‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 31 sur 93 · LE COMITÉ DB DËFEISSE GÉNÉRALE. M · texte numérisé non relu

LE COMITÉ DB DËFEISSE GÉNÉRALE. M

provinces belgiques et vos autres conquêtes à la France , et vous verrez que tout sujet de crainte et de jalousie étant ôté, il n*y aura plus de prétexte de vous chercher (juerelle. «

La République se trouvait ainsi presque aussi loin de compte, en Angleterre, avec ses amis qu'avec ses ennemis. Les nouvelles qui arrivèrent les jours suivants de Paris, la marche fatale du procès do Roi, le rapport de Brissot, les préparatifs de guerre étaient faits pour décoHtager les^ uns et pour irriter les autres. Grenville envoya, le 18^ *& réponse à C^uvelin. Elle était entièrement négative, et dis» une forme très hautaine. £lle aononçaît qu'en opposition aux armen^nts de la France, rAngleterre allait prendre les merares nécessaires tt ponr opposer une barrière à des vues d'ambition et d'agrandissement, dangereusea en tout temps pour le reste de l'Europe, mais qui le deviennent bien plos, étant soutenues par la propagation de principes deatmeteurs de tout ordre social » . Ghauvelin transmît, le 19, cette note à Lebrun. Ma situation, ajoutait-il, devieat intolérable; je ne puis plus envoyer de courrier, et il ne reste d'antre reasouree que de courir aux armes*

La France en était avec TEspagne à peu près au même point. Lebrun proposait de ntnnmer des commissaires pour contrôler le désarmement respectif ^ Afais il ne pouvait avoir grande confiance dans cette négociation, après les déclarations violentes et le re£us de la Convention d'écouter les propositions d'Ocaritz. Le 14 janvi^, il reçut une dépêche de Bourgoing, datée du 3 : « Citoyen ministre, je dois vous le répéter, sans me permettre l'expressicm d'aucun vœu, la conduite de cette cour à notre égard dépendra très probablement du sort de Louis XYI. S'il périt, la gnerre me parait certaine. S'il est sauvé, je crois qu'il ne sera pas impossible de feire entendre raison à l'Espagne, même sur ses armements mnritimes. «

' Dépêche à BoQ^going, ^ janvier 1703

Ce procès qui troublait TEurope mettait Paris en fièvre. Tous les éléments réyolutionnaires surexcités bouillonnaient autour de l'Assemblée. Harangues et motions de club, libelles, délations, attroupements, ce n'étaient que menaces furieuses sous toutes les formes et à tous les instants. La majorité des conventionnels avait capitulé sur tous les articles. Ceux qui avaient entrepris de la subjuguer, la méprisaient de s'abaisser ainsi, et, redoutant qu'elle ne se relevât par un accès de courage, ils travaillaient à l'abaisser davantage'. Les votes commencèrent le 15, à la tribune, en public, par appel nominal. L'Assemblée était presque au complet : elle ne fut jamais si nombreuse. Tous sentaient qu'il fallait payer de sa personne , et qu'il n'y avait point d'excuse à l'absence. Sur 720 députés présents, 683 déclarèrent que Louis était coupable. Sur 717, 283 se prononcèrent pour l'appel au peuple et 424 contre cet appel. Le scrutin sur la peine s'ouvrit le 16, à huit beures du soir. Les conventionnels avaient siégé toute la journée. Us étaient énervés déjà lorsqu'ils se rendirent, par une morne nuit d'biver, à cette séance qui dura vingt-quatre heures. La salle formait un long parallélogramme, avec deux étages de galeries énormes qui surplombaient. Les lustres et les flambeaux n'y répandaient qu'une lumière trouble et fumeuse. Les députés allaient et venaient des couloirs dans la salle, attendant leur tour de paraître, soutenant leurs amis de leur présence ou intimidant leurs adversaires, puis, dans les intervalles, errant çà et là sur les bancs, agités et

' « La GoDvention nationale... est accablée loui le poidi de ton ignominie», écrit le 14 janvier la femme, trèi fanatique, d'un Montagnard. « Jamaii réunion de talents et de vices ne se trouvèrent si bien assortis pour la bonté et le malbaor de rbumanité... • Lockiiot, Journal d'une bourgeoise, p. 331-

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somnolents tour à tour. Les spectateurs, dans les tribunes, s'écrasaient pour mieux voir. Au premier étage, aux places réservées, quelques royalistes étaient parvenus à s'insinuer. La plupart des assistants étaient des curieux, parmi lesquels beaucoup de femmes, gens du bel air d'alors, car il y en eut toujours, même au pied de la guillotine; moins avides encore de voir le spectacle, que de faire parade, en y assistant, de leur qualité dans le monde. Au-dessus, les tribunes publiques où un millier d'énergumènes s'étaient entassés sous la voûte obscure et profonde du toit. Ces gens trépignaient, hurlaient, vociféraient, applaudissaient, mêlaient les quolibets aux invectives. Personne ne voulant perdre sa place, on se mit à coUationner, comme au théâtre dans les représentations populaires. Cette foule jouissait grossièrement de ce spectacle unique où se décidait, à propos de la vie d'un homme, la vie de tant de milliers d'hommes. Les députés se succédaient à la tribune, applaudis ou hués, selon qu'ils votaient la mort ou qu'ils opinaient pour la clémence. La véritable jugement était moins celui qu'ils portaient sur le Roi que celui qu'ils portaient sur eux-mêmes. Dans cette tragédie que les conventionnels donnaient aux nations, selon le mot de Danton ^ la personne de Louis XVI avait disparu de la scène. Le vote des conventionnels occupait toute l'action. Us sentaient qu'ils votaient leur propre destinée dans la Révolution et dans l'histoire. Les deux grandes images que chacun aurait dû évoquer, la justice et la patrie, s'étaient comme obscurcies dans les ténèbres de cette nuit. Parmi ceux qui se crurent justes, combien n'étaient que fanatiques ! Parmi ceux qui crurent sauver l'État, combien ne voulaient sauver que leur personne! De là l'espèce d'horreur sacrée que tant de régicides gardèrent de cette séance, le silence farouche où ils se renfermaient quand on leur demandait l'explication de leur vote, ou ces simples mots donnés pour toute réponse : Il le fallait*!

* Discours do 16 janyîer, Moniteur^ t. XV, p. 176.

* Rien de plus significatif que ce chapitre de trois lignes dans les mémoiras d'an

M6 LA GUERRB ttK BÉVGLtTtlON. — 1793.

Lé serutift fut clos le 17 janrier à huit benrea» du soir. Pe»dafit qu'ott le éépouilMt, le prë^îdent dît (jue Fagent espagnol, Oearitz, tfxniooçatt nue dépédie de son (j^ovrerttenie&t. C'était «ne tewIatîTe snpréaie d'intereesssîdn. DasttoDy reiien» de Belgique, dans la jowrnée du 16, «tait m^tàyé sontotepar ces paroles : « O* ne eomftoae poînit «vee les tyrans^ on le frappe les m« qu'à la tète, e« ne doit rien attendis de cen <ie TËurope que par la force das armes 1 n II repapcrtà la trSnne: »Si lovt le a»(ynde était de mon àvîs, dit-il, on voterait i rmstant br guerre k l'Espagne. Cependant, qu'on entende » on veut cet ambassadeur, aaaîe <pie le préÂdent kn dise que les vaia^peifrs de lemappes ne démentiront pas b gloire qu'ils ont acquise, et qfn'ils retA>uveMnl, pour exterminer tous les rois de l'EaBrope eonîurés oevtre nous, les forces qui déjà les ont fait vaincre, v L'Assemblée reftisa d^enteisdbe la ieetore de la dépèdie, et le résultat da vc4e fat proclamé.

Malgré tonte fac madiine d'intimidation qne les Montagnanb avaient montée autour des modérés, la révolte dea cœurs et des consciences contre la raison d'État demeura teiie, jnsqo'k la deranère keure, qu'il s'en fallut de quelqnes voix qœ la mort ne fÙt point prononcée. Sur 749 membres, 721 prirei^ part an vote; ki majorité absolue, requise pour Invalidité im vote, était de 361 voix; 361 voix se proooneèrent pour la msrt pure et simpie. Cependant 26 repnésentants avaient voté k mort en réaervant la dtecnssion d'un sursis, mais en dédaraat leur vote de mort indépendant de cette réserve. Les scmtatenrs ajontèrent ces voix à celles qm avaient voté la mort, et la mort fnt pron(»noée pnr 387 roix.

L'exécution eut lien le 21 janvier. Le pmcès «vaît été théà* tral; le snpipliee fat soleanel. La Commune, qui dîeposait de la populace de Paris, fanatisée et armée, cmt nécessaifv de déployer tontes ses troupes et de mettre ses canons es batterie, ponr faire respecter l'arrêt de la Conveatiea^

d«fl TOtmits : 71iib«QdeaQ. « Mémoires : chapitre ii, 21 janrier : Ici te prêtente rérénement le plaa trafiqué de la BéyoIotioA ; ce n'evt pae tmvoft tÊMH ^ trwnto aM 401 ae a«iit éoomlet defoii pour aborder ee ii^at. • Bt c'eti tout.

LB fi JANTIËR. tm

Eioois XVI, traîné k Féchafaud, semblait epficôre raquiétant è eeux cpii t'avaient renversé éa trône. On n'eirt pas besoin d'un si formidable appareil pour mener à la guillotine les Oirondtiis, Danttni et Robespierre. €et appareil était encore royal, en saf CMKMfbçen. TaiMment les conventionnels avaient prétendu faire rentrer le foî duos k droit commun; vainement il» prétendirent en j>eta«l êoa cadavre dans la chatiK vive anéastir la dernière dépouille de la royauté ; lis continuaient, malgré enx, à traiter Louis en monarque, et le suppKce èm roi t'isolafit encore maf milieu des Français.

6e sNippKee fit davantage. Il releva Le«ris XVl et le marqua poar rkistoire. Lovfs avait régpfté médiocrement; raillé de sa eour, moqué des «itres rois qui se piquaient de force et de gémé, destiné à sombrer misérablement dans la Révolution, il me pcHivait qu'ajotfler un non de plus à la série obscure des rois kicapeMas ou débonnaires ^ voués à Itf déchéance, à la faite et à TexH. La guerre civtte aurait rendtf sa mémoire octievee; la proscription aurais effacé son souvenir; Téchafaud lui fit mie auréele. En lui ManI le ntanteau royal et Isf couronne qui récrasaient, la Convention découvrit en lui Fbomme qui était d*uiie mansuétude sam égale, et qui porta dans la séparation de tout ce qu'il avait aimé, dans rotd>li des injures qu'il avait reçues, dans la mort enfin, ee sacrifice de soi-même et celte confiance absohie dans la justice étemelle qui sont les sources des phis toudianles vertus du genre humain. La Goweflitfas Feiiclut de la lic^e des souverains politiques, où son raaig était inférieur; elle le plaça dans Fotdrê des victimes de la destinée et lui eonféra ainsi une dignité supérieure et rare dans la hiérarchie des rois. Ponf le première fois, depuis qu'il régnait, Louis parut dominer sa tftche. Et comme on le présenta ce jour-lA en spectaéle au monde avec une solennité extraordinaire, ^(ue dette journée edt une de cefle^ qui comptent dans Thietoire des nations, s<Mi nom s'essocié dans l'esprit des peuples A l'idée de la plus grande des infortunes soutenue par le ^s noble courage. Son règne et sa chute

disparaissent dans la Révolution française; sa mort reste la page la plus significative et la plus tragique de cette Révolution.

Si quelque chose avait pu ressusciter Tantique monarchie capétienne, Tévénement du 21 janvier aurait, par cette sorte de transfiguration, opéré ce miracle. Mais la déchéance de la royauté était irrévocable : la royauté Tavait préparée de ses mains, la Révolution n^avait fait que la déclarer. Cette monarchie, presque sacerdotale à ses origines, s'évanouissait en quelque sorte du monde dans un acte de martyre chrétien. Il y avait un sens symbolique et profond dans la parole que Ton prête au confesseur de Louis XVI : « Fils de saint Louis , montez au Ciel! » La couronne, qui avait été longtemps le signe d'une union mystique entre la dynastie et le peuple français, ne fut plus désormais cpie la relique d'une religion disparue. Avec Louis XVI périt pour toujours la vieille royauté. Il y eut encore des monarques français, il n'y eut plus de roi de France. La France ne comporta plus que des monarchies précaires, issues de la guerre ou du coup d'État, destinées à succomber par la défaite ou par l'émeute. L'histoire compte sept règnes après le 21 janvier. Un seul se dénoua par la mort naturelle du prince , les six autres finirent par l'exil : trois d'empereur et trois de roi.

C'est ici que l'on découvre l'erreur politique des Montagnards. Un seul sentiment était capable de ranimer dans le cœur des Français l'affection monarchique, c'était la pitié; une seule nécessité était capable de ramener la nation au gouvernement d'un homme, c'était le salut de la Révolution. Les Montagnards firent le régicide pour supprimer jusqu'au souvenir de la royauté, pour rendre le gouvernement de leur parti inséparable du triomphe de la démocratie, pour identifier leurs personnes avec la République , pour déchaîner la guerre générale qui rendrait toute transaction impossible entre l'Europe de l'ancien régime et la France de la Révolution. Tous ces calculs tournèrent contre la République. Les Montagnards avaient compté sans la France et sans l'Europe - la France'

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