CONCLUSION
Toute atteinte à l'intégrité de l'Autriche menaçant la paix européenne, l'objectif d'une politique sage doit être de faire en sorte qu'une telle éventualité n'arrive jamais.
Or, il est possible d'empêcher la question d'Autriche de se poser.
Pourquoi et comment?
Pourquoi ? Parce que l'agrandissement de l'Allemagne aux dépens de l'Autriche ne s'indique point comme un résultat inévitable de la force des choses. La création de l'empire allemand après la guerre contre la France en était un. 11 s'agissait alors de réunir des Allemands de « mentalité » analogue, ayant des intérêts économiques concordants et parfaitement groupés géographiquement. Il n'en est pas de même en Gisleithanie. Les intérêts commerciaux de l'Autriche sont opposés à ceux de l'Allemagne. Des frontières naturelles séparent les deux pays. Vienne est une capitale qui ne veut point se soumettre à Berlin et l'on ri a pas le droit de parler d'une Autriche allemande quand cette expression désigne un territoire qui contient neuf millions d'Allemands, pour le plus grand nombre antiprussiens, et huit millions de Slaves résolus à défendre leur liberté jusqu'à la mort.
Le caractère artificiel de la campagne pangermaniste établit la vérité de ces assertions. Bien qu'aux dernières élections le nombre des députés prussophiles soit passé de sept à vingt-deux, ils ne représentent encore en Autriche
qu'une minorité dont l'action est en opposition complète avec les intérêts et avec les sentiments de l'immense majorité des Autrichiens. En Allemagne, seule, la folie des grandeurs, suscitée par la Weltpolitik de l'empereur Guillaume, a permis à l'idée d'une extension de l'empire vers le sud de naître et de se développer. Mais, il faut bien le remarquer, si les idées pangermanistes font de l'autre côté du Rhin d'incessants progrès, elles n'ont encore gagné que les classes moyennes, les plus influentes sans doute, mais non les plus nombreuses de la population. La masse du peuple allemand n'est point encore conquise. Si l'on parvenait à lui donner le sentiment précis que la politique de Guillaume II la mène à la guerre, son besoin de paix est encore si grand que cette masse pourrait exercer une influence modératrice sur la politique du gouvernement de Berlin. Même à l'heure actuelle, un grand nombre des Pangermanistes de l'empire ne voudraient pas contribuer à causer un conflit général. M. Naumann, par exemple, le dit nettement : « Au point de vue allemand de l'empire, il serait injustifiable, afin de déterminer le démembrement de l'Autriche, de risquer la plus meurtrière guerre que l'histoire ait jamais connue (1). » Il est donc encore possible d'arrêter en Allemagne le courant établi par le Dr Hasse ; mais il n'y a pas un instant à perdre ; chaque jour, le Pangermanisme, puissamment favorisé par la Weltpolitik, fait de nouveaux progrès.
Comment atteindre cet inappréciable résultat?
Simplement, en faisant porter à H alliance de la France et de la Russie toutes ses conséquences .
Ces deux pays disposent en effet des moyens nécessaires pour rendre inefficace toute démarche de l'Allemagne, dangereuse pour la paix. Pour la maintenir, il suffit aux gou-
(1) « Es ware vomreichsdeutschen, Standpunktausunverantwortlich, uni des ôsterreichischen Erbanfalles willen den morderischsten Massenkrieg zu riskieren, den die Geschichte kennen wird. » F. Naumann, DeutschlanU und Oesterreich, p. 6. Verlag der Hilfe. Berlin, 1900.
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vernements de Paris et de Pétcrsbourg de ne pas commettre une erreur qui serait décisive.
La combinaison permettant d'empêcher les affaires d'Autriche de troubler l'ordre européen comporte la mise en action de deux éléments. L'un est représenté par l'opinion publique en France et en Russie, l'autre par des mesures diverses que les gouvernements de la République et du Tsar doivent savoir prendre.
La guerre du Transvaal a établi avec éclat l'influence grandissante de l'opinion publique en matière de politique étrangère. Il est hors de doute que si les manifestations en faveur des Boërs avaient été organisées avant la guerre, l'Angleterre n'aurait point poussé les choses à bout et que la volonté dominante des peuples aurait probablement rendu aux Boërs l'inappréciable service de conserver la paix et à la Grande-Bretagne d'éviter les charges d'une guerre onéreuse et sans gloire.
Cette leçon de choses ne doit pas être perdue. Les Slaves d'Autriche sont les Boërs de demain. Si l'opinion universelle élève la voix en leur faveur, elle peut les protéger. Il suffit d'ailieurs qu'une telle manifestation ait lieu en France et en Russie. On va voir d'abord qu'elle est possible et ensuite qu'elle serait efficace.
En Russie, l'influence de « l'intelligence s sur les décisions du pouvoir est infiniment plus considérable que ne veulent l'admettre les contempteurs mal informés de l'empire des Tsars. C'est l'opinion publique de Moscou, de Pétersbourg, de Kiev qui a convaincu Alexandre II de la nécessité pour la Russie de délivrer les Bulgares opprimés par les Turcs. Ce rôle bienfaisant, l'opinion russe peut le jouer encore. La perspective de voir les Slaves d'Autriche sacrifiés au « Germanisme » et la claire compréhension des dangers qui en résulteraient pour la Russie suffiront à convaincre les sujets du Tsar de la grandeur de leurs obligations présentes. Pour s'en persuader, il suffit de suivre les
phases de révolution par laquelle vient de passer l'opinion russe.
Après les manifestations chaleureuses du congrès ethnographique de Moscou en 1867 et surtout après la guerre de 1870, les Russes ont eu pour les Slaves d'Autriche une indifférence croissante. La diplomatie officielle de Pétersbourg les abandonna même ouvertement. Le mot terrible du chancelier Gortchakoff : «Ces pauvres Tchèques! Ils travaillent pour le roi de Prusse, » fut comme la condamnation sans appel de tous les Slaves cisleithans. Cet état d'esprit fâcheux est en voie de se modifier complètement.
L'action méthodique du gouvernement de Berlin pénétrant les Balkans, la Turquie poussant ses chemins de fer jusqu'au golfe Persique,ontdonné aux Russes un sentiment sans cesse plus net du danger pangermaniste.
Les Novostt (avril 1899) ont accusé Y Alldeutscher Verband de travailler ouvertement à l'union de l'Asie Mineure avec l'Allemagne. Le lien existant entre l'action orientale de Guillaume II et les événements de Gisleithanie apparut bientôt. « Le combat des nationalités en Autriche-Hongrie, dit la Rossia (décembre 1899), est entré dans une phase extraordinairement grave. De tout temps il a présenté pour nous un grand intérêt; il s'agit de l'indépendance des Slaves de l'ouest. Le momentactuel estparticulièrement critique. » Le Novoié Vrérnia (avril 1900) a constaté que le succès des efforts du parti pangermaniste pour établir une alliance organique entre l'Autriche et l'Allemagne équivaudrait à un suicide pour le premier de ces États, qu'une telle Allemagne modifierait considérablement la carte politique de l'Europe et déterminerait de nombreuses complications même en dehors de l'Autriche. Ces complications, le grand organe russe les avait déjà envisagées : « La propagandede l'Union pangermanique menace d'abord la paix de l'Autriche et ensuite celle de la Russie. Son agitation est dangereuse pour la Russie parce que cette société veut éveiller dans tout le
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peuple allemand l'idée que toute terre est allemande où se trouve un seul Allemand. D'après ce principe, les Pangermanistes peuvent élever des prétentions sur la plus grande partie de la Russie : grâce à notre ancienne politique, il y a peu d'endroits en Russie où l'on ne trouve des Allemands. Les Russes suivent maintenant avec une grande attention la lutte entre les Slaves et les Allemands d'Autriche. Ils craignent que si ces derniers étaient vainqueurs, leur chauvinisme ne connaisse plus de bornes (1). «
C'est ce qui se produit déjà. A la réunion de YAllgcmeiner Deutscher Schulverein qui s'est tenue à Darmstadt en 1900, le professeur Dr 0. Harnack a posé résolument la question du « Germanisme » dans les provinces baltiquesde la Russie. Les Russes ont donc raison de prendre très au sérieux les cartes comme celle de Y Atlas colonial de Langhans, intitulée : la Colonisation allemande à test en pays slave (2), où l'on constate que tous les centres allemands en Russie ont été relevés avec un soin minutieux. Quand on l'a bien considérée, on s'explique la colère qui a inspiré aux Moskowski Viedémosti ces lignes indignées : » Les Allemands s'emparent de la Russie. Dans les quatre gouvernements d'Ékatérinoslav, de Gherson, de Bessarabie et de Tauride, les Allemands possèdent 3 millions et demi de déciatines de terres. Le danger est d'autant plus grand que la plupart de ces latifundia ont été achetées à la noblesse... Par leur accaparement systématique de la terre, les Allemands modifient le caractère de l'empire... Le gouvernement doit prêter la plus grande attention à cette question. Il faut mettre des entraves à la colonisation allemande. » Un autre publiciste russe envisage le problème dans toute son ampleur : a L'Allemagne s'efforce d'acquérir la suprématie sur le monde. La France et l'Angleterre ne peuvent plusl'arrê-
(1) Cité par le journal polonais Lech, 24 mai 1899.
(2) Deutsche Kolonisation in Osten. — Auf slavischem Boden.
ter dans sa marche. Une seule puissance, le « Slavisme », peut encore faire obstacle à la poussée du « Germanisme » . La lutte entre les Slaves et les Allemands en Autriche est le prélude de futurs événements. Cette lutte se produira en Russie quand l'élément allemand s'y sentira assez fort... En pays slave, les Allemands ne sont étrangers que le temps nécessaire pour s'y consolider ; ils élèvent ensuite leurs prétentions à la domination. L'Allemand supplante le Russe partout... Dans toutes les grandes villes, surtout dans celles du sud, il y a des colonies qui sans doute se conduisent loyalement et paisiblement; mais nous ne pouvons plus compter sur la russification des dernières générations de ces colonies allemandes. Pour renoncer à cet espoir, il suffit de penser aux nombreux abonnements des journaux allemands de Moscou et d'Odessa et d'observer quelle langue on parle dans les wagons de première et de seconde classe sur certaines lignes russes. Inévitablement le vingtième siècle amènera en Russie un conflit entre l'élément allemand et l'élément russe (1). »
Cette pénétration de leur propre pays par les Allemands aide singulièrement les Russes à comprendre la véritable nature du danger autrichien. Aussi, les grands organes de Moscou et de Pétersbourg tiennent-ils maintenant un langage qui est l'inverse de celui de Gortchakoff.
Les Novosti, envisageant la situation en Cisleithanie, en juin 1900, concluaient : « Il est indispensable de transformer complètement l'organisation de l'État autrichien... Le premier pas dans cette voie serait la restauration des droits du royaume de Bohême, caria Bohême, la Moravie et la Silésie forment un tout indivisible. Le deuxième pas serait l'attribution aux diètes locales d'un nombre considéraMe d'affaires qui actuellement sont de la compétence du Reichsrath... Pour qu'un tel programme se réalise, les Tchèques
(1) V. Politik. Prague, 14 février 1900.
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devront peut-être lutter et souffrir longtemps encore, mais ils peuvent être convaincus de la justice de leur cause... Quant aux Allemands d'Autriche, tôt ou tard, ils devront s'arranger avec la majorité slave en Autriche, comme ils l'ont fait en Hongrie avec les Magyars. »
Cette opinion est devenue celle des Russes, qui, même il v a peu d'années, absorbés parla question d'Orient, admettaient de laisser l'Allemagne s'étendre jusqu'à l'Adriatique. a Quand on médite attentivement sur ce qui se dit et ce qui se fait en Allemagne, on se demande comment il y a des gens assez fous en Autriche-Hongrie pour ne pas voir que la seule chance pour la conservation de leur nationalité — même non slave — est dans le « fédéralisme (1). » M. de Gorlof, l'auteur de ces lignes, collaborateur très distingué du Novoié Vrémia et du Sviet, a très nettement exposé la nature du danger qui s'approche : « L'Allemagne cherche à englober progressivement tout ce qui l'entoure. Elle s'empare peu à peu de l'Europe centrale, du Cattégat au Bosphore, et continue son chemin vers l'Asie et l'Afrique par l'Asie Mineure et la Palestine. En résumé, l'Europe devient sa base d'opérations contre le restant du monde (2). » M. de Gorlof en déduit la politique à suivre : « Les sympathies de vingt-cinq millions de Slaves en Autriche-Hongrie et en Turquie sont acquises à la France et à la Russie. Il s'agit de convertir ces sympathies en quelque chose de palpable (3). » a La grande erreur de la France, comme de la Russie, comme de l'Angleterre, est de ne pas tenir assez compte de l'élément local. Seule l'Allemagne l'apprécie à sa juste valeur, mais elle a beau faire, il lui est hostile. Cet élément, il ne convient pas de s'en occuper au moment de partir en guerre. Il serait trop tard, et les services qu'il ren-
(1) V. de Gorlof, Pensée slave, 12 janvier 1901. Trieste.
(2) V. de Gorlof, la Question d'Orient au vingtième siècle, p. 7. Ventre. Nice, 1899.
(3) Op. cit., p. 15.
(Irait seraient presque nuls. A l'instar de l' Allemagne, c'est maintenant, c'est tous les jours, c'est en pleine paix qu'il faut s'en occuper (1). » Il faut donc aider à la fédération morale des Slaves de l'Europe centrale. « Il y aurait là une barrière de vingt-cinq millions de Slaves appuyés aux deux bouts par la France et la Russie, voire même par l'Italie. Cette barrière serait inexpugnable. On aurait dit à l'Allemagne : « Tu » peux aller jusque là et pas plus loin. » D'ailleurs, hors de l'Europe, l'Allemagne aurait plus que jamais un champ ouvert à son activité, et l'intérêt des autres nations du continent serait de l'y engager, et même de la seconder au besoin (2).\» « La Russie voudrait voir François-Joseph régnant sur une Autriche fédéralisée, amie de la France et de la Russie (3). »
Voilà ce que souhaitent les Russes dans les hypothèses de paix. Leurs idées dans les hypothèses de guerre ne sont pas moins fixées.
Lorsque le député Tiirk menaça les Tchèques des troupes de Guillaume II (voir p. 136), les Moskowski Viedémosti déclarèrent : « Versera-t-on le sang tchèque en Autriche ? Les Allemands sont déjà prêts à appeler en Bohême les régiments allemands. Croient-ils donc que la Russie verrait détruire avec impassibilité des millions de Slaves pour la plus grande gloire de l Allemagne ! » Plus récemment enfin, un publiciste russe a précisé encore davantage : « Nous savons que l'Allemagne se prépare à annexer à la première occasion favorable les Allemands d'Autriche et à faire un saut jusqu'à Vienne et jusqu'à la mer Adriatique. Si l'Allemagne ne visait que les Allemands d'Autriche, cela ne nous regarderait pas, puisque l'Allemagne, même plus puissante qu'aujourd'hui, ne serait pas dangereuse pour la Russie... Mais il reste un cas où la Russie pourrait être obligée d'accourir encore une fois à laide de l Autriche pour la défendre
(1) Idem.
(2) Op. cit., p. 19.
(3) Op. cit., p. 22.
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contre V Allemagne : c'est celui où l'Allemagne se déciderait à vouloir arracher à l'Autriche les Allemands qui s'y trouvent, car il faudrait par conséquent qu'elle attaquât beaucoup de Slaves et beaucoup de provinces slaves puisqu'on ne peut arriver au Danube et à l' Adriatique qu en passant sur des cadavres slaves ; c'est justement ce que la Russie ne permettra jamais (1). ■
Ces opinions empruntées à la plupart des grands organes russes établissent que l'opinion des sujets du Tsar est parfaitement préparée à comprendre la grandeur du rôle qu'il lui appartient de remplir.
En France, pour des raisons différentes, il en est de même. Sans doute les Français sont moins disposés que les [lusses à se passionner pour les questions extérieures, mais ils n'ont plus l'indifférence de jadis pour la politique de l'au-delà des frontières; ils ont éprouvé trop durement les conséquences terribles de l'abstention. La presse sincèrement dévouée aux intérêts du pays — c'est celle formée de presque tous les journaux à grand tirage — pourrait donc exercer une heureuse influence en vulgarisant rapidement la connaissance du danger allemand. Il lui suffirait de rappeler les cas si nombreux où la France a été trompée par la Prusse, et d'insister surtout sur celui de 1866. Alors « la Prusse a consommé son travail séculaire grâce à la neutralité bienveillante de la France. Ce qui fermentait sourdement dans la tête de ses électeurs et de ses rois, ce qu'ils osaient à peine entrevoir dans leurs plus audacieuses rêveries, s'est accompli (2) » . 11 faudrait rappeler sans cesse aux Français que l'imprévoyance seule a causé Sadowa, dont Sedan a été la conséquence; que seule une imprévoyance nouvelle peut rendre possible la réalisation des ambitions actuelles des Allemands . Il faut surtout expliquer aux Fran-
(1) Cité par la Pensée slave de Trieste, décembre 1900.
(2) Victor Guerbuliez, /' Allemagne politique depuis la paix de Prague, p. 368. Hachette, Paris, 1870.
çais que la simple extension du Zollverein allemand à l'Autriche troublerait profondément leur commerce, leur industrie, leurs salaires dans toute l'étendue du territoire français ; que l'intervention allemande en Autriche, c'est fatalement la guerre, puisque l'Allemagne en absorbant l'Autriche deviendrait une puissance « napoléonienne » et que tout empire de conception « napoléonienne » ne peut se soutenir que par la guerre. '
Si les grands organes de la presse française le veulent, ils peuvent rendre à la République le plus signalé des services. Sans doute, les Français sont divisés par leurs querelles intérieures, mais, par un curieux effet de la force des choses, les principaux groupements qui englobent la presque totalité des Français ont des raisons faciles à concevoir d'adopter la même ligne de conduite à l'égard des événements qui se préparent en Europe centrale.
Puisque gouverner, c'est prévoir, les gouvernementaux ne peuvent évidemment pas se refuser à envisager une situation qui met enjeu l'avenir du pays tout entier ; l'histoire serait sans pitié pour une semblable inconscience. Les républicains libéraux de la nuance Méline, qui, eux, n'ont jamais séparé la défense de la France de celle de la République, veulent très certainement garantir leur pays contre tout danger extérieur. Le concours des nationalistes n'est pas douteux, puisqu'ils mettent au-dessus de toutes choses la défense des intérêts généraux de la Patrie française. Les socialistes non nationalistes, quelles que soient leurs sympathies ou leur école, ne peuvent pas davantage se soustraire à l'obligation d'assurer la masse des ouvriers français contre les suites funestes de l'extension du Zollverein à l'Autriche ; sinon, ils démontreraient, avec un éclat dangereux pour leur cause, la vanité de leurs théories. Les antimilitaristes eux-mêmes, groupe peu nombreux, mais disposant de grands moyens, ont, s'ils sont logiques, les raisons les plus fondées de prévenir, par un emploi judicieux des forces armées
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encore existantes, la création en Europe centrale d'une puissance militaire qui, de toute nécessité, contraindrait le vieux monde à entrer dans une période de militarisme bien plus pénible encore que celle en cours actuellement. Aucune question ne se pose pour le groupe politique représenté par la ligue dite des « Droits de l'Homme ». Il a déjà pris parti dans la proclamation éloquente qu'il adressa à ses membres lors du passage du président Krùger à Paris : « Nous avons doublement qualité comme Français pour rappeler, à cet égard, une nation amie au respect d'un principe de raison et d'humanité. C'est d'abord la Révolution française qui la première a proclamé ce principe, que nous avons plus tard remis en honneur, au moment de l'annexion de Nice et de la Savoie; c'est ensuite sa violation barbare qui a' noyé contre leur gré, dans le sein d'une nationalité étrangère, quinze cent mille de nos concitoyens.
« La déclaration des Droits de l'homme ne s'explique point, en termes exprès, sur ce droit impérissable d'un peuple à conserver son indépendance; mais, si elle ne définit que les conditions de la liberté individuelle, elle s'applique, par identité de raison, à la vie sociale des collectivités.
« Nous serions autorisés, s'il en était besoin, à y ajouter cet article complémentaire : Le consentement d'un peuple civilisé est indispensable pour changer sa nationalité. » Cette déclaration si formelle constitue un encouragement pour les Slaves cisleithans et leur garantit un sérieux concours contre les ambitions allemandes.
De même que les partis politiques, les groupes religieux français n'ont aucune raison d'avoir une divergence de vues importante relativement à la « question d'Autriche a .
Sans justifier enfin l'accusation tant de fois portée contre eux de pactiser avec l'étranger, les catholiques ultramontains ne peuvent pas se solidariser avec les catholiques allemands qui, à la suite de Mgr Kopp, favorisent la politique mondiale de Guillaume II. Ils ont donc un motif puissant de
se montrer Français d'abord, de même que les sujets catholiques de l'empereur allemand se montrent Allemands avant tout.
Le cas des protestants est un peu différent. La fraction de ceux-ci, qui se conduit toujours d'une façon exclusivement nationale, se décidera d'après les seuls intérêts français. Quant à ceux qui suivent spécialement les «directions» du Journal de Genève, ils s'inspireront évidemment des notes sympathiques publiées par cet organe en faveur de la Bohême. «... Il est utile que, de temps à autre, cette preuve soit faite, qu'un peuple ayant conscience de sa valeur arrive toujours par lui-même, et quels que soient les obstacles qu'il ait à surmonter, à se reprendre et à s'affirmer. Il porte en lui la force morale qui lui assurera le triomphe final; il est celui qui ne veut pas mourir, comme aurait dit Barbey d'Aurevilly. La Bohême nous offre ce spectacle d'une nation qu'au milieu des pires détresses, Pespérance n'a pas abandonnée, et qui lentement, par un effort opiniâtre et constant, se reconquiert et s'épanouit (1). » Le Signal, organe protestant de Paris, a d'ailleurs formulé très nettement son opinion lors de la lettre retentissante de Mommsen : « Abstraction faite de l'inconvenance, M. Mommsen ne voit-il pas que François-Joseph, empereur d'Autriche, roi de Bohême, roi de Hongrie, doit une sollicitude égale à tous ses sujets et que rien ne l'autorise à se faire l'apôtre de la culture germanique, à opprimer au nom de dix millions d'Allemands une vingtaine de millions de Slaves? Mais tous ces raisonnements ne font aucun effet sur des savants de cette espèce, à la fois esprits théoriques et tempéraments violents, qui cherchent dans la science des arguments pour leur patriotisme agressif (2). »
Quant aux Israélites, ils se prononceront sans doute contre toute intervention de l'Allemagne en Autriche. Agir autre-
(1) Journal de Genève, supplément, 15 août 1897.
(2) Le Signal, novembre 1897.
ment, serait établir leur solidarité avec les Israélites de l'Europe centrale, qui travaillent, comme on sait, à la réalisation du Pangermanisme. Or, les Israélites français ne peuvent guère commettre une faute aussi grave, au moment où l'on conteste en France la qualité de leurs sentiments nationaux. Aussi, tout incline à croire qu'ils saisiront au contraire avec satisfaction l'occasion remarquable qui s'offre à eux de démontrer la fausseté des accusations dont ils se plaignent.
Si l'on suppose donc que chacun des grands groupements français conforme son attitude aux principes qu'il invoque, aux idées qui lui sont chères et à ses intérêts les plus évidents, il apparaît clairement que le danger naissant en Europe centrale peut devenir l'occasion d'une action commune entre un nombre considérable de Français que les événements récents ont séparés. En politique, il est vrai, les hommes se laissent guider moins par la logique que par leurs passions; aussi est-il évident que l'unanimité d'opinion qui se laisse théoriquement concevoir ne se réalisera jamais en pratique. Cela, d'ailleurs, importe peu. Les éléments français, disposés à se prononcer nettement en faveur d'une cause qui implique à la fois la défense des intérêts nationaux, de la paix et de la justice, sont de beaucoup les plus nombreux; par suite, la possibilité de dégager rapidement en France, relativement aux affaires d'Autriche, un très puissant courant d'opinion est certaine.
Une fois créé, ce courant d'opinion se rencontrerait infailliblement avec celui qu'on constate déjà chez les Russes, chez les quinze millions de Slaves d'Autriche et même chez la majorité des sujets allemands de François-Joseph. On voit donc qu'une incomparable puissance d'opinion existe à l'état latent en France, en Autriche et en Russie. Ce qui vient de se passer en faveur des Boërs montre ce que pourrait être l'influence d'une opinion publique ainsi organisée. Il est, par exemple, évident que si la majorité de
l'opinion européenne se prononçait contre toute violation des droits des peuples de l'Autriche, une pareille manifestation donnerait une autorité considérable à cette grande quantité de sujets de Guillaume II, qui s'oppose encore à sa dangereuse politique mondiale. Certes, il ne faut pas se faire d'illusions. La presse allemande est à peu près entièrement entre les mains du gouvernement de Berlin. (On l'a bien vu lors du voyage du président Krùger à Cologne.) Si elle recevait l'ordre de faire le silence, le peuple allemand ne connaîtrait que très imparfaitement la réprobation qui atteint à l'étranger les projets inadmissibles de son souverain. Mais si, pour cette cause, le résultat du courant d'opinion franco-austro-russe restait douteux, il est un autre résultat qui, celui-là, serait absolument certain.
En effet, dès que l'opinion dominante aurait manifesté son opposition à une nouvelle extension continentale de l'Allemagne, le gouvernement de Berlin se trouverait dans l'obligation absolue de dévoiler ses véritables intentions; il devrait choisir entre deux alternatives : ou bien, voulant témoigner de sa correction et détruire toutes les défiances, il dissoudrait les associations dangereuses pour la paix et il arrêterait net, par les puissants moyens dont il dispose, la propagande pangermaniste sur son territoire et, par suite, en Autriche; ou bien, il conserverait son attitude actuelle, et il démontrerait d'une façon indubitable que toutes les craintes sont fondées, que le péril est imminent. Ce serait alors aux gouvernements, qui ont des raisons vitales de vouloir le maintien du statu quo continental, à entrer en scène. Or, il suffit aux deux gouvernements de Paris et de Pétersbourg d'envisager à leur point de vue le problème autrichien et de se rappeler ce mot du prince de Bismarck : « Qui sera maître de la Bohême sera maître de l'Europe, » pour que l'évidence et la grandeur des intérêts en présence déterminent entre eux un accord décisif; il permettrait, en effet, comme on va voir, de faire face victorieuse-
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ment à toutes les éventualités, quelles qu'elles soient. Avant d'exposer ce point de vue, il faut au préalable remarquer que la France et la Russie ne doivent pas chercher à faire accepter leur politique même à celles des grandes puissances dont les intérêts sont identiques aux leurs. De telles démarches causeraient une perte de temps précieux que ne compenserait pas l'avantage de leur succès. Ce serait, par exemple, une erreur des diplomates français de vouloir amener l'Angleterre à une entente avec la France et la Russie, relativement à la question d'Autriche. Sans doute, une pareille conduite serait, à certains égards, dans la logique des choses, mais une semblable orientation froisserait violemment les sentiments de la majorité des Français. La France est un pays démocratique. Quoi qu'on fasse, sa politique étrangère doit être en harmonie avec les tendances de l'opinion. Dans les dernières années, les Anglais ont fâcheusement réveillé toutes les préventions des Français contre eux. Il en résulte qu'une politique anglofrançaise purement rationnelle n'est pas actuellement possible. C'est là un fait contre lequel les volontés individuelles sont impuissantes. Gomme les Russes se trouvent en général dans le même état d'esprit que les Français à l'égard des Anglais, c'est donc bien restreindre les difficultés du problème que de limiter à l'entente de la France et de la Russie l'accord des grandes puissances décidées à assurer le maintien du statu quo en Europe centrale.
Quelle serait maintenant la formule de l'accord des cabinets de Paris et de Pétersbourg, relativement aux affaires d'Autriche? Elle se dégage de la situation même.
On a vu que des mesures successives, telles que la Sonderstellung de la Galicie et l'entrée de l'Autriche dans le Zollverein allemand, supposent une intervention déguisée de l'Allemagne dans les affaires de l'Autriche, et que ces mesures aboutissent à la mainmise finale de l'empire allemand sur la plus grande partie de la Gisleithanie. L'entente
de la France et de la Russie doit donc viser tous les cas susceptibles de porter atteinte à l'intégrité de l'Autriche, lentement ou soudainement, dans la paix ou dans la guerre. S'ils veulent obtenir ce résultat, les gouvernements français et russe n'ont qu'à tenir fermement ce langage identique : a II existe des difficultés en Autriche, mais elles sont purement internes. Tenant à la paix, nous voulons éviter toutes les causes de guerre. Nous n'interviendrons donc pas, mais nous entendons qu'aucune autre puissance n'intervienne en Gisleithanie sous une forme quelconque, n II est à noter que cette ligne de conduite, visiblement inspirée par la volonté d'assurer le calme du continent, ne pourrait pas être considérée comme peu amicale par le gouvernement de Berlin, car elle est exactement en harmonie avec la déclaration faite par M. de Bulow au Reichstag en 1897 : « Nous ne désirons pas, dit-il, voir les gouvernements ni les Parlements étrangers se mêler de nos affaires intérieures. Mais précisément parce que nous exigeons de l'étranger une attitude correcte à notre égard, nous sommes les premiers obligés à en faire autant, et ceci tout particulièrement en ce qui concerne l'Autriche-Hongrie, car nous sommes alliés et étroitement amis avec cet Etat, à la tête duquel se trouve un souverain dont la sagesse est le phare de tous les peuples (1). » Ces paroles, il est vrai, datent de 1897 ; alors Guillaume II n'était pas encore engagé à fond dans la Weltpolitik et ses vues sur l'Autriche ne comportaient qu'une réalisation lointaine. Les
(1) « Wir w'dnschen nicht, dass fremde Regierungen oder fremde Parlameute sich in unsere inneren Verhaltnisse einmischen und in der Parteikampfe, an denen es ab und zu auch bei uns nicht fehlen soll. Aber gerade weil wir vom Ausland uns gegeniiber ein ganz korrektes Verhalten verlangen, sind wir selbst zu einem solchen verpflichtet, und dièse Pflicht besteht ganz besonders gegeniiber dem verbundeten und eng befreundeten oesterreichisch-ungarischen Reiche, an dessen Spitze ein Herrsoher steht, zu dessen Weisheit aile seine Volker mitgleichem Vcrtrauen empor blicken kbnnen. » Stenographische Berichte ùber die Verhandlungen des Reichstags, IXe législature, Ve session, 1897-1898, 1er volume. Séance du 14 décembre 1897, p. 235.
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déclarations de son ministre n'en subsistent pas moins et peuvent maintenant être utilement invoquées.
La non-intervention générale et absolue : telle doit donc être la formule de l'accord de la France et de la Russie relativement à l'Europe centrale. Ce point posé, on conçoit logiquement ce qu'il reste à faire.
Le gouvernement de Berlin travaille politiquement à détruire l'Autriche; la France et la Russie doivent travailler politiquement à la consolider. Ces deux Etats peuvent y parvenir sans avoir à vaincre de grandes difficultés.
La première nécessité pour les deux gouvernements est d'être exactement renseignés sur l'état de la propagande pangermaniste. Or, il n'est pas démontré que l'organisation officielle des ambassades qui fonctionne actuellement à Vienne soit suffisante. Ce n'est point dans les salons officiels de la Hofhurg, ni dans ceux de l'aristocratie viennoise qu'on peut «apprendre» l'Autriche. Prague, Léopol, Gracovie, Innsbruck, Brùnn, Graz, Trieste, sont des centres ayant chacun leurs points de vue différents. C'est seulement en les connaissant tous qu'on peut avoir politiquement une vue panoramique de la Cislcithanie. Il y aurait donc lieu, pour la diplomatie franco-russe, de développer son service de « renseignements » . A côté de cette tâche commune aux deux gouvernements, il en est une autre qui incombe plus particulièrement à celui du Tsar.
Si, depuis 1867, François-Joseph a toujours reculé au moment d'établir le « fédéralisme » , c'est qu'il s'est senti constamment isolé et exposé aux coups du Hohenzollern de Berlin. Mais si le rapprochement déjà commencé entre Vienne et Pétersbourg devenait plus étroit, si le Tsar faisait comprendre à la Burg que, d'accord avec la France, il est résolu à garantir l'Autriche contre toute immixtion berlinoise, la situation ancienne n'existerait plus et le souverain autrichien pourrait enfin agir avec une liberté qui lui est inconnue depuis Sadowa.
Ces mesures d'ordre diplomatique, si importantes soientelles, ne constituent encore que la partie accessoire de ce qu'il convient de faire.
Dès 1842, Bismarck a voulu l'annexion de l'Alsace ; von Moltke a rédigé son plan d'attaque contre le Danemark en décembre 1862, et en 18G0, donc six années avant l'action, il a préparé militairement toutes les hypothèses susceptibles de naître d'une guerre avec l'Autriche (1).
Ces précédents, joints aux enseignements si nets de la campagne pangermaniste, autorisent à considérer comme certain que tous les plans d'invasion de la Gisleithanie existent actuellement à Berlin dans les bureaux du grand étatmajor. On doit donc, à Paris et à Pétersbourg, s'inspirer du sage conseil donné aux députés du Reichstag par le général von Gossler, ministre de la guerre prussien : « Ni la grandeur des Etats, ni l'improvisation, ni l'enthousiasme, ni le fanatisme, ne peuvent remplacer les préparatifs soigneusement faits pendant la paix (2). »
Ceci revient à dire que toutes les hypothèses stratégiques auxquelles peuvent donner lieu les événements d'Europe centrale doivent être minutieusement prévues par les étatsmajors français et russe, de telle sorte qu'au moment décisif, l'on puisse éviter cette perte de temps dont j'ai signalé plus haut les irrémédiables conséquences. Alors, aucune hésitation ne serait possible, et l'ordre de mobiliser l'armée allemande, lancé par Guillaume II, mobiliserait, en quelque sorte automatiquement, l'armée russe et l'armée française.
Cette prévision de toutes les opérations militaires susceptibles de devenir nécessaires est d'ailleurs le plus sûr moyen
(1) Colmar von der Goltz, De la Conduite de la guerre, p. 184 et 244. "Westhausser, Paris, 1900.
(2) «... weder die Grosse der Staaten, noch Improvisation, noeh Begeisterung oder Fanatismus im Stande sein, die sorgfàltige Friedensvorbeieitung zu ersetzen. » Sténo graphische Berichte ûber die Verhandlungen des Reichstays. Xe législature, lre session 1898-1900, 1er volume. Séance du 12 janvier 1899, pV 186.
AU SEUIL DU XXe SIECLE 417
de n avoir pas à les exécuter. C'est ce qu'établit l'évaluation des forces pouvant être mises en ligne par les Etats dont l'action, pour ou contre l'Autriche, doit être considérée comme certaine.
On a vu dans le chapitre précédent que les plus grandes vraisemblances permettent d'admettre que l'Allemagne entraînerait l'Italie et la Roumanie avec elle, et que, d'autre part, dans ces conditions, il serait on ne peut plus facile à la France et à la Russie de décider la Bulgarie à mobiliser. Cette coopération ne doit pas être dédaignée : l'armée bulgare présente les plus sérieuses qualités militaires et sa . mission tout indiquée seraitde neutraliser l'armée roumaine.
On conçoit donc l'existence de deux groupes d'États. L'un, formé de l'Allemagne, de l'Italie et de la Roumanie, aurait pour objectif la destruction de l'Autriche; l'autre, constitué par la France, la Russie et la Bulgarie, voudrait assurer le respect de l'intégrité de l'Autriche. Le tableau de la page 418 résume les effectifs susceptibles d'être mobilisés par ces diverses puissances.
Tous les chiffres de ce tableau ont été empruntés aux recueils militaires considérés comme les plus autorisés; ils ne tiennent pas compte des troupes des dépôts qui sont de moindre valeur.
De ce tableau, il résulte que le groupe franco-russobulgare disposerait avec certitude d'une sérieuse supériorité d'effectifs sur la coalition germano-italo-roumaine, dont la situation militaire serait par suite évidemment défavorable. D'autres circonstances viendraient encore l'aggraver.
Ou peut bien admettre qu'approuvant les dangereuses conceptions de M. Chamberlain (V. p. 297), l'Angleterre puisse consentir à l'extension de l'Allemagne vers le sud, mais on ne conçoit pas volontiers que la Grande-Bretagne favorise de ses armes une telle extension. La neutralité bienveillante du cabinet de Saint-James, tel est, semble-t-il, le maximum de ce que peut espérer le cabinet de Berlin.
Mais, même si les Anglais prêtaient à l'empire allemand le concours de leurs flottes contre la France et la Russie, il n'en est pas moins certain que les Allemands n'en tireraient qu'un profit relativement faible. Un fait, en effet, domine à ce point de vue le problème militaire : l'armée anglaise a fondu dans la guerre du Transvaal et, quoi qu'elle
Fusils . . .
Ier GROUPE
IIe GROUPE
Allemagne (1)
Italie (2)
Roumanie(3)
France (4)
Russie (5)
Bulgarie (6)
Sabres. . .
Canons de campagne