même si les Anglais parvenaient à bloquer toutes ses côtes, opération gigantesque, la France pourrait encore recevoir d'Espagne les subsistances nécessaires.
En définitive, toute tentative d'action de l'empire allemand contre l'Autriche peut se heurter à des difficultés militaires, politiques et économiques telles qu'une pareille entreprise aboutirait presque fatalement à un désastre. Or, si un coup de force allemand contre l'Autriche présente actuellement les chances si sérieuses de succès que j'ai exposées au chapitre V, c'est uniquement parce que les éléments d'opposition à une extension continentale de l'Allemagne qui existent latents sur le sol de f Europe ne sont pas encore conscients de leurs forces et fédérés entre eux. C'est à l'opinion publique des Français et des Russes à se pénétrer
(1) Hasse, Deutsche Weltpolitik, p. 7. Lehmann, Munich, 1897.
de ce fait capital et à décider leurs gouvernements à prendre au plus tôt les mesures préservatrices.
Du jour où les cabinets de Paris et de Pétersbourg auront su grouper toutes les forces qui s'offrent à eux, du jour où ils seront prêts à tirer parti de tous les avantages que le temps leur a ménagés, ils auront protégé l'Europe contre tout éclat de la dangereuse politique de Guillaume II, et si, contre toute sagesse, l'ambition pangermaniste l'emportait, ce ne serait alors ni la France ni la Russie qui auraient à supporter les terribles conséquences des batailles perdues.
Il suffit d'ailleurs que ce résultat apparaisse comme à peu près certain pour que les éventualités belliqueuses deviennent le moins probables. Du moment où il serait notoire que les troupes du Tsar et de la République auraient à combattre avec le maximum de cbances de succès, il est certain que le peuple allemand lui-même exercerait sur son empereur une forte pression en faveur de la paix; la folie des grandeurs qui règne à Berlin s'apaiserait graduellement; la sécurité reviendrait en Europe et l'évolution naturelle de l'Autriche pourrait se terminer.
En effet, les Prussophiles, cessant de trouver à Berlin le soutien qui les a fait vivre, deviendraient impuissants en Cisleithanie. Gela ne fait aucun doute. Les auteurs du mouvement pangermaniste le reconnaissent implicitement : « En fait, si les Allemands d'Autriche ne peuvent compter que sur eux, ils auront à supporter bien des années encore les peines de leur misère (1). » «... Je crois que la compression des Tchèques par les Autrichiens n'est guère possible sans une aide étrangère (2). » Certes, le calme intérieur ne
(1) « Aber zur That werden sich die Deutscben aus sich selbst heraug noch lang nicht erheben, dazu mussen sie noch viele Jahre in dem Feuer osterreichischer Misswirthschaftgepeinigt und gelàutert werden. .. » Deutschland bei Beginn desZO. Jalirhunderts, p. 102. Militàr-Verlag, Berlin, 1900.
(2) «... ich glaube, dass die Niederkampfung des Tchechenvolkes den Oesterreichern ohne freinde Hilfe kaum gelingen wird. » Oesterreichs Zusàmmenbruch und Wiederaufbau, p. 9. Lehmann, Munich, 1899.
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se fera pas immédiatement en Gisleithanie. De même que l'Autriche a été troublée de 1859 à 1867 en passant du /égime absolutiste au régime dualiste, de même il y aurait bien des difficultés à résoudre avant de réaliser le « fédéralisme » . Mais peu importe. L'avantage d'avoir rendu les crises internes de la Gisleithanie inoffensives pour la paix européenne serait suffisant. Finalement, d'ailleurs, la force des choses amènerait la solution fédérale. L'Autriche serait alors cristallisée sous une forme moderne.
Tout esprit droit doit souhaiter cet aboutissement des événements de Cisleithanie. C'est l'intérêt de la liberté, puisque le « fédéralisme » est la seule forme d'Etat qui assure le respect des droits des peuples autrichiens; c'est l'intérêt de l'humanité, car la Prusse montre actuellement, en Posnanie, comment elle traite les peuples qu'elle a conquis ; c'est l'intérêt de la justice, car c'est en son nom que les Slaves cisleithans font leurs revendications. Aucun d'entre eux ne veut « porter atteinte aux droits légitimes de la nationalité allemande... Mais la majorité des peuples de l'Autriche ne veut plus de privilèges pour la minorité » . Ils se bornent à dire : « Pas de nation privilégiée, l'Autriche à tous ses peuples (1). » C'est enfin l'intérêt de la paix. L'Autriche est un Etat pacifique, mais l'influence mauvaise de la cour de Berlin sur la cour de Vienne peut encore la pousser dans des complications orientales. Le « fédéralisme » mettrait obstacle à ce dernier danger. Les peuples de Cisleithanie se neutralisant les uns par les autres, ayant surtout à s'occuper sur leur propre sol de questions économiques et sociales, pourraient témoigner efficacement de leur répugnance pour les grandes acquisitions territoriales. L'Autriche deviendrait alors un modérateur des ambitions allemandes d'une puissance extrême et, avec une force encore plus grande que par le passé, elle resterait la clef de voûte de l'édifice européen.
(1) Dr Kramarsch, l'Avenir de l'Autriche. Revue de Paris, 1" février 1899, p. 587 et 600.
Or, que faut-il pour assurer au monde tous ces bénéfices? Simplement la volonté de prévoir à temps.
S'il est vrai qu'actuellement un danger redoutable menace l'Europe, tous les moyens existent d'y parer.
C'est aux Français et aux Russes, au Tsar et au gouvernement de la République, qu'il appartient d'empêcher la « question d'Autriche » de jamais se poser. Il dépend d'eux d'assurer aux peuples, pour une période nouvelle, ce bien suprême : la paix.