‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 32 sur 122 · PAIX AVEC LA RUSSIE · texte numérisé non relu

PAIX AVEC LA RUSSIE

premier Consul et TEmpereur a s'occuperont, en commun, des moyens de consolider la paix générale sur les bases susmentionnées, de rétablir un juste équilibre dans les différentes parties du monde, et d^assurer la liberté des mers « .

Ces derniers mots étaient du style de Bonaparte, qui tâchait, par là, d'engager la Russie dans sa rivalité maritime contre l'Angleterre ; mais ils perdaient toute portée au lendemain des arrangements que la Russie avait conclus avec Londres et qui rompaient la Ligue des neutres. En Allemagne, il consentait à partager la clientèle de l'Empire. En Italie, il se donnait un censeur. Mais il ne voulut considérer que l'avantage immédiat, qui était l'isolement total de TAngleterre et la prompte conclusion de cette paix magnifique qui devait attribuer à la République la suprématie du continent et au premier Consul la suprématie de la République.

Il écrivit, le 10 octobre, une lettre de congratulations au tsar, et la lui envoya par un de ses aides de camp, le colonel Gaulaincourt. a II a été convenu, disait-il, que l'île de Malte serait rendue à l'ordre, sous la protection d'une grande puissance. Je prie Votre Majesté de me faire connaître ce qu'elle désire... » La veille, des préliminaires avaient été signés avec l'envoyé turc à Paris : la France s'engageait à évacuer l'Égj'pte et remettait en vigueur ses anciens traités avec la Porte. Bonaparte écrivit au Sultan, exprimant son désir de conclure la paix définitive. Il confia cette lettre au chef de brigade de cavalerie Sébastiani, Corse délié, décidé, qu'il croyait capable de voir, d'entendre, de juger les choses. Par ces missions données à des officiers de confiance, formés par lui au service, il se procurait des renseignements directs, recueillis selon sa méthode, en vue de ses desseins, et se préparait aussi des ambassadeurs.

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La nouvelle des préliminaires fut accueillie à Londres avec les éclats d'une joie exubérante. C'en était fait des cauchemars de l'invasion ! L'Ang^leterre allait pouvoir dormir en sécurité, se réveiller sans frisson à l'annonce possible d'un débarquement de Bonaparte. Les affaires allaient reprendre. Le marché français paierait aux produits anglais une prime qui vaudrait toutes les plus fortes contributions de g^uerre. « Notre commerce, écrivait lord Minto alors ambassadeur à Vienne, va pénétrer jusqu'en France même et fleurir à Paris. » Enfin, c'était Paris qui se rouvrait aux ennuyés et aux curieux; l'Italie, aux affamés de soleil, à la tribu errante des mélancoliques qui se mouraient de spleen en leurs châteaux embrumés. Tous les oiseaux captifs au pays du brouillard secouaient leurs ailes humides et se disposaient à prendre leur vol vers les régions de joie et de clarté.

Lorsqu'un des aides de camp de Bonaparte, le colonel Lauriston, arriva, porteur des ratifications, l'enthousiasme tourna au délire La foule détela les chevaux, traîna la voiture, aux cris de : Vive Bonaparte! Les Ang^lais s'écrasaient sur le passage pour voir, en son brillant uniforme, cet officier républicain qui tenait de si près au g^rand homme, pacificateur de la France et du monde. Mais, les chevaux de Lauriston conduits à l'écurie, son carrosse sous la remise, les marchands de la Cité retournés à leurs comptoirs, les politiques à leurs clubs et à leurs g^azettes, le contenu des préliminaires commença de transpirer. « C'est une paix dont tout le monde est content, bien que personne n'en soit fier » , disait, avant d'en connaître les articles, l'auteur des Lettres de Junius. C'est une paix, pouvait-on dire, le lendemain, dont tout le monde est honteux et dont personne ne voudrait plus. Quoi ! la France

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