CONTRAINTE EN HOLLANDE. ^ AN III
Le 12 germinal-1" avril, les envoyés bataves Blauw et Meyer avaient adressé au Comité un long mémoire de leurs doléances. La Hollande, disaient-ils, est consternée des conditions que la France veut lui imposer. Si elle avait pu les imaginer, elle se serait défendue, et la conquête n'eût point été si facile. " Leur dernier mémoire est très positif, écrivait Sieyès ' ; au milieu d'un grand flux de paroles, ils nous annoncent qu'il leur faut la déclaration de leur indépendance avant toute condition, et ils nous menacent, sans celle-ci, de ne plus rien faire. » Ces derniers mots s'entendaient de l'entretien de l'armée de Pichegru : les Bataves déclaraient qu'il leur serait impossible d'y pourvoir tant que les négociations demeureraient en suspens. Le Comité entendait au contraire traiter la Hollande en pays conquis et n'en reconnaître l'indépendance qu'après qu'elle se serait soumise à ses injonctions. Tels étaient les f. principes universels n de ces politiques : la Suède leur demandait une alliance et des subsides, et ils exigeaient qu'elle reconnût d'abord la République française ; ils voulaient imposer une alliance et une contribution aux Bataves : ils exigeaient que cette alliance fût conclue et la contribution stipulée pour que la République batave fût reconnue.
Blauw et Mever refusèrent d'accepter les articles arrêtés par le Comité"^. Le Comité en arrêta d'autres. Il exigeait cent millions, dont vingt payables immédiatement. La France occuperait jusqu'à la paix générale les pays en deçà du Wahal et du Rhin; elle conserverait Maëstricht, Venloo, Breda, Bergop-Zoom, la Flandre hollandaise, la Zélande. Flessingue, disait le Comité, nous est nécessaire « pour dédommager la France
* Aux représentants en Hollande, 15 germinal-ï avril.
* 11 gerniinal-31 mars. Cf. ci-dessus, p. 273. Les détails qui suivent, d'après la dépèche du Comité aux représentants en Hollande, 15 germinal-4 avril. Minute de Sieyès.
de ses grands efiorts, pour donner du corps à ses triomphes et lui assurer une source féconde de prospérités futures » . Afin de « ménager la sensibilité du gouvernement hollandais » , et de réfuter les fins de non-recevoir tirées de la constitution des Provinces -Unies, le Comité recourait à une fiction où Ton reconnaît la casuistique de Sieyès : il posait en principe que les pays mentionnés au traité étaient conquis; par suite, la Hollande ne cédait rien; c'était la France, au contraire, qui restituait ce qu'elle jugeait inopportun de conserver. Ce projet de traité, disposé en articles, fut notifié, le 16 germinal- 5 avril, aux délégués bataves. Les" commissaires français, Sieyès, Reubell et Merlin, leur remirent en même temps une note « très vive » destinée à les « presser « . Le projet y était qualifié d'ultimatum, et le Comité donnait aux Bataves dix jours pour se décider '. Blauw partit immédiatement pour la Haye. Le Comité prit ses mesures pour que son ultimatum fût appuyé par des démonstrations énergiques. — 11 ne faut point, écrivit Sieyès au représentant Richard*, que les Hollandais cherchent à traîner en longueur, sous prétexte d'en référer des États généraux aux provinciaux, et de ceux-ci aux municipalités. Pendant ces délais, ils se procureraient des moyens de résistance. — Richard devait y mettre ordre en s'opposant à toute espèce dé réorganisation militaire de la République : « Point d'armée hollandaise, tant que nous n'en aurons pas fini avec les États généraux ou la Convention qui pourra les remplacer. »
Ces instructions répondaient aux sentiments de Richard. Il était nécessaire, selon ce représentant, de soustraire « la Hollande aux erreurs du jacobinisme dont elle paraissait menacée " . Il estimait qu'en y mettant la rigueur nécessaire, on contraindrait les Bataves à payer ; il serait plus difficile de les déterminer à céder des territoires, car ils prétendaient n'en avoir pas le droit. C'était là, sans doute, une de ces « erreurs jacobines » dont il importait de les guérir, et Richard n'y voyait
' Minute de Sieyès, signée Sieyès, Reubell, Merlin. * 15 germinal-4 avril.