LA TERREUR REPUBLIGAINB : BLOCUS DE L'ANGLETERRE
depuis trop longtemps nous faisons la guerre en philosophes» quand nos féroces ennemis nous la font en anthropophages... Ne respectons que la chaumière du pauvre. » — « Alors, écrivait un autre agent, nous nous enrichirons des productions du fertile Piémont, nous frapperons en écus les lourdes madones ; bientôt nous le réduirons à nous demander à genoux la paix et à s'estimer fort heureux d*en être quitte pour son duché de Savoie ^ > Le 15 septembre, Jeanbon fit décréter que les généraux républicains, «renonçant désormais à toute idée philanthropique adoptée dans la vue de faire sentir aux nations étrangères le prix et les avantages de la liberté « , pratiqueraient la loi des représailles et exerceraient, « à Tégard des pays et des individus subjugués par leurs armes, les droits ordinaires de la guerre » . Le Comité de salut public dressa, ensuite de ce décret, le 18 septembre, une instruction destinée aux armées *. Ce n'était que l'adaptation à la guerre républicaine des coutumes appliquées, durant tout le cours du siècle, dans les guerres des monarchies. Les coalisés n'en suivaient pas d'autres, et cet exercice du droit de la guerre demeura constamment leur règle *.
En entrant en pays ennemi, disent ces instructions, les généraux se feront remettre des otages pris parmi les notables; ils feront désarmer les habitants. Ils lèveront sur les villes des contributions en nature ou en numéraire, proportionnées au commerce, à la population, à toutes les ressources connues du pays ; ils feront porter ces contributions principalement sur les riches, les privilégiés, les corporations religieuses. Us donneront des récépissés. Ils se procureront, autant que possible, sur le pays, les subsistances, les approvisionnements et les équipements des troupes. Us feront passer
* Gadolle à Lebrun, Dunkerque, 7 mai 1793; Lebran à GadoUe, 14 mai, Chépy au ministre, Genève, SI juin.
* Membres présents du Comité, Jeanbon, Carnot, Prieur, Saint-Just, Robespierre, Hérault, Billaud-Varennes.
' Gf. t. I, Ut. I, cb. I : la guerre, p. 81 et suiv. Voir Henri Houssatb, 1814, p. 44 et suiv. — Souvenirs du duc de Broglie, t. I, p. 142-149, mesures des généraux de Napoléon en Espagne, en 1810. — Cf ci-après, p. 480-483.
sur les derrières de Tarmëe les chevaux, vivres, fourrages, bestiaux, cuivres, fers, chanvres, toiles, laines, etc., qui ne seront pas immédiatement employés. Ils saisiront IWgenterie des églises, les fonds du fisc, les propriétés publiques transportables, et les enverront sur le territoire de la Républiqae. Ils feront raser les forteresses, détruire les ponts, canaux et écluses; ils feront dépaver les chemins. Les commandants des forces navales agiront de même dans les pays où ils opéreront une descente. Tous veilleront à ce que les contributions soient levées régulièrement, « suivant les droits de la guerre • ; ils auront soin d'empêcher le pillage et les excès contre les habitants des pays conquis.
L'Angleterre n'était encore que menacée. Barère proposa, le 21 septembre, les mesures destinées à l'anéantir. Il rappela que l'Angleterre devait sa prospérité à l'acte de navigation édicté par « l'usurpateur « Gromwell. Il cita des paroles attribuées récemment à Pitt : « La France doit être détachée du monde commercial et traitée conmie si elle n'avait qu'une seule ville, qu'un seul port, et que cette place fût bloquée par terre et par mer. s II ajouta : « La France bloquée! Ainsi parlaient de Rome, avant leur juste destruction, ces hommes de la foi punique, les ambitieux et mercantiles Garthaginois!... Décrétons un acte solennel de navigation, et File marchande sera ruinée ^.. Que Garthage soit détruite! Que l'Angleterre soit anéantie ! Ge doit être le dernier article de chaque décret révolutionnaire de la Gonvention nationale de France. » L'acte de navigation fiit voté. Il prohibait tout commerce d'importation autrement que par bâtiments français ou par bâtiments du pays neutre d'origine. La France, dit Barère, ne souffrira que d'une privation momentanée ; elle y trouvera très vite un ressort qui décuplera ses ressources et
' Considérant qne l'Angleterre « déclare même en état de blocus det lieux qw toutes ses forces réunies seraient incapables de bloquer, des côtes entières et unit un empire;... qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il m sert... nous avons décrété : Les iles Britanniques sont déclarées en état de blocas. • Décret de Berlin, Si novembre 1806.