‹ L'Europe et la revolution francaise (volume 2)Chapitre 41 sur 103 · LA REPONSE DE NAPOLEON. — 1813. 21T · texte numérisé non relu

LA REPONSE DE NAPOLEON. — 1813. 21T

saurait se figurer à quel point ils étaient oubliés, ignorés même dans les familles attachées à Tancienne monarchie. La déroute de la royauté espagnole avait enlevé à Joseph le peu de prestige philosophique dont le flattaient ses amis. Les yeux se tournaient vers le panache de Bernadotte; le a prince de Suède » avait pour lui les femmes politiques, Mme de Staël, Mme de Ghastenay. « Bernadotte était alors le véritable objet de la confiance générale. Cet homme de guerre devenu souverain et dont la gloire était française pouvait-il pénétrer à main armée dans son pays, pour en dépecer les provinces et les livrer aux étrangers? Il était brave, il était Béarnais... C'était devant lui que Paris devait s'ouvrir, il en serait le protecteur '. » Un Henri IV d'occasion. Ainsi raisonnaient, en 1792, les malheureux royalistes, quand ils voyaient Tarmée de Coudé former Tarrière-garde de l'invasion ; ainsi spéculaient les révolutionnaires a éclairés « sur le duc de Brunswick, ce « prince philosophe » , dont on avait attendu, un instant, la régénération de la France. Benjamin Constant tournait ces intellectuelles billevesées en système et il en déduisit une brochure à sensation : De l'esprit de conquête et d'usurpation dans ses rapports avec la civilisation européenne *. Bernadotte, qui ajoute aux trophées delà victoire les suffrages de la raison, tirera de leurs cendres les assemblées républicaines, opposera à un sénat.servile un tribunal patriote, traitera avec l'Europe, rendra à la nation ses droits imprescriptibles. Il constituera la France, décrétera la déchéance de Napoléon, relèvera la monarchie s'il le faut, mais avec la liberté, a Le héros n'a qu'à frapper du pied, et l'anarchie disparait, le peuple français ressuscite. » Quelques subtils insinuent, ce que diront les libéraux de 1817 du prince d'Orange, un autre « favori » de l'opinion : a Un souverain protestant, c'est ce qu'il faut à la France » . Protestant, Bernadotte l'était tout juste assez pour satisfaire les législateurs de la ci-devant cons-

* Mme de Chastbbat, t. II, p. 268.

' 31 décembre 1813. — 1* janvier 1814. PiRCàUD; Bernadotte, — Mémoire à Bernadotte. — Sur Mme de Staël et le touyerain protestant, id, p. 170.

ti tu lion civile et les athées de Tlnstitut; il assistait au prêche luthérien, en suédois, qu'il ne comprenait point; il ne demandait qu'à entendre, à Saint-Denis, la mes^ latine de Henri lY, dont il n'eût pas davantage compris le texte. Benjamin Constant s'attribuait le rôle de Montesquieu brouillon de la débâcle impériale. Chateaubriand se destinait celui de précurseur de la Restauration : il préparait, dans l'ombre, son pamphlet De Buonaparte et des Bourbons^ se disposant à révéler les Bourbons à la France, et si les Bourbons avaient encore du sang royal et du sens politique, à révéler la France aux Bourbons.

Napoléon rentra à Saint-Cloud le 10 novembre, plein d'amertume contre ses serviteurs, contre ses frères surtout : a C'est dans ma destinée de me voir constamment trahi par l'affreuse ingratitude des hommes que j'ai le plus comblés de bienfaits ^ » Il présida le conseil d'État le 11 novembre, et demanda des moyens de finance. On discuta; chacun, en opinant, pensait à la paix. Napoléon s'en rendit compte, et montra crûment les choses comme elles étaient, a II faut dissoudre le triumvirat qui partagea autrefois la Pologne et qui vient de se reformer avec l'audacieux projet de nous faire éprouver le même sort. Vous parlez trop de paix, messieurs... Je le vois bien, nous ne sommes pas Romains. Voulez-vous donc descendre du rang où j'ai placé la France, voulez-vous donc redevenir une simple monarchie, et n'être plus un empire? C'est ce qui vous arrivera si vous perdez la Hollande. U vous faut les embouchures des fleuves et cette barrière vers le nord. Plutôt que de la rendre, je couperai les digues et la restituerai à la mer'... » Les conseillers n'en croyaient rien. Depuis 1795, tous les gouvernements tenaient le même discours, et ces combinaisons qui avaient mené les Français à Moscou, n'avaient pas empêché les alliés d'arriver au Rhin. D'ailleurs ils y mettraient bon ordre et délivreraient la France de ce cauchemar de vingt années. Qui se mettait en

* Â CambacérfîB, 6 nOYembre 1813. Lbcbstbe.

s Notes de Mole.

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