‹ L'Europe et la révolution françaiseChapitre 74 sur 93 · LA TERREUR MONARCHIQUE : RLOGUS DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

LA TERREUR MONARCHIQUE : RLOGUS DE LA FRANGE

seraient point convoyés par des bâtiments de guerre ; mais il refusa de reconnaître le blocus fictif et déclara qu'il ne considérerait comme bloqués « que les ports devant lesquels se trouverait une force supérieure » . Les Anglais ne tinrent aucun compte des représentations du Danemark. Leurs croiseurs saisirent les bâtiments danois et en confisquèrent les cargaisons, la plupart du temps sans dédommagement.

Ils usèrent de plus de rigueur encore dans la Méditerranée que dans la Baltique, parce qu'ils y apportaient plus de convoitise et de jalousie. La Toscane pratiquait la même neutralité que le Danemark ; elle fut exposée aux mêmes hostilités, et le « sage » Manfredini, qui visait, en Italie, au rôle que Bernstorff désirait jouer dans le Nord, ne se tira point de ces difficultés communes avec autant de fermeté *. Dès le mois de mai, lord Hervey, ministre d'Angleterre à Florence, avait annoncé l'arrivée imminente d'une flotte anglaise et réclamé une rupture complète des relations entre la Toscane et la France. Manfredini , très suspect de complaisance envers la République, s'effaça pour ne point compromettre son gouvernement. Les négociations relatives à la neutralité furent conduites par Serristori, dont on connaissait le peu de goût pour la France et pour les idées françaises. Les Anglais n'y apportèrent pour cela ni plus de modération, ni plus de condescendance. Le 14 août, lord Hervey fit connaître au grand-duc que le roi George , attribuant la conduite de la Toscane envers la France « à la crainte d'offenser une nation d'assassins et de brigands » , lui offrait sa protection et l'invitait à en régler Texercice. Le ministère toscan savait que cette protection équivaudrait â une tutelle despotique ; il fit la sourde oreille et attendit les événements. Les Anglais prirent Toulon, et bientôt après l'amiral Hood vint s'embosser avec sa flotte devant Livoume. Sur ces entrefaites, le 7 octobre, Ghauvelin arriva à Florence. Ce diplomate était toujours malencontreux; sa personne était insupportable aux Anglais. Le 8, lord Hervey

* Reitmobt, Gesehiehte Toseanas, t. II, p. Î59; Routa, Trad. franç.^ t. I, p. 182; Fbasgbbtti, t. I, p. 66.

haussa le ton, et adressa au grand-duc une note arrogante. Il se plaignit « de la partialité que le gouvernement du grandduc témoignait en âiveur des Français « . Cette « injuste et notoire partialité » » ainsi que les mesures qu'elle entraîne, ajoutait-il , a sont des preuves évidentes du détriment qu*iine pareille neutralité apporte aux opérations des alliés » . Il annonça, en conséquence, que si la Toscane ne rompait pas immédiatement toutes relations avec la France, et que si, dans les douze heures, « M. de La Flotte et tous ses adhérents t n'étaient pas expulsés de la Toscane, Famiral Hood « agirait ofFensivement contre le port et la ville de Livoume 9 . « Je compterai non seulement les heures, mais les minutes « , dit-il à Serristori en lui signifiant les injonctions britanniques. Serristori répondit qu*il y déférerait le plus tôt possible. Ce ministre n'était point républicain, mais il était bon Toscan, et, à défaut de « vertu » , il avait de Thonneur professionnel. Il avertit les Français et tâcha de temporiser. Le lendemain, 9 octobre, lord Hervey lui écrivit que, depuis sa précédente note, il s'était écoulé vingt-quatre heures; cependant « Tin fiime emblème de la rébellion et du régicide existait encore snr la maison de M. de La Flotte » , et les Jacobins n'étaient pas encore chassés. Il prescrivit un dernier délai de quarante^iuit heures, et mit le grand-duc en demeure de procéder incontinent à la conclusion d'un traité destiné « à éviter à Tavenir des inconvénients que pourraient fiùre naître les différences d'opinion sur les affaires « • Serristori invita les Français à partir; il y niit des égards, et ajouta qu'il prenait les mesuresnécessaires pour a leur prêter tous les secours qu'exigent la justice et l'humanité » . Ces Français étaient, pour la plupart, des artistes réfugiés à Florence après l'assassinat de Bassville. La Flotte et Chauvelin s'en allèrent le II . Gacault, qui résidait en Toscane avec le titre de chargé d'affaires de la République à Rome, obtint un délai de quelques jours, afin de pourvoir au rapatriement des Français expulsés. « La Toscane, écrivait-il le 18 octobre, est maintenant gouvernée par deux autorités, celle du grand-duc et de ses conseillers, honnêtes, humiliés,

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