ECHEC DES DERNIÈRES NEGOCIATIONS. — AN IV
1 Espagne au régime des États musulmans et au système des Capitulations, a S'il était accordé, disait Yriarte, l'Angleterre aussi aurait la prétention de l'obtenir; les circonstances pourraient lui être favorables un jour pour y insister, et alors le gouvernement espagnol ne serait plus maître chez lui. » Le Comité demandait en outre que les habitants du Guipuzcoa fussent traités comme étant devenus Français par le fait de la conquête. « Que diriez-vous à l'Angleterre, répondit Yriarte, si à la paix elle vous proposait un article en faveur des Toulonais qui ont embrassé sa cause ? Vous n'avez sur le Guipuzcoa d autres droits que ceux de la conquête ; ils ont cessé par la restitution. »
L objection était irréfutable, et le Comité, quand il la connut, n'eut d'autre ressource que de s'en fâcher. Cependant la nécessité de l alliance s'imposait. La République avait acquis la partie espagnole de Saint-Domingue, et elle n'était pas en mesure d'y établir son autorité : on fut contraint de recourir à un vaisseau espagnol pour porter dans cette colonie l'agent français qui en devait prendre possession. Sieyès menait cette affaire d'après un certain nombre de recettes qu il s'était forgées en matière d'économie d'État, et il fallait, bon gré, malgré, que les affaires se réglassent sur ses formules. Les affaires ne s y prêtaient point. La négociation traîna. Yriarte tomba malade; il quitta Bàle, mourut en route, et tout demeura en suspens ' .
Il en était de même avec Naples, que le Comité attendait toujours, et avec le Portugal qu il ajournait; il renonça cependant aux cinq cents lieues de côtes de Fernambouc, mais il refusa de négocier tant que le Portugal ne ferait point d'offres précises. « Le temps est trop précieux, écrivait Sieyès, pour ne le consacrer qu'aux préfaces diplomatiques sans jamais venir au sens*. » Quant à la Sardaigne, malgré un nouvel et vain essai de négociation secrète, on en restait au même point.
' Eevue historique, t. XIII, p. 251-270.
' Correspondance de Noël, juillet-septembre 1795. — Le Comité à Noël,
2 vendémiaire an IV-24 septembre 1795.
« Le roi, écrivait Barthélémy, enchaîné par l'Angleterre, par l'Autriche et par ses propres scrupules, ne peut se résoudre, à l'exemple de quelques-uns de ses prédécesseurs, à se réunir à nous pournous aider à chasser les Autrichiens de l'Italie, d'où il résulterait qu'il acquerrait le Milanais en échange de la Savoie et de Nice. Toutes les lettres annoncent qu'il se meurt presque de chagrin : il périra dans son irrésolution, à moins que les progrès rapides des armées françaises ne le forcent bientôt d'en sortir'. » Le règne de la Convention s'achevait ainsi, au dehors, dans les incertitudes.
Ce règne devait finir à Paris comme il avait commencé, par une «journée « . Les émigrés auraient voulu prévenir les élections par un coup de force ; les modérés auraient voulu contraindre la Convention à rapporter ses décrets d'août sur la composition des conseils. Les émigrés annonçaient des insurrections dans l'Est et une invasion. Leurs fanfaronnades produisirent encore une fois l'effet qu'elles avaient toujours produit depuis le commencement de la Révolution^. Elles réunirent les républicains et déconcertèrent les modérés. Ce parti avait repris quelque consistance; H se sentait soutenu })ar 1 opinion publique; il se préparait à lutter, non contre la République, dont il ne contestait point la raison d'être, ni contre la Révolution, dont il invoquait lui-même les principes, mais contre les conventionnels et leur gouvernement. Il dominait dans les sections du centre de Paris, il avait pour lui la plus solide partie de la garde nationale, et toute cette bourgeoisie pari-
' Barthélémy à Schcrcr, commandant de l'armée d'Italie, 28 vendémiaire an IV, 20 octobre 1795. — Sur une négociation tentée à celte épof|ue par l'ahlx'' l.azziiri, voir IJiA>cin, t. II, p. 219, 256.
' Voir la lettre de Mallet du l'an du 23 septembre 1795. Sayois, Mallet du Pan, t. II, p. 183. —Cf. AsDRÉ Michel, Mnllet du Pan, t. I, p. 280.