‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 30 sur 93 · III · texte numérisé non relu

III

tinies à la volonté des peuples conquis. » Et encore nous sommes-nous réservé le droit d*écarter les vœux de réunion que nous ne juj^erions pas convenables. « Par exemple, de grandes victoires nous ont rendus maîtres de la Belgique. Nous consentirons volontiers à lui assurer une existence Hbre et indépendante, s Les Belges, rentrés dans leurs droits, accommoderont eux-mêmes avec leurs voisins Tafiaire de l*Escaut. Haret te^ minait en indiquant que si le cabinet anglais persistait à refuser de traiter avec Ghauvelin, le Conseil exécutif serait (fîsposé à envoyer un autre négociateur, Barthélémy, par exemple. Cette lettre était faite pour rejeter tous les torts sur le cabinet anglais et suggérer à Topinion qu'avec d'autres ministres, la France et l'Angleterre arriveraient aisément à s'entendre.

Hais tandis que ces dépêches étaient portées à Londres, la Convention ordonnait ostensiblement, et le Conseil exécutif prenait d'urgence, des mesures qui en contredisaient toutes les insinuations pacifiques. En même temps qu'arriverait le courrier de Lebrun, les journaux de Paris allaient apporter aux Anglais la conyietion que si la République était disposée à garantir, d'accord avec l'Angleterre, « une existence Ubre et indépendante » à la Belgique, elle s'acconmioderait de façon que ce pays fM auparavant dûment « municipafisé » et que la révolution y fÙt un fait accompli. Les agents de la propagande en Belgique s'étaient inquiétés, à juste titre, du voyage de Dumouriez à Paris. Le plus ardent, le plus rusé, le plus entreprenant et le plus « exacteur • de ces flibustiers démagogues, Ghépy, employé, un instant, dans la diplomatie, qui dâ>utait alors dans sa vraie carrière et qui finit, naturellement, dans la police de l'Empire, était accouru sur les traces du général. Les clubistes belges, enrégimentés et stylés par ses compagnons et par lui, protestaient contre l'élection des administratioas provisoires ; ils réclamaient « de grandes mesures » , une journée k la parisienne ; les correspondants des journaux de Paris les soutenaient ; les dubs parisiens se mirent en branle. Chépy, ainsi appuyé, se présenta, le 2 janvier, au Conseil exécutif. Les ministres, très perplexes, ajournèrent leur

LE COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. S5d

pëpcMise jusqu'à ce qu'Hs euesent eul«iiclu Duoiouriez. Ghépy se retourna vers la Convention. Les lettres des commissaires y afvaient [MPéparélea esprits aux vioiences. Le 8 janvier, des clttbîstes de firu^s pcffureot A la barre> félidtant TAssemblée de son dé^et du 15 décemibre et d^nandant la formation d'un quatre-vin^^-^einquîème départemeat de la République. Cambon n'attendait que cette occasion. Le décret du 15 décembre, (M4ril, a été sendu à runanimiilé. M a été a la vraie pierre de touche que désirait la Convention » . Mais on Ta envoyé seul, sans coniniîfisaires. « On a donné aux partis le temps de se liguer contre son exécution ; et pourtant, c'est ici le cas de veiiLer sur les biens que Dieu nous a conservés pour sauver notre liberté ; c'est la terre de Ghanaam, la terre promise, où tous les peuples trouveront la manne céleste.. . Je demande que le^nseil exécutif rende compte, séance tenante, et par écrit, de l'exécution du décret et de l'envoi des commissaires naitionaux. « La Convention le décréta, et le Conseil exécutÎFf en fut informé immédiatement.

Cette injonction du souverain traversait toutes les négociations. Le Conseil avait .préparé l'expédition des commissaires, il avmt trié ces agents sur le volet, et dressé pour eux un projet d'instructions fort détaillées ; mais il avait difiéré l'exécution de la mesure, voulant au moins écouter Dumouriez et surtout se réserver un dernier moyen d'entente avec l'Angleterre. U n'osa pas résiater au décret. Le jour même, il annonça à la Convention que ses volontés avaient été prévenues, que les dispositions étaient prises, et que, sous peu de jours, tous les commissaires seraient. en route. Le 16 janvier, les instructions aux agents furent publiées à Paris. Le 1>8, le décret fut affiohé à Bruxelles, l'exécution coaunenca S et tous les fruits de la victoire de Jemappes furent anéantis. La Belgique ne

' Délibérations du Conseil exécutif, Aulaad, t. I, p. 379^16. — Instructions pour les commissaires en Belgique^ p. 416-419 ; Moniteur, t. XY, p. 137. — Çbê^rvaiions sur Les mesures à prendre pour Vexécution de chaque article du décret du 15 décembre, Aulaad, t. I, p. 419-437. Nomination des commissaires, ▲dlabd, p. 452-459. — Ghoqoxt, Jamappes, p. 179-180, 214-3125, 233. ^ Moniteur, f. XV, p. 88, 121.

pouvait plus servir aux armées françaises ni de quartier d'hiver, ni de base d'opérations, ni de ligne de retraite. La campagne de 1793 était d'avance compromise. Le jour même où il notifiait aux Belges ce décret funeste, le gouvernement français se voyait contraint de surseoir aux préparatifs d*une expédition en Zélande, Miranda, chargé de ces préparatifs, ayant déclaré ce projet « bien difficile à exécuter dans la situation de nudité et le manque absolu de magasins où nos armées se trouvent * » .

Cependant, avec TAngleterre, les choses se précipitaient vers la rupture. Le 10 janvier arriva un courrier de Chauvelin ; cet agent avait, selon ses instructions, adressé à Grenville, en qualité d'envoyé de la République, les notes sur Valien bill et sur le commerce des blés. Grenville lui avait renvoyé son écrit a qu'il ne pouvait, mandait-il, considérer que comme totalement inadmissible, M. de Chauvelin s y qualifiant d'un caractère qu'on ne lui reconnaît point » . Le Conseil exécutif communiqua, le 31, ces pièces au comité diplomatique. Ce comité décida que la Convention serait saisie de la note de Grenville du 31 décembre, et de celle de Lebrun du 7 janvier. Lebrun les lut dans la séance du 12. Brissot rédigea, séance tenante, un rapport au nom des comités diplomatique, de marine et de défense générale. Il se crut rajeuni de plusieurs mois, et refit, à l'occasion de l'Angleterre, une | seconde édition de son rapport sur l'Autriche. L'Angletene, | dit-il, veut, comme le voulait l'Autriche, nous épuiser par une | paix armée et attendre son heure pour nous déclarer la guerre. I Il faut déjouer l'agression du cabinet de Saint-James conune j on a déjoué celle de la cour de Vienne, prendre d'urgence de» mesures vigoureuses et demander des explications catégoriques. Brissot, d'ailleurs, selon sa manière étourdie et fanSaronnei se hâte de déclarer que l'on peut, à cette entreprise, gagnef de la gloire sans péril et faire de l'héroïsme sans danger. S'imaginant qu'il va, par ses épouvantails de rhétorique, terri*

1 AuLUU), 1. 1, p. 414, 439-444, 48S. — Rojab, Miranda, p. 26-28; riei à Miranda, 10, 19 janvier; Miranda à DumourieZt 15 jaoTÎer i799«

LE COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. S6i

fier les Angflais, et méprisant assez les « patriotes » britanniques pour croire qu'en insultant leur patrie, il les attirera dans Talliance française, il présente un tableau, sinistre pour les Anglais, réconfortant pour les Français, de Técroulement d'Albion ^ Il « déchire le voile qui enveloppe ce colosse imposant » . Il met à nu « cet échafaudage de la grandeur anglaise » ; il en « montre le vide » : point de finances, point d'hypothèque à offrir aux emprunts, point de troupes, rien que des flots d'émigrants qui désertent TÉcosse , trois millions d'Irlandais qui cherchent à se soulever ; point d'amis ! a Jugez de la détresse de cette suprême puissance ! » Ajoutez l'insurrection de l'Inde : les Français se présenteront en Asie, a non pour remplacer les Anglais en les chassant, mais pour rendre l'Inde à son indépendance » . Brissot convie, en terminant, la nation anglaise à prévenir « cette lutte impie, fratricide» , que la France abomine, et dont le cabinet anglais est le seul feuteur. La France est prête à rassurer le peuple anglais. «Nous voulons respecter vos droits, ceux de vos alliés; respectez nos principes 1 1>

La Convention rend un décret conforme à ces conclusions : le Conseil exécutif déclarera que la République désire vivre en harmonie et en fraternité avec la nation anglaise ; il réclamera le retrait de YaUen biU^ le rappel de Tacte prohibant la sortie des blés, et une explication satisfaisante des armements de l'Angleterre. Le lendemain, 13 janvier, sur la proposition du Comité de défense, la Convention ordonne un armement immédiat de trente vaisseaux et de vingt frégates, la mise en chantier de vingt-cinq vaisseaux et de vingt frégates ; elle vote trente millions pour les préparatifs, envoie des commissaires dans les ports et lance un appel aux volontaires de la flotte. A titre de complément, pour contenir les Anglais s'ils veulent la paix, pour les accabler s'ils veulent la guerre. Genêt, qui a été nommé ministre aux États-Unis, reçoit l'ordre de négocier avec cette République « un pacte national » , « d'où résulterait

> Voir I. I, lÎT. III, ch. I : Préjugés et erreurs des Français sur V Angleterre, p. 845^48.

i6t LA GUEftRE DE RÉVOLUTION. — 1793.

une alliance ponr Fextension de la liberté , de la souveraineté des peuples... >» Ce pacte conduirait à affranchir l'Amëriquc espagnole, à ouvrît le Mississipi aux Américains, à délivrer la Louisiatte, « à réunit petrt-ètre à la constellation américaiàe }a belle étoile du Canada' » . Genêt ^ préparera les esprits par une active ^o]Mtgande en Louisiane, dans les pays espagnols des États^Uni^ et dans le Kentudky. Il pourra délivrer des lettres de tnwrcfvLe aux atxhateurs français et atnéricains, ainsi que des brevets d'officiers aux dtieh indiens armés contre TAngfleterre et TEs^m^e *.

Cependant Valien MU voté par les Ghflthbres avait été ssînctkmné le 9 janvier. GbativeKn sentit le poids de sa responsabilité, n ajourna la dénonciation dn traité de commerce, attendant quelcpie contre-ofdfe. Il ni*en reçût point, et, le 12 au maftin, il se décida à dénoncer le traité de 1786. Les dépêches de Paria, des i et S janvier, lui parvinrent dans la journée. Il demanda aussitôt une entrevue à lord Greiiville, qui, cette fois, consentit à le recevoir. Ghauvelin lui remit la note du Conseil exécutif du 7 janvier. Lord Orenvilie annonça qu'il y répondrait par écrit. Chauvelin demanda à présenter ses lettres de créance : là -dessus, la figuré de Grenville se rembruiiit, et it se retraricha sur la nécessité où il était de oonsvAter ses 66tfègnes. Chanvelin insista pouf obtenir uae prompte réponse'. Le même jour. Miles, qtri avait reçu par le même courrier la lettre de Maret, lui écrivît : à Je vois avec une joie inexprimable un rapprochement. Encore un pas seulement, mon ami, et tout ira à merveille. » Mais ce pa? était énorme. Avant d^exigfer la reconnaissante préalable de la République, la PVance, selon Miles, devait « renvoyer » Faffaire de TEscaut et donner « des explications satisfaisantes >* sur les décrets dû lOnovenibreét du 15 décembre. «Paites-îe, ajoutait cet Anglais humanitaire, et répétez les assurances que ce n'est nullement l'intention de la France d'incorporer les

' AuLARD, t. I, p. 361, 393, 478. Décisîoni da 4 et do 17 janvier; Initniction» ■opfyMmentairef de 0«net, 17 jcnrier^iS mars 1793. — ConirsLtt de Wirr, Jef/erson, pièces.

Page 1