LE 13 VENDEMIAIRE. — AN IV. 43T
sienne qui avait été, par excellence, le ferment de 1789. Ces modérés se disaient constitutionnels ; ils l'étaient devenus, en réalité, quelques-uns par goût et par.tempérament, la plupart par l'impossibilité d'organiser un autre gouvernement que le républicain. Mais ils prétendaient gouverner la République et y faire triompher leurs idées pacifiques au dehors, libérales au dedans, beaucoup plus réactionnaires, au fond, contre les personnes que contre les choses '. C'était la grande séparation entre eux et les conventionnels, qui entendaient se perpétuer par la guerre et faisaient bon marché de la liberté politique.
Les modérés entreprirent une c<impagne en règle contre le nouveau ^ Long parlement s , ainsi qu'ils le qualifiaient. Ils v employèrent tous les moyens de conspiration , toutes les habitudes de calomnie, d'invectives, de délation dont les révolutionnaires avaient fait les mœurs de la République. Invoquant, comme eux, la souveraineté du peuple, ils dénonçaient dans les décrets sur les deux tiers un attentat à cette souveraineté. Instruits comme les Jacobins à la pratique des « journées » , estimant, comme eux, que qui tient Paris tient la France, ils concluaient, comme eux, qu'on v obtient tout par la peur et par la force. Ils se préparaient à intimider la Convention, au besoin à la violenter. Ils ourdissaient donc une insurrection; mais les modérés, de tout temps, ont été de chauds souffleurs d'émeute et de piètres batailleurs de rues. Au commencement de la Révolution , les agents du Palais-Roval , les orateurs et les gazetiers constitutionnels appelaient le peuple à défendre ses droits; c'était la populace anarchiste, entraînée par les démagogues, qui formait tout le fond de l'armée active. En 1795, les agents de l'émigration, les conspirateurs royalistes, les chouans, gens de poigne, qui n'attendaient rien que du désordre et travaillaient pour les « principes » en travaillant pour l'anarchie , s'insinuaient dans les conciliabules : ils y
' a Que la Constitution soit entre les mains des honnêtes gens, et cette Constitution sera reconnue ce qu'elle est, la plus raisonnable de l'univers. • Madame de Staël à Rœderer, 20 août 1796. Roeoerer, OEuvres, t. VIII, p. 647.
étaient d'autant plus complaisamment admis qu'ils se montraient plus résolus à faire le coup de feu. En 1789, les modérés avaient donné le signal : les violents avaient accompli la besogne et profité de la victoire. Il en eut été très vraisemblablement de même en 1795 pour les royalistes '.
Le Comité de salut public en jugea justement. Informé de toutes ces machinations par sa police , il fit dénoncer partout l'alliance des modérés et des royalistes. Cette complicité avec les émigrés ne fut pas pour peu de chose dans le discrédit politique qui précéda l'écrasement du parti modéré. Les masses populaires restèrent indifférentes, même hostiles, et ne donnèrent point. Les comités qui n'avaient pas hésité à opposer l'armée de ligne à la démagogie parisienne, hésitèrent encore moins à l'opposer à la bourgeoisie insurgée. Ils avaient des troupes sous la main, ils les rassemblèrent, et Menou, ancien officier général, qui les commandait, eut ordre de repousser les séditieux par le canon.
Le 1" vendémiaire de l'anlV-SS septembre 1795, l'Assemblée enregistra l'acceptation des lois constitutionnelles par 914,000 citoyens sur 958,000 votants. Les décrets établissant la permanence des deux tiers, soumis également à la ratification du peuple, n'avaient réuni que 167,000 voix sur 203,000 votants. Ces chiffres étaient significatifs. Les meneurs du parti modéré se crurent assurés de la victoire. Le 12 vendémiaire-4 octobre, la section Lepelletier, la plus ardente des sections opposantes, se mit en insurrection. Menou avait du courage personnel; il n'avait aucune décision dans les affaires. Il était gêné d'ailleurs de combattre des gens qui avaient aidé, en prairial, à vaincre les Montagnards. Il parlementa, se laissa déborder, et la Convention, qui se jugea trahie, le mit en accusation. Les gardes nationaux se crurent victorieux : ils invitèrent toutes les sections à marcher le lendemain contre l'Assemblée.
' <i Le royalisme ne fil pas le 13 vendémiaire, mais il v oontriliiia et eût probablement hérité du succès si l'insurrection l'avait obtenu. " IIydk dk >iEi:vii.LE. Mémoires, Paris, 1888, t. I, p. 130.