ARRÊT DES NÉGOCIATIONS
dans les bureaux de la guerre, et cherchait dans un ministère déjà fort effacé et en apparence inoccupé un refuge pour ces temps périlleux.
Deforgues continua d'expédier des dépêches conçues dans Tesprit où Lebrun avait eu ordre de les écrire. C'est ainsi qu'il manda, le 18 juillet, à Soulavie, envoyé à Genève, où il tracassait inconsidérément, de rentrer dans son personnage, lequel était d'observer, de se taire et de demeurer en repos, a Aspirant à tenir le fil des négociations de la France à l'extérieur, lui disait Deforgues, vous vous plaignez de n'avoir pas été autorisé par mon prédécesseur à chercher à la nation des amis et des ennemis à nos ennemis. » Genêt, aux États-Unis, en usait de même, et avec plus d'imprudence. Le gouvernement américain demanda le rappel de cet agent turbulent, cabaleur et factieux. «Jamais, lui écrivit Deforgues, le Conseil n'a pu vous autoriser à exercer chez une nation amie et alliée des pouvoirs proconsulaires... Il vous est prescrit de traiter avec le gouvernement, et non avec une portion du peuple ; d'être près du Congrès l'organe de la République française, et non le chef d'un parti américain... Quel serait, en France, le succès d'un agent étranger qui, au lieu de négocier avec les représentants du peuple et le Conseil exécutif, s'aviserait de s'entourer d'un parti... de faire armer des corsaires contre des nations amies, enfin de s'occuper, comme vous l'annoncez, de la convocation d'une Assemblée constituante ^ ! » C'étaient encore des commentaires du décret du 13 avril, et c'est tout ce qui restait de la politique de Danton. Le reste s'écroula.
Maret et Sémonville s'étaient mis en route pour la Suisse. Ils voyageaient avec autant de maladresse que d'indiscrétion ; le 24 juillet, ils tombèrent dans une embuscade. Le gouvernement autrichien les fit surprendre et enlever au passage sur le territoire des Grisons'. L'acte était une violation du droit des
' Defoi|^t à Genêt, 30 juillet 1793. Voir sur cet épisode, CoRRéLis de Witt, Washingtony p. 339 et suiv. Jefferson^ Appendice, p. 527 et suiv.
* Voir pour les détails de cette affaire, Papiers de Barthélémy, t. II et III. Table analytique, article Sémonville. — Zeissbebo, t. I, p. 149 et suiv. — EnxocF, Muret, ch. xxi-xxiii.
gens, tel que renseignaient les pablicîstes, mais il ne dérogeait point à celui que pratiquaient les anciennes cours*. Maretet Sémonville furent dépouillés, emprisonnés dans les souterrains de la citadelle de Mantoue, et traités avec la brutalité qui était dans les habitudes du temps. Sur $ix compagnons de captivité qu'ils avaient, cinq périrent dans lo premier mois. Ne pouvant user directement de représailles envers la conr de Yieooe, le Comité de salut public se vengea snr les prisonniers du Temple. La mort de Marie-Antoinette fiit dès lors décidée. D'ailleurs, le secret de la mission de Maret à Naples avait transpiré. Le Comité tenait à couper court à tout soupçon de pacte avec Tennemi et de pitié pour la famille royale. La principale préoccupation des nouveaux gouvernants fut désonaais de ne point paraître tremper dans les intrigues diplomatiques, on allait bieniM dire dans les complots où s*élait aventuré Danton.
Le 20 août, le Comité prit une délibération de principes. Considérant « la nécessité... de montra à TEurope une République puissante, n'existant que par elle-même et ne voulant s'immiscer dans le gouvernement d'aucun peuple, ni s'associer à aucune de leurs guerres « , il arrêta « que le ministre des affaires étrangères traiterait désormais les diverses affaires diplomatiques sur cette base constitutionnelle et s'occuperait des moyens de pénétrer et de d^ouer les intrigues, les manœuvres et la coalition des tyrans de l'Europe et de leurs gouvernements, sans entendre exdure les communiisations amicales et commerciales qui doivent exister entre toutes les nations, pourvu qu'elles ne puissent compromettre l'indépendance de la République française, ni la lier par aucun engagement » . La première partie de ces instructions, celle qui consistait à déjouer les calculs des coalisés, était assez paradoxale ; la seconde, celle de ne se lier par aucun engagemeat, n'était, au contraire, que trop aisée à appliquer.
La cour de Naples n'attendait, pour se déclarer, que d'être
» Voir t. I, p. 81, W.