PERTE DE LA BELGIQUE
Duhem veut que la Convention expulse les journalistes et supprime les journaux. L'Assemblée passe à Tordre du jour sur cette motion ; elle décrète Tenvoi des commissaires dans les départements S elle en envoie dans les sections de Paris, pour animer le peuple et le pousser aux frontières. Paris s'agite, secoué par ces nouvelles. On ferme les théâtres, on bat le rappel, le tocsin sonne : les démagogues préparent une journée contre les Girondins et menacent la Convention.
Le 9, au début de la séance, les commissaires font leurs rapports sur leurs visites aux sections. Ils ont été accueillis, disent-ils, avec enthousiasme. Bentabole et Jeanbon annoncent que deux sections, celle de FOratoire et celle du Louvre, ont émis le vœu qu'il fût formé un tribunal révolutionnaire. Cn député, encore inconnu, se lève et réclcune la création immédiate de ce tribunal c[ui jugera a sans appel et sans recours les traîtres et les révolutionnaires n . Il se nomme Carrier. L'Assemblée en délibère; malgré l'opposition de Lanjuinais, elle renvoie le projet de tribunal au comité de législation. Elle décrète la réunion de Namur et d'Ostende, et s'ajourne au soir pour nommer les commissaires qui partiront pour les départements*.
Le lendemain, 10 mars, à la nouvelle de l'occupation de Liège par les Autrichiens, la lutte recommence dans l'Assemblée. Robespierre dénonce « l'indulgence coupable » de la majorité, la mollesse des comités, la trahison des prétendus diplomates de la Gironde ; il demande qu'on épure le gouvernement et que l'on concentre le pouvoir. Il cherche à diviser, par le soupçon et la peur, cette majorité qu'il ne peut pas dominer encore. Danton, qui croit encore pouvoir la conduire, cherche à la réunir par le patriotisme et l'enthousiasme. Il rappelle les discours qu'il tenait en août et septembre 1792, lors du grand péril national * : a Vos discussions sont misé-
> AuLARD, t. II, p. 283, 285, 295.
* Décret du 0 mars sur les pouvoirs du commissaire, liste et précis des missions. AuLARD, t. II, p. 298-317 ' Voir ci-dessuS| p. 34.
rables, je ne connais que l'ennemi, battons Tennemi... Buvons le sang des ennemis de la liberté, s'il le faut; cornbattons, conquérons la liberté. » De grands moyens, et tout peut se rétablir. « Le peuple n'a que du sang, il le prodigue n ; que les riches, tous les riches de l'Europe, prodiguent leurs richesses et a dessèchent » la dette de la République. «Voyez, citoyens, les belles destinées qui vous attendent. Quoi ! vous avez une nation entière pour levier, la raison pour point d'appui, et vous n'avez pas encore bouleversé le monde! Il faut pour cela du caractère, et la vérité est qu'on en a manqué. Je mets de côté toutes les passions ; elles me sont toutes parfaitement étrangères, excepté celle du bien public... • Il dévoile brusquement ses vues sur la guerre'. « Remarquez bien notre situation politique ; quel est le point central du mouvement de nos ennemis ? C'est le cabinet anglais ! Pitt sait lïien (|iraynnt tout à perdre, il ne doit rien épargner... Prenons lu llolliinde, et Cartilage est à nous, et l'Angleterre ne peut |)lus vivre que par la liberté. Que la Hollande soit conquise à la liberté, et l'aristocratie commerciale elle-même, qui domine en ce moment le peuple anglais, furieuse que le ministre anglais se soit mêlé de la coalition des despotes, et de voir son commerce anéanti, sera la première à renverser le gouvernement qui l'aura entraînée... Elle renversera ce ministère stupide qui a cru que les talons de l'ancien régime pouvaient étouffer le génie de la liberté qui plane sur la France. Ce ministère renversé par l'intérêt même du commerce, le parti de la liberté se montrera, car il n'est pas mort. • . Il vous attend. — Et si vous faisiez votre devoir, si la France marchait, les républicains de l'Angleterre vous donneraient la main, et l'univers serait libre. « «Donc, ajouta-t-il encore, conquérons la Hollande, ranimons en Angleterre le parti républicain, faisons marcher la France, et nous irons, glorieux, à la postérité. Remplissez ces grandes destinées : point de débats, point de querelles, et la patrie est sauvée. «
' Texte d'après le Moniteur, t. XV, p. 680, et le Logotachigraphe, n* 72. " RoBiHBT, Danton émigré^ p. 91-93.