‹ L'Europe et la révolution française Volume 6Chapitre 31 sur 122 · PAIX AVEC LA RUSSIE. — 1801. 16S · texte numérisé non relu

PAIX AVEC LA RUSSIE. — 1801. 16S

la politique de son maitre et il servit Alexandre comme ce tsar entendait qu'on le servît. Ajoutons, ce qui fut aussi favorable au service russe que nuisible aux intérêts de Bonaparte, la parfaite intimité de Markof avec les deux Woronzof, celui de Pétersbourg^ et celui de Londres, le furieux anglomane et le plus antifrançais des Russes.

Markof fut présenté, le 9. 5 septembre, au premier Consul par Talleyrand. Il remit à Bon?>.p'rte une lettre d'Alexandre. Bonaparte, à ce propos, p^rla « du défunt empereur Paul I*% de glorieuse mémoire » , des ««conceptions vastes et nobles de ce souverain : ses vues entraient si parfaitement dans celles de la France que lui, premier Consul, n'aurait point hésité, pour les accomplir, de se faire le lieutenant de Paul I" » J C'étaient de ces compliments que Kolytchef, peu sensible, qualifiait de a flag^orneries » . Mais, poursuivit Bonaparte, l'empereur Alexandre a rentrant dans les bornes d'une politique sage et modérée, il ne s'agit plus que de faire la paix » . Et, poussant droit au point litigieux : « Il s'agit de la conclure sans la tenir en suspens par des considérations aussi secondaires que celle de l'intérêt pour le roitelet de Sardaigne, qu'il faudrait, si même on le rétablissait en Piémont, soutenir par des baïonnettes, attendu que ses sujets sont unanimement déclarés contre son retour. » Là-dessus, il s'anima, récriminant contre les remontrances de Kolytchef et l'intérêt trop pressant que cet ambassadeur témoignait pour le roitelet. « On Ta manifesté dans des termes qui semblaient dicter la loi et traiter la France comme la république de Lucques. » Il fit valoir les faciHtés qu'il donnerait à l'accroissement de la Bavière et du Wurtemberg, et il conclut : « Faisons la paix d'abord, et puis nous parlerons d'autre chose. » Markof savait que Bonaparte ne lâcherait pas le Piémont; il en parla par simple convenance et, comme il faisait observer que toute l'Europe s'opposerait à cette occupation, il s'attira cette réplique : « Hé bien! qu*elle vienne le reprendre! »

Il prit congé du premier Consul et s'en alla conférer avec Talleyrand. « Je l'ai prié, écrit-il, d'avoir soin de bien

assurer le premier Consul qu'on est tout aussi éloigné chez nous de penser à traiter la République française comme celle de Lucques, que de craindre, d'ici, qu'on voulût traiter la Russie comme l'Étrurie ou la Cisalpine. »

Talleyrand le traîna jusqu'à ce qu'il sût la nouvelle de la signature des préliminaires à Londres. Markof s'y prêta, ayant pour instruction « d'amuser le tapis jusqu'à de nouvelles circonstances * ». La nouvelle connue, il s'empressa de complimenter Talleyrand qui, tout aussitôt, parla du Piémont et fît sentir qu'on le garderait à moins que l'Angleterre ne se désistât de Ceylan; il eut soin d'ajouter que l'Angleterre n'en avait fait, dans les préliminaires, aucune mention. Markof ne manqua point de protester des intentions immuables de son maître pour le roi de Sardaigne : l'Empereur se joindrait à toutes les puissances qui s'intéresseraient à la restauration de ce prince. « Et ce ne sera personne » , répliqua Talleyrand. Sur quoi ils prirent un rendez-vous pour rédiger le traité. Markof avait des pouvoirs étendus. 11 s'était convaincu « de la convenance absolue de terminer l'arrangement avec la France » ; mais il eut l'adresse de se faire arracher, comme de grands sacrifices, « en s'exposant, disait-il, à un désaveu complet, » des transactions qu'il était parfaitement autorisé à consentir.

Ainsi furent signés les articles de la paix le 8 octobre 1801. La France et la Russie, formeront « un concert parfait » dans l'affaire des indemnités d'Allemagne; elles établiront entre elles « un concert intime » pour « terminer à l'amiable les affaires ultérieures de l'Italie et celles du Saint-Siège sou^ le rapport politique » ; elles s'occuperont « à l'amiable et de gré à gré M , des intérêts du roi de Sardaigne et y auront tous les égards compatibles avec l'état actuel des choses. La France garantit les États du roi de Naples ; elle ne les occupera « que jusqu'à ce que le sort de l'Egypte soit décidé » . La Russie sera médiatrice de la paix entre la France et la Turquie. Le

' Sur cette négociation, Marteks, t. XIII, p. Î82 et suif.

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