L'INVASION
fltupide qu^ils aandent établi s'ils est avaient eu la force : tous les excès de la Bérolotion, sans aacon de ses bienfaits *. Ils y préludent dans leur passag^e en Allemagne, pays allié qui les héberge. • Ils ont fiût des horreurs, pillé et ravagé tout dans le pays de Trêves » , écrit Fersen. « Jeunes et vieux semblent être Técume de la nation, rapporte un secrétaire du roi de Prusse. Ils sont d*une sottise épouvantable... Leurs propos sont atroces : si on voulait abandonner leurs concitoyens à leur vengeance, la France ne serait bientôt plus qu*un monstrueux cimetière'.» « L'exagération était ponssée au delà de toutes les bornes, raconte un témoin, et la plupart des émigrés voulaient condamner à mort, en rentrant en France, tout ce qui y était resté *. » Ils ne voient qu'un moyen de remettre la France au pas, c'est de la frapper d'épouvante, en retour* Dant la Révolution contre les révolutionnaires. « J'ai une idée à laquelle tout me paratt devoir se subordonner, dit une des fortes têtes de l'émigration^ : c'est que les Jacobins ont par- £autement constitué la nation ; ils y ont mis un art merveilleux et sur lequel l'histoire aura à reposer son attention. Eh bien! il faudra organiser l'ordre de la même manière qu'ils ont organisé l'anarchie ; il faudra prendre la vipère et la serrer sur la plaie. 9 ft 11 faut les exterminer » , répètent Fersen et Mercy *. Point de «pernicieuse miséricorde » , écrit Mail et du Pan, la clémence serait un crime contre la société*. Ils prennent à leur compte le manifeste de Brunswick^ et le notifient aux
* ■ Ik ae pwlnenl (fse de« juste» rigoear» qu'îla exerceraient qtMnd ïl§ seraient les maîtres, et, en attendant, ils se dévoraient entre eux; en nn mot, ils n'omettaient rien pour entretenir les antipathies dont ils étaient l'objet, et pour faire intaçiner aux Français an ancien régime pins odieni que celui qu'on avait détruit. » T0CQOKVIU.B, Fmymênis, Correspondatice, t. I, p. 2S9.
* Fersbs, Journal^ 27 septembre, t. II, p. 38.^- Lettre de Lombard, 23 juillet 1792^ publiée par H. Hoffbr, Deutsche Revue, 1883.^-L'arebîduc Charles à TEmpereuri 211 septembre 1792; ZEUsnao, Archivfûr euierreiekiseke Getchiehie, U LXXlil, p. 50.
' Souvenirs du comte de Contades» Paris, 1885, p. 45.
* MoDtlosier h Maltet du Pen. Mallbt, 1. 1, p. S27. •Fehsbw, t. H, p. 361, 365. 376.
* Lettre à Castries, 17 septembre 1792, Moniteur, t. XIY, p. 382. ' a. t. II, p. 509, 526-529 et (
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populations . • Sachez, déclarent les princes aux habitants de Thion ville, que ne pas se hâter de désavouer les crimes des usurpateurs, c'est y tremper ; que rester armés avec des factieux, c'est mériter les peines qui leur sont dues, et qu'il faut ou redevenir Français fidèles ou périr révoltés. «
Galonné demeure l'homme d'État de cette monarchie nomade. Il ramène, avec sa chancellerie volante, tous les procédés qui ont précipité la chute de Louis XYI. Suivi de deux fourgons qui contiennent les appareils d'une fabrique de faux assig[nats ^, il fait rétablir partout les anciens impôts. On expulse les prêtres intrus y on réinstalle les prêtres réfractaires; on exige des agents de l'État le serment d'obéir à Louis XYI et a de ne rien entreprendre contre S. M. Prussienne « ; on exempte des contributions les personnes bien pensantes et on sauvegarde leurs biens, avec menace de piller le village où elles demeurent, s'il leur est causé quelque dommage. Ce qui rend l'entreprise plus dangereuse pour les émigrés et plus révoltante pour le reste des Français, c'est que la force, le seul instrument de leur politique, les émigrés ne la possèdent point : ils l'empruntent à l'ennemi. Us ne se montrent pas comme un parti national armé pour une guerre civile, ils ne sont pas les éclaireurs d'une armée royale ; ils sont l'arrière-garde d'une invasion étrangère : les Prussiens étaient entrés en France dix jours avant eux, le 19 août.
L'armée que le duc de Brunswick commandait et qui mar^ chait sur Paris comptait, y compris le contingent des princes, plus de 80,000 hommes, dont 42,000 Prussiens, avec 200 canons et 5,500 Hessois, qui formaient le centre, soutenus par les Autrichiens, 15,000 à droite, sous Clerfayt, et 14,000 à gauche, sous Hohenlohe-Rirchberg. Le duc de Saxe-Teschen couvrait la Belgique et menaçait Lille avec 25,000 hommes et 4,000 émigrés du duc de Bourbon. 17,000 Autrichiens et le petit corps de Condé, environ 5,000 hommes, protégeaient le haut Rhin et le Brisgau. Le 2 septembre, Verdun capitula.
I GtETBB, Campagne de France, 18 octobre 1792.
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L^armée de Sedan était séparée de Tannée de Metz ; la première était menacée par Glerfayt, la seconde par Hohenlohe. Bninswicky avec le gros de ses troupes, s*ayançait entre les deux. Il comptait balayer, vers le 16 septembre, les Françait désorganisés qui se risqueraient à TafFronter, et il se flattait d*arriver à Paris vers le 10 octobre. Les émigrés encourageaient ces illusions et excitaient les alliés aux mesures de rigueur. Les Prussiens, selon ces royalistes, n'y mettaient ni assez d'empressement ni assez de bonne grâce. Ils pillaient cependant, saccageaient, brûlaient et pendaient vigoureusement. C'était la guerre telle que les armées de Louis XV, de Frédéric et de Marie-Thérèse la pratiquaient naguère en Allemagne, telle que les alliés la rapportèrent en France en 1814 '. Us levaient des contributions en nature et procédaient à des exécutions militaires dans les villages dont les habitants osaient résister. Le port d'armes était puni de mort *.
Voilà le péril qui s'amoncelait sur la France dans les derniers jours d'août 1792. Il faut ajouter à l'invasion qui descendait du Nord, la guerre civile qui couvait sourdement dans l'Ouest, guerre de religion autant que de politique. C'était pour l'indépendance de la nation, pour l'intégrité du territoire, pour la liberté des citoyens, pour les conquêtes civiles et sociales de la Révolution, causes désormais indissolublement liées, une question de vie ou de mort. La France ne pouvait opposer aux alliés que 24,000 hommes à l'armée du Nord, 19,000 à l'armée des Ardennes, 17,000 à Metz, 22,000 à l'armée du Rhin, ensemble 82,000 hommes, plus les garnisons ; tout compte fait, une centaine de mille hommes échelonnés, en petits paquets, du Rhin à la mer, derrière des
' Cf. t. I, liv. I, ch. I, Les mœurs politiques, La guerre, p. 84 et tuiv.
' « Toot passant et sartoat tout Français sera fouillé par les poitet de la chaîne qui entoure le camp, et celui sur lequel on trouvera une arme offensive quelconque, canne avec une dague ou tout autre moyen homicide, sera puni d'une mort ignominieuse devant le camp, tans rémission et tans aucune forme de procès. ■ Décift* J^tion du 11 septembre 1792. — Dans les États autrichiens, « tout voyageur français sera regardé comme espion, et doit être traité en conséquence » . Ordomunoe dn S septembre 1702
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places à demi démantelées et dépourvues de munitions. A part Tartillerie, Tanne classique de la France, qui a conservé set cadres et ses officiers, la troupe est de qualité douteuse et de médiocre consistance. Ce sont des soldats privés de leurs chefs anciens, encore étrangers à leurs chefs nouveaux, désorganisés, désorientés, agités par les soupçons, travaillés par la propagande anarchiste, aigris par les privations, secoués par les paniques. Si le duc de Brunswick eût poussé seulement un corps de 10,000 hommes sur Sedan, affirme Dumouriez, Farinée se serait dispersée dans les places ou aurait fui jusqu'à Paris ^ Les volontaires affluent; ce sont ceux de la levée du 1 1 juillet 1 792, qui a suivi la déclaration du danger de la patrie. Bien différents de ceux de 1791, partis spontanément, beau^ coup de ces nouveaux venus sont soldés par les communes et rappellent de trop près les anciennes milices. Us sont très mélangés, indociles, ignorants, turbulents, pillards au besoin. Ils effrayent les pays qu'ils traversent et troublent les corps où ils arrivent. Cependant il y a en eux un fonds solide de courage, de bonne volonté et même d'enthousiasme. Qu'on les habille, qu'on les nourrisse, qu'on les encadre, et ils fourniront à leur tour de bonnes recrues. — « Il faut les pacifier et les purger an feu de l'ennemi, disait Servan; il faut remplacer en eux l'exaltation par le patriotisme et le fanatisme par la discipline. • — On y arrivera; on entrevoit déjà le moyen : « Compléter les troupes de ligne avec les gardes nationales volontaires, écrit Kellermann dès le 20 août 1 792 ; incor^ porer les nouveaux dans les anciens bataillons, seul moyen d'avoir une armée sans laquelle l'État est perdu*. » C'est ce qu'on appellera Y amalgame , et ce sera le salut de la France. Custine, Dumouriez, Kellermann le discernent en même temps et l'essayent.
Quant aux officiers, ceux qui sont demeurés à leur poste et ceux que l'on a fait sortir des grades inférieurs pour remplacer les émigrés, leur esprit est excellent, pur et patriotique, tel qu'il
■ Mémùiru, Ihr. V, dk. w.
' GsmiUe Boumbt, Ut Volontair0t, Paris, 1870, di. xii et »n«
LE C0I9SBIL EXÉCUTIF. 7
restera. C^est par ii qu'ils disciplineront la troupe et se feront obéir. Quand on parle delà France, le sentiment est unanime, diefs et soldats s'entendent. Il n'y a pour tous qu'une patrie et, par suite, qu'un devoir : défendre le sol national et faire £ace à l'ennemi. Us se refusent à la politique. La Fayette entreprend de sauver le Roi et la constitution. Il convie les départements i nommer de nouveaux représentants ; il promet à ce congrès la protection de ses troupes. Les troupes se déclarent contre lui. Décrété d'accusation par l'Assemblée, abandonné par les soldats, il est réduit à passer la frontière. Les Autrichiens l'arrêtent et le traitent en otag^e, c'est-à-dire sans humanité et sans respect. Proscrit par sa patrie, comme un factieux, il est saisi par les alliés comme traître à son Roi, et il n'évite la Conciergerie de Paris que pour passer dans les casemates d'0lmùt2. Cette déroute cruelle d'un homme dont le nom était lié aux plus nobles souvenirs de la Révolution marque bien l'esprit de l'armée. Avec de tels éléments le salut est possible; mais ces éléments, il faut les ordonner. Cette oeuvre veut une direction, une autorité, un gouvernement; or c'est précisément ce que Tétat des partis à Paris rend très difficile, sinon à constituer, au moins à soutenir.
La royauté de Louis XYI n'était qu^une fiction ; mais cette fiction suffisait à déguiser les rivalités des partis et à masquer l'impuissance de l'Assemblée. Il y avait un nom à jeter au peuple dans toutes les réclamations, un prétexte à donner à tous les désordres de l'État. En déclarant la suspension du Roi, l'Assemblée s'est découverte. Elle se voit débordée, et se sent perdue. La crainte des proscriptions la vide. Le 8 août, 680 membres avaient répondu à l'appel nominal pour juger la lettre de Lafayette ; le 1 0 août, il n'y en a que S84 pour nommer le Conseil exécutif provisoire; le 2 septembre, il n'y en aura
que 257 pour nommer le président. Maigre le patriotisme de tous et Téloquence de quelques-uns^ TAssemblée n'est plus qu'une machine à décréter les mesures que les violents 'mpoftent. Les violents de l'Assemblée ne sont eux-mêmes que les porte-paroles de la Commune. G^est la Commune qui a vaincu au 10 août : la force révolutionnaire est là. Tout s'y plie. On ne peut gouverner ni sans elle, ni contre elle. Elle se met en permanence à THàtel de ville, s'empare des affaires, |
envoie des commissaires aux armées, saisit les courriers d'État, ordonne des perquisitions, emprisonne les citoyens ; pouvoir anonyme exercé par des énergumènes inconnus que leur fanatisme et leur brigue ont portés à la tête des assaillants, et qui sont poussés eux-mêmes par une minorité de séditieux plus |
forcenés, plus atroces, plus nouvellement issus de l'anarchie. !
Le Conseil exécutif est un gouvernement provisoire, sans action contre l'émeute qui l'a suscité, sans prestige sur l'Assemblée dont un tiers seulement l'a élu ; instrument d'une constitution renversée et d'une chambre frappée de déchéance. Roland, Clavière et Servan avaient été rappelés par acclamation à l'intérieur, aux finances et à la guerre. On leur adjoignit Danton pour la justice, avec 222 voix; Monge, pour la marine, avec 154; Lebrun, pour les affaires étrangères, avec 109. Roland, qui fut stotque devant la mort, était irrésolu dans les affaires, timide envers les séditieux, faible et solennel dans son ministère, austère de cœur, rigide de formes, très dépendant, en réalité, d'une femme jeune, passionnée et vertueuse, qui se croyait née pour la politique et qui s'en mêlait avec autant d'indiscrétion et de maladresse que de courage. Il avait montré, dans la Cour, le masque d'un pédagogue puritain; il déploya, devant la Commune, la gène d'un précepteur consterné. Clavière était tout à ses partialités genevoises, beaucoup plus capable, d'ailleurs, de révolutionner sa patrie d'origine que de gérer les finances de sa patrie d'adoption. Monge, bonhomme, honnête, lent, épais, apportait à la marine la science d'un mathématicien^ dont on n'avait que faire, et la confusion d'un esprit abstrait, éperdu dans les réalités. Lebrun,