LE MESSAGE DU 11 MARS
après, ou plutôt en même temps, à une tentative de sa part pour nous frapper, dès le premier abord, à quelque endroit sensible *. «
De là à prendre les devants, il n'est qu'un pas. Ils le franchirent, et d'autant plus délibérément qu'ils étaient avertis par Simon Woronzof de la note remise par Markof à Talleyrand : ils se savaient soutenus par la Russie, et ils ne doutaient pas de l'entraîner. Ajoutez les « amis » de Paris et les rapports de Whitworth. Andréossy lui-même confesse que le peuple est contre la guerre, que la moitié de l'armée est jacobine, que Bonaparte est hors d'état de faire campagne. L'occasion est bonne, note Malmesbury dans son Journal.
Les ministres, qui désormais ne font rien sans Pitt, découvrent leur jeu. Alexandrie est évacuée, mais ils réclament Malte à titre de compensation et à titre de gage, qu'ils garderont tant que le premiep Consul ne les rassurera pas sur l'Egypte*. On parle du retour de Pitt au ministère. Pour répondre au message de Bonaparte du 10 février, à ses 500,000 hommes, à sa déclaration insolente que l'Angleterre seule n'est pas de taille, le roi, le 8 mars, demande de nouveaux subsides. Alors qu'ils savent par Whitworth lui-même qu'il ne se fait aucun armement dans les ports de France, le 10 mars, ils rappellent la milice; le 11, le Parlement vote une levée de 10,000 marins. Les émigrés bourdonnent, remuent, paradent. Le comte d'Artois joue au souverain au miUeu de ses fidèles, toujours à la veille de l'héroïsme, de l'embarquement, de la restauration. Bonaparte leur avait fait passer des offres assez étranges : une indemnité, une satisfaction quelconque, en argent, moyennant quoi le prétendant renoncerait, en forme, à ses droits; son frère et ses neveux se retireraient loin, très loin, à Moscou. Il en avait été question, en août 1802, entre Talleyrand et Markof. Le propos
^ Pitt à son frère, 28 février; 2 mars; Journal de Malmesbury^ 1(5, 20, 26,
27 février; 2, 9 mars 1803.
' Rapporta d' Andréossy, 24 février, !•' mars; Havvkesbury à "Whitworth,
28 février 1803.
reprit, en février 1803, par l'entremise du roi de Prusse. Ce n'était pas l'heure, pour les Bourbons, de se désavouer euxmêmes, de % avilir, comme le disait crûment Talleyrand, jug^eant de ce mot l'acte qu'il était chargé de procurer. Ils ont tout refusé, écrit le roi de Prusse '.
Andréossy, fort novice aux escarmouches d'ambassade, se sent quelque peu étourdi et chancelant. De sa personne, d'ailleurs, il incline aux opinions des entours de Joseph, de Miot, et ses propos intimes concordent singulièrement avec ceux qu'échangeait, au mois d'août précédent, son collègue de Vienne, Ghampagny, avec le plus enragé et acharné ennemi de la République et de Bonaparte, le comte d'Antraigues. Un camarade de jeunesse d'Andréossy, le comte de Guilbermy, homme de confiance de Louis XVIII, le vient visiter en son ambassade. Andréossy lui confie ses inquiétudes sur l'instabilité des choses de France. Il croit, en cas d'événement, que les jacobins reprendront le pouvoir si les royalistes ne sont pas en mesure. Il fait grand cas de Pichegru. Il estime d'ailleurs, prenant à la lettre les déclarations officielles qu'il reçoit à Londres, que Bonaparte seul pousse à la guerre et qu'il ne tiendrait qu'à lui de l'éviter, ce qui est précisément le jeu joué par les Anglais. « Tel est, citoyen ministre, écrit-il à Talleyrand, le 17 mars 1803, l'état des esprits et des choses. Je crois qu'on peut encore tout ramènera la paix. Les mesures que prendra la France et la détermination du premier Consul décideront du sort du monde. »
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Après divers retardements, Bonaparte s'était décidé à faire partir Decaen. Ce général quitta Paris le 16 février, et Brest
* Rapports de Markof, 21 avril, 16 octobre 1802. Lettre» de Frédéric-Guillaume k Aloxandre, 11 février, 29 mars 1803. Baillku.