‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 67 sur 93 · LA TERREUR RÉPUBLICAINB : BLOCUS DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA TERREUR RÉPUBLICAINB : BLOCUS DE L'ANGLETERRE

moyen de salut : maintenir Tétat de crise qui les avait portés au pouvoir , satisfaire les plus violents par Textréme violence de leurs mesures, subjuguer, proscrire ou exterminer tous les opposants, soumettre la nation entière en la terrifiant, et, pour motiver tous ces excès, exciter une guerre tellement acharnée contre l'Europe, qu'on ne pût songer à la suspendre ou même à la modérer sans exposer la France à périr tout entière sous le coup des représailles.

Le 1** août, au cours du débat où Danton avait réclamé la constitution d*un gouvernement, Barère, dorénavant procureur général du Salut public, lut à la tribune un long rapport sur Tétat des affaires. Il dénonça a la conjuration impie » formée, d'une extrémité à l'autre de l'Europe, contre la République. Cette conjuration allait devenir le grand secret et la grande raison d'Ëtat du gouvernement révolutionnaire, le moteur universel de la mécanique terroriste; tous les adversaires du Comité en devaient être tordus et écrasés tour à tour, aristocrates et démagogues, princes et régicides, les Girondins, Danton, Hébert lui-même. Le Comité de salut public, dans ce premier réquisitoire, ne s'en prenait encore qu'aux rois et aux royalistes. K II faut, dit Barère, que le même jour vous frappiez TAngleterre, l'Autriche, la Vendée, le Temple et les Bourbons. » Il faut frapper l'Autriche et l'Autrichienne, cette « femme qui a été la cause de tous les maux de la France... qui a aggravé par ses déprédations le dévorant traité de 1756 » : elle sera déférée au tribunal révolutionnaire. Il faut frapper les rois dans leur descendance et dans leurs ancêtres, couper les rameaux et anéantir la souche : les tombeaux de Saint-Denis seront anéantis ^ ; tous les Bourbons vivants seront déportés,

' Violations de tombes dam les églises : guerres du Palatinat. Â Spire, en juin 1689, la cathédrale est pillée, puis détruite; les tombeaux de huit empereurs sont saccagés, et leurs cendres jetées an Tant. Dabxbte, Hist. de France, t. V, p. 590. A Heidelberg, en juin 1698, les femmes sont souillées et massacrées dans Téglise; les tombeaux des Électeurs sont ouverts. « Le père de la duchesse d'Orléans, de Madame, fut très spécialement distingué. On lui coupa la tête, puis on lui fit, le traînant par les pieds, son triomphe autour de l'église. » C'est Mélac qui commande, « le redouté Mél.ic, bourreau connu des Allemands, l'homme des grosses exécutions ■ . Micdelet, Histoire de France, t. XVI, p. 97. Ga

les enfants de Louis seront détenus, et les frais de leur entretien réduits au nécessaire de la nourriture. Il faut frapper les royalistes : les biens des personnes mises hors la loi par décret de la Convention seront confisqués au profit de la République. Il faut frapper les étrangers : la a terrible loi des représailles « sera mise à exécution ; tous les individus appartenant aux pap en guerre avec la République et non domiciliés en France avant lé 14 juillet 1789 seront arrêtés. Il faut frapper la Vendée : la garnison de Mayence sera transportée en poste dans les départements insurgés; on incendiera les bois, les taillis, les genêts ' ; les forêts seront abattues, les repaires des rebelles détruits, les récoltes coupées, les bestiaux saisis; les femmes, les vieillards, les enfants seront transportés dans les départements de Fintérieur*; les biens des rebelles seront confisqués au profit de la République. — C'est le système atroce des anciennes guerres d'extermination. Le Comité connaît les précédents, et il les invoque. « Louvois fut accusé par Thistoire d'avoir incendié le Palatinat, et Louvois devait être accusé : il travaillait pour le despotisme et saccageait pour des tyrans. Le Palatinat de la République, c'est la Vendée, et la liberté qui, cette fois, dirigera le burin de l'histoire, louera votre courageuse résolution, parce que vous aurez sévi pour assurer

Mélac, dit Sfônt-Simon, avait « la manie de se rendre terrible ans ennemis.. il avait réussi k faire peur de son nom... il en plaisantait le premier. .. D'aillenn, doux et très bon bomme, et qui souffrait tout de ses amis... sobre» simple... toujours ruminant ou parlant guerre avec une éloquence naturelle et un cboix de termes qui surprenait... ■ Mémoires de Saint-^imon, année 1702. En un mot, on terroriste de l'époque classique : sensible, disert et féroce.

' « J'oserai vous avancer une cbose qui ne sera peut-être pas de TOtre goût, qid est que, dès le lendemain delà prise de Manbeim, je mettrais les couteaux dedaot et ferais passer la abarrue dessus. > Gbamlay k Louvois, 27 octobre 1688. « Loq vois entra jusqu'au fond dans la pensée de Gbamlay... Le baron de Montdar reçut l'ordre d'occuper Heilbronn, d'en faire sauter les murailles et les tours, d'exiger des babitants, sous menace de pillage et de complète destruction, le plus d'ai^eni possible, et cependant de faire piller et raser, dans le Wurtembeig, Stuttgart, Eslingen, Tubingen,... de soudoyer même des gens du pays, des incendiaires, afio de porter bien au delà des limites accoutumées, par la terreur des embrasementi, le bénéfice des contributions. ■ Camille Roussbt, Louvoisy t. lY, p. 163-164.

* « Le roi veut que l'on avertisse les babitants de Manbeim de ae retirer es Alsace, et que l'on rase tous les bâtiments de la ville. » Ordre de Louvois, 10 jaavier 1689. Roussbt, id,, p. 166, 178,

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