‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 72 sur 93 · LA TERREUR MONARCHIQUE : BLOCUS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA TERREUR MONARCHIQUE : BLOCUS DE LA FRANCE

Un boui^eois qui avait accepté les fonctions d'officier municipal et qui avait travaillé à la réunion avec la France fut pris et mis à mort. Les autres meneurs s'enfuirent et émigrèrent. Ce fut leur seul moyen de salut.

Ce fut aussi Tunique ressource des républicains de Mayence. Ils se mêlèrent aux soldats français et se dissimulèrent dans les rangs des troupes qui sortaient de la place avec les honneurs de la guerre. Ceux qui ne parvinrent pas à s'échapper se virent en butte à une populace furieuse qui les poursuivit de cris de mort et saccagea leurs maisons. L'intervention du prince Louis de Prusse fut nécessaire pour sauver du pillage les manuscrits de Forster. On incarcéra tous les membres de la Convention rhénane et tous les clubistes que l'on put découvrir. Puis Tarchevèque électeur, rentré dans son palais, aux acclamations de la populace, se rétablit dans son pouvoir absolu et restaura tous les abus. Il se conduisit comme tous les émigrés qui rentrent avec l'appui d'une force étrangère. Son ardeur à abuser du pouvoir pour satisSsdre ses vengeances fut égale à la panique qui l'avait fait naguère abandonner le pouvoir. « Aussi déraisonnable et déréglée avait été la conduite de la démocratie mayençaise, écrit un historien allemand, aussi brutaux et effrénés furent les gouvernements que l'on restaura. » Confiscations, emprisonnements, rigueurs de toute sorte, même envers les femmes. On parodia, en la retournant, la mise en scène des clubistes. On força ces « patriotes » à assister, entre des soldats prussiens, à l'incinération solennelle des arbres de la liberté. A Aix-la-Chapelle, les bourgeois et les paysans se vengèrent lâchement sur les blessés français du vote qu'ils avaient émis par pusillanimité. A Spire, Wurmser releva le pilori, y exposa les clubistes et brûla les arbres delà liberté. A Worms, les Prussiens, en veine de gaieté soldatesque, firent brûler les arbres par les femmes des patriotes ; quant aux maris, ils les bétonnèrent, et ceux qui se tirèrent d'affaire au prix de cette « schlague » s'estimèrent encore favorisés ' .

* H^USSBA, t. I, p. 473; P£BTHE8, t. I, p. 91^-100; Klsm, p. 226, 560; Vbnb- DEif p. 127» 168; Relation de Goethe. Mélanges, Trad,, Porcuat, p. 165;

La conquête républicaine avait apporté à ces Allemands de cmelles désillusions. Us s*étaient repris à estimer lemt anciens maîtres pendant qu'ils ne les voyaient plus. Quand ces maîtres reparurent avec tout leur ancien régime, aggravé par la rancune et la colère, les impressions se renversèrent encore une fois, et une déception plus rude que la première rejeta les imaginations vers les Français. La République laissait toujours une ouverture à l'espérance. Les Âllemaads de la rive gauche oublièrent les excès des révolutionnaires pour ne songer qu'aux avantages de la Révolution, a Le pays, écrit un historien national de cette crise, avait pénétré la misère de son ancien gouvernement, et, en même temps, compris la possibilité de vivre sans ces charges, ces entraves, ces incommodes servitudes que Ton regardait auparavant comme une nécessité inéluctable. Une fois faite, cette double expérience ne devait pas être perdue. » Elle porta ses effets bien au delà du Rhin, et Ton vit paraître des sympathies françaises dans les pays de la rive droite, où Ton recevait les idées de la Révolution, sans avoir à soufirir la domination des révolutionnaires. L'histoire de Mayence et de sa république s'y répandit comme une sorte de légende romanesque et littéraire, comme un chapitre inédit de quelque Plutarque populaire allemand, et la comparaison qui se fit ainsi de loin entre la restauration et la conquête ne tourna point à l'avantage de la restauration. « La nation française, dit Bnmo Bauer, s'était montrée sauvage et baii)are dans la terreur et dans les désastres ; les Allemands mirent la terreur en action au milieu de leur victoire '• »

La concordance entre les terroristes et les coalisés ne s'arrêta point à ces violences; on vit poindre, naître et mûrir, dans les conseils de la coalition tout ensemble et dans le Comité de salut public, la proposition terrible dont le développement devait être comme la loi de cette guerre : le Uocus

Rambaud, ch. VIII, p. 966; BIjac-Dofbaimb, p. S4S; Rkmliho, t, I, p. M74I6. > PEiiTBBS, t. 1, p. 100. — Bainm Bavem, Gem:hickiê der PoUtik w Ifûl Jàkrhwidmrt, t. I, p. leO.

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