‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 2 sur 93 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA GOEKBB o'iNOÉPEMDAMCE NATIONAI.B 1T««

Le 29 août 1792, le comte de Provence, le comte d'Artois et leur petite armée d'émigrés franchirent la frontière française. « J'éprouvai, dit le plus illustre soldat de cette troupe féodale, an saisissement de cœur lorsque arrivés, par un jour sombre, en vue des bois qui bordaient l'horizon, on nous dit que ces bois étaient la France. Passer en armes la frontière de mon pays me fit un eH^et que je ne puis rendre ; j'eus comme un pressen* liment de l'avenir '. » Les princes ne menaient guère à leur suite plus de 4,500 hommes. C'était comme une image pâle et flétrie de l'ancien régime. On y voyait des gens de toute provenance et de toute origine, mais surtout des * coalitions » , des

' CaiTSAmuMio, Mintoirat d'outre-tombe, t. III. — ^ Voir, pour la détail de* •péntioiw militaire* do 10 aoât au 80 octobre 1792, pour la composition et l'esprit dw arméef française, prussienne et émigrée, CHugcBT, la Première InnatUm prussienne, Talmjr, le Ratnittdi Bruntwiek, 8 roi. Paris, 1886-18inr. III. 1

gentilshommes groupes par province, confondant Tâge et la fortune dans les mêmes rangs, dans le même service et dans le même dénuement. Chateaubriand fit la campagne avec un mousquet dont le chien ne s'abattait pas. A côté de cette intanterie, des marins destinés à servir les douze méchantes pièces qui composaient toute Tartillerie de Tannée; à la suite quelques plébéiens, combattants obscurs et désintéressés, des militaires que leurs chefs avaient entraînés dans Témigration, des serviteurs qui avaient suivi leurs maîtres.

Les soldats qui avaient de la naissance s'écartaient soigneusement de ceux qui n'en avaient point. Les officiers titrés en usaient de même avec les officiers simples gentilshommes. L'état-major, où figuraient deux ducs et maréchaux de France, Broglie et Gastries, contrastait par son éclat avec cette troupe indigente et incohérente. Peu soumis dans la marche, frondant avec impatience un commandement frivole, imprévoyant et hautain, capables de se bien battre, mais chacun pour son compte, incapables d'obéir, toujours prêts à payer de leurs personnes, jamais de leur amour-propre, raffinant, par le point d'honneur, sur l'indisci me habituelle aux troupes de volontaires, ces nobles opposaient à l'égalité démocratique une hiérarchie à laquelle ils ne croyaient plus et qu'ils ne re;^pectaient pas. Cette armée & pleine de valeur, mais peu instruite dans l'art militaire », ainsi que le constataient ses chefs \ représentait bien un parti qui prétendait régenter une nation fière, alors que sa propre vanité le rendait indocile à tout gouvernement. Puérils dans leurs vues, braves dans leurs combats^ odieux dans leur politique, les émigrés se lançaient à la conquête de la France en révolution, dans la même cohue que la chevalerie de Philippe de Valois lorsqu'elle s'en allait châtier les mutins des Flandres.

A la &çon dont ils se comportent dans les territoires qu ila occupent en France, on peut juger t^e qu'aurait été le gouvernement de vengeance, de répression brutale et de réaction

^ Im priaew è GAtherÎM II, Si oetabre {i79S, Twavum m Coaaat, f. ▼!• p. 898.

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