LB LABYRINTHE DE LÀ COALITION
roi pouvait avoir besoin en Pologne, et que tout commandait à la Prusse de ménager.
Les Polonais, en efl'et, comptant sur la guerre de France pour enchaîner la Prusse, continuaient d'opposer la même force d'inertie aux réclamations réitérées du ministre de Frédéric-Guillaume. Ce monarque se voyait ainsi en échec devant deux assemblées, la Convention de France et la Diète de Pologne. Cette Diète y mettait même de Timpertinence : elle avait osé rappeler au roi de Prusse ses garanties de 1790 ^ Elle alla plus loin. A peine eut*elle ratifié le traité qui cédait des territoires à la Russie, qu'elle décréta, le 19 août, que quiconque émettrait le vœu d*un démembrement de la République au profit de la Prusse serait considéré comme traître à ia patrie et traité en conséquence. Les députés prirent à témoin TEurope, l'Univers, l'Être suprême enfin, de la fermeté de leurs résolutions. Le ministre prussien Buchholz n*avait d'autre témoignage à invoquer que celui de son collègue Sievers, et ce Russe avait tout l'air de se moquer de lui. « Ma position est désolante et affreuse, écrivait Buchholz. Je ne puis faire un pas sans l'ambassadeur de Russie; toutes les personnes qui influent sont dépendantes de lui. »
Sievers tout d'un coup se relâcha de sa froideur. « J'ai reçu, dit-il à Buchholz, Tordre de faire conclure avec la Prusse le traité de cession, mais d'assurer, en même temps, aux Polonais la liberté et la facilité du commerce sans lesquelles la Pologne serait dans une dépendance trop absolue de la Prusse. » Il avait rédigé, avec ces réserves, un projet de traité, et il le présenta à Buchholz comme le dernier mot des complaisances de sa cour. Buchholz trouvait le traité insuffisant, mais, de guerre lasse, il l'accepta. Sievers passa notes sur notes à la Diète les 28, 29 et 30 août, pour inviter cette assemblée à ratifier le traité disposé par ses soins et signé par Buchholz. Il donna aux députés jusqu'au 3 septembre pour ramasser leurs esprits, calmer leurs émotions et prendre leur parti de recevoir cette
> Notes des 26, 27, 30 juUlet 1703; Fsuuao. U III, p. 389 et taÎT. — Cf. C II, p. fÏÏ.
nouvelle marque de magnanimitë que leur donnait la tsarine. Cette magnanimité aux formes comminatoires souleva des tempêtes dans rassemblée. Sievers avait de quoi répondre. Le 2 septembre, il signifia aux députés que leur conduite • ne prouvait que trop Texistence d'un germe de jacobinisme « dans la Pologne; qu'il a ne saurait plus se refuser à déraciner ce fléau pernicieux « ; que, d'ailleurs, pour assurer le lendemain, jour de l'échéance, « une tranquille délibération v à l'assemblée, il ferait entourer la salle des séances par deux bataillons de grenadiers, soutenus de quatre pièces de canon. Il ajouta que tout lui révélait une « conspiration i» ourdie contre le roi et les a plus sages sénateurs « . Afin de déjouer ce complot, il annonça que les députés seraient fouillés à la porte de la salle, que ceux qui porteraient des armes seraient arrêtés, que douie officiers russes prendraient place au milieu des députés, que le commandant des troupes impériales siégerait aux côtés du roi, que des mesures seraient prises enfin pour qu' «aucun membre ne pût remuer de sa place » . Ils auraient, d'ailleurs, « une entière liberté de parler » . La Diète vota le traité avec les restrictions conounerciales qu*y avait apportées Sievers, et les députés profitèrent de la liberté de parole que leur accordait le 'ministre russe pour invoquer encore une fois devant l'Europe le fameux traité prussien de 1790 qui garantissait l'intégrité de la Pologne.
Cependant le roi de Prusse était aux prises avec le diplomate que Thugut lui avait dépêché, dans le dessein de distraire sa méfiance et d' « amuser le tapis « . Verbeux et brouillon, le comte de Lehrbach avait paru propre à remplir ce rôle. Il trouva les Prussiens sur leurs gardes. Le 20 août, le jour même de son arrivée, Lucchesini lui déclara que le roi comptait sur l'accession de l'Autriche au traité de partage. Ce traité, dit-il, a fait actuellement, uniquement, la base de ses opéra* tions » . Lehrbach ne put douter de la sincérité de ce propos. Le 27 août, Brunswick reçut l'ordre de suspendre tout mouvement offensif. Les Français en profitèrent pour l'attaquer, et ils tâchèrent de le déloger des positions qu'il occupait dans