‹ L'Europe et la révolution française (volume 4)Chapitre 60 sur 128 · CONTRAINTE EN HOLLANDE. — AN IH · texte numérisé non relu

CONTRAINTE EN HOLLANDE. — AN IH

d'autre remède que le grand remède des rois, celui que Frédéric, Catherine et Marie-Thérèse avaient appHqué, en un cas analogue, aux républicains de Pologne. ^ Je crois, écrivait Richard, que vous n'en sortirez qu'en faisant votre part vousmêmes, et déterminant la part de la Hollande par un décret'. » La paix avec la Prusse permettait, sinon d'exécuter cette mesure, au moins d'en menacer les Hollandais. Par le traité de Bâle, Frédéric-Guillaume s'engageait à ne point intervenir en Hollande ; mais c'était une clause secrète, et Ton pouvait « presser r> les Bataves en les menaçant d'une intervention prussienne. La France avait alors grand besoin contre 1 Autriche de l'armée qui observait naguère les troupes prussiennes, mais ce n'était point affaire aux Bataves de le connaître. Richard dut leur donner à entendre que la paix de Bàle rendait disponibles des forces avec lesquelles leur tt inertie " pourrait être au besoin « stimulée * n .

Malgré toute la diligence qu'il avait faite, Blauw mit cinq jours à atteindre Anvers. C'était la moitié du délai prescrit aux Bataves pour accepter V ultimatum. La Hollande s'agitait. Les agents anglais y semaient l'inquiétude et y fomentaient la révolte, a Nous vous répétons, écrivaient Alquier et Cochon au Comité, que s'il y avait un soulèvement bien prononcé en Hollande, nous ne sommes pas assez en force pour être assurés de nous faire respecter^. » Le même jour, Cochon adressait à Merlin une lettre particulière où il touchait le point vif du débat. Faisant allusion à un propos attribué à Sieyès * : «On va jusqu'à dire, écrivait-il, qu'un des commissaires du Comité de salut public a répondu aux ministres hollandais qui leur opposaient les principes et les capitulations, qu'il ne s'agissait point de principes, et qu'il n'y en avait pas en politique. Tu ne saurais croire l'effet funeste qu'ont produit toutes ces assertions, que nous n'osons même pas contredire trop

' Richard au Comité, Utrecht, 8 et 9 germinal-â8 et 29 mars 1795.

* Le Comité à Richard, 22 germinal-li avril 1795. Minute de Sievès. ' D'Amsterdam, 21 germinal-10 avril 1795.

* Cf. p. 275 : ■ Le» principes sont pour l'école, l'intérêt est pour l'État.

affirmativement dans l'état actuel des choses. » Cochon se demandait si le système adopté par le Comité était sage et s'il procurerait des alliés fidèles à la République. Ne vaudrait-il pas mieux s'en tenir à l'annexion de la Belgique et ne point s'obstiner à réunir ensemble des populations aussi différentes de mœurs que celles de la Provence et celles de la Zélande ? Alquier et Ramel appuyèrent ces considérations. « Les députés zélandais écrivirent quelques jours après ces représentants , ont manifesté l'opposition la plus forte. Leur désespoir est tel qu'il paraît qu'on a tout à redouter de leurs dispositions personnelles et des mouvements qu'ils chercheraient à exciter dans leur province, qu'ils aimeraient mieux livrer aux Anglais que partager avec la France. Nous croyons qu'il sera beaucoup plus facile de les soumettre par la force que de les rallier par principe et par sentiment au gouvernement français. — C'est au Comité à peser ces considérations importantes qui nous paraissent intéresser fortement le sort de la France. C'est à vous à examiner si des avantages trop brillants ne nous entraîneront pas, à une époque très prochaine peut-être, dans une nouvelle guerre et dans de nouveaux malheurs, et si des concessions solides et une paix modeste et durable ne sont pa> pour la République préférables à un traité fâcheux et à des conditions exagérées'. » Richard reconnaissait, comme ses collègues, que les Hollandais « n'avaient qu'une opinion « sur la cession de la Zélande; mais il s'en remit au souverain, c'est-à-dire à la Convention, de décider de la valeur et de la justice des sentiments de ces Bataves. Empruntant le ton, comme il empruntait la pensée d'un intendant de Louis XIV s'adressant au grand roi : « C'est à vous seuls, écrivit-il aux membres du Comité, qu'il appartient véritablement de prendre un parti dans cette grande affaire; vous seuls pouvez la voir sous son véritable aspect. Ici elle prend, malgré qu'on en ait, quelque teinte des couleurs du pays... Vous êtes placés au centre de toutes les relations de la République. Vous embrassez

' Cochon, Ramel et Alquier.au Comité, 24 et 25 germinal-i3 et 14 avril 1795.

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