‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 19 sur 93 · CONQUÊTE DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LA BELGIQUE

dorte, les armées marchaient et révénement décidait ce ane la Convention avait laissé en suspens : la nature de l'offensive et ie caractère de la conquête.

Dumouriez avait sous ses ordres directs 40,000 hommes ; il était soutenu à sa droite par Valence avec 20,000 hommes, à sa gauche par La Bourdonnaye avec 18,000 environ'. Les Autrichiens ne pouvaient lui opposer que 26,000 hommes, dont 13,000 étaient concentrés devant Mons sous le duc de Saxe-Teschen ; le reste était éparpillé. L*armée de Dumouriez possédait la supériorité numérique; mais elle était dans la misère ; les chevaux manquaient pour traîner les canons, la poudre pour tirer. Les soldats, mal vêtus et souffrant du froid humide, n'en apportaient que plus d'entrain à marcher à l'ennemi. Le patriotisme et l'enthousiasme de la liberté échauffaient en eux l'ardeur belliqueuse et l'impétuosité nationales. Dumouriez mit tout en œuvre pour s'assurer le concours des populations. Il les connaissait de longue date, et il n'avait pas cessé de se tenir en rapports avec les patriotes belges. Ses faveurs étaient acquises au parti démocratique qui désirait établir en Belgique une république à la manière française. Dumouriez savait que ce parti ne formait point la majorité, et il ménageait les aristocrates catholiques, les staiistes, qui demeuraient attachés aux institutions nationales et fidèles à l'esprit de la révolution de 1789*. Toute la diplomatie du général français s'employait à se concilier ces deux partis et à les rassembler

' JoHiHi, Ihr. Illy ch. z. — BoRCfiBT, t. Il, ck. zii et xni. — Mortimbr- TiRRAOX, t. V, liv. XIX, ch. m. — Fembii, Correspondance. — - Mémoires de Dumouriex. -» Correspondance de Dumourie% avec Fâche. — Chuqvet, Jemappes, ch. iiiy ch. IV.

* Cf. t. II, ïir l, eh. u. La Jievotution bei^e.

momentanément par les seuls sentiments qui leur fussent com^ muns, r amour de l'indépendance et la haine de la maison d Autriche. Conformément aux décisions de la Convention, les représentants à Farmée du Nord reçurent Tordre de s'arrêter à la frontière. Ils répudièrent hautement toute intention a d'influencer les opinions d'un peuple qui veut se donner une constitution parce qu'il en a le droit ' « . « Entrons dans ces belles provinces, disait Dumouriez à ses soldats, comme des amis, des frères, des libérateurs!... » Et s'adressant aux Belges : « Brave nation belge!... nous entrons sur votre territoire pour vous aider à planter l'arbre de la liberté, sans nous mêler en rien à la constitution que vous voudrez adopter. Pourvu que vous établissiez la souveraineté du peuple et que vous renonciez à vivre sous des despotes quelconques, nous serons vos frères, vos amis, vos soutiens. Nous respecterons vos propriétés et vos lois. »

Il pourvut cependant aux nécessités de la guerre et disposa, pour les généraux, une instruction où les coutumes militairesde l'ancien régime étaient appliquées à une guerre d'affranchissement. Le général français qui entrait dans une ville devait rassembler « tout le peuple « sur la place publique, annoncer à ce peuple qu'il était libre et souverain, l'inviter à nommer des délégués qui seraient chargés de l'administration provisoire du pays et faire procéder à cette élection dans toutes les communes du ressort, a Les généraux, disait l'instruction, ne se mêleront en rien d'ordonner ou même d'influencer la forme du gouvernement ni la constitution politique que voudront adopter séparément ou ensemble les provinces belges. » Si des villes ou villages sont assez a avilis par l'esclavage » ou assez « abrutis » pour ne pas sentir les avantages de la liberté et y préférer le joug de l'Empereur, les généraux annonceront qu'ils les traiteront en ennemis, et que « les armées de la République, pour se venger des atrocités commises par les féroces soldats de ce féroce despote, mettront les villes en

* Les commifMiret k la Gonvenlien, 7 Dovembre 1792; Aulaho, i. 1» p< ^'

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