‹ L'Europe et la révolution française (volume 4)Chapitre 37 sur 128 · HOLLANDE, BELGIQUE, RHIN. — AN III · texte numérisé non relu

HOLLANDE, BELGIQUE, RHIN. — AN III

Cet acte assurait à la France la soumission des îles et la possession du port de Flessingue; elle garantissait aux habitants leur indépendance, le respect des propriétés et la liberté religieuse. Toute la Hollande était ainsi au pouvoir de la République. Cochon et Ramel n'hésitèrent pas à s'associer à l'approbation que leurs collègues donnaient à cette mesure. Ils en informèrent tous ensemble le Comité ^ Il n'y avait pas autre chose à faire , écrivirent quelques jours après Cochon et Ramel : « Si les habitants eussent voulu se défendre, il eût été extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de pénétrer très loin dans un pays couvert de villes très peuplées et entrecoupé d'une multitude de canaux et de rivières. D'ailleurs, les places les plus fortes, telles que Breda, Berg-op-Zoom, Naarden et plusieurs autres, tenaient encore et n'étaient pas même attaquées. L'invasion de la Zélande était pour ainsi dire impossible, si elle eût voulu se défendre, et cependant il n'y avait pas un instant à perdre, car nous pouvons vous assurer avec vérité que si l'invasion de la Hollande eût été retardée seulement de quinze jours, nos troupes étaient absolument obligées de se replier et d'abandonner la Belgique, à défaut de subsistances ^. n

La révolution de Hollande s'accomplissait ainsi pacifiquement dans le sens le plus favorable à la République française^. Le G février, les États généraux avaient aboli le stathoudérat; le 16, ils décidèrent de notifier aux représentants du peuple français la proclamation des Droits de l'homme en Hollande, l'indépendance de la nation batave, sa souveraineté, le désir de la nouvelle République d'entrer en relation avec la France, « comme deux Républiques égales et indépendantes » , et de former ensemble une confédération solide et également avantageuse aux deux nations*. Les Hollandais donnèrent une preuve manifeste de leur bonne volonté : un arrêté de leur

' 22 pluviôse-iO février 1795.

- Cochon et Ramel au Comité, 2 veotôse-20 février 1795.

' Voir Louis Blanc, t. XII, p. 23.

* Monileur, t. XXIII, p. 545.

gouvernement provisoire régla la circulation des assignats'. Les représentants y répondirent en rétablissant, le 18 février, les relations commerciales avec la France. « Nous ne pouvons, écrivaient, la veille, Cochon et Ramel, tirer des ressources de ce pays que par la force ou la confiance. Ce dernier moyen sera le plus sûr et le plus durable, mais il sera long, d'après le caractère des Hollandais, et nos besoins sont instants. Les armées, celle de Sambre-et-Meuse surtout, manquent de tout; notre collègue Gillet nous annonce qu'elle n'est approvisionnée que pour cinq jours. La Belgique est épuisée, les habitants réduits au désespoir. Nous avons donné des ordres pour y faire passer de ce pays-ci des secours provisoires en grains et fourrages... Nous voilà au mois de mars, et rAutrichien peut bientôt rouvrir la campagne et surprendre nos armées sans moyens de transport, sans approvisionnements dans les places fortes. « On ne saurait, poursuivaient-ils, emplover la force après les promesses faites aux Hollandais; d'ailleurs, le voulût-on, on ne le pourrait pas. « Notre armée est disséminée dans toutes les villes de la Hollande, et s'il y avait un soulèvement général, qui serait infailliblement partagé par les Belges, nos armées seraient exposées aux plus grands dangers. «

C'était la vérité, c'était aussi la politique ; mais il n'était pas permis de le dire à la Convention. Toute l'autorité du Comité procédait du prestige des armes et du progrès des conquêtes de la République. Ce n'était pas, d'ailleurs, au moment où il négociait avec la Prusse et tâchait de contenir l'Autriche, qu'il pouvait étaler à la tribune l'épuisement des armées françaises et l'incertitude de leur établissement dans les pays occupés. Le Comité était tenu de payer de contenance, à la fois devant les étrangers et devant l'Assemblée. Lorsque, le 28 pluviôse- IG février, la capitulation de la Zélande fut communiquée à la Convention, de violents murmures l'accueillirent ^. La force

• Moniteur, t. XXIII, p. 513.

* V.i. Rapport de Carnot, 2 vcntôse-20 février 1795. Moniteur, t. XXIII, p. 518.

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