LE LABYRINTHE DB LA COALITION
Pensive. « Il ne faut rien faire, lui répondit-on. -^ Nous avons la paix? insinua Fenvoyé. — Nous avons ce que nous voulions, un morceau de la Pologne '. »
L'Autriche n avait rien. La PrussCi selon le mot d un diplomate russe, Tavait empêchée de « faire son coup sur la Havière » . « Toutes ses vues, ajoutait-il, sont contrariées : elle n'a rien eu de la Pologne... l'acquisition de TAlsace est moins probable que jamais. Peut-être toumera-t-elle ses vues ail* leurs... cet ailleurs est Tltalie. Je désire qu'elle réussisse, quelque part que cela soit; sa situation est effroyable'. »
Thugut pensait à Venise, et, en attendant mieux, il négociait avec la Sardaigne un traité d'alliance et d'échange, a Dans le cas, écrivait-il, où la cour de Turin ferait des acquisitions quelconques sur la France, l'Empereur prétendrait, avec elle, entrer en partage, en demandant que la part qui lui en reviendrait soit compensée par la rétrocession d'une portion de valeur égale des districts démembrés du duché de Milan. » Thugut considérait, en effet, que l'Empereur, ne pouvant « s'opposer à main armée aux progrès et conquêtes » que la Sardaigne pourrait accomplir, devait, au moins, en prélever une part. C'est sous cette condition que rAutriche consentit, après que l'Angleterre l'en eut beaucoup pressée, à envoyer 5 à 6^000 hommes au secours de Yictor-Amédce. Ces conditions n'étaient pas faites pour rassurer les Sardes, et leurs entreprises contre la France en furent fort ralenties'. Les Sardes avaient aussi leur système de frontières tiré des auteurs latins et fondé sur la nature ; cette nature savoyarde menait les Sardes en Dauphiné , tandis que la nature française menait les républicains en Savoie^. La force seule pouvait trancher
' Mémoires de Massenbaeh, t. I, p. 106.
* Kotchoobey à Woronso£, jaoTÎer i7M| ÀrvhivH Wûromtof, i. XVIII, p. 71^3.
* A Sterhembcrg, 25 teptembre 1798 ; Zbissbsbo, I. III, p. S96. — Thogut à GoUoredo, 23 août; Vitesot, Thugui, t. I, p. 31. — Buacbi, i. II, ch. ii et ui.
^ Aa temps de la minorité de Lonit XIII, Charles-Emmanuel, désireux de profiter des troubles pour dépecer un morceau de la France, disait aux Dauphinois : • La nature a fait des Dauphinois et dœ Savoisiena un seul et même peuple. Quand tous leur auras donné un même maître, ils aeront encore oea redoutables
le conflit de ces deux natures, et la force avait décidé enfaTeor des Français. Les Sardes auraient donc préféré quelque lambeau du Milanais.
Tout le monde voulait prendre à satiété, recevoir beaucoup, donner peu de chose. Les Hollandais s*en mêlèrent aussi, et comme rAutriche ne consentait à leur rien céder de la Belgique, ni à leur rien laisser usurper sur Févéque de Liège, ils menacèrent de se retirer de la coalition et se mirent sur la défensive ' . Quant aux États qui , ne convoitant rien, se sentaient convoités, ils n'aspiraient qu'à la neutralité, et Ton vit se manifester partout, chez eux, les sentiments que Mallet du Pan observait chez les Suisses : « L'envahissement de la Pologne, écnvait-il, a concouru à révolter les esprits, à fournir une arme loute-puissante aux partisans de la République française, et à éloigner encore le vœu générai de tout rapport avec ses ennemis^. »
La coalition s'en allait donc en morceaux. Elle remporta, le 1 3 octobre, un succès et s'empara des lignes de Wissembourg; mais cette attaque, très tardive, demeura sans conséquences. Les alliés avaient perdu l'occasion de l'offensive. Us ne vont plus faire que reculer. Thugut s'irrite , maudit , se lamente et rejette sur autrui des fautes dont il est en partie l'auteur. Sa diplomatie se perd dans les rivalités de lucre; il reproche aux militaires de s'user dans les cabales. Le fait est que Gobourg, Wurmser, Glerfayt, Hohenlohe se dénoncent et s'entravent à l'envi. Ils n'auraient point, pour les arrêter, leur jalousie et leur méfiance des Prussiens, que leurs propres animosités y suffiraient. « Au milieu de tous ces combats de la vanité et de l'intérêt personnel, écrit Thugut, la monarchie s'avance à grands pas vers son entière décadence '. «
Par son incurie devant la catastrophe qui menace sa dignité,
AUobroges qui forent la gloire des Celtes et la terreur de Rome. Renoaex La chaîne des temps; rattachezHyous à l'antique dynastie de yos rois. • HAHOTàUX, Histoire du cardinal de Richelieu, t. I, p. 188. Paris, 1893.
^ Stbkl, Irad., t. II, p. 38S.
* Satocs, Mallet du Pan, t. I, p. 388.
' A CoUoredo, 10 septembre 1793; Vivenot, Thugut, t. I, p. 49,