L'OPINION IN FRANCE
TEurope dans les circonstances difficiles. Unissons aux efforts du g^ouvernement les efforts des citoyens, pour enrichir, pour féconder toutes les parties de notre territoire. » Industrie, marine, colonies, ce sont les principes fondamentaux de ce grand acte de la paix : « le spectacle de nos jouissances » , dit Bonaparte.
Le Concordat seul manque à la liste de ces illustres transactions. Le premier Consul se borne à annoncer « la liberté de conscience » : des mesures concertées avec le souverain pontife de TÉglise catholique, avec les ministres luthériens et calvinistes « réuniront dans les mêmes sentiments ceux qui professent une commune croyance » ,— « assureront à tous la liberté qui leur appartient » .
Ce grand acte politique, dont il attendait tant; dont il tira, par la suite, et si promptement, de si heureux effets, s'insinue ainsi, pour ainsi dire, dans le tableau de la politique dont il formait en réalité une des pièces principales. C'est que chaque jour manifestait davantage la résistance dans les corps de l'État. Bonaparte put mesurer l'opposition que rencontrerait, au Tribunat, la convention avec Rome à celles que soulevèrent les traités de paix, si avantageux cependant et glorieux à la République. Ce n'était point l'esprit de hauteur ni l'esprit d'extension que ces critiques relevaient en ces actes; mais tout au contraire les concessions, l'effacement de la fierté républicaine. Ainsi, dans le traité avec la Russie, la fameuse clause sur les émigrés polonais et les émigrés français, qualifiés de a sujets respectifs » . Le Tribunat la jugea déplacée, non pour le fond qui menaçait les Polonais, dont il se souciait peu et qui réprimait les émigrés qu'il détestait toujours, mais pour la forme : « Nos armes, dit Ghénier, ont combattu pendant dix ans pour que nous fussions citoyens et nous sommes devenus des sujets. Ainsi s'est accompli le vœu de la double coalition! » Ces murmures, dans le silence général, prenaient des airs de blâme. Bonaparte en fut affecté au delà de ce qu'on peut dire et cette impression le confirma dans la conviction où il était que, pour exister, la Repu-
blique était condamnée à étendre toujours sa domination. Si splendide que fût cette paix, elle ne faisait que répondre à Torg^ueil national. Et cet org^ueil n'était que l'expression passionnée d'un instinct juste. La guerre le démontrait depuis dix ans : céder sur un point équivalait à tout perdre. La politique non plus que la g^uerre républicaine ne comportait la retraite : elle voulait l'offensive partout et toujours. Dès que la République se retirait, la coalition se reformait sur ses pas. Qu'un seul anneau vînt à se rompre, de Naples au Texel, il faudrait aussitôt remettre le fer au feu et rétablir la cbaîne par le même marteau qui l'avait forg[ée. « La paix, écrivait le clairvoyant Lucchesini, n'est favorable à la conservation de sa puissance qu'autant qu'elle deviendra g^énérale. » Bonaparte était donc résolu, malgré l'opposition du Parlement, à l'imposer aux Anglais, à l'emporter d'assaut, et, une fois signée, il les obligerait à la respecter, en les isolant, en leur interdisant toute coalition nouvelle. Il n'en avait qu'un moyen, celui qui l'avait conduit au degré de puissance où il était et qu'il voulait perpétuer : après la guerre irrésistible, il organiserait la paix formidable.
Il s'agissait de transformer en traité formel les préliminaires signés le 1" octobre. Pour y contraindre l'Angleterre, Bonaparte employa dans cet automne et cet liiver de 1801 à 1802 les moyens auxquels il dut recourir plus tard, la paix étant rompue, pour la rétablir. Ces cinq mois présentent comme en un raccourci toute la politique de l'Empire : ils en résument les conditions, ils en montrent les nécessités; ils découvrent aussi le paradoxe d'une conception que Bonanaparte avait reçue du Directoire et en grande partie du Comité du salut public. En même temps qu'il combine les